Technologies émergentes et technologies de rupture

  • Mis à jour le: 21 Apr. 2022 15:34

L’intelligence artificielle, les systèmes d’armes autonomes, le big data, les biotechnologies et les technologies quantiques sont en train de changer le monde, et aussi la manière dont l’OTAN opère. Ces technologies ainsi que d’autres, qualifiées de technologies émergentes et technologies de rupture (TE/TR), présentent à la fois des risques et des opportunités pour l’OTAN et pour les Alliés. C’est pourquoi l’Alliance collabore avec des partenaires du secteur public, du secteur privé, du monde universitaire et de la société civile en vue de développer et d’adopter ces nouvelles technologies, de renforcer la base industrielle des Alliés et de faire en sorte que l’OTAN garde son avance technologique.

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  • Depuis plus de 70 ans, l'OTAN est restée à la pointe de la technologie pour assurer la défense de ses pays membres et le succès de ses opérations.
  • En février 2021, les ministres de la Défense des pays de l’OTAN ont entériné une stratégie relative aux technologies émergentes et aux technologies de rupture, destinée à guider l’élaboration d’une politique OTAN sur les TE/TR dans des domaines spécifiques.
  • En mars 2021, le Groupe consultatif OTAN sur les technologies émergentes et les technologies de rupture a diffusé son premier rapport annuel, dans lequel il a recensé des domaines concrets auxquels l’Alliance devrait s’intéresser à mesure que l’OTAN adoptera ces nouvelles technologies.
  • En juin 2021, au sommet de Bruxelles, les dirigeants des pays de l'OTAN ont décidé de mettre en place, au titre de l'agenda OTAN 2030, l’accélérateur d'innovation de défense pour l'Atlantique Nord (DIANA) et d'instaurer un fonds OTAN pour l'innovation.
  • L’OTAN interagit également avec d’autres organisations internationales, dont l’UE et l’ONU, sur la thématique des TE/TR.

  • Le contexte stratégique – pourquoi l’OTAN s’intéresse-t-elle aux TE/TR ?

    Les TE/TR gagnent peu à peu tous les aspects de la vie quotidienne – depuis l’électronique, via les téléphones et les ordinateurs, jusqu’aux activités de tous les jours, comme les achats dans les magasins d’alimentation et la gestion des comptes bancaires. Ces technologies ont aussi un impact majeur sur la sécurité. Les technologies innovantes offrent de nouvelles possibilités aux forces armées des pays de l’OTAN, qu’elles aident à devenir plus performantes, plus résilientes, plus efficaces à moindre coût, et plus soutenables. Mais ces technologies sont aussi porteuses de nouvelles menaces car elles peuvent être utilisées par des acteurs étatiques et non étatiques, non seulement contre des militaires mais aussi contre des civils.

    Pour exploiter le potentiel offert par ces technologies tout en contrant les menaces qu’elles représentent, l’OTAN travaille, avec ses pays membres, à l'élaboration de politiques TE/TR innovantes et flexibles pouvant être mises en œuvre au travers d’activités concrètes et substantielles. En coopérant plus étroitement avec les partenaires concernés du monde universitaire et du secteur privé, l’OTAN entend préserver son avance technologique et sa supériorité militaire, afin de décourager toute agression et de défendre ses pays membres.

    Les technologies émergentes et les technologies de rupture sont aussi l’un des axes majeurs de l’initiative OTAN 2030, qui vise à renforcer l’Alliance militairement et politiquement, et à l’ouvrir davantage sur le monde. L’objectif de l’initiative OTAN 2030 est de faire en sorte que l’Alliance reste prête aujourd’hui à relever les défis de demain. Promouvoir la coopération transatlantique dans le domaine des technologies critiques est un aspect essentiel de cette initiative.

  • L’innovation à l’OTAN – Que fait l'OTAN dans le domaine des TE/TR ?

    En février 2021, les ministres de la Défense des pays de l’OTAN ont entériné la stratégie TE/TR (« Stimuler et protéger : stratégie de l’OTAN pour une mise en œuvre cohérente des technologies émergentes et des technologies de rupture »). Cette stratégie globale, qui énonce des orientations encadrant le rapport de l’OTAN aux TE/TR, repose sur une double approche : d’une part, favoriser le développement et l’adoption de technologies à double usage (c’est-à-dire des technologies principalement destinées au marché commercial, mais pouvant également avoir des applications dans les domaines de la défense et de la sécurité) qui permettront à l’Alliance de conforter son avance technologique, et d’autre part, créer une enceinte dans laquelle les Alliés pourront échanger les bonnes pratiques qui les aideront à se protéger contre les menaces.

    Les activités d’innovation menées par l’OTAN se concentrent actuellement sur neuf grands domaines :

      • intelligence artificielle (IA) ;
      • données et informatique ;
      • systèmes autonomes ;
      • technologies quantiques ;
      • biotechnologies et amélioration des capacités humaines ;
      • technologies hypersoniques ;
      • espace ;
      • matériaux et procédés de fabrication innovants ;
      • énergie et systèmes de propulsion.

    L’Alliance a entrepris d’élaborer des plans spécifiques pour chacun de ces domaines, en commençant par l’intelligence artificielle et les données ; la mise en œuvre sera assurée par les Alliés et par le Bureau de l’OTAN pour l’innovation. En octobre 2021, les ministres de la Défense des pays de l’OTAN ont entériné la première de ces stratégies, à savoir la stratégie OTAN pour l’intelligence artificielle. Cette stratégie repose sur des principes pour une utilisation responsable de l’intelligence artificielle dans le domaine de la défense, et sur leur opérationnalisation. Elle précise également comment l’Alliance va adapter les capacités IA et protéger les citoyens de ses pays membres contre leur utilisation par un adversaire.   

    Accélérateur d’innovation de défense pour l’Atlantique Nord (DIANA)

    Au sommet de Bruxelles, en 2021, les dirigeants des pays de l'OTAN ont entériné la création de l’accélérateur d'innovation de défense pour l'Atlantique Nord (DIANA) afin de favoriser la coopération transatlantique sur des technologies critiques, d'encourager l'interopérabilité et de tirer parti des innovations du domaine civil au travers d'interactions avec le monde universitaire et le secteur privé. Le DIANA se compose d’un réseau de plus de 10 accélérateurs et de plus de 50 centres d’essais dans des pôles d’innovation répartis dans toute l’Alliance. Il travaille directement avec des entrepreneurs de premier plan, qu’il s’agisse de jeunes pousses ou d’entreprises plus expérimentées, pour apporter des solutions à des problèmes critiques dans les domaines de la défense et de la sécurité.

    Dans ce contexte, le DIANA va lancer des appels à projets d’innovation dans le cadre d’une mise en concurrence, afin de promouvoir les solutions technologiques les plus efficaces développées par les entrepreneurs les plus brillants aux quatre coins de l’Alliance. Les innovateurs acceptés dans le DIANA pourront bénéficier d'un financement non dilutif (c’est-à-dire qui ne les contraint pas à céder des capitaux propres ou une participation dans leur entreprise). Ils pourront également avoir accès à un réseau d’investisseurs de confiance de premier plan, à des activités de mentorat professionnel et de formation données par des experts du DIANA, et à des possibilités de mise à l’essai dans des centres de pointe, et ils auront la possibilité de conclure avec des Alliés des contrats portant sur le développement et l’adoption des technologies à double usage qu’ils proposent.

    Le DIANA entamera des activités pilotes dès l’été 2023. En 2025, lorsqu’il aura atteint sa capacité opérationnelle totale, le DIANA pourra interagir chaque année avec des centaines d’innovateurs à travers un réseau encore plus vaste d’accélérateurs et de centres d’essais répartis dans toute l’Alliance.

    Fonds OTAN pour l'innovation

    Au sommet de Bruxelles, en 2021, les dirigeants des pays de l’Alliance ont approuvé la mise en place d’un fonds OTAN pour l'innovation. Ce fonds de capital-risque d’un milliard d’euros permettra de réaliser des investissements stratégiques dans des start-up qui développent des TE/TR à double usage dans des domaines clés pour la sécurité des Alliés. Il s’agira du premier fonds de capital-risque « multi-souverain » au monde.

    Bon nombre de start-up actives dans le domaine des deep tech (technologies de rupture qui permettent de résoudre des problèmes importants par la convergence d’avancées scientifiques et techniques) peinent à attirer suffisamment d’investissements étant donné que les temps de mise sur le marché sont longs et que les recherches qu’elles mènent nécessitent énormément de capitaux. Le fonds OTAN pour l'innovation va permettre de résoudre ce problème car il est le seul à proposer un horizon d’investissement à 15 ans, davantage en adéquation avec les longs délais nécessaires pour les deep tech. Il sera axé sur les investissements à un stade précoce (à savoir les investissements de pré-amorçage, série A et suivantes) et injectera du capital-risque directement dans les start-up concernées, tout en se réservant également la possibilité d’investir dans d’autres fonds de capital-risque de premier plan dans le secteur des deep tech, qui répondent à ses trois objectifs stratégiques :

    • rechercher des solutions technologiques de pointe aux problèmes auxquels l’Alliance est confrontée dans les domaines de la défense et de la sécurité ;
    • soutenir des écosystèmes d’innovation deep tech à l’échelle de l’Alliance ;
    • promouvoir le succès commercial de son portefeuille de start-up deep tech.

    Tous les pays membres de l’OTAN ont actuellement la possibilité de souscrire au fonds sur une base volontaire. La liste des pays participants sera arrêtée au sommet de Madrid, en juin. Le fonds devrait être opérationnel peu après le sommet, et les premiers investissements sont attendus pour le premier trimestre 2023.

    Groupe consultatif OTAN sur les technologies émergentes et les technologies de rupture

    Le Groupe consultatif OTAN sur les technologies émergentes et les technologies de rupture est un organisme indépendant qui fournit à l’OTAN des avis externes sur la manière d’optimiser ses activités d’innovation. Ce groupe, créé en juillet 2020, est constitué de12 experts, qui sont issus du secteur privé et des milieux universitaires de divers pays de l’Alliance et qui ont dirigé des recherches de pointe, travaillé à l'élaboration de documents d'orientation sur les TE/TR et piloté des programmes d’innovation. Ces experts soumettent leurs recommandations au Bureau de l’OTAN pour l’innovation.

    Le Groupe a présenté à l’OTAN quatre recommandations initiales : améliorer la connaissance de la technologie dans toute l’Organisation, établir un réseau de centres d’innovation, concevoir et promouvoir de nouveaux mécanismes de financement de projets d’innovation avec des entreprises du secteur privé, grandes et petites, et lancer des initiatives de partenariat dans le domaine de l’innovation avec des acteurs extérieurs des TE/TR venant de l’industrie et du monde universitaire.

    Dans son deuxième rapport annuel, le Groupe s’est penché sur trois domaines de travail essentiels qui doivent permettre à l’OTAN et aux Alliés d’adopter de nouvelles technologies au rythme prévu et de conserver une avance technologique : le DIANA, le fonds pour l’innovation et la politique pour l'innovation en matière de capital humain (qui énonce, à l’intention de l’OTAN, des recommandations sur la façon d’attirer, de conserver et de former des collaborateurs talentueux possédant des compétences techniques et faisant preuve d’un esprit d’innovation). Le prochain rapport aura pour objet de déterminer la valeur ajoutée que l’OTAN, par son action, pourrait apporter dans ces domaines, de proposer des métriques permettant d’évaluer les résultats obtenus, et de décrire les problèmes et les risques à prendre en considération.

    Le Groupe consultatif continuera de présenter des recommandations concrètes pour le court et le long terme quant à l’approche que l’OTAN devrait adopter concernant les technologies émergentes et les technologies de rupture.

    Bureau de l’OTAN pour l’innovation

    Le Bureau de l’OTAN pour l’innovation, présidé par le secrétaire général délégué, rassemble de hauts responsables civils et militaires de divers pays de l’Alliance. Il est chargé de faire le point sur les idées nouvelles développées à l’extérieur de l’Organisation, de susciter un débat, de favoriser l’adoption de bonnes pratiques et de rallier les pays de l’OTAN aux changements qui aideront l’Organisation à innover. Il reçoit à cet égard des recommandations du Groupe consultatif OTAN sur les technologies émergentes et les technologies de rupture.

    Autres organismes OTAN s’occupant d’innovation

    D’autres organismes OTAN se consacrent aux activités menées par l’Alliance dans le domaine de l’innovation et contribuent au développement et à l’adoption de technologies innovantes à l'échelle de l’Organisation. Le Commandement allié Transformation (ACT) pilote le développement de capacités pour le compte de l’OTAN et des forces armées des pays membres. Il travaille actuellement à divers projets en lien avec les TE/TR, sur des sujets aussi variés que les véhicules autonomes sans pilote, les applications blockchain à usage militaire, et l’intelligence artificielle dans la prise de décision militaire. L’Organisation OTAN pour la science et la technologie (STO) appuie également de nombreux projets de recherche dans le domaine des TE/TR, notamment sur les technologies d’augmentation visant à améliorer les performances humaines, les systèmes autonomes de transport et de santé pour l’évacuation non médicalisée, ainsi que la modélisation environnementale de la météorologie spatiale. Le programme OTAN pour la science au service de la paix et de la sécurité (programme SPS), le Centre pour la recherche et l’expérimentation maritimes (CMRE), et l’Agence OTAN d'information et de communication (NCIA) sont également au cœur de l’écosystème OTAN d’innovation, à un moment où l’Alliance a entrepris de s'adapter aux TE/TR et de les adopter.

    L’accent mis par l’OTAN sur les TE/TR va de pair avec la coopération avec des partenaires du secteur public, du secteur privé, du monde universitaire et de la société civile. Bon nombre d’applications des TE/TR à la défense sont développées par ou avec le secteur privé, de sorte que l’interaction avec l’industrie, et avec les start-up en particulier, revêt une importance cruciale.

  • Evolution

    Depuis sa création il y a plus de 70 ans, l’OTAN a toujours soutenu l’innovation, tant pour les forces armées de ses pays membres que pour ses propres capacités. Mais la nouvelle vague de TE/TR amène des changements rapides et de grande ampleur – non seulement dans la vie quotidienne, mais aussi en termes de sécurité et de défense. Ces dernières années, la politique de l’OTAN en matière de TE/TR a connu plusieurs temps forts :

    Décembre 2019 – Les dirigeants des pays de l’OTAN adoptent une feuille de route pour la mise en œuvre des technologies émergentes et des technologies de rupture. Cette feuille de route doit servir à structurer les travaux menés à l’OTAN dans un certain nombre de domaines technologiques clés et permettre aux Alliés d'étudier ces technologies et leurs incidences, par exemple sur la dissuasion et la défense ou sur le développement capacitaire.

    Juillet 2020 – Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, met en place le Groupe consultatif OTAN sur les technologies émergentes et les technologies de rupture. Ce groupe est constitué de 12 experts issus du secteur privé et des milieux universitaires de divers pays membres, qui conseillent le Bureau de l’OTAN pour l’innovation s'agissant de l’adoption de nouvelles technologies.

    Septembre 2020 – Le Groupe consultatif OTAN sur les technologies émergentes et les technologies de rupture présente ses recommandations au Bureau de l’OTAN pour l’innovation, notamment au sujet des technologies innovantes auxquelles l’OTAN devrait s’intéresser en priorité.

    Février 2021 – Les ministres de la Défense des pays de l’OTAN entérinent la stratégie de l’OTAN pour une mise en œuvre cohérente des technologies émergentes et des technologies de rupture.

    Mars 2021 – Le Groupe consultatif OTAN sur les technologies émergentes et les technologies de rupture publie son premier rapport annuel (pour l’année 2020), dans lequel il formule quatre grandes recommandations à l’intention de l’OTAN : améliorer la connaissance de la technologie dans toute l’Organisation, établir un réseau de centres d’innovation, concevoir et promouvoir de nouveaux mécanismes de financement de projets d’innovation avec des entreprises du secteur privé, grandes et petites, et lancer des initiatives de partenariat dans le domaine de l’innovation avec des acteurs extérieurs des TE/TR venant de l’industrie et du monde universitaire.

    Juin 2021 – Au sommet de Bruxelles, les dirigeants des pays de l'OTAN décident de mettre en place l’accélérateur d'innovation de défense pour l'Atlantique Nord (DIANA) et de créer un fonds OTAN pour l'innovation.

    Octobre 2021 – Les ministres de la Défense des pays de l’OTAN entérinent la stratégie OTAN pour l’intelligence artificielle. Dix-sept Alliés s’engagent à élaborer le cadre définissant les modalités de fonctionnement pratique du fonds OTAN pour l'innovation. Quatre autres Alliés s’associeront à ce processus au cours des mois suivants.

    Avril 2022 – Les ministres des Affaires étrangères des pays de l’OTAN approuvent la charte du DIANA, qui présente sa mission et sa stratégie, les autorités juridiques, les dispositions en matière de gouvernance, ainsi que les bureaux régionaux, les accélérateurs et les centres d’essais qui constitueront son empreinte initiale. Vingt et un Alliés approuvent le cadre régissant le fonds OTAN pour l'innovation. Tous les pays membres de l’OTAN ont actuellement la possibilité de souscrire au fonds sur une base volontaire. La liste des pays participants sera arrêtée au sommet de Madrid, en juin.