Politique et forces de dissuasion nucléaire de l'OTAN

  • Mis à jour le: 23 Mar. 2020 13:05

Les armes nucléaires sont une composante essentielle des capacités globales de dissuasion et de défense de l'OTAN, aux côtés des forces conventionnelles et des forces de défense antimissile.

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Points principaux

  • La politique nucléaire de l'OTAN se fonde sur le concept stratégique de 2010 et sur la revue de la posture de dissuasion et de défense (DDPR) de 2012.
  • L'objectif fondamental des forces nucléaires de l'OTAN est la dissuasion.
  • La dissuasion, articulée autour d’une combinaison appropriée de capacités nucléaires et conventionnelles, demeure un élément central de la stratégie d’ensemble de l’OTAN.
  • Les armes nucléaires sont une composante essentielle des capacités globales de dissuasion et de défense de l'OTAN, aux côtés des forces conventionnelles et des forces de défense antimissile.
  • L’OTAN est attachée à la maîtrise des armements, au désarmement et à la non-prolifération, mais tant qu’il y aura des armes nucléaires, elle restera une alliance nucléaire.
  • Le Groupe des plans nucléaires fait office d'enceinte de consultation sur la dissuasion nucléaire de l'OTAN.

Pour en savoir plus

  • Qu’est-ce-que cela signifie concrètement ?

    Qu’est-ce-que cela signifie concrètement ?

    UK MOD - Crown Copyright 2012

    La garantie suprême de la sécurité des Alliés est apportée par les forces nucléaires stratégiques de l’Alliance, en particulier celles des États-Unis ; les forces nucléaires stratégiques indépendantes du Royaume-Uni et de la France, qui ont un rôle de dissuasion propre, contribuent à la dissuasion globale et à la sécurité des Alliés.

    Les Alliés concernés font en sorte que tous les éléments composant la dissuasion nucléaire de l’OTAN soient sûrs, sécurisés et efficaces.

    Les changements spectaculaires apportés au paysage stratégique euro-atlantique par la fin de la Guerre froide se sont reflétés dans les concepts stratégiques adoptés par l’Alliance en 1991, 1999 et 2010. L’Alliance a continué de prendre des mesures ambitieuses pour adapter sa politique globale et son dispositif de défense au nouvel environnement sécuritaire.

    La moins grande dépendance de l’OTAN vis-à-vis des forces nucléaires s’est manifestée par des réductions régulières et très importantes du nombre de systèmes, du nombre d’armes en général et des niveaux de préparation depuis la fin de la Guerre froide. L’OTAN n’a plus de plans de circonstance nucléaires permanents du temps de paix, et ses forces nucléaires ne ciblent aucun pays.

  • Politique de dissuasion nucléaire de l'OTAN

    La politique nucléaire de l'OTAN se fonde sur deux documents publics approuvés par les chefs d'État et de gouvernement des 30 pays de l'Alliance :

    • Le concept stratégique de 2010
    • La revue de la posture de dissuasion et de défense (DDPR) de 2012

    Le concept stratégique que les chefs d'État et de gouvernement des pays de l'Alliance ont adopté en novembre 2010 au sommet de Lisbonne définit les tâches et principes fondamentaux de l'Alliance, dissuasion comprise. Le concept stratégique engage l'OTAN sur l'objectif qui consiste à créer les conditions pour un monde sans armes nucléaires – mais il confirme que, tant qu'il y aura des armes nucléaires dans le monde, l'OTAN restera une alliance nucléaire.

     « La responsabilité première de l’Alliance est de protéger et de défendre le territoire et la population de ses pays membres contre une attaque, en vertu de l’article 5 du traité de Washington.[…]

     La dissuasion, articulée autour d’une combinaison appropriée de capacités nucléaires et conventionnelles, demeure un élément central de notre stratégie d’ensemble. […] Aussi longtemps qu’il y aura des armes nucléaires, l’OTAN restera une alliance nucléaire. […]

    Nous assurerons la plus large participation possible des Alliés à la planification de défense collective sur les rôles nucléaires, au stationnement des forces nucléaires en temps de paix et aux dispositions de commandement, de contrôle et de consultation. »

    Le sommet tenu en 2010 à Lisbonne a donné le coup d'envoi d'une revue de la posture de dissuasion et de défense (DDPR), qui a été approuvée par les chefs d'État et de gouvernement des pays de l'Alliance au sommet de l'OTAN à Chicago, en mai 2012. La DDPR a examiné la posture générale de l'OTAN à la lumière du concept stratégique :

    « La revue a montré que la posture des forces nucléaires de l'Alliance satisfait actuellement aux critères requis pour une posture de dissuasion et de défense efficace.

    Tout en cherchant à ménager des conditions propices à de nouvelles réductions des armes nucléaires non stratégiques affectées à l'OTAN et en étudiant les diverses possibilités s'offrant en la matière, les Alliés concernés¹ feront en sorte que tous les éléments composant la dissuasion nucléaire de l'OTAN restent sûrs, sécurisés et efficaces aussi longtemps que l'Alliance demeurera une alliance nucléaire. Cela exigera un maintien de l'attention des dirigeants et une excellence institutionnelle pour la mission de dissuasion nucléaire, ainsi que des directives de planification alignées sur les exigences du XXIe siècle. »

    L'objectif fondamental des forces nucléaires de l'Alliance est la dissuasion. Il s'agit essentiellement d'une fonction politique. L'Alliance s'emploiera à maintenir une dissuasion efficace. Le contrôle politique des armes nucléaires sera maintenu en toutes circonstances. La planification et les consultations nucléaires au sein de l'Alliance se feront en fonction des directives politiques.


    1. À savoir tous les membres du Groupe des plans nucléaires.
  • Mécanismes

    Les pays membres se partagent la supervision et le contrôle politiques, qui sont les pierres angulaires de la posture nucléaire de l’OTAN. Ils sont convenus d’assurer la plus large participation possible des Alliés à la planification de défense collective sur les rôles nucléaires, au stationnement des forces nucléaires en temps de paix et aux modalités de commandement, de contrôle et de consultation. Dans la structure du siège de l’OTAN, le Groupe des plans nucléaires (NPG) est une instance au sein de laquelle les pays alliés dotés ou non de l’arme nucléaire (à l’exception de la France qui a choisi de ne pas en faire partie) concourent au développement de la politique nucléaire de l’Alliance et à la prise de décisions sur la posture nucléaire de l’OTAN. Le NPG, composé des ministres de la Défense, est présidé par le secrétaire général de l’OTAN. Il se réunit environ une fois par an mais compte des groupes subordonnés et des groupes consultatifs qui se réunissent plus souvent.

    Les nouveaux membres sont des membres à part entière de l’Alliance à tous les égards, y compris pour ce qui est de leur engagement envers la politique nucléaire de l’Alliance et des garanties que cette politique donne à tous les Alliés.

  • Consultation nucléaire

    Les principes clés de la politique nucléaire de l'OTAN sont établis par les chefs d’État et de gouvernement des 30 pays membres de l'Alliance. 

    Le Groupe des plans nucléaires (NPG) est, pour les États qui en sont membres, une enceinte de consultation sur toute question en rapport avec la dissuasion nucléaire de l'OTAN. À l'exception de la France, qui a décidé de ne pas y adhérer, les Alliés font tous partie du NPG.

    Les pays membres, y compris les nouveaux membres potentiels, sont tous, à tous égards, membres de l'Alliance, notamment pour ce qui est de leur engagement vis-à-vis de la politique de l'Alliance sur les armes nucléaires et des garanties qu'elle offre à l'ensemble des Alliés.

  • Rôle des forces nucléaires de l'OTAN

    Les armes nucléaires sont une composante essentielle des capacités globales de dissuasion et de défense de l'OTAN, aux côtés des forces conventionnelles et des forces de défense antimissile.

    Les conditions dans lesquelles un recours à l’arme nucléaire pourrait être envisagé sont extrêmement improbables.

    Forces nucléaires stratégiques

    Comme l'indique le concept stratégique de 2010 :

    « La garantie suprême de la sécurité des Alliés est apportée par les forces nucléaires stratégiques de l’Alliance, en particulier celles des États-Unis ; les forces nucléaires stratégiques indépendantes du Royaume-Uni et de la France, qui ont un rôle de dissuasion propre, contribuent à la dissuasion globale et à la sécurité des Alliés. »

    Avions à double capacité

    Un certain nombre de pays membres de l'OTAN mettent des avions à double capacité (DCA) à la disposition de l'Alliance. Ces appareils peuvent participer à des rôles nucléaires à différents niveaux de préparation – le niveau le plus élevé se mesurant en semaines. Dans leur rôle nucléaire, les avions sont équipés pour emporter des bombes nucléaires, et le personnel est formé en conséquence.

    Les armes nucléaires correspondantes restent sous le contrôle et la garde absolus des États-Unis, tandis que les Alliés concernés assurent un soutien militaire pour la mission des DCA au moyen de forces et de capacités conventionnelles.

    Les dirigeants des pays de l’OTAN ont évoqué ces questions au sommet de Varsovie en juillet 2016 :

    La posture de dissuasion nucléaire de l'OTAN repose également, en partie, sur les armes nucléaires des États-Unis déployées à l'avant en Europe, ainsi que sur les capacités et l'infrastructure mise à disposition par les Alliés concernés. Ces Alliés feront en sorte que tous les éléments composant la dissuasion nucléaire de l'OTAN restent sûrs, sécurisés et efficaces. […] L'Alliance assurera une participation aussi large que possible des Alliés concernés aux arrangements agréés pour le partage du fardeau dans le domaine nucléaire.

  • Politique de l'OTAN en matière de maîtrise des armements, de désarmement et de non-prolifération

    Le concept stratégique de 2010 comme la revue de la posture de dissuasion et de défense (DDPR) de 2012 font clairement état de l'attachement de l'OTAN à la maîtrise des armements, au désarmement et à la non-prolifération.

    Selon le concept stratégique :

    « L'OTAN cherche à assurer sa sécurité au niveau de forces le plus bas possible. La maîtrise des armements, le désarmement et la non-prolifération contribuent à la paix, à la sécurité et à la stabilité et doivent garantir une sécurité non diminuée à tous les pays membres de l'Alliance. »

    L'OTAN a réduit unilatéralement son stock d'armes nucléaires basées à terre de plus de 95 % par rapport au niveau atteint au plus fort de la Guerre froide.

    Concernant ces réductions, la DDPR précise que :

    « Depuis la fin de la Guerre froide, l'OTAN a radicalement réduit le nombre et le type d'armes nucléaires stationnées en Europe, la disponibilité opérationnelle de ces armes, ainsi que sa dépendance à l'égard des armes nucléaires dans sa stratégie.

    […] L'OTAN est prête à envisager de réduire encore son besoin en armes nucléaires non stratégiques affectées à l'Alliance dans le contexte de mesures réciproques de la part de la Russie, en tenant compte du stock russe d'armes de ce type stationnées dans la zone euro-atlantique, qui est plus important. »

    Comme l'ont indiqué les dirigeants des pays de l'OTAN dans la déclaration du sommet de Varsovie, en 2016 :

    « Après la fin de la Guerre froide, l'OTAN a radicalement réduit le nombre d'armes nucléaires stationnées en Europe, ainsi que la dépendance à l'égard des armes nucléaires dans sa stratégie. Nous restons déterminés à contribuer à créer les conditions pour de nouvelles réductions sur la base de la réciprocité, sachant que les progrès en matière de maîtrise des armements et de désarmement doivent tenir compte de l'environnement de sécurité international du moment. Nous regrettons que les conditions actuelles ne soient pas favorables à la concrétisation du désarmement.»

  • Évolution

    L’OTAN reverra son dispositif en fonction de l’environnement stratégique du moment. Elle a par exemple procédé à une revue de sa posture de dissuasion et de défense (DPPR), au cours de laquelle elle a réexaminé sa politique et son dispositif nucléaires pour assurer la dissuasion et la défense contre toute la gamme des menaces pesant sur l’Alliance. Il est prévu que les dirigeants des pays de l’Alliance approuvent son rapport final au sommet de Chicago.