Politique et forces de dissuasion nucléaire de l'OTAN

  • Mis à jour le: 14 Jun. 2021 16:32

Les armes nucléaires sont une composante essentielle des capacités globales de dissuasion et de défense de l’OTAN, aux côtés des forces conventionnelles et des forces de défense antimissile. L’OTAN est attachée à la maîtrise des armements, au désarmement et à la non-prolifération, mais aussi longtemps qu’il y aura des armes nucléaires, elle restera une alliance nucléaire.

Ministère britannique de la Défense – © Crown Copyright

 

  • Une dissuasion et une défense crédibles, articulées autour d’une combinaison appropriée de capacités nucléaires, conventionnelles et de défense antimissile, restent au cœur de la stratégie d’ensemble de l’OTAN visant à prévenir les conflits et les guerres.
  • La crédibilité des forces nucléaires de l’OTAN est un élément central du maintien de la dissuasion. C’est pourquoi la sûreté, la sécurité et l’efficacité de ces forces sont évaluées en permanence en tenant compte des évolutions technologiques et géostratégiques.
  • La politique nucléaire actuelle de l’OTAN se fonde sur le concept stratégique de 2010 et sur la revue de la posture de dissuasion et de défense (DDPR) de 2012, ainsi que sur les directives données par les chefs d’État et de gouvernement aux sommets du pays de Galles, de Varsovie et de Bruxelles.
  • Le Groupe des plans nucléaires (NPG) est l’enceinte de consultation sur la dissuasion nucléaire de l’OTAN.

Pour en savoir plus

  • Politique de dissuasion nucléaire de l'OTAN

    L’objectif fondamental de la capacité nucléaire de l’OTAN est de préserver la paix, de prévenir les actions coercitives et de décourager les agressions. La politique nucléaire actuelle de l’OTAN se fonde sur deux documents publics approuvés par tous les Alliés :

    • le concept stratégique de 2010
    • la revue de la posture de dissuasion et de défense (DDPR) de 2012

    Le concept stratégique que les chefs d’État et de gouvernement des pays de l’Alliance ont adopté en novembre 2010 au sommet de Lisbonne définit les tâches et principes fondamentaux de l’Alliance, dissuasion comprise. Le concept stratégique engage l’OTAN sur l’objectif qui consiste à créer les conditions pour un monde sans armes nucléaires, mais il confirme qu’aussi longtemps qu’il y aura des armes nucléaires, l’OTAN restera une alliance nucléaire. Il a également pour but d’assurer la plus large participation possible des Alliés à la planification de défense collective sur les rôles nucléaires, au stationnement des forces nucléaires en temps de paix et aux dispositions de commandement, de contrôle et de consultation.

    Le sommet tenu en 2010 à Lisbonne a donné le coup d’envoi d’une revue de la posture de dissuasion et de défense (DDPR), qui a été approuvée par les chefs d’État et de gouvernement des pays de l’Alliance au sommet de l’OTAN à Chicago, en mai 2012. La DDPR a mis en relief que l’objectif fondamental des forces nucléaires de l’Alliance était la dissuasion. Il s’agit essentiellement d’une fonction politique. Tandis que l’Alliance s’emploiera à maintenir une dissuasion efficace, le contrôle politique des armes nucléaires sera maintenu en toutes circonstances, et la planification ainsi que les consultations nucléaires au sein de l’Alliance se feront en fonction des directives politiques.

    L’OTAN continue d’affirmer l’importance de la dissuasion nucléaire, compte tenu des défis en constante évolution. Les Alliés ont répété ce principe au sommet du pays de Galles (2014), à celui de Varsovie (2016), et à celui de Bruxelles (2018), où les chefs d’État et de gouvernement ont déclaré : « L’objectif des Alliés est de continuer de renforcer la dissuasion en tant qu’élément central de notre défense collective et de contribuer à la sécurité, indivisible, de l’Alliance. Suite aux changements intervenus dans l’environnement de sécurité, l’OTAN a pris des mesures pour s’assurer que ses capacités de dissuasion nucléaire restent sûres, sécurisées et efficaces. Aussi longtemps qu’il y aura des armes nucléaires, l’OTAN restera une alliance nucléaire. »

  • Consultation nucléaire

    Les principes clés de la politique nucléaire de l’OTAN sont établis par les chefs d’État et de gouvernement des 30 pays membres de l’Alliance. L’élaboration et la mise en œuvre de la politique nucléaire de l’OTAN relèvent de la responsabilité du Groupe des plans nucléaires (NPG), l’enceinte de consultation sur toute question en rapport avec la dissuasion nucléaire de l’OTAN. À l’exception de la France, qui a décidé de ne pas y adhérer, les Alliés font tous partie du NPG.

  • Rôle des forces nucléaires de l'OTAN


    Ministère britannique de la Défense – © Crown Copyright 2012

    L’objectif fondamental des forces nucléaires de l’OTAN est la dissuasion. Les armes nucléaires sont tout à fait uniques, et les conditions dans lesquelles l’OTAN pourrait être amenée à recourir à l’arme nucléaire sont extrêmement improbables. En outre, tout emploi d’armes nucléaires contre l’OTAN altérerait fondamentalement la nature d’un conflit. Si, toutefois, la sécurité fondamentale de l’un de ses États membres devait être menacée, l’OTAN a les capacités, tant nucléaires que conventionnelles, et la détermination voulues pour imposer à un adversaire des coûts qui seraient inacceptables et largement supérieurs aux gains qu’il pourrait espérer obtenir.

    Forces nucléaires stratégiques

    Les forces stratégiques de l’Alliance, et en particulier celles des États-Unis, sont la garantie suprême de la sécurité des Alliés. Les forces nucléaires stratégiques indépendantes du Royaume-Uni et de la France ont un rôle de dissuasion propre et contribuent de manière significative à la sécurité globale de l’Alliance. Les centres de décision distincts de ces Alliés contribuent à la dissuasion, en compliquant les calculs d’adversaires potentiels. En d’autres termes, si un adversaire devait décider d’attaquer l’OTAN, il devrait tenir compte non seulement de la décision de l’OTAN, mais aussi de celle que pourraient prendre les dirigeants des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France.

    Avions à double capacité

    La posture de dissuasion nucléaire de l’OTAN repose sur les armes nucléaires déployées à l’avant en Europe par les États-Unis, ainsi que sur les capacités et l’infrastructure mises à disposition par les Alliés concernés. Un certain nombre de pays membres de l’OTAN mettent des avions à double capacité (DCA) à la disposition de l’Alliance. Ces appareils sont un élément central de la mission de dissuasion nucléaire de l’OTAN et peuvent participer à des rôles nucléaires à différents niveaux de préparation. Dans leur rôle nucléaire, les avions sont équipés pour emporter des bombes nucléaires en situation de conflit, et le personnel est formé en conséquence.

    Les armes nucléaires déployées à l’avant en Europe restent sous le contrôle et la garde absolus des États-Unis, tandis que les Alliés assurent un soutien militaire pour la mission des DCA au moyen de forces et de capacités conventionnelles. Les arrangements pour le partage des moyens nucléaires jouent un rôle crucial dans l’interconnexion des Alliés et restent l’un des éléments principaux des garanties de sécurité et de l’indivisibilité de la sécurité dans l’ensemble de la zone euro-atlantique.

  • Évolution de la politique nucléaire de l’OTAN

    La dissuasion nucléaire est au cœur de la garantie de sécurité commune et de la défense collective de l’OTAN depuis sa création, en 1949. Le tout premier concept stratégique de l’OTAN (1949) indique qu’il faut « assurer la possibilité de procéder rapidement à des bombardements stratégiques comportant l’utilisation de tous les engins sans exception ». En conséquence, les États-Unis ont affecté des armes nucléaires à l’OTAN en juillet 1953, et les premières armes nucléaires de théâtre américaines sont arrivées en Europe en septembre 1954. Les arrangements de l’OTAN pour le partage des moyens nucléaires, qui étaient déjà en place quand les négociations du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) ont commencé, dans les années 1960, ont été codifiés par les États-Unis et l’Union soviétique et ont été des textes précurseurs de la version finale du TNP. Les forces nucléaires du Royaume-Uni, qui s’articulent actuellement autour d’un système à une seule composante – sous-marine – et d’une dissuasion permanente en mer, protègent également les autres pays membres de l’OTAN depuis 1962.

    L’OTAN cherche à assurer sa sécurité au niveau de forces le plus bas possible et est profondément attachée à la maîtrise des armements, au désarmement et à la non-prolifération. Elle a réduit unilatéralement son stock d’armes nucléaires basées à terre de plus de 90 % par rapport au niveau atteint au plus fort de la Guerre froide, réduisant ainsi le nombre d’armes nucléaires stationnées en Europe et la dépendance à l’égard des armes nucléaires dans sa stratégie. Le concept stratégique de 2010 et la revue de la posture de dissuasion et de défense (DDPR) de 2012 font clairement état de cette position.

    Les progrès en matière de maîtrise des armements et de désarmement doivent tenir compte de l’environnement de sécurité international du moment. Au sommet tenu à Varsovie en 2016, les dirigeants des pays de l’OTAN ont par conséquent reconnu que les conditions n’étaient pas favorables à de nouvelles réductions, au vu des actions agressives menées par la Russie et du renforcement de son dispositif militaire depuis quelques années. Au sommet tenu à Bruxelles en 2018, les chefs d’État et de gouvernement ont réaffirmé une fois de plus l’attachement de longue date de l’OTAN à la dissuasion nucléaire, en déclarant : « Aussi longtemps qu’il y aura des armes nucléaires, l’OTAN restera une alliance nucléaire. »