Renseignement, surveillance et reconnaissance interarmées (JISR)

  • Mis à jour le: 04 Jul. 2018 10:11

Le JISR est essentiel à toutes les opérations militaires. Il vient à l’appui de la prise de décision et de la conduite de l'action militaire en fournissant une meilleure connaissance de la situation au sol, dans les airs et en mer. Il permet aux Alliés de procéder, ensemble et avec une efficacité maximale, au recueil, à l'analyse et au partage des informations, ce qui en fait un excellent exemple de coopération et de partage des charges au sein de l'Alliance.

As part of NATO's Unified Vision 2014 trial, the Norwegian coastal corvette KNM Skudd demonstrates how intelligence information provided by ISR assets to the trial command centre (TRICOM) can provide targeting information to the corvette. Photo: Royal Norwegian Airforce/Emil Elsetroenning.  The KNM Skudd is a stealthy missile corvette capable of speeds of over 100kph.

Points principaux

  • L'OTAN met en place un système JISR permanent grâce auquel les décideurs obtiendront des informations et des renseignements leur permettant de prendre en temps voulu des décisions éclairées et judicieuses.
  • Le recueil de données et d'informations JISR repose sur la capacité alliée de surveillance terrestre (AGS) et sur les avions de surveillance AWACS de l'OTAN, ainsi que sur un vaste éventail de moyens JISR nationaux opérant dans l'environnement spatial, aérien, terrestre ou maritime.
  • La surveillance comme la reconnaissance s'appuient sur l'observation visuelle (soldats sur le terrain) et sur l'observation électronique (p. ex. satellites, drones, capteurs au sol et unités maritimes), l'analyse permettant ensuite de transformer en renseignement l'information ainsi obtenue.
  • La capacité opérationnelle initiale (IOC) du JISR, déclarée en février 2016, représente une avancée significative car elle permet une plus grande connectivité entre les capacités de l'OTAN et celles des Alliés.
  • Pour autant, l'IOC n'est que la première étape de l'initiative JISR : des travaux complémentaires seront nécessaires pour pérenniser les résultats obtenus.

 

Pour en savoir plus

  • Composantes

    L'ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) constitue la pierre angulaire de toute opération militaire. Dans ses principes, il est utilisé en temps de guerre depuis des siècles. Il se compose des éléments suivants :

      • le renseignement : le produit final de la surveillance et de la reconnaissance, fusionné avec d'autres informations ;
      • la surveillance : le suivi constant d'une cible ;
      • la reconnaissance : le recueil d'informations dans le but de répondre à une question militaire spécifique.

    Tant la surveillance que la reconnaissance peuvent inclure l'observation visuelle (p.ex. soldats observant discrètement une cible sur le terrain, drones équipés de dispositifs de prise de vues) et l'observation électronique.

    Les activités de surveillance et de reconnaissance se différencient par leur durée et leur spécificité : la surveillance est une activité minutieuse qui s'inscrit dans la durée, alors que les missions de reconnaissance sont généralement brèves et ciblées sur le recueil d'informations spécifiques.

    Une fois les données de surveillance et de reconnaissance obtenues, les spécialistes du renseignement peuvent les analyser, les fusionner avec des informations provenant d'autres sources de données et en tirer du renseignement, qui est ensuite utilisé pour informer les décideurs militaires et civils, notamment aux fins de planification et de conduite d'opérations.

    Les pays ont tous leurs propres sources et méthodes pour la production de renseignement, et il ne leur est pas toujours facile de partager ce dernier avec d'autres Alliés, que ce soit pour des raisons de sécurité, d'exigences procédurales internes ou de contraintes technologiques. 

    Au travers du JISR, l'OTAN cherche à défendre le principe du « besoin de partager » face à celui du « besoin d'en connaître ».  Cela ne signifie pas que tous les Alliés vont automatiquement tout partager, mais plutôt que l'OTAN peut aider à mettre au point des procédures et des technologies visant à faciliter l'échange d'informations tout en protégeant – c'est ce qu'on appelle l'assurance de l'information – les données et les réseaux.  Les Alliés peuvent ainsi obtenir une image globale d'une crise, quelle qu'elle soit, et les décideurs de l'OTAN peuvent prendre, en toute connaissance de cause et en temps voulu, des décisions judicieuses.

  • Mécanisme

    Grâce à l'expérience acquise par l'Alliance au cours des opérations en Afghanistan et en Libye, les moyens de recueil de données (par exemple les avions de surveillance) ont été rendus bien plus accessibles au personnel militaire, y compris aux niveaux tactiques les plus bas. Des moyens qui, il y a quelques années, n'auraient été utilisés qu'à des fins stratégiques et à la discrétion d'officiers généraux, sont maintenant largement disponibles, et leur utilisation est décentralisée. Ce changement s'est produit parce que les pays de l'OTAN ont acquis de nombreux moyens maritimes, terrestres et aériens de recueil d'informations, ceci pour aider à la localisation d'adversaires opérant souvent dans des environnements complexes et au sein de la population civile.

    S'agissant du recueil et de l'analyse des informations, et de la production du renseignement aux fins de la prise de décision, les éléments et acteurs principaux sont recensés ci-dessous.

      • Moyens de recueil des données de surveillance et de reconnaissance
        Leur rôle consiste à recueillir des informations. Il s'agit par exemple de la capacité alliée de surveillance terrestre (AGS) et des avions de surveillance AWACS, équipés de radars, ainsi que des satellites d'observation, des moyens électroniques et des troupes spéciales de reconnaissance au sol.
      • Analystes du renseignement
        Leur rôle consiste à exploiter et analyser les informations provenant de sources multiples. Il s'agit par exemple des analystes militaires et civils nationaux travaillant au niveau stratégique dans les organismes chargés du renseignement. Il s'agit aussi des analystes d'images à tous les niveaux, et des experts en chiffrement.
      • Décideurs
        Leur rôle consiste à exploiter le renseignement dont ils disposent pour prendre des décisions éclairées. Il s'agit, par exemple, des dirigeants politiques et des commandants militaires.
  • Évolution

    Sur la base de l’expérience que ses pays membres ont acquise au cours des récentes opérations, l'Alliance cherche à mettre en place un système ISR permanent et efficace. L'OTAN vise à fournir aux Alliés un mécanisme qui permette de regrouper les données et informations recueillies par des capacités multinationales, telles que l'AGS ou les AWACS, ainsi que par une large gamme de capacités ISR nationales : troupes au sol, moyens maritimes et aériens, plateformes spatiales (satellites, par exemple) et forces d'opérations spéciales.

    Pour concrétiser son ambition dans le domaine JISR, l'Alliance est en train d'élaborer un projet destiné à mettre en place les piliers ci-après.

      • Entraînement et formation
        Il s'agira de donner au personnel ayant des responsabilités liées à la capacité JISR de l'OTAN les compétences nécessaires pour garantir l'efficacité de « l'entreprise JISR ». Ce volet du projet consiste à examiner comment faire en sorte que le personnel de l’OTAN bénéficie des meilleurs entraînements et formations ISR.
      • Doctrine et procédures
        Dans un souci d'amélioration de l’interopérabilité, de l'efficience, de la cohérence et de l'efficacité, un travail constant de développement et de révision de la doctrine et des procédures JISR sera effectué, depuis la réflexion stratégique jusqu'aux procédures tactiques.
      • Environnement réseau
        Les systèmes d'information et de communication de l'OTAN garantiront l'efficacité de la collaboration et du partage de données, produits et applications ISR entre les Alliés. Ils constituent l'élément central des activités de l'OTAN dans le domaine JISR.

    Au sommet de Chicago en 2012, l'OTAN s'est fixé comme objectif de renforcer la coopération et de resserrer les liens entre les forces alliées ; ainsi, les chefs d'État et de gouvernement des pays de l'Alliance ont manifesté l'ambition de doter l'OTAN d'une capacité JISR durable et disponible en permanence, qui donnerait à l'Alliance les « yeux » et les « oreilles » dont elle a besoin pour prendre l'avantage en matière de décision stratégique. Au sommet du pays de Galles en 2014, les Alliés ont réaffirmé que le JISR restait une question hautement prioritaire pour l’OTAN.

    À leur réunion du 10 février 2016, les ministres de la Défense ont déclaré l'IOC du JISR, résultat important qui rend possible une plus grande connectivité entre les capacités de l'OTAN et celles des Alliés, et qui permet à l'ensemble de la Force de réaction de l'OTAN (NRF) de disposer d’une meilleure connaissance de la situation.

    Pour autant, l'IOC n'est que la première étape de l'initiative JISR : des travaux supplémentaires sont nécessaires pour pérenniser les résultats obtenus et les étendre au-delà du cadre de la NRF. Une capacité JISR durable est en train d'être développée selon une approche par étapes ; les travaux en cours permettront d'apporter d'autres améliorations et de tirer davantage parti des synergies dans la gestion des diverses contributions et capacités des Alliés pour que l'OTAN ait une connaissance de la situation « à 360 degrés ».

    Des essais techniques ont lieu tous les deux ans aux fins de démonstration et d'évaluation, en conditions réelles, des progrès accomplis dans le domaine des capacités JISR de l'OTAN. L'essai Unified Vision 2018, qui a eu lieu en juin, a ainsi permis de tester les capacités ISR en mettant l'accent sur une série de défis allant des menaces conventionnelles au terrorisme. Les technologies les plus récentes y ont été utilisées, sur le territoire de pays de l’OTAN en Europe et en Amérique du Nord, pour, au profit des décideurs, fusionner les renseignements obtenus de différentes sources et convertir les données brutes en renseignement.