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Résumé

L’Alliance évolue aujourd’hui dans un environnement de sécurité en mutation rapide, où ruptures technologiques et compétition stratégique imposent rapidité et agilité lorsqu'il s’agit de prendre une décision. Déterminés à préserver leur avance stratégique et à assurer la sécurité de leurs citoyens, soit plus d’un milliard de personnes, les Alliés se sont engagés à accroître leurs investissements afin de faire en sorte que l’Alliance dispose des forces, des capacités, des ressources, des infrastructures, du niveau de préparation au combat et de la capacité de résilience nécessaires pour assurer la dissuasion et la défense et s’acquitter des deux autres tâches fondamentales de l’OTAN.

La présente stratégie numérique de l’Alliance définit l’orientation de la transformation numérique de l’OTAN et expose la vision de haut niveau, à savoir assurer aux dirigeants et aux militaires des pays de l’Alliance la supériorité informationnelle et décisionnelle nécessaire à la domination opérationnelle dans tous les milieux, par l’intégration rapide de capacités numériques sécurisées, résilientes et interopérables qui exploitent les atouts de la collaboration humain-machine guidée par la donnée.

La stratégie présente un ensemble de principes stratégiques qui offrent une base cohérente pour la prise de décision, les investissements et la gouvernance dans l’ensemble de l’Alliance et de l’entreprise OTAN. Ces principes ont vocation à mettre en cohérence les activités des différentes parties prenantes et à faire en sorte que les initiatives de transformation numérique soient guidées par des valeurs, des normes et des impératifs opérationnels communs, même si les conditions technologiques et géopolitiques continuent d’évoluer.

La stratégie fixe également un ensemble d’objectifs stratégiques qui visent à promouvoir la cohérence entre les initiatives de l’entreprise OTAN et des Alliés et à favoriser l’unité d’objectif au sein de l’écosystème de l’Alliance. Ces objectifs, au nombre de cinq, se déclinent comme suit : une transformation numérique pilotée par la mission, une infrastructure interopérable et sécurisée dès la conception, des opérations « donnée-centrées », une adoption plus rapide de l’innovation, et un renforcement des compétences numériques des personnels.

La stratégie, véritable boussole stratégique, est appelée à guider le bon déroulement de la transformation numérique de l’OTAN en harmonisant la gouvernance, les investissements, le développement capacitaire et l’adaptation culturelle dans l’ensemble de l’Alliance. Sa mise en œuvre, régie par la stratégie de mise en œuvre de la transformation numérique (DTIS), sera soumise à une série d’indicateurs qualitatifs et quantitatifs afin que les progrès réalisés sur les plans organisationnel, technique et culturel puissent être appréciés.

La stratégie entend faire de l’OTAN un chef de file à l’ère du numérique, en lui assurant la supériorité dans le cadre des missions, l’avantage informationnel et le niveau de préparation adéquat dans tous les milieux. L'intégration cohérente des progrès des pays et des ambitions des Alliés placera l’Alliance en position optimale pour faire face aux défis futurs, et lui permettra d’accroître sa résilience et d’emporter la décision sur le plan numérique. La transformation numérique de l’OTAN n’est pas seulement une modernisation technologique, mais elle est aussi un véritable changement au niveau de la culture, de la posture et de l’agilité opérationnelle.

Contexte stratégique

  1. L’environnement de sécurité mondial est aujourd’hui caractérisé par une érosion intense et permanente de la stabilité stratégique : un certain nombre de pays autoritaires s’emploient, au travers de manœuvres agressives, à étendre leur influence partout dans le monde et à porter atteinte à la liberté et à la sécurité des pays membres de l’OTAN. Ces phénomènes mettent à mal les valeurs fondamentales de l’Alliance et menacent l’intégrité de l’ordre international fondé sur des règles.
  2. Face à cette situation, l’OTAN a adopté une approche à 360 degrés en matière de dissuasion et de défense, s’employant à renforcer sa vigilance et sa préparation. Ainsi, au sommet de La Haye, les chefs d’État et de gouvernement des pays de l’Alliance se sont engagés à accroître les investissements d’ici à 2035 afin de faire en sorte que l’Alliance dispose des forces, des capacités, des ressources, des infrastructures, du niveau de préparation au combat et de la capacité de résilience nécessaires pour assurer la dissuasion et la défense et s’acquitter de ses deux autres tâches fondamentales1.
  3.  Dans le concept stratégique de 2022, les Alliés ont réaffirmé leur engagement à accélérer le processus de transformation numérique de l’OTAN et à adapter la structure de commandement de l’Organisation pour l’ère de l’information en renforçant les moyens de cyberdéfense, les réseaux d’information et les infrastructures. Pour y parvenir, l’Alliance s’est fixé un ensemble cohérent de priorités qui doivent permettre de mettre en œuvre cette transformation numérique à l’échelle requise et avec la rapidité voulue : promouvoir l’innovation et accélérer l’adoption et l’intégration des technologies numériques modernes, y compris de celles qui sont considérées comme émergentes ou disruptives ; renforcer la coopération avec le secteur privé ; respecter les principes d’utilisation responsable et veiller à ce que les normes agréées soient mises en application dans les temps. Ces initiatives seront ensuite recentrées à la lumière des orientations qui seront énoncées dans la directive politique 2027 et des objectifs capacitaires correspondants qui seront arrêtés dans le cadre du processus OTAN de planification de défense, faisant ainsi avancer la mise en œuvre de la transformation numérique dans l’ensemble de l’Alliance.

But

  1. Dans ce nouveau contexte stratégique, la présente stratégie numérique de l’Alliance (ci-après, « la stratégie ») définit l’orientation stratégique de la transformation numérique de l’OTAN et traduit l’engagement des pays membres à mettre à disposition des capacités numériques interopérables et des réseaux résilients. Elle encourage l’intégration d’outils numériques et la maîtrise de la supériorité informationnelle pour accroître l’avantage militaire décisif dont dispose l’OTAN. Elle concourt aussi à la mise en œuvre de la famille de plans DDA2 ainsi que du concept-cadre de l’OTAN sur la capacité à combattre et du programme-cadre pour le développement des capacités de combat qui y est adossé. Cette stratégie constitue le document de référence pour la gouvernance numérique (voir l'appendice 1).

Vision pour 2035

  1. La vision pour la transformation numérique, avec le cadre qui y est proposé, reste valable jusqu’à 2030. La présente stratégie, qui s’inscrit dans le prolongement de ce texte fondamental, en étend la trajectoire et la porte jusqu’en 2035, réaffirmant les engagements pris au sommet de La Haye et alignant les priorités de l’OTAN et des pays sur les ambitions multilatérales.
  1. Assurer aux dirigeants et aux militaires des pays de l’Alliance la supériorité informationnelle et décisionnelle nécessaire à la domination opérationnelle dans tous les milieux, par l’intégration rapide de capacités numériques sécurisées, résilientes et interopérables qui exploitent les atouts de la collaboration humain-machine guidée par la donnée.

Champ d’application

  1. La stratégie s’applique aux services TIC (technologies de l’information et de la communication)3 et aux capacités numériques associées qui concourent à l’accomplissement des tâches fondamentales de l’OTAN.
  2. Elle présente une fonction double, à la fois prescriptive et incitative, comme exposé ci-dessous :
    • Les entités de l’entreprise OTAN doivent s’employer à concrétiser la vision et les objectifs stratégiques et à appliquer les principes qui y sont énoncés.
    • Les pays de l’OTAN, les entités affiliées au réseau de mission fédéré (FMN) et les participants potentiels à ce réseau sont – vivement – encouragés à aligner, lorsqu’il y a lieu, leurs propres activités sur les principes et objectifs stratégiques énoncés dans la stratégie.
    • Il convient toutefois de souligner que la stratégie revêt un caractère obligatoire pour tous les pays dès lors qu’ils entendent rejoindre un réseau fédéré mis en place pour des consultations politico-militaires stratégiques ou pour une opération dirigée par l’OTAN, et ce afin de garantir dès le départ l’interopérabilité des forces et des capacités numériques. Il s’agit d’une condition préalable essentielle pour que les pays puissent opérer efficacement et en toute sécurité au sein d’une formation OTAN cohésive, dans le cadre de la posture de dissuasion et de défense renforcée.

Principes stratégiques

  1. La stratégie, pour être mise en œuvre de manière optimale, nécessite l’adoption d’un ensemble commun de principes stratégiques, présentés ci-après. Classés par groupes thématiques, ces principes offrent une base cohérente pour la prise de décision, les investissements et la gouvernance dans l’ensemble de l’Alliance et de l’entreprise OTAN. Ils ont vocation à harmoniser les activités des différentes parties prenantes et à faire en sorte que les initiatives de transformation numérique soient guidées par des valeurs, des normes et des impératifs opérationnels communs, même si les conditions technologiques et géopolitiques continuent d’évoluer.

  2. Infrastructures et services numériques
    • Les capacités numériques sont acquises et/ou adoptées à la demande (as-a-Service) par l’industrie ou par les pays de l’Alliance. Si cela n’est pas possible, elles sont acquises conformément au modèle ABC (Adopt – Buy – Create), c’est-à-dire : voir s’il est possible d’adopter une capacité dont l’OTAN ou un pays dispose déjà4, sinon, acheter une solution sur étagère, et, en dernier recours, mettre au point une nouvelle capacité – ou combiner ces différentes solutions.
    • Lorsque les besoins sont équivalents, les utilisateurs de l’entreprise OTAN se voient proposer les mêmes services TIC normalisés, adaptés aux besoins, utilisables et sécurisés dès la conception.
    • Les capacités numériques nationales utilisées par les forces affectées au SACEUR ou par les forces susceptibles de jouer un rôle dans la famille de plans DDA doivent respecter les normes d’interopérabilité adoptées par l’OTAN, conformément aux spécifications FMN agréées et aux calendriers de mise en œuvre correspondants.
    • L’OTAN adopte une approche d’ingénierie numérique5, et veille à ce que les architectures, les spécifications et les artefacts de conception des systèmes soient intégrés numériquement, guidés par la donnée, et alignés sur les normes agréées, l’objectif étant de permettre l’automatisation, la traçabilité jusqu’aux résultats de la mission, l’interopérabilité9 dès le départ et la cohérence tout au long du cycle de vie, à l’échelle de l’Alliance et de l’entreprise OTAN. Ces normes doivent également s’appliquer aux pratiques sécurisées concernant la chaîne d’approvisionnement en logiciels et en matériels ainsi qu’aux tests de cybersécurité.
    • Les besoins capacitaires, les architectures et les normes d’interopérabilité associées doivent être « donnée-centrés », c’est-à-dire structurés de manière à être lisibles par machine, interprétables, échangeables et testables avec peu voire pas d’intervention humaine.
    • Le paradigme de la défense définie par logiciel est intégré de façon à pouvoir dissocier fonctionnalité et matériel, faciliter les mises à niveau des capacités en dynamique et rationaliser les réseaux grâce à une mise à disposition entièrement automatisée (zero-touch) et à une orchestration des moyens en dynamique, lesquelles permettent un déploiement automatisé et une mise en place rapide des réseaux de mission.
    • Des plateformes fédérées sont mises en place pour permettre la collaboration et le partage contrôlé des données, des services numériques et des ressources informatiques, dans le respect des principes de confiance zéro et de sécurité dès la conception.
    • L’adoption du cloud se fait selon un modèle fédéré, évolutif et hybride, prenant en charge plusieurs niveaux de classification, intégré de manière transparente à l’informatique en périphérie tactique et basé sur des réseaux de nouvelle génération. Ce modèle permet de garantir une connectivité offrant résilience, bande passante élevée et faible latence pour l’échange continu de données, la mobilité et les opérations essentielles à la mission en environnement dégradé, contesté ou interdit.
       
  3. Écosystème Données et intelligence artificielle (IA)
    • La donnée est à la fois une ressource collective et un actif stratégique durable qui doit être intégré dans les processus décisionnels politiques et militaires.
    • L’utilisation à grande échelle des technologies d’intelligence artificielle (IA) dans les services numériques doit être encouragée et accélérée à l’OTAN, dans le respect des principes d’utilisation responsable adoptés par les Alliés.
    • S’agissant en particulier des services en périphérie tactique, le déploiement de solutions d’inférence IA permettra aux opérationnels de mieux appréhender les situations, facilitera la prise de décisions en temps réel en toute connaissance de cause et renforcera l’autonomie opérationnelle en environnement contesté.
    • La mise en place d’un étiquetage des données / métadonnées et de contrôles d’accès aux données cohérents et normalisés, conformes aux principes fédérés de gestion des identités, des identifiants et des accès, permettra un partage de données sécurisé, transparent et conforme aux politiques en vigueur dans les espaces de données fédérés6, de manière intégrée au niveau de la plateforme numérique.
       
  4. Facilitation du commandement intermilieux (CDC). Pour que le concept de CDC de l’Alliance puisse être implémenté, il convient de mettre en place un environnement informationnel de combat cloisonné, greffable à la dorsale numérique fédérée, qui permette la fusion des données provenant de capteurs et l’intégration des flux de données capteurs-effecteurs adossées à des fonctions d’analyse prédictive en temps réel et d’augmentation cognitive pour la prise de décision.

  5. Cyberdéfense et résilience numérique
    • L’assurance de la mission est renforcée par l’intégration des principes de confiance zéro dans toutes les infrastructures numériques afin d’optimiser la cyberdéfense et la résilience numérique de l’OTAN, par la mise en place de solutions de vérification continue et d’un accès basé sur le principe du moindre privilège ainsi que par la manipulation sécurisée des données, des utilisateurs et des systèmes.
    • L’OTAN accélère l’adoption de la cryptographie postquantique afin d’assurer la protection à long terme des données et des communications sensibles, d’atténuer les menaces futures liées à l’informatique quantique et de préserver la supériorité informationnelle stratégique.
    • Les services essentiels à la mission sont identifiés, priorisés, protégés et continuellement optimisés pour garantir l’assurance de la mission et l’exécution ininterrompue des fonctions essentielles à l’échelle des quartiers généraux de combat, qu'ils soient fixes, mobiles ou déployés. La résilience et la survivabilité des services essentiels à la mission sont assurées par des solutions techniques redondantes et diversifiées, sur la base du principe PACE (Primary, Alternate, Contingency, Emergency – Primaire, Alternatif, Contingence et Urgence).
    • L’OTAN s’appuiera sur une solide collaboration avec des fournisseurs de confiance pour préserver ses intérêts dans le cyberespace, notamment lorsqu'il s'agira de renforcer sa capacité de réagir rapidement à des cyberincidents.
       
  6. Innovation et intégration des technologies émergentes
    • L’OTAN continue d’étoffer son réseau d’innovation et de collaborer avec des acteurs développant des technologies qui présentent un potentiel de dualité (civil-militaire) ou de rupture dans le cadre d’expérimentations/d’activités de prototypage et de procédures d’acquisition rapide.
    • Le recours à des mécanismes « fail fast, learn faster » – valorisant l’expérimentation, la vitesse et la capacité de pivoter en cas d’échec – et de déploiement de prototypes est maintenu et accru pour les cas d’utilisation qui découlent de besoins opérationnels pertinents.
    • Les environnements synthétiques, ainsi que les services de modélisation et de simulation, sont mis à profit pour accélérer la recherche et le développement, la formation collective, la tenue de jeux de guerre et les répétitions de mission pour les opérations multimilieux (MDO).
       
  7. Personnels et culture
    • Les compétences numériques doivent faire partie des compétences professionnelles de base pour toutes les catégories de personnel. Elles sont adaptées aux responsabilités attachées à la fonction et à l’évolution des besoins de la mission.
    • L’apprentissage continu et le développement de l’agilité intellectuelle sont favorisés au travers de formations, d’exercices basés sur des scénarios et d’un accès à divers outils numériques qui cultivent le raisonnement analytique et l’innovation.
    • Les cadres, à qui les moyens nécessaires ont été donnés, sont encouragés à promouvoir l’instauration d’une culture du numérique, à soutenir la prise de décision fondée sur la donnée et à favoriser un changement de culture vers l’expérimentation, l’innovation et la confiance dans le numérique.
    • La formation et la certification des personnels tout au long de leur carrière sont régies par un programme structuré pour la maîtrise du numérique, de sorte que ceux-ci puissent atteindre et conserver un niveau adapté à leur rôle et à leur grade, ce qui permettra de renforcer le développement capacitaire dans l’ensemble de l’Alliance. Il convient également de prévoir des interactions concrètes entre les personnels et les systèmes faisant appel à l’IA afin de garantir une utilisation responsable et d’instaurer la confiance dans les opérations assistées par la machine.
    • Des mécanismes de coopération civilo-militaire, qui auront été approuvés par les Alliés, seront mis en place à l’échelle de l’OTAN, avec le concours de plusieurs équipes pluridisciplinaires, afin de permettre des échanges de connaissances sur le long terme et de promouvoir une culture de la collaboration éthique et intersectorielle et de l’alignement opérationnel propre à favoriser l’innovation continue. En outre, la collaboration avec les milieux universitaires et les industriels des pays de l’Alliance sera renforcée afin que l'on puisse tirer parti des développements pertinents dans le domaine de la recherche et préserver l’avantage compétitif de l’Alliance, dans l’optique de mettre en place des capacités de commandement et contrôle agiles allant jusqu’à la périphérie tactique.
       
  8. Processus organisationnels
    • La planification organisationnelle de la transformation numérique se fait selon des méthodes agiles et une approche axée sur la gestion de portefeuille. Celles-ci permettent des processus d’itération, de réévaluation et de repriorisation continus fondés sur les retours d’information et l’évolution des besoins de la mission.
    • Les processus internes sont rationalisés et, si besoin, automatisés, afin de réduire les frais généraux, d’accélérer la réactivité et d’accroître l’efficience et l’efficacité de l’organisation. Des structures organisationnelles adaptables facilitant la collaboration transversale et la réactivité au changement viendront accompagner ces améliorations. Un volet « gestion du risque » est intégré dans le processus décisionnel afin de garantir que les mesures prises sont alignées sur les priorités stratégiques et que les menaces potentielles sont traitées de manière proactive.
    • Des mécanismes sont mis en place pour l’évaluation systématique de la conformité à la réglementation et pour la collecte des retours utilisateurs, des données opérationnelles et des enseignements tirés. Il est ainsi possible d’affiner en permanence le cadre réglementaire pour le numérique en fonction des déterminants stratégiques et des priorités en matière de transformation numérique.

Objectifs stratégiques

  1. La présente stratégie s’appuie sur une série d’objectifs stratégiques qui visent à promouvoir la cohérence entre les initiatives de l’entreprise OTAN et des Alliés ainsi qu’à favoriser l’unité d’objectif au sein de l’écosystème de l’Alliance. Ces objectifs traduisent la vision exposée dans la stratégie en actions concrètes, et guident à la fois le développement des capacités numériques et la gouvernance de leur mise en œuvre.
  2. Une transformation numérique pilotée par la mission : Inscrire toutes les initiatives de transformation numérique dans les besoins opérationnels des combattants et des décideurs, et veiller à ce que les technologies numériques facilitent directement l’exécution des trois tâches fondamentales de l’OTAN. Favoriser une planification axée sur les résultats et l’établissement de feuilles de route qui traduisent la stratégie en services numériques exploitables – s’appuyant sur des processus modernisés – calés et alignés sur l’objectif cardinal : rendre l’Alliance pleinement à même de conduire une MDO d’ici à 2030 et renforcer encore d’ici à 2035 l’avantage compétitif de l’OTAN lorsqu'il s’agit de conduire une MDO.
  3. Une infrastructure interopérable et sécurisée dès la conception : Mettre en place, pour les besoins de l’Alliance, des plateformes numériques interopérables et sécurisées dès la conception, qui soient conformes aux normes internationales et aux architectures de référence agréées par l’OTAN8 , afin de parvenir à l’interopérabilité des moyens fédérés et d’éviter au maximum toute dépendance vis-à-vis d’un fournisseur. Favoriser la convergence des infrastructures numériques et la rationalisation des réseaux d’ancienne génération en suivant la philosophie de défense définie par logiciel, ce qui permettra d’accroître la modularité, la programmabilité et l’interconnectivité entre des systèmes hétérogènes.
  4. Des opérations « donnée-centrées » : Mettre en place un modèle de gouvernance « donnée-centré »9 qui garantit une meilleure connaissance de la situation, une meilleure anticipation stratégique et une meilleure précision tactique en temps réel grâce à un accès permanent aux données pertinentes pour la mission à tous les échelons, du niveau politico-militaire stratégique à la périphérie tactique, accélérant ainsi la prise de décisions essentielles à la mission. Exploiter les espaces de données fédérés de l’Alliance pour renforcer la résilience, optimiser la gouvernance et favoriser la découvrabilité et la consommation de la donnée entre les milieux et entre les pays, tout en préservant la souveraineté, l’autonomie et la responsabilité des pays pour ce qui est de la donnée.
  5. Une adoption plus rapide de l’innovation : Intégrer des mécanismes de mise à disposition agiles et des procédures d’adoption rapide des capacités dans l’ensemble des chaînes d’acquisition et d’opération. Promouvoir les approches « fail fast, learn faster » et associer les utilisateurs opérationnels à un stade précoce afin de faciliter le déploiement de solutions innovantes sur le terrain, y compris en adaptant/faisant évoluer comme il conviendra les processus existants d’homologation d’emploi et de sécurité.
  6. Un renforcement des compétences numériques des personnels : Former un ensemble de professionnels ayant l’esprit critique, qui soient capables d’évoluer dans un environnement numérique complexe, d’en assurer la sécurité et d’y faire preuve d’innovation. Renforcer les compétences numériques des personnels à tous les niveaux, en fonction de leurs domaines de responsabilité et des connaissances dont ils ont besoin, améliorer la coopération civilo-militaire en matière d’expertise numérique, et donner aux cadres les moyens de défendre l’instauration d’une culture mettant le numérique au centre de la réflexion.

Mesure des progrès

  1. La stratégie, véritable boussole stratégique, est appelée à guider le bon déroulement de la transformation numérique de l’OTAN en harmonisant la gouvernance, les investissements, le développement capacitaire et l’adaptation culturelle dans l’ensemble de l’Alliance. Sa mise en œuvre est régie par la stratégie de mise en œuvre de la transformation numérique (DTIS) et ses versions révisées ultérieures.
  2. Le modèle de maturité de la transformation numérique (DTMM)21, qui a été approuvé et doit à présent être opérationnalisé, comptera parmi les éléments essentiels pour l’évaluation des progrès accomplis. Il permettra aux organes de gouvernance d’identifier les insuffisances capacitaires, de suivre l’état de préparation des entités, d’évaluer l’adaptation culturelle et de piloter l’amélioration continue au travers d’une prise de décision fondée sur des données probantes. Une série d’indicateurs qualitatifs et quantitatifs seront utilisés pour apprécier les progrès accomplis au regard des objectifs stratégiques fixés.
  3. Au niveau stratégique, les indicateurs de performance (KPI) seront notamment les suivants : pourcentage de missions OTAN faisant appel à des services numériques cloud native ; gains d’efficacité opérationnelle attribués à l’adoption de l’IA et à des systèmes automatisés de prise de décision assistée ; efficacité des mesures d’interopérabilité ; intégration dès la conception de contrôles de sécurité et de confidentialité ; taux de participation aux programmes de leadership numérique et taux de certification des personnels. D’autres KPI seront définis et suivis dans le cadre de plans/feuilles de route de mise en œuvre lors des futures révisions de la DTIS ainsi que des instruments de gouvernance subordonnés. Les évaluations qui seront réalisées régulièrement au regard de ces indicateurs faciliteront l’apprentissage continu, concourront à la planification adaptative et permettront de faire en sorte que la stratégie reste un instrument évolutif qui favorise la cohérence et la responsabilité dans l’ensemble des initiatives de transformation numérique.

Rôles et responsabilités

  1. Le Comité des orientations pour le numérique (DPC) s’appuie sur ses analyses de prospective stratégique pour suivre en continu l’évolution de l’environnement numérique et, lorsque des changements importants dans le contexte stratégique le justifient, actualise la stratégie pour faire en sorte que l’OTAN conserve son avantage stratégique par rapport à ses compétiteurs.
  2. Le DPC veille à ce que la stratégie soit mise en œuvre selon une approche axée sur les résultats et actualise donc – comme il convient – la DTIS de manière à faire apparaître les axes sur lesquels les Alliés et l’entreprise OTAN doivent faire effort. Les progrès accomplis feront l’objet d’une évaluation et de comptes rendus systématiques au Conseil.
  3. Le DPC informe et consulte régulièrement le Comité militaire afin d’aligner la mise en œuvre de la stratégie – au travers de la DTIS – sur le programme-cadre pour le développement des capacités de combat de l'OTAN, de manière à assurer la cohérence entre les orientations politiques, la transformation numérique et les efforts de développement des capacités de combat dans l’ensemble de l’Alliance.
  4. Les représentants nationaux au sein d’autres comités et bureaux d’orientation de haut niveau de l’OTAN communiquent à leur capitale les grandes perspectives de la présente stratégie et se coordonnent, selon les besoins, pour assurer la cohérence des politiques et contribuer ensemble à la réalisation des objectifs stratégiques.
  5. Les chefs des entités de l’entreprise OTAN se coordonnent, dans le cadre du Groupe exécutif de haut niveau et sous la supervision du secrétaire général, pour contribuer collectivement à la réalisation de la vision et des objectifs stratégiques figurant dans le présent document.

Conclusion

  1. La stratégie entend faire de l’OTAN un chef de file à l’ère du numérique, en lui assurant la supériorité dans le cadre des missions, l’avantage informationnel et le niveau de préparation adéquat dans tous les milieux. L'intégration cohérente des progrès des pays et des ambitions des Alliés placera l’Alliance en position optimale pour faire face aux défis futurs, et lui permettra d’accroître sa résilience et d’emporter la décision sur le plan numérique. La transformation numérique de l’OTAN n’est pas seulement une modernisation technologique, mais elle est aussi un véritable changement au niveau de la culture, de la posture et de l’agilité opérationnelle.

Annexe 1: Cadre réglementaire pour le numérique

  1. La gouvernance numérique de l’OTAN repose sur l’élaboration et l’affinement continu d’un cadre réglementaire pour le numérique (DRF) complet. Celui-ci constitue un ensemble structuré et hiérarchisé de documents officiels et de mécanismes de mise en œuvre établis par les organes de gouvernance. Il englobe la stratégie globale, laquelle est étayée par plusieurs stratégies portant sur des thèmes spécifiques, l’approche à l’échelle de l’entreprise OTAN, un mécanisme de mise en conformité et l’ensemble des orientations pour le numérique. Il est en outre complété, selon les besoins, par des cadres, directives, normes techniques et architectures qui, ensemble, permettent une gouvernance efficace.
  2. Il est nécessaire de procéder régulièrement à une revue complète du DRF pour s’assurer qu’il reste cohérent et pertinent et qu’il demeure un outil stratégique pour l’exécution des tâches fondamentales de l’Alliance.

Figure 1 : Cadre réglementaire pour le numérique à l’OTAN

1. Les trois tâches fondamentales de l’OTAN sont la dissuasion et défense, la prévention et la gestion des crises, et la sécurité coopérative.

2 Concept de dissuasion et de défense pour la zone euro-atlantique.

3. Comme indiqué dans la dernière version approuvée de la taxinomie C3 (consultation, commandement et contrôle).

4. Pour ce qui concerne les services fournis à une communauté d’intérêt militaire, il convient d’envisager d’adopter des solutions modernes, déjà utilisées par les forces des pays de l’Alliance, pour autant qu’elles soient conformes aux normes d’interopérabilité OTAN agréées.

5. L’ingénierie numérique est une approche numérique intégrée qui consiste à utiliser des sources de données et des modèles fiables couvrant un continuum de disciplines pour concourir aux activités tout au long du cycle de vie, de la conception au retrait du service.

6 Les espaces de données, concept émergent fondé sur des infrastructures décentralisées, désignent les accords et les solutions techniques associées qui permettent à différents acteurs de partager et d’utiliser des données de manière sûre et fiable, en confiance, au travers de mécanismes communs en matière de gouvernance, d’organisation, de réglementation et de technologie.

7. P. ex., renseignement, surveillance et reconnaissance interarmées (JISR), renseignement de sources ouvertes (OSINT), internet des objets militaire (MIoT) national.

8. Par exemple, la dorsale numérique et l’architecture de référence « donnée-centrée » pour l’Alliance.

9. Le modèle de gouvernance « donnée-centré » doit être conforme à la stratégie de la donnée pour l’Alliance.