Capacité alliée de surveillance terrestre (AGS)

  • Mis à jour le: 04 Dec. 2019 17:11

L’OTAN est en train de se doter du système AGS, grâce auquel les commandants de l’Alliance disposeront d'une image globale de la situation sur le terrain. L’acquisition, par un groupe de quinze Alliés, des composantes du système – cinq drones RQ-4D et les stations sol européennes qui permettent de les commander et de les contrôler – est en cours. L’OTAN assurera l'exploitation et la maintenance du système pour le compte de l'ensemble des Alliés. Le drone RQ-4D, dérivé du Global Hawk Block 40 de l’armée de l'air des États-Unis, a été spécialement adapté aux exigences de l’OTAN afin que l’Organisation dispose d'une capacité ultramoderne de renseignement, de surveillance et de reconnaissance.

Naval Air Station Sigonella, Italy - NATO'€™s first RQ-4D has arrived in Europe.

 Points princiaux

  • Le système AGS, composé de segments air, sol et soutien, est opérationnel par tous temps et permet d’assurer une surveillance terrestre et maritime persistante de zones étendues en temps quasi réel.
  • L'AGS apportera aux commandants des forces déployées la connaissance de la situation sur le terrain.
  • L’AGS aura la capacité de contribuer à toute une gamme de missions, telles que la protection des troupes au sol et des populations civiles, le contrôle des frontières et la sécurité maritime, la lutte contre le terrorisme, la gestion de crise ou encore l’aide humanitaire en cas de catastrophe naturelle.

Pour en savoir plus

  • Généralités

    Quinze Alliés (Bulgarie, République tchèque, Danemark, Estonie, Allemagne, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Norvège, Pologne, Roumanie, Slovaquie, Slovénie et États‑Unis) procèdent en ce moment à l’acquisition du système AGS, qui sera mis à la disposition de l’Alliance en 2019. Tous les Alliés participeront au développement de la capacité alliée de surveillance terrestre, sous la forme de contributions financières couvrant la mise en place de la base de stationnement principale de l’AGS, ainsi qu’aux segments communications et soutien en service de la flotte AGS. Certains Alliés remplaceront une partie de leur apport financier par des contributions en nature portant sur des capacités interopérables et mettront ainsi des systèmes nationaux de surveillance à la disposition de l’OTAN.

    La capacité centrale de l’AGS, appartenant à l’OTAN et exploitée par elle, permettra à l’Alliance d’assurer une surveillance persistante de zones étendues au moyen de drones de type HALE (haute altitude, longue endurance) opérant à des distances de sécurité considérables, par tous temps et dans toutes les conditions de luminosité. Grâce à des capteurs radar avancés, ces systèmes seront en mesure de détecter et de poursuivre en continu des cibles mobiles dans l’ensemble des zones observées, et fourniront des images radar des zones d’intérêt et des objets fixes.

    La base de stationnement principale de l’AGS est implantée sur la base aérienne de Sigonella (Italie), qui sert un double objectif : base OTAN pour le déploiement de moyens JISR (renseignement, surveillance et reconnaissance interarmées) et centre d’exploitation de données et de formation.

    Tout comme les aéronefs du système aéroporté de détection lointaine et de contrôle de l’OTAN (NAEW&CS) – les « AWACS », également appelés « les yeux de l’OTAN dans le ciel » – surveillent l’espace aérien de l’Alliance, l’AGS aura la capacité d’observer ce qui se passe au sol, permettant ainsi d’avoir une connaissance de la situation avant, pendant et, si nécessaire, après les opérations de l’OTAN.

    L’AGS répond à l’un des principaux engagements capacitaires pris au sommet de Lisbonne, en 2010.

  • Composantes

    Système intégré, la capacité centrale de l’AGS sera composée d’un segment air, d’un segment sol et d’un segment soutien.

    Le segment air comprendra cinq drones RQ-4D et leur système de commande de vol. Les drones seront équipés d’un radar de surveillance terrestre de pointe, issu du programme d’insertion de la technologie radar à plateformes multiples (MP-RTIP), ainsi que d’un vaste ensemble de liaisons de données à large bande et longue portée, en visibilité directe et transhorizon.

    Le segment sol comportera un certain nombre de stations mobiles et de stations transportables, qui offriront une connectivité grâce à des liaisons de données, des moyens de traitement et d’exploitation des données, ainsi que des interfaces pour l’interopérabilité.

    Il assurera également une interface entre le système central de l'AGS et une large gamme de systèmes C2ISR (commandement et contrôle, renseignement, surveillance et reconnaissance), permettant ainsi de relier de multiples utilisateurs opérationnels, déployés ou non, ainsi que des moyens de l'arrière éloignés de la zone de surveillance. 

    Le segment soutien sera constitué d'installations spécifiques pour le soutien des missions, établies sur la base d'opérations principale, à Sigonella.

    Des contributions en nature interopérables, telles que des systèmes nationaux de surveillance et de données/communications, seront mises à la disposition de l’OTAN et viendront ainsi s'ajouter à l'AGS.

    L'ensemble constitué du système central de l'AGS et de ces contributions nationales en nature permettra à l’OTAN de bénéficier d’une souplesse considérable dans l’emploi de ses moyens de surveillance terrestre.

    Cet ensemble sera complété par d’autres systèmes nationaux de surveillance aéroportés, également interopérables, que les pays membres mettront à la disposition de l’Alliance en fonction des besoins d’une opération ou d’une mission spécifique.

  • Mécanismes

    L’Organisation OTAN de gestion de l’AGS (NAGSMO) et son organe exécutif, l’Agence OTAN de gestion de l’AGS (NAGSMA), sont chargés de l’acquisition de la capacité centrale de l’AGS au nom des 15 pays participants. Avec son Bureau Élément d’état-major et mise en œuvre de l’AGS (AGS SEIO) situé au QG du Commandement allié Opérations (SHAPE), la Force AGS de l’OTAN, activée en septembre 2015, veille à l’intégration opérationnelle et au bon emploi de cette capacité centrale.

    Lors du sommet de Chicago, en mai 2012, la NAGSMA, agissant pour le compte des 15 pays acquéreurs, a attribué le contrat principal du système à la société Northrop Grumman. Airbus Defence and Space (Allemagne), Leonardo (Italie) et Kongsberg (Norvège), ainsi que de grandes entreprises du secteur de la défense de l’ensemble des pays acquéreurs, figurent au nombre des sous-traitants de premier rang et contribuent ainsi à la livraison du système AGS.

    Un important processus de redéfinition du contrat d’acquisition de la capacité centrale s’est achevé en mai 2018 par la signature d’un nouveau contrat. Cela contribue à garantir que le système AGS sera bien adapté et efficace sur le plan opérationnel, et qu’il pourra opérer en toute sécurité dans l’espace aérien global.

    L’engagement de fonds communs OTAN pour l’infrastructure, les communications, l’exploitation et le soutien s’effectue dans le respect des procédures normales d’autorisation de financement en vigueur au sein de l’Alliance.

    Lorsque l’AGS deviendra pleinement opérationnelle, le Royaume-Uni signera avec le SACEUR (commandant suprême des forces alliées en Europe) un mémorandum d’entente définissant les modalités de mise à disposition de ses contributions en nature au profit de l’Alliance.

  • Soutien aux tâches fondamentales de l’OTAN

    Au sommet de Lisbonne, en 2010, les chefs d’État et de gouvernement des pays de l’Alliance ont exposé leur vision pour l’évolution de l’OTAN et la sécurité de ses pays membres. Cette vision est basée sur trois tâches fondamentales, détaillées dans le nouveau concept stratégique de 2010 :

    • la défense collective
    • la gestion de crise
    • la sécurité coopérative.

    L’AGS a été reconnue à Lisbonne comme une capacité critique pour l’Alliance, et devrait contribuer grandement à l’ambition de l’OTAN en matière de renseignement, de surveillance et de reconnaissance interarmées (JISR).

    L’AGS contribuera à ces trois tâches fondamentales grâce aux informations que recueilleront ses capteurs radar MP‑RTIP et qui donneront aux décideurs politiques et militaires une image complète de la situation sur le terrain.

  • Le RQ-4D – Faits et chiffres

    Caractéristiques générales du drone RQ-4D :

    • Fonction principale : renseignement, surveillance et reconnaissance « haute altitude, longue endurance »
    • Groupe moteur : turboréacteur à double flux Rolls Royce-North American AE 3007H
    • Poussée : 3 447 kilogrammes / 7 600 livres
    • Envergure : 39,8 mètres / 130,9 pieds
    • Longueur : 14,5 mètres / 47,6 pieds
    • Hauteur : 4,7 mètres / 15,3 pieds
    • Poids : 6 781 kilogrammes / 14 950 livres
    • Poids maximal au décollage : 14 628 kilogrammes / 32 250 livres
    • Capacité en carburant : 7 847 kilogrammes / 17 300 livres
    • Charge utile : 1 360 kilogrammes / 3 000 livres
    • Vitesse : 575 km/h / 310 nœuds / 357 mi/h
    • Rayon d’action : 16 113 kilomètres / 8 700 milles nautiques / 10 112 miles
    • Plafond : 18 288 mètres / 60 000 pieds
    • Plafond : 18 288 mètres / 60 000 pieds
  • Évolution

    Le programme AGS, dont l’idée avait été émise par le Comité des plans de défense en 1992, débuta sous la forme d’une initiative d’acquisition de capacités en 1995, lorsque les ministres de la Défense des pays de l’OTAN décidèrent que « l’Alliance devait poursuivre les travaux visant à se doter d’une capacité centrale minimale essentielle appartenant à l’OTAN et exploitée par elle, complétée par des moyens nationaux interopérables ».

    Le programme AGS devait fournir à l’OTAN une capacité de surveillance terrestre complète et intégrée, qui offrirait à l’Alliance et à ses pays membres un accès sans restriction et sans filtrage à des données de surveillance terrestre en temps quasi réel, et ce de manière interopérable. Il devait comprendre un segment air constitué de capteurs radars aéroportés et un segment sol composé de stations terrestres fixes, transportables et mobiles destinées à l’exploitation et à la diffusion de données, tous ces éléments devant être interconnectés de manière parfaitement continue par des liaisons de données à haute performance.

    Initialement, la capacité AGS devait être basée sur un ou plusieurs types de moyens de surveillance terrestre existants ou en développement dans les pays membres de l’OTAN. Ultérieurement, des propositions de développement de systèmes basés sur des radars américains ou européens furent également prises en compte. Aucune de ces approches n’obtint des Alliés un appui suffisant pour être mise en œuvre, et, en 2001, le Conseil de l’Atlantique Nord décida de redynamiser l’AGS par un programme de développement accessible à tous les pays de l’OTAN et par le développement parallèle du TCAR (radar AGS développé en coopération transatlantique).

    En 2004, l’OTAN passa à une approche dite de « flotte mixte » : le segment air devait être constitué d'avions habités, des Airbus A321, et de drones Global Hawk, tous embarquant des versions du TCAR, tandis que le segment sol devait se composer d’un vaste ensemble de stations terrestres fixes et déployables.

    En raison d’une contraction des budgets de défense européens, l’OTAN abandonna en 2007 cette approche de flotte mixte, et décida de se diriger plutôt vers un système AGS simplifié, dans lequel le segment air serait basé sur le drone Global Hawk Block 40 standard et sur le radar MP-RTIP associé. Le segment sol, qui serait en grande partie développé et mis en place par l’industrie européenne et canadienne, serait pratiquement inchangé, ses caractéristiques fonctionnelles et opérationnelles étant globalement indépendantes de l’aéronef et du capteur.

    En février 2009, les Alliés participant au programme AGS entamèrent le processus de signature du mémorandum d’entente du programme, étape importante dans la concrétisation d’une capacité essentielle du point de vue opérationnel, et dont l’OTAN avait un besoin urgent. La NAGSMA fut créée en septembre 2009, après que tous les pays participants eurent approuvé le mémorandum d’entente, document de référence pour l’acquisition de cette nouvelle capacité OTAN.

    Le sommet de Lisbonne, en 2010, constitua une autre étape importante pour le programme AGS : le concept stratégique de l’Alliance a en effet reconfirmé le criant besoin opérationnel d’une capacité AGS appartenant à l’OTAN et exploitée par elle, et l’AGS figurait dans le paquet de Lisbonne regroupant les besoins capacitaires les plus pressants de l’Alliance.

    Le 3 février 2012, le Conseil de l’Atlantique Nord décida d’une ligne d’action pour la prise en charge collective des coûts liés à l’exploitation de l’AGS au profit de l’Alliance. La décision de recourir à un financement commun OTAN pour l’infrastructure, les télécommunications par satellite, l’exploitation et le soutien permettait d'envisager l’attribution du marché relatif à l’acquisition de l’AGS. En outre, un accord fut trouvé pour que le système Sentinel du Royaume-Uni et le futur système Heron-TP de la France soient mis à disposition comme contributions nationales en nature remplaçant partiellement l’apport financier de ces deux Alliés.

    En 2012, en marge du sommet de Chicago, les pays de l’OTAN franchirent une étape importante vers la mise en place d’une capacité de surveillance et de reconnaissance terrestres appartenant à l’OTAN et exploitée par elle : le contrat d’acquisition du système AGS était signé le 20 mai, ouvrant la voie à la fourniture d’une capacité vitale au profit de l’ensemble des Alliés. Ce contrat portait sur l’achat et sur l’exploitation et la maintenance initiales de drones équipés de capteurs radars de surveillance terrestre évolués.

    Le drone de l'AGS, c'est-à-dire le RQ-4D, qui est dérivé du Global Hawk Block 40 de l’armée de l'air des États-Unis, a été spécialement adapté aux exigences de l’OTAN afin que l’Organisation dispose d'une capacité ultramoderne de renseignement, de surveillance et de reconnaissance.

    En septembre 2015, l’AGS a franchi plusieurs étapes importantes, telles que le premier essai au sol du premier RQ-4D de série et l'activation de la force AGS de l’OTAN, ce qui signifiait que les Alliés avaient officiellement approuvé la configuration (effectif, structure hiérarchique, etc.) de l’unité chargée d'exploiter le RQ-4D depuis la base aérienne de Sigonella.

    Entre septembre et décembre 2015, d’autres étapes importantes ont été franchies :

    • la station au sol générale mobile (MGGS) et la station au sol générale transportable (TGGS) ont été inaugurées ;
    • le premier vol d’essai du premier RQ-4D a eu lieu à Palmdale, en Californie ;
    • l’AGS a participé avec succès à l’exercice Trident Juncture 2015, depuis le banc d’essai de la capacité AGS de l’OTAN aux Pays-Bas.

    Entre 2016 et 2019, un certain nombre de vols d'essai ont eu lieu pour développer et tester plus avant l'AGS, notamment, fin 2017, le premier vol piloté à distance depuis la base d'opérations principale de Sigonella.

    L'infrastructure AGS temporaire a été mise en place en 2018 et 2019 à Sigonella, et la construction des installations permanentes, qui a débuté, devrait être terminée en 2021. 

    La formation des pilotes AGS, des analystes JISR, des opérateurs radars et des techniciens de maintenance a également débuté, première étape vers la création à Sigonella d'un centre de formation de l'OTAN de premier plan. Une fois pleinement opérationnel, ce centre aura un effectif de 22 instructeurs qui formeront les équipes de mission et les pilotes à l'aide de moyens de simulation, et il pourra accueillir environ 80 stagiaires par an.

    Le premier des cinq drones RQ-4D de l'AGS a atterri à Sigonella, sa nouvelle base, le 21 novembre 2019. Ce premier vol de convoyage entre les États-Unis et l'Italie marque une étape importante dans la mise en œuvre de ce qui est un grand projet multinational d'acquisition d'équipements de pointe. Une phase de vérification des performances du système va maintenant commencer, le but étant de s’assurer de sa pleine conformité avec les exigences de l'OTAN. À l'issue de tous les essais et vérifications des performances, le système AGS complet sera remis à la Force AGS de l’OTAN. La capacité opérationnelle initiale devrait être atteinte dans le courant du premier semestre 2020.