Coopération capacitaire multinationale

  • Mis à jour le: 23 Oct. 2020 10:40

Pour accomplir ses missions et ses tâches, l'OTAN a besoin que les Alliés investissent dans des équipements de pointe interopérables et d'un bon rapport coût-efficacité. L’OTAN joue là un rôle important : elle aide les pays à décider des modalités de leurs investissements de défense et des domaines à privilégier en la matière. L'OTAN aide également les Alliés à définir et à développer des projets de coopération multinationale destinés à fournir les capacités de défense clés nécessaires à la sécurité de l’Alliance.

 

Points principaux

  • L’OTAN aide les Alliés à identifier, à instaurer et à promouvoir des possibilités de coopération capacitaire multinationale dans des domaines clés comme le ravitaillement en vol, les munitions, les systèmes maritimes sans pilote, le commandement et le contrôle, et l’entraînement.
  • Le but est de réduire les coûts grâce à des économies d'échelle tout en améliorant la valeur ajoutée sur le plan opérationnel grâce à une mise en commun accrue des équipements, de l’entraînement, des doctrines et des procédures.
  • Les pays membres et les pays partenaires de l’OTAN ont lancé plusieurs projets à haute visibilité (HVP), qui sont en cours de développement.
  • L’OTAN travaille avec l’Union européenne pour éviter les doubles emplois et garantir la complémentarité des travaux.

 

Pour en savoir plus

  • Projets à haute visibilité

    Treize projets sont actuellement menés, qui permettront d’améliorer l’efficacité opérationnelle, de réaliser des économies d’échelle, et de renforcer la connectivité entre les pays membres et les pays partenaires de l’OTAN. Ces projets concernent des domaines capacitaires clés comme le commandement et le contrôle, les structures d’entraînement, les munitions, et l’acquisition d’équipements de haute technologie.

    En outre, les pays continuent d’examiner des domaines prometteurs pour la coopération multinationale, le but étant d’assurer la sécurité avec des solutions d’un bon rapport coût-efficacité.

    Commandement et contrôle

    Le commandement et le contrôle (C2) sont exercés au travers des pouvoirs et des instructions donnés à un organisme militaire pour l’accomplissement de sa mission. Les C2 sont essentiels pour mener à bien les opérations de l’OTAN et sont la garantie du bon déroulement et de l’efficacité de ces dernières. Les projets ci-dessous sont des exemples de la manière dont les C2 peuvent être gérés au niveau multinational.

    Commandement conjoint de composante Opérations spéciales (C-SOCC)

    Aujourd’hui, les forces d’opérations spéciales opèrent de plus en plus souvent dans un contexte multinational. C’est pourquoi il est essentiel qu’un quartier-général multinational en assure la gestion. Trois Alliés (Belgique, Danemark et Pays-Bas) ont décidé de créer un commandement trinational (C-SOCC) qui, une fois pleinement opérationnel, fin 2020, participera à la Force de réaction de l’OTAN et pourrait aussi être chargé de fournir un soutien pour les missions multinationales ainsi que pour les opérations de l’OTAN.

    Commandement régional de composante Opérations spéciales (R-SOCC)

    Quatre Alliés (Croatie, Hongrie, Slovaquie et Slovénie) ont décidé de constituer - sous la direction de la Hongrie - un quartier général régional déployable pour la gestion des opérations spéciales. Des forces d’opérations spéciales de l’OTAN dans l’ensemble des régions de l’Alliance offriront clairement des avantages en termes de rapidité et de résilience lorsqu’il s’agit de répondre aux crises qui surviennent.

    Structures d’entraînement

    Toutes les forces alliées - terrestres, aériennes ou maritimes - ont besoin de bien s’entraîner pour pouvoir faire face à l’éventail des défis de sécurité et accomplir leurs missions. Un entraînement multinational permet aux forces de différents Alliés de s’entraîner ensemble, d’améliorer leur coordination et leur coopération et de renforcer leur disponibilité opérationnelle.

    Programme multinational pour l’aviation des forces spéciales (MSAP)

    Les forces d’opérations spéciales sont un outil très précieux et polyvalent permettant de répondre efficacement à l’évolution des menaces pour la sécurité. Pour renforcer davantage encore les capacités de l’OTAN dans ce domaine, quatre Alliés (Bulgarie, Croatie, Hongrie et Slovénie) ont décidé de mettre en place un programme multinational pour l’aviation des forces spéciales (MSAP) qui servira exclusivement à entraîner les équipages aériens chargés de l’insertion et de l’extraction des forces d’opérations spéciales.

    Implantée à Zadar (Croatie), la structure d’entraînement sera mise en place progressivement, et les possibilités d’entraînement s’étofferont au fil du temps. Ce nouveau centre d’entraînement pour l’aviation, qui a ouvert ses portes officiellement le 11 décembre 2019, contribue à renforcer la capacité d’adaptation et la disponibilité opérationnelle de l’OTAN.

    Centre OTAN d'entraînement au pilotage – Europe (centre NFTE)

    Assurer un entraînement au pilotage avec des moyens à la pointe de la technologie revient de plus en plus cher et devient de plus en plus compliqué. Pour beaucoup d’Alliés européens, l’effectif annuel des pilotes nécessaires est trop peu élevé pour justifier la création ou le maintien en service d’écoles de pilotage. Pour surmonter cette difficulté, l’initiative NFTE vise la création d’un réseau d’installations d’entraînement multinationales pour pilotes d’avions de chasse, d’hélicoptères, d’aéronefs à voilure fixe et de drones dans toute l’Europe, en exploitant dans toute la mesure du possible les structures existantes. La création du NFTE réduira sensiblement la dépendance actuelle vis-à-vis des installations d’entraînement américaines en donnant la possibilité aux Alliés européens de former leurs propres équipages dans un cadre multinational. À ce titre, le NTFE est un excellent exemple du partage des charges entre les deux rives de l’Atlantique.

    L’initiative NTFE a été lancée par 11 Alliés - Bulgarie, Croatie, République tchèque, Grèce, Hongrie, Monténégro, Macédoine du Nord, Portugal , Espagne, Roumanie, et Turquie - en marge de la réunion de juin 2020 des ministres de la Défense.

    Acquisition d’équipements de haute technologie

    Les équipements utilisés dans le cadre des opérations et missions de l’OTAN diffèrent par leur taille et leur coût. Si certains ont un petit gabarit et sont financièrement abordables, d’autres peuvent en revanche être trop gros ou trop onéreux pour qu’un pays puisse en faire l’acquisition tout seul. Les pays coopèrent dans le cadre de plusieurs projets de haut niveau qu’ils ne pourraient pas mener individuellement.

    Flotte d’avions multirôle de ravitaillement en vol et de transport (MRTT-C)

    Le MRTT est un avion multifonction pouvant servir au transport de fret et de troupes et au ravitaillement en vol. Les ravitailleurs en vol sont particulièrement essentiels pour la projection de la puissance aérienne. Comme ils sont mutualisés, l’interopérabilité est essentielle. Le projet MRTT-C permet aux six Alliés participants (Belgique, République tchèque, Allemagne, Luxembourg, Pays-Bas et Norvège) d’acquérir collectivement des avions multirôle de ravitaillement en vol et de transport de type Airbus A330 et de constituer une flotte d’appareils détenus et exploités dans un cadre multinational. Le premier appareil a été livré en juin 2020, et le dernier devrait l’être en 2024. L’OTAN et l’Union européenne (UE) ont uni leurs forces pour cette initiative étant donné que ces deux organisations ont recensé des insuffisances au niveau du ravitaillement en vol et que les Alliés participants sont aussi, à l’exception de la Norvège, membres de l’UE. Cette initiative est un exemple de l’étroite coopération qui existe entre l’OTAN et l’UE.

    Aéronefs maritimes multimissions (M3A)

    Pour assurer la défense et la sécurité maritimes, il est essentiel que l’OTAN soit en permanence au courant de la situation et qu’elle fournisse des capacités de lutte anti-sous-marine.

    Huit pays de l’OTAN - Canada, France, Allemagne, Grèce, Italie, Pologne, Espagne et Turquie - ont défini un ensemble commun de besoins dans le cadre du projet relatif aux aéronefs maritimes multimissions (M3A), qui leur servira à tous de point de départ pour les futures activités de mise en œuvre. La France et l’Allemagne ont fait un premier pas en avant en entamant la mise au point d’un système aérien de patrouille maritime (MAWS), qui servira d’outil pour la connaissance de la situation maritime.

    Systèmes maritimes sans pilote (MUS)

    Les systèmes sans pilote prennent une place de plus en plus importante dans les capacités permettant à l’OTAN de réagir activement aux menaces dans le domaine maritime. Afin de faciliter la coopération multinationale dans ce domaine, 14 Alliés (Belgique, Danemark, France, Allemagne, Grèce, Italie, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Portugal, Espagne, Turquie, Royaume-Uni et États-Unis) ont uni leurs forces dans le cadre de l’initiative MUS afin de mettre au point des solutions adaptées, notamment des systèmes de détection et d’élimination des mines et des systèmes de suivi des sous-marins.

    Capacité giravion de nouvelle génération (NGRC)

    Les hélicoptères - ou d’une manière plus générale, les moyens à décollage et atterrissage verticaux - font intégralement partie des éléments facilitateurs pour les opérations des forces alliées. Pourtant, un gros pourcentage des hélicoptères en service sont basés sur des modèles introduits dans les années 1960 déjà. Pour que l’OTAN puisse conserver son avance technologique, cinq Alliés - la France, l’Allemagne, la Grèce, l’Italie et le Royaume-Uni - ont signé une lettre d’intention en octobre 2020 en vue de la mise au point et de l’acquisition de la prochaine génération d’hélicoptères multirôles moyens, qui devraient être mis en service entre 2035 et 2040. Grâce à la NGRC, les Alliés bénéficieront de progrès non seulement au niveau de la technologie des cellules ou des systèmes de propulsion, mais aussi de l’infrastructure numérique de ces appareils, l’objectif étant d’en garantir la disponibilité pour les forces des pays alliés dans les prochaines décennies.

    Solution modulaire pour les capacités de défense aérienne basées au sol (GBAD modulaire)

    L’OTAN s’emploie depuis des années à renforcer ses capacités de défense aérienne et antimissile afin de protéger ses populations, son territoire et ses forces contre des menaces aériennes de plus en plus sophistiquées. L’initiative de GBAD modulaire, lancée en octobre 2020 par 10 Alliés - Belgique, Danemark, Allemagne, Hongrie, Italie, Lettonie, Pays-Bas, Slovénie, Espagne, et Royaume-Uni - porte sur la mise au point et l’acquisition en commun d’un système GBAD souple et modulable de lutte contre les menaces aériennes à très courte, à courte et à moyenne portée. Ce système s’articulera autour d’un élément central commun de commandement et de contrôle. Grâce à sa modularité, les participants pourront définir des paquets de forces GBAD sur mesure adaptés à chaque opération.

    Moyens rapidement déployables de lutte contre la menace roquettes-artillerie-mortiers (C-RAM)

    L’efficacité de la protection des forces alliées et des bases déployées à l’avant contre les menaces liées aux tirs de roquettes, d’artillerie et de mortiers est impérative pour garantir la disponibilité opérationnelle de l’OTAN. L’initiative C-RAM, lancée en octobre 2020 par quatre Alliés - Allemagne, Grèce, Hongrie et Royaume-Uni - porte sur la mise au point et l’acquisition d’une capacité rapidement déployable de détection et de destruction de roquettes et d’obus d’artillerie et de mortiers dans les airs, avant qu’ils ne frappent leurs cibles. Une priorité pourrait tout particulièrement être accordée à l’étude de solutions hautement innovantes permettant de réduire les coûts d’exploitation tout en renforçant la résilience des systèmes contre des attaques massives.

    Munitions

    Les munitions sont essentielles pour toutes les opérations militaires. Pour faire en sorte que les pays membres et les pays partenaires de l’OTAN soient bien équipés, trois projets – relevant chacun d’un domaine d’opérations différent - ont été lancés au niveau multinational.

    Munitions air-sol à guidage de précision (A2G-PGM)

    La fourniture de stocks suffisants de munitions à guidage de précision dans le milieu aérien est nécessaire pour les opérations de l’OTAN. Ce projet d’acquisition de munitions air-sol est mené dans un cadre multinational et vise à accroître la flexibilité dans la gestion des stocks en réduisant les obstacles juridiques et techniques qui empêchent le partage et l’échange de munitions entre les 13 Alliés participants (Belgique, République tchèque, Danemark, Grèce, Hongrie, Italie, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Portugal, Slovaquie, Espagne, et Royaume-Uni) et le pays partenaire (Finlande). Cela permettra à l’Alliance de combler le déficit en matière d’interopérabilité, déficit que l’OTAN a constaté pour la première fois lors de son opération en Libye, mais aussi d’aider les Alliés européens à réduire leur dépendance vis-à-vis des États-Unis pour ce qui est des missions aériennes. Ce cadre a déjà permis aux participants de réaliser d’importantes économies et de gagner beaucoup de temps grâce à plusieurs séries d’acquisitions à l’échelon multinational.

    Munitions tactiquement décisives (Terre) (LBDM)

    Le projet LBDM, calqué sur le projet principal présenté ci-dessus, instaure un cadre multinational pour l’acquisition de munitions pour les forces terrestres. Il rassemble actuellement 20 Alliés et trois pays partenaires (Belgique, Croatie, République tchèque, Danemark, Estonie, France, Allemagne, Italie, Lettonie, Lituanie, Monténégro, Pays-Bas, Macédoine du Nord, Norvège, Pologne, Portugal, Slovaquie, Slovénie, Espagne et Royaume-Uni, plus Autriche, Finlande et Suède), et est, de ce fait, le plus important des projets à haute visibilité. Il renforcera la capacité de l’Alliance à partager les munitions et à opérer de manière harmonieuse sur le terrain. Au fil du temps, cette initiative aidera les troupes à accroître leur interopérabilité et leur efficacité, à harmoniser leurs stocks de munitions, et elle aidera les participants à travailler ensemble de façon harmonieuse et efficace.

    Munitions tactiquement décisives (Mer) (MBDM)

    Certains Alliés (Belgique, France, Italie, Pays-Bas, Pologne, Portugal et Espagne) et un pays partenaire, la Finlande, ont décidé de regrouper les achats de munitions dans le domaine maritime, y compris pour les missiles surface-air, les missiles surface-surface, les torpilles et les obus. La mise au point éventuelle de solutions de mutualisation de l’entreposage pourrait réduire davantage encore les coûts. Cette initiative est un premier pas important vers la constitution de stocks européens de munitions navales de haute qualité permettant de répondre à l’évolution des besoins de l’Alliance.

  • Mode de fonctionnement

    Les Alliés réfléchissent en permanence à de nouvelles initiatives multinationales pour la mise au point des capacités dont l’Alliance a besoin pour faire face aux défis de sécurité actuels.

    Les projets OTAN à haute visibilité (HVP) sont essentiellement axés sur la fourniture accélérée des capacités les plus critiques au travers de la prise d’engagements politiques prenant la forme d’accords signés par les ministres de la Défense. Un premier document, appelé « lettre d’intention » - exposant les principes généraux de la coopération - est signé par les ministres de la Défense des pays parties au projet. Un mémorandum d’entente (MOU), un document juridiquement contraignant présentant les détails de la coopération, est ensuite signé. Les MOU fournissent le cadre juridique nécessaire à l’exécution de la phase de mise en œuvre, qui débouchera sur la fourniture de la capacité concernée. Le haut niveau d’engagement politique augmente considérablement les chances de progrès rapides et tangibles.

    Dans la phase de mise en œuvre de la plupart des projets, l’Agence OTAN de soutien et d’acquisition (NSPA) joue un rôle important d’intermédiaire entre les pays et l’industrie. Elle peut intervenir à différents niveaux : elle peut inviter l’industrie à présenter aux Alliés et aux partenaires des solutions à acquérir, être associée au processus d’acquisition, ou même négocier avec l’industrie pour le compte des pays.