Les relations entre l’OTAN et les Nations Unies

  • Mis à jour le: 05 Jul. 2016 11:22

L’OTAN et l’Organisation des Nations Unies (ONU) sont l'une et l'autre attachées au maintien de la paix et de la sécurité internationales. Les deux organisations coopèrent dans ce domaine depuis le début des années 1990, à l'appui d'opérations de soutien de la paix et de gestion de crise. La complexité des défis actuels en matière de sécurité a rendu nécessaire un dialogue élargi entre l’OTAN et l’ONU, qui a débouché sur une coopération renforcée et sur la mise en place d'arrangements de liaison entre les services des deux organisations, ainsi que sur la création d'agences spécialisées des Nations Unies.

NATO Secretary General Jens Stoltenberg and United Nations Secretary-General Antonio Guterres

Points principaux

  • Le concept stratégique adopté par l’OTAN en 2010 engage l’Alliance à prévenir les crises, à gérer les conflits et à stabiliser les situations postconflit, notamment en travaillant plus étroitement avec ses partenaires internationaux, au premier rang desquels figurent l’ONU et l’Union européenne (UE).
  • Les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU ont constitué le mandat des opérations de l'OTAN dans les Balkans occidentaux, en Afghanistan et en Libye. Elles ont en outre défini le cadre de la mission OTAN de formation en Iraq.
  • L’OTAN a par ailleurs apporté son soutien à des opérations parrainées par l’ONU. Elle a notamment fourni une aide logistique aux opérations de maintien de la paix conduites par l'Union africaine (UA) avec l'aval de l’ONU au Darfour (Soudan) et en Somalie, et elle a participé aux opérations de secours organisées par l’ONU au Pakistan, à la suite du très grave séisme qui a frappé ce pays en 2005. Elle a escorté au large de la Somalie des navires marchands affrétés par le Programme alimentaire mondial, qui transportaient de l’aide humanitaire.
  • La coopération pratique OTAN‑ONU va au‑delà des opérations : elle porte notamment sur l’évaluation et la gestion des crises, la coopération civilo‑militaire, la formation et l’éducation, la lutte contre la corruption dans le secteur de la défense, la lutte antimines, l'atténuation de la menace posée par les engins explosifs improvisés (EEI), les capacités civiles, la promotion du rôle des femmes dans la paix et la sécurité, la protection des civils – notamment des enfants – dans les conflits armés, la lutte contre les violences sexuelles et les violences liées au genre, la maîtrise des armements et la non-prolifération, de même que sur la lutte contre le terrorisme.
  • Lors du sommet que les dirigeants ont tenu en 2015 sur le maintien de la paix, en marge de la 70e session de l'Assemblée générale des Nations Unies, l'OTAN s'est engagée à renforcer son soutien aux opérations de paix de l'ONU.
  • En 2010, suite à la signature de la déclaration de 2008 sur la coopération entre l’ONU et l’OTAN, l’Alliance a renforcé son dispositif de liaison en créant le poste d’agent de liaison civil de l'OTAN auprès de l'ONU, en plus de celui d’agent de liaison militaire, créé en 1999.
  • La coopération renforcée avec l'ONU – et avec d'autres acteurs internationaux comme l'UE et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) – fait partie intégrante de la contribution de l’OTAN à l’approche globale de la gestion de crise et des opérations.

Pour en savoir plus

  • Le cadre de la coopération

    En septembre 2008, s’appuyant sur plus de dix ans de coopération, les secrétaires généraux des deux organisations ont décidé d’établir le cadre d’une consultation et d’une coopération accrues.

    Depuis la signature, en 2008, du texte portant création de ce cadre, la coopération a continué de se développer sur le plan pratique compte tenu du mandat, des compétences, des procédures et des capacités spécifiques de chacune des organisations. Il est maintenant d'usage dans la relation interinstitutionnelle qu'un dialogue et des échanges réguliers aient lieu au plus haut niveau et dans le cadre de réunions de travail sur les questions politiques et opérationnelles. Le secrétaire général de l'OTAN tient son homologue de l’ONU régulièrement informé du déroulement des opérations dirigées par l'OTAN sous mandat de l’ONU et d'autres décisions clés prises par le Conseil de l'Atlantique Nord, notamment dans les domaines de la gestion de crise et de la lutte contre le terrorisme. Régulièrement, l’ONU est invitée à participer aux réunions ministérielles et aux sommets de l’Alliance, le secrétaire général de l’OTAN participant quant à lui à l’Assemblée générale des Nations Unies ; des réunions de travail, qui portent sur le vaste éventail des domaines faisant l'objet d'une coopération et d'un dialogue, sont organisées chaque année entre les secrétariats des deux organisations.

  • Les principaux domaines de coopération

    Opérations de paix

    De par ses capacités et son expérience uniques, l'OTAN peut apporter un soutien précieux à l'ONU, dont les soldats de la paix opèrent dans un environnement de plus en plus exigeant et dangereux. Les représentants des deux organisations ont œuvré à la mise en place d'une coopération pratique en la matière.

    Lors du sommet que les dirigeants ont tenu en 2015 sur le maintien de la paix, le secrétaire général de l'OTAN s'est engagé à renforcer le soutien à l'ONU, notamment dans les domaines suivants : la lutte anti-EEI, la formation et la préparation, le soutien aux efforts des Nations Unies visant à un déploiement plus rapide et à une coopération plus étroite sur le renforcement des capacités dans les pays à risque, à la fois avec les pays des Nations Unies et avec l'UE. Tandis que l'ONU réforme son approche des opérations de paix, l'OTAN continue quant à elle de chercher les domaines dans lesquels son soutien peut faire la différence.

    Lutte contre le terrorisme

    La stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies, les conventions et protocoles internationaux relatifs à la lutte contre le terrorisme ainsi que les résolutions pertinentes du Conseil sécurité de l’ONU forment un cadre pour les activités de l'OTAN en la matière. L’Organisation est amenée à travailler en étroite collaboration, au niveau des services et organes concernés, avec le Comité de l’ONU contre le terrorisme et sa direction exécutive ainsi qu’avec l’Équipe spéciale de lutte contre le terrorisme (CTITF) et nombre des entités qui en font partie. Le Service de prévention du terrorisme de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime est également un important partenaire de l'OTAN.

    Non‑prolifération

    L’OTAN contribue aux travaux du Comité du Conseil de sécurité de l’ONU créé suite à l’adoption, par ce dernier, de la résolution 1540 (2004) relative à la menace pour la paix et la sécurité internationales que constitue la prolifération des armes nucléaires, chimiques et biologiques et de leurs vecteurs. Elle organise d'ailleurs depuis 2004 une série de conférences et de séminaires internationaux sur la non‑prolifération, avec la participation active de partenaires et d’organisations internationales ; l'édition 2016 a eu lieu à Ljubljana (Slovénie) les 9 et 10 mai.

    En outre, l'OTAN, qui a examiné la mise en œuvre de la résolution 1540 aux échelons régionaux et sous‑régionaux, y compris dans le cadre du programme pour la science au service de la paix et de la sécurité, continuera d'étudier la nécessité d'apporter, sur demande, une assistance aux partenaires.

    Les femmes, la paix et la sécurité

    L’OTAN reste attachée à la pleine mise en application de la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l'ONU sur les femmes, la paix et la sécurité, et des résolutions connexes, qui visent à protéger et à promouvoir le rôle, les droits, et la participation des femmes dans le contexte de la prévention et de la résolution des conflits. Dans l'esprit de la politique élaborée par les Alliés en coopération avec les partenaires au sein du Conseil de partenariat euro‑atlantique (CPEA), la réalisation des objectifs fixés dans ces résolutions a progressé de façon significative.

    À cet égard, l’OTAN a entériné un rapport stratégique sur l'intégration de la résolution 1325 et des résolutions apparentées dans ses activités essentielles : la défense collective, la gestion de crise et les opérations ainsi que la sécurité coopérative. En outre, une version actualisée du plan d’action de l'OTAN pour l’application de la politique OTAN/CPEA de mise en œuvre de la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l'ONU sur les femmes, la paix et la sécurité a été approuvée.

    Lors du débat ouvert que le Conseil de sécurité de l'ONU a tenu en octobre 2015 sur les femmes, la paix et la sécurité, le secrétaire général délégué de l'OTAN a promis que l'Organisation poursuivrait ses efforts en la matière, notamment : en partageant avec les Alliés et les partenaires les meilleures pratiques et les enseignements concernant le renforcement de la participation des femmes à la prise de décision ; en encourageant les Alliés à proposer des candidates aux plus hauts postes à responsabilité au sein de l'OTAN ; en renforçant les partenariats avec les organisations internationales telles que l'ONU, l'OSCE, l'UE et l'Union africaine en matière d'égalité des genres ; et en institutionnalisant la participation de la société civile à l'élaboration, à l'exécution et au suivi du plan d'action OTAN/CPEA relatif aux femmes, à la paix et à la sécurité.

    L'OTAN s'est aussi engagée à financer la recherche, fondée sur les preuves, visant à comprendre le rôle de la dimension de genre dans la prévention de l'extrémisme violent et la lutte contre ce phénomène, à l'appui de la résolution 2242 adoptée en 2015 par le Conseil de sécurité de l'ONU, à l'occasion du 15e anniversaire de la résolution 1325.

    Protection des enfants dans les conflits armés

    L’OTAN est attachée à la mise en application de la résolution 1612 et des résolutions connexes du Conseil de sécurité de l'ONU sur la protection des enfants touchés par les conflits armés. Lors du sommet de 2014 au pays de Galles, les dirigeants des pays de l'OTAN se sont accordés à dire qu'il était possible d'en faire davantage afin que l’Alliance soit suffisamment préparée, quel que soit le moment ou l'endroit où la question des enfants et des conflits armés risquait de se poser. En conséquence, l'OTAN a établi le document d'orientation intitulé « La protection des enfants dans les conflits armés voie à suivre ».

    Élaborée en coopération avec les Nations Unies, cette politique vise à améliorer la mise en application de la résolution 1612 dans le cadre des opérations et des missions de l'OTAN. Il s'agit notamment de former les troupes déployées par les pays de l'Alliance, à exercer une surveillance, à reconnaître et à signaler les cas de violations commises contre des enfants, et d'incorporer les questions liées à la protection des enfants dans les scénarios d'exercice de l'OTAN. Lorsqu'elle est invitée à former des forces locales, l'OTAN met en outre l'accent sur l'importance de la protection des enfants dans les conflits armés. En outre, dans le cadre de la mission Resolute Support en Afghanistan, l'OTAN a récemment nommé un conseiller responsable de la question des enfants dans les conflits armés.

    Armes légères et de petit calibre (ALPC)

    L’OTAN contribue à l'exécution du Programme d'action des Nations Unies visant à prévenir, combattre et éliminer le commerce illicite des armes légères et de petit calibre (ALPC), programme qu'ont adopté en juillet 2001 près de 150 pays, dont tous les États membres de l’OTAN. L'Alliance participe en outre aux réunions et aux conférences d'examen des experts de l'ONU. Le Groupe de travail ad hoc OTAN/CPEA sur les ALPC et la lutte contre les mines ainsi que le mécanisme des fonds d’affectation spéciale ont été créés en 1999 pour aider les partenaires à mettre en œuvre les dispositions de la Convention d'Ottawa (également appelée Convention sur les mines antipersonnel). En outre, l'OTAN soutient les pays dans la mise en œuvre du Traité sur le commerce des armes, entré en vigueur en décembre 2014, en dispensant des formations et en appliquant les normes correspondantes.

    De plus, l'Organisation a travaillé en étroite collaboration avec des agences de l'ONU pour définir des normes internationales en matière de gestion du cycle de vie des munitions, comme les directives techniques internationales sur les munitions. L'Alliance s'attache également à soutenir les activités menées aux niveaux régional et sous-régional avec les Nations Unies et les partenaires au-delà du CPEA en matière de gestion des ALPC, des munitions et des restes explosifs de guerre. À cet égard, l'OTAN a développé certaines capacités dans le cadre du programme pour la science au service de la paix et de la sécurité.

    Secours en cas de catastrophe

    L’OTAN coopère aussi avec l’ONU dans le cadre des opérations de secours en cas de catastrophe. Au travers du Centre euro‑atlantique de coordination des réactions en cas de catastrophe (EADRCC), l’OTAN coordonne avec l’ONU et d’autres organismes les efforts déployés pour la gestion des conséquences, et partage des renseignements sur l'aide en cas de catastrophe. Toutes les tâches de l'EADRCC sont effectuées en étroite collaboration avec le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (BCAH) de l’ONU, qui reste le coordonnateur principal pour les opérations internationales de secours en cas de catastrophe.

    L'EADRCC est un mécanisme de coordination régionale destiné à soutenir et à compléter l'action de l'ONU. Face à une catastrophe rendant nécessaire une aide internationale, il incombe à chaque pays de l'OTAN et à chaque pays partenaire de décider de fournir ou non des secours, en fonction des informations communiquées par l'EADRCC.

  • L’évolution de la coopération OTAN ONU sur le terrain

    Les relations de travail entre les Nations Unies et l’Alliance étaient limitées pendant la Guerre froide. Les choses ont changé en 1992 quand les Balkans occidentaux sont devenus le théâtre de conflits de plus en plus graves. Du fait du rôle que chaque organisation jouait dans le domaine de la gestion de crise, elles ont été amenées à intensifier leur coopération pratique sur le terrain dans cette région.

    Instaurer la paix dans l'ex-Yougoslavie

    En juillet 1992, des navires de l'OTAN appartenant à la Force navale permanente de l'Alliance en Méditerranée ont, avec le soutien d'avions de patrouille maritime de l'OTAN, engagé dans l'Adriatique des opérations de surveillance à l'appui de l'embargo sur les armes décrété par les Nations Unies à l'encontre de toutes les républiques de l'ex-Yougoslavie. Quelques mois plus tard, en novembre, l'OTAN et l'Union de l'Europe occidentale (UEO) ont entamé des opérations destinées à faire respecter les résolutions adoptées par le Conseil de sécurité de l’ONU afin de prévenir une escalade du conflit.

    En décembre 1992, les ministres des Affaires étrangères des pays de l'OTAN ont déclaré officiellement que l'Alliance était prête à soutenir les opérations de maintien de la paix menées sous l'autorité du Conseil de sécurité de l’ONU. Un certain nombre de mesures ont ensuite été appliquées, notamment des opérations maritimes conjointes menées sous l'autorité des Conseils de l'OTAN et de l'UEO, des opérations aériennes menées par l'OTAN, un appui aérien rapproché pour la Force de protection des Nations Unies (FORPRONU), des frappes aériennes destinées à protéger les « zones de sécurité »