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Introduction

  1. Peu avant le sommet de 2025, les Alliés ont approuvé un ensemble d’objectifs capacitaires particulièrement ambitieux. Ils s’emploient maintenant à le mettre rapidement en oeuvre à grande échelle. Les Alliés ont par ailleurs pris des mesures importantes pour doper les capacités et la production industrielles de défense à l’échelle de l’Alliance, notamment en approuvant et en déployant le plan d’action pour une adoption rapide des nouvelles technologies1 ainsi qu’en stimulant leurs écosystèmes d’innovation2. Aujourd’hui, il s’agit non seulement de développer les chaînes de production d’équipements de défense traditionnels, mais aussi d’offrir aux Alliés une large gamme d’options pour reconstituer leurs stocks et moderniser leurs arsenaux.

  2. Les nouveaux produits technologiques, à condition qu’ils soient disponibles à grande échelle, peuvent venir élargir les options qui s’offrent aux Alliés. Un certain nombre de ces produits, actuellement développés sur fonds publics ou sur fonds privés par des fournisseurs non traditionnels qui agissent de leur propre initiative dans la perspective de contrats d’acquisition, complètent déjà l’offre proposée par les entreprises de défense traditionnelles3. Ce modèle, que l’on retrouve à la fois dans le secteur civil et dans la défense, peut donner lieu à des délais de livraison raccourcis et contribuer à ce que les Alliés aient accès à des solutions d’un bon rapport coût-efficacité.

  3. Pour exploiter pleinement ce potentiel, les Alliés s’engagent, au travers de l’ensemble de mesures OTAN pour une montée en échelle de l’innovation, à poursuivre leurs efforts et à créer les conditions propices à la montée en puissance des moyens et capacités de développement et de production des entreprises, en particulier des fournisseurs non traditionnels. Pensé comme une boîte à outils, cet ensemble de mesures vise à mettre en place aujourd’hui une capacité de montée en échelle pour pouvoir élargir demain le champ des possibles, (i) en exprimant clairement la demande des Alliés, (ii) en attirant les investisseurs privés4 et (iii) en facilitant la phase de fabrication.

  4. Au travers de cet ensemble de mesures, les Alliés manifestent clairement leur ambition de relever leur niveau de préparation et de renforcer la posture de dissuasion et de défense de l’Alliance en dopant leurs capacités de défense et leurs industries ainsi qu’en améliorant la compétitivité et l’interopérabilité à l’échelle des pays de l’Alliance. Les mesures proactives contenues dans cet ensemble aideront les Alliés à concilier leurs besoins en solutions haut de gamme, qui sont soumises à de longs délais de conception et de livraison, avec des solutions moins coûteuses pouvant être déployées et industrialisées à grande échelle.

I. Adoption rapide : exprimer clairement la demande des Alliés

  1. Si l’Alliance entend maintenir son avance technologique et envoyer un signal clair au marché, marque de confiance dont ont besoin les fournisseurs non traditionnels pour monter en échelle et pour inciter les investisseurs privés à les financer, il demeure essentiel que les Alliés lancent des contrats portant sur de nouveaux moyens technologiques.

  2. Les Alliés ont déjà pris des mesures ambitieuses pour accélérer l’adoption de nouveaux produits technologiques, notamment au titre du plan d’action OTAN pour une adoption rapide des nouvelles technologies, entériné au sommet de 2025. Dans ce plan d’action, ils se sont engagés à repérer / tester / adopter de nouveaux produits technologiques dans un délai – en règle générale – de 24 mois5, en accélérant leur acquisition et leur intégration, en les dérisquant et en mobilisant de façon ciblée les écosystèmes d’innovation. Ainsi, la version pilote du catalogue de solutions innovantes offre déjà un certain nombre de solutions de remplacement pour atteindre les objectifs capacitaires ; plusieurs nouveaux produits sont actuellement testés dans le cadre du projet pilote de polygone d’innovation OTAN, et les résultats positifs obtenus lors de la première mise en oeuvre de la force opérationnelle expérimentale Baltique (TFX-Baltique) permettent d’augurer le lancement d’autres cellules de ce type.

  3.  Conscients que, pour monter en échelle, les entreprises – en particulier les fournisseurs non traditionnels et notamment les petites et moyennes entreprises (PME) – ont besoin de parcours d’acquisition / de déploiement crédibles, les Alliés:
    1. s’emploieront à accroître la part de nouveaux produits technologiques dans leurs forces armées, en tenant compte de l’approche fondée sur les effets prévue dans le processus OTAN de planification de défense (NDPP) pour atteindre les objectifs capacitaires qui leur ont été fixés ;
    2. appliqueront des procédures d’achat offrant l’agilité et la souplesse requises pour suivre le rythme des progrès technologiques ;
    3. associeront toute nouvelle activité d’innovation (défi ou programme d’expérimentation opérationnelle, par exemple) à un parcours d’acquisition existant (notamment au travers d’intégrateurs de systèmes), afin que les nouvelles solutions testées puissent être achetées sans délai, selon qu’il convient, pour répondre à des besoins essentiels ;
    4. chercheront à nouer des partenariats qui donnent la priorité aux initiatives conjointes en matière de conception, de développement, de production et de maintien en condition, ainsi qu’au partage de technologies clés et de droits de propriété intellectuelle, de sorte à renforcer l’OTAN tout en consolidant leur souveraineté nationale.
       
  4. Par ailleurs, pour aider les écosystèmes d’innovation à cerner les besoins des Alliés, l’OTAN a publié, en marge du sommet de 2026, la première version publique du signal de demande agrégée à destination de ces acteurs, signal établi à partir des besoins et des priorités découlant du NDPP. Les domaines mis en avant dans ce premier signal sont les suivants s:
    1. renforcement de l’efficacité au combat des grandes formations terrestres ;
    2. défense contre les attaques aériennes et les attaques de missile ;
    3. capacités de frappe efficaces dans la profondeur ;
    4. fourniture de moyens de traitement et d’évacuation médicaux rapides et modulables ;
    5. déploiement de moyens logistiques efficaces, fiables et adaptables permettant aux forces de durer en opérations.
       
  5. Ce signal sera mis à jour chaque fois que nécessaire, de sorte à tenir compte de l’évolution de la nature de la guerre et des enseignements tirés du conflit en Ukraine. Il sera publié sur le nouveau guichet OTAN pour l’industrie et orientera également les activités d’innovation de l’entreprise OTAN, pour une cohérence maximale.

  6. Les Alliés devraient compléter la demande de l’OTAN en y ajoutant la demande provenant d’initiatives nationales, notamment en communiquant des informations sur les dotations allouées à des programmes et sur les opérations d’acquisition menées dans ces domaines.

  7. En plus de ce qui précède, les Alliés s’emploieront à accompagner davantage les fournisseurs non traditionnels dans leur montée en échelle en les mettant en contact avec des experts du secteur industriel et des administrations, en les aidant dans leur parcours dans les méandres de la réglementation, de la certification et de l’homologation, ainsi qu’en suivant l’industrialisation et la commercialisation de leurs produits. L’OTAN réfléchira à la meilleure manière de concilier et d’exploiter les initiatives d’innovation existantes6 afin d’épauler les Alliés à cet égard.

II. Financement : appel à mobilisation de capitaux privés pour répondre aux besoins de défense des Alliés

  1. Les investisseurs privés permettent aux fournisseurs non traditionnels, notamment aux PME, de monter en échelle en finançant le développement de solutions et leur production. Ces investisseurs privés sont susceptibles de décupler les effets des dépenses de défense des Alliés en engageant davantage de capitaux et, ce faisant, de doper les capacités et la production industrielles de défense à l’échelle de l’Alliance, aidant ainsi les Alliés à répondre à leurs besoins. Ils ont déjà considérablement accru la part de leurs investissements dans la défense, et ce dans l’ensemble de l’Alliance. Toutefois, cette hausse, aussi forte soit-elle, ne représente qu’une part marginale du marché global des capitaux privés.

  2. Si l’on veut que les écosystèmes d’innovation des pays de l’OTAN soient en mesure d’industrialiser l’innovation, il est essentiel que les investisseurs mobilisent davantage de capitaux pour financer les besoins de défense des Alliés. Les Alliés appellent les investisseurs privés de tous les pays de l’Alliance :
    1.  à accroître sensiblement, au cours des trois prochaines années, la part des capitaux alloués aux entreprises qui développent et fabriquent de nouveaux produits technologiques pouvant contribuer à la posture de dissuasion et de défense de l’Alliance ;
    2. à augmenter la production industrielle de défense à l’échelle de l’Alliance, notamment en apportant un soutien financier (p. ex. sous forme de capital, d’instruments de créance, de prêts ou de garanties) et en se faisant les champions de la coopération industrielle transatlantique de défense ;
    3. à cibler principalement les entreprises et les fonds situés dans les pays de l’OTAN et à encourager l’utilisation de capitaux fiables pour promouvoir et protéger les écosystèmes d’innovation des pays de l’Alliance ;
    4. à promouvoir des approches internes qui encouragent et facilitent le financement de la défense et des activités en lien avec ce secteur.
       
  3. Dans le même temps, les États ont un rôle important à jouer lorsqu’il s’agit de faciliter la mobilisation de capitaux privés, sachant que toute une série d’éléments propres aux marchés peuvent limiter les investissements. Les Alliés devraient créer des conditions qui favorisent une hausse des investissements dans les écosystèmes de défense et d’innovation en envoyant des signaux de demande clairs, en passant des marchés, en procédant à des acquisitions conjointes et en adoptant une approche adaptée du partage des risques, tout en tenant compte de la spécificité du secteur de la défense.

  4. Les Alliés prendront des mesures visant à attirer et à mobiliser des capitaux privés pour une montée en échelle de l’innovation de défense, dans le respect des approches et des stratégies nationales ainsi que des architectures financières existantes. Il pourrait notamment s’agir des mesures suivantes :
    1. renforcer les instruments de capital-risque et les véhicules financiers nationaux au profit de la défense ;
    2. soutenir des initiatives multinationales propres à combler le manque de financement, à faciliter les investissements transfrontières ainsi qu’à accroître et à diversifier les sources de financement au sein de l’architecture concernée ;
    3. mobiliser les institutions financières publiques pour dérisquer les investissements privés ;
    4. encourager des modèles d’investissement conjoint public-privé, notamment pour augmenter la capacité de prêt et réduire le coût du capital ;
    5. continuer de tirer parti du DIANA et du fonds OTAN pour l’innovation, selon qu’il convient, pour donner un plus grand écho à ces efforts ;
    6. poursuivre ou encourager la mise en oeuvre de stratégies industrielles de défense qui intègrent les aspects financement et développement capacitaire, tout en encourageant l’interopérabilité et les acquisitions conjointes entre Alliés.

III.  Fabrication : mettre en place un NATO Engine (moteur OTAN)

  1. Le passage à l’échelle de la production est l’un des principaux obstacles auxquels se heurtent les entreprises – en particulier les fournisseurs non traditionnels, notamment les PME – qui ne disposent pas encore de site de fabrication ou de moyens de production en suffisance. Cette situation les empêche de fournir aux pays de l’OTAN de nouveaux produits technologiques en quantité suffisante, et réduit de ce fait les options qui s’offrent aux Alliés à la recherche de tels produits.

  2.  Pour surmonter cet obstacle et permettre la montée en puissance de l’innovation, les Alliés établiront un NATO Engine, plateforme destinée à mettre en réseau des fabricants et des usines7 disposant d’une capacité de production modulable avec des entreprises – en particulier des fournisseurs non traditionnels – à la recherche d’installations pour produire, sur un modèle prestataire ou usine à louer.

  3. Le NATO Engine permettra d’augmenter la capacité de production industrielle de défense de l’Alliance en facilitant l’accès des industriels à un plus grand nombre d’usines, notamment du secteur civil, et de passer à l’échelle de sorte que ces nouveaux produits technologiques répondent aux besoins des Alliés. Il encouragera par ailleurs la collaboration transfrontière.

  4. L’OTAN fournira la plateforme où seront consignées les informations sur les installations de production à louer8. De leur côté, les Alliés pourront contribuer – sur une base volontaire – à la sélection des fabricants et des usines à intégrer dans le réseau NATO Engine ainsi que des entreprises à la recherche d’une capacité de production. Ces fabricants et usines devront :
    1. disposer des installations9 requises pour répondre aux besoins en produits de défense, de sécurité et de résilience des Alliés ;
    2. être disposés à coopérer avec des entreprises de tous les pays de l’Alliance ;
    3. être prêts à fournir les informations requises pour se conformer aux procédures OTAN et pour permettre la conclusion d’arrangements commerciaux (propriété, bénéficiaires, coûts, capacités, délais de fabrication, approches en matière de droits de propriété intellectuelle et permis requis) ;
    4. tenir compte des lois et réglementations nationales applicables.
       
  5. Les entreprises (essentiellement des fournisseurs non traditionnels) des pays de l’Alliance à la recherche d’une capacité de production et/ou de services de fabrication pourront ainsi aisément introduire une demande d’accès à la plateforme afin de trouver un fabricant/une usine répondant à leurs besoins. Elles pourront ensuite conclure des arrangements commerciaux pour industrialiser leur production et livrer en masse afin de répondre aux besoins de défense des Alliés.

  6. Les arrangements commerciaux qui seront conclus par l’intermédiaire du NATO Engine seront exclusivement négociés entre entreprises, sans intervention de l’OTAN. Il appartiendra aux entreprises concernées de se conformer à la réglementation applicable, notamment en ce qui concerne les licences d’exportation.

  7. La version pilote du NATO Engine sera lancée au sommet de juillet 2026 et gérée par l’Agence OTAN de soutien et d’acquisition (NSPA). Elle permettra de mettre en place un réseau constitué, dans un premier temps, de fabricants et d’usines opérant dans les secteurs de la fabrication additive, des prestations d’ingénierie et de la fabrication en tant que service (MaaS, manufacturing-as-a-service). L’Ukraine sera invitée à participer à cette phase pilote.

1. Plan d'action de l'OTAN pour une adoption rapide – Synthèse

2. Notamment au travers de l’engagement en faveur d’un renforcement des capacités industrielles des pays de l’OTAN, de l’Accélérateur d’innovation de défense pour l’Atlantique Nord (DIANA), des activités d’innovation entreprises par le Commandement allié Transformation (ACT) et du fonds OTAN pour l’innovation.

3. Cette approche proactive se distingue de celle suivie par les grands maîtres d’oeuvre industriels, qui attendent généralement de recevoir le cahier des clauses particulières pour développer un produit dans le cadre d’un contrat conclu avec l’État.

4. Banques, fonds de pension, groupes d’assurance, fonds de capital-investissement et fonds de capital-risque, investisseurs privés, fonds spéculatifs, gestionnaires de grandes fortunes, etc.

5. Délai pouvant varier en fonction du niveau de maturité technologique et de la nature du produit.

6. Notamment au travers du DIANA et par l’intermédiaire de l’ACT. 

7. Il pourrait s’agir d’installations appartenant à des entreprises privées, à des partenariats public-privé, à des entreprises publiques ou à des organismes de recherche et/ou d’entités rattachées à des initiatives nationales similaires.

8. À la demande de l’Allié, de l’usine ou du fabricant concerné, ces informations pourront être anonymisées pendant la phase initiale, avant la conclusion d’arrangements commerciaux.

9. À savoir disposer notamment d’un accès à des équipements modulaires spécialisés (p. ex. imprimantes 3D et modules de fabrication essentiels), de méthodes de production automatisée et de savoir-faire déjà mis en oeuvre dans le secteur civil.