Le rôle de l’OTAN en matière de sécurité énergétique

  • Mis à jour le: 28 Feb. 2019 10:11

La rupture des approvisionnements énergétiques peut être source d’insécurité pour les pays membres et les pays partenaires de l’Alliance et nuire aux opérations militaires de l’OTAN. Bien que la sécurité énergétique soit une compétence avant tout nationale, les Alliés continuent de se concerter en la matière et de rendre l’OTAN davantage apte à contribuer à préserver cette sécurité, surtout dans les domaines où elle peut apporter une valeur ajoutée. L’Organisation s’emploie à intensifier le travail de veille stratégique portant sur les développements en matière d’énergie qui ont une incidence sur la sécurité, à développer son aptitude à contribuer à la protection des infrastructures énergétiques critiques et à améliorer sensiblement l’efficacité énergétique des forces armées.


  • Le rôle de l’OTAN en matière de sécurité énergétique a été défini pour la première fois au sommet de Bucarest, en 2008. Il a été renforcé depuis.
  • La sécurité énergétique est un facteur de résilience capital, qui a pris de l’importance ces dernières années en raison de l’évolution de l’environnement de sécurité.
  • L’efficacité énergétique est importante non seulement sur les théâtres d’opération – pour des raisons logistiques et pour les économies qu’elle représente – mais aussi pour l’environnement.
  • Activités

    Intensification de la veille stratégique

    L’énergie n’est pas la spécialité de l’OTAN, mais certains événements en rapport avec l’énergie ont une incidence sur la sécurité internationale et peuvent nuire gravement à la sécurité de certains Alliés. La stabilité et la fiabilité des approvisionnements énergétiques, la diversification des itinéraires, des fournisseurs et des ressources énergétiques, et l’interconnexion des réseaux énergétiques sont d’une importance critique et permettent d'accroître la résilience.

    L’OTAN suit de près les tendances et les développements et s’efforce d’intensifier sa veille stratégique dans ce domaine. La veille s’exerce dans le cadre de consultations entre les Alliés et les pays partenaires, du partage du renseignement et du développement des liens avec les organisations internationales compétentes, telles que l’Agence internationale de l'énergie et l’Union européenne. L’OTAN organise par ailleurs des activités ponctuelles, telles que des ateliers, des exercices de simulation et des exposés donnés par des experts externes. On notera en particulier le séminaire que le Conseil de l’Atlantique Nord tient chaque année sur l’évolution de la situation énergétique mondiale ainsi que le stage consacré aux enjeux stratégiques liés à la sécurité énergétique, qui a lieu chaque année depuis 2015.

    Contribution à la protection des infrastructures énergétiques critiques

    Les pays sont tous, sans exception, de plus en plus tributaires des infrastructures énergétiques vitales, y compris maritimes, dont dépendent leur sécurité énergétique et leur prospérité. Il reste que ces infrastructures figurent parmi les plus vulnérables, surtout dans les zones de conflit. Comme les réseaux énergétiques ne connaissent pas les frontières, une attaque contre des infrastructures complexes par un pays hostile, par des terroristes ou par des hacktivistes peut faire sentir ses effets sur toute une région. L’OTAN cherche donc à se rendre davantage apte à contribuer à la protection des infrastructures énergétiques critiques, principalement par la formation et les exercices.

    Comme néanmoins la protection de ces infrastructures est une compétence avant tout nationale, l’Organisation contribue surtout lorsqu’elle peut apporter une valeur ajoutée : elle permet, notamment, l’échange de pratiques exemplaires avec les pays partenaires – dont beaucoup sont d’importants producteurs d’énergie ou pays de transit –, avec d’autres organisations internationales et avec le secteur privé.

    En protégeant des voies maritimes capitales, les opérations antipiraterie de l’OTAN contribuent aussi indirectement à la préservation de la sécurité énergétique. En outre, l’OTAN aide les autorités nationales à accroître leur résilience face à des ruptures d’approvisionnement en énergie qui risqueraient de se répercuter sur la défense nationale ou la défense collective.

    Amélioration de l’efficacité énergétique des forces armées

    L’amélioration de l’efficacité énergétique des forces armées signifie pour l’essentiel faire baisser la consommation d’énergie des véhicules et camps militaires et réduire autant que possible l’empreinte écologique des activités militaires. À cette fin, l’OTAN réunit des experts qui examinent les efforts faits par les pays, échangent des bonnes pratiques et proposent des projets multinationaux. Le travail de l’OTAN consiste également à réfléchir aux habitudes à adopter pour économiser l’énergie au cours des exercices et des opérations, et à élaborer des normes et des procédures communes en matière d’efficacité énergétique.

    L’adoption du cadre pour la défense verte, en février 2014, a été une avancée majeure dans ce domaine. Au travers de ce cadre, l’OTAN cherche à accroître son efficacité opérationnelle tout en optant pour d’autres modes de consommation de l’énergie, en se montrant plus respectueuse de l’environnement et en économisant des ressources. Enfin, elle joue un rôle de premier plan s’agissant de mettre en valeur des solutions énergétiques éco-efficientes, dans les exercices militaires et les démonstrations de matériel.

  • Évolution

    Au sommet de Bucarest, en 2008, les Alliés ont pris note d’un rapport intitulé « Le rôle de l’OTAN en matière de sécurité énergétique », qui énumérait des principes directeurs et présentait des pistes et des recommandations sur la voie à suivre. Aux sommets suivants, ils ont réitéré ces principes tout en précisant et en affinant le rôle de l’OTAN en la matière.

    L’adoption du concept stratégique de 2010, la création, la même année, au siège de l’Organisation, de la Section Sécurité énergétique au sein de la Division Défis de sécurité émergents, et l’homologation, en 2012, du Centre lituanien pour la sécurité énergétique en tant que centre d’excellence OTAN ont été des étapes importantes de ce processus.

    La décision des Alliés d’« [intégrer] […] les considérations de sécurité énergétique dans les politiques et les activités de l’OTAN » (déclaration du sommet de Lisbonne, 2010) supposait également de la part de l’Organisation qu’elle tienne compte de la sécurité énergétique dans ses activités de formation et d’entraînement et dans les scénarios de ses exercices. C’est ainsi que, depuis lors, plusieurs exercices ont mis en jeu des éléments d’ordre énergétique, et des formations ont été mises en place, tant dans les pays qu’à l’École de l’OTAN d’Oberammergau (Allemagne).

    Au sommet qui s’est tenu à Bruxelles en juillet 2018, les Alliés ont souligné le rôle important que la sécurité énergétique jouait dans leur sécurité commune et ont déclaré qu’il était essentiel de veiller à ce qu’ils ne soient pas vulnérables à la manipulation à des fins politiques ou économiques. Dans les années à venir, ils continueront de chercher à diversifier leurs approvisionnements énergétiques, d’intensifier le dialogue stratégique entre eux et avec les pays partenaires, d’étoffer l’offre de formation et d’entraînement et de resserrer les liens de l’OTAN avec d’autres organisations internationales, avec le monde universitaire et avec le secteur privé.

    Une attention accrue va être portée à la résilience des infrastructures énergétiques, notamment dans les scénarios hybrides. Dès lors que l’OTAN sera plus au fait des risques énergétiques, qu’elle sera plus apte à contribuer à la protection des infrastructures et que les forces armées auront amélioré leur efficacité énergétique, l’Alliance sera mieux à même de relever les défis de sécurité émergents du XXIe siècle.