Le rôle de l’OTAN en matière de sécurité énergétique

  • Mis à jour le: 09 Jul. 2021 13:20

La sécurité énergétique joue un rôle important dans la sécurité commune des pays de l’OTAN. La rupture des approvisionnements énergétiques pourrait être source d’insécurité au sein des sociétés des pays membres et des pays partenaires de l’Alliance et nuire aux opérations militaires de l’OTAN. Bien que la sécurité énergétique soit une compétence avant tout nationale, les Alliés continuent de se concerter régulièrement en la matière afin de mieux maîtriser cette problématique et d’accroître leur résilience. L’Organisation s’emploie à intensifier le travail de veille stratégique portant sur les développements en matière d’énergie qui ont une incidence sur la sécurité, essaie de développer son aptitude à contribuer à la protection des infrastructures énergétiques critiques et cherche à garantir la fiabilité des approvisionnements énergétiques destinés aux forces armées.

 

  • Le rôle de l’OTAN en matière de sécurité énergétique a été défini pour la première fois au sommet de Bucarest, en 2008. Il a été renforcé depuis. Le Centre d’excellence OTAN pour la sécurité énergétique, situé à Vilnius (Lituanie), accompagne l’OTAN dans ses travaux sur la sécurité énergétique depuis 2012.
  • La sécurité énergétique est un facteur de résilience capital, qui a pris de l’importance depuis l’apparition de défis de sécurité, comme les cybermenaces et les menaces hybrides qui pèsent sur les infrastructures.
  • Alors que la transition énergétique s’est amorcée au niveau mondial, les forces armées adoptent des pratiques plus durables tout en maintenant leur efficacité opérationnelle grâce à des solutions écoénergétiques novatrices.

 

  • Activités

    Liens entre énergie et sécurité : intensifier la veille stratégique

    L’énergie n’est pas la spécialité de l’OTAN, mais les développements en matière d’énergie ont une incidence sur la sécurité internationale et peuvent nuire gravement à la sécurité de certains Alliés. Dans le contexte de la transition énergétique qui s’est engagée à l’échelle mondiale, la stabilité et la fiabilité des approvisionnements énergétiques, la diversification des itinéraires, des fournisseurs et des ressources énergétiques, et l’interconnexion des réseaux d’énergie restent d’une importance critique pour le renforcement de la résilience.

    L’OTAN suit de près les tendances et les développements qui l’intéressent en matière d’énergie et s’efforce d’intensifier sa veille stratégique dans ce domaine. Pour cela, elle organise des consultations entre les Alliés et les pays partenaires, elle cherche à améliorer le partage du renseignement et les évaluations, et elle développe les liens avec les organisations internationales compétentes, telles que l’Agence internationale de l’énergie et l’Union européenne. L’OTAN organise par ailleurs des activités ponctuelles, telles que des ateliers, des exercices sur table et des exposés donnés par des experts externes. On notera en particulier les réunions que le Conseil de l’Atlantique Nord tient deux fois par an sur l’évolution de la situation énergétique régionale et mondiale, la table ronde annuelle de l’OTAN sur la sécurité énergétique, ainsi que le stage consacré aux enjeux stratégiques liés à la sécurité énergétique, qui a lieu chaque année à l’École de l’OTAN à Oberammergau (Allemagne).

    Contribuer à la protection des infrastructures énergétiques critiques

    Pour leur sécurité, les États sont tous tributaires des infrastructures énergétiques. Or ces infrastructures figurent parmi les plus vulnérables, surtout dans les zones de conflit. Comme les réseaux physiques ne connaissent pas les frontières, une attaque menée contre des infrastructures énergétiques complexes par un pays hostile, par des terroristes ou par des hacktivistes peut faire sentir ses effets sur toute une région. L’électricité jouant un rôle clé dans la transition énergétique mondiale, la sécurité des infrastructures électriques devient la pierre angulaire de la sécurité énergétique. L’OTAN cherche donc à se rendre davantage apte à contribuer à la protection des infrastructures énergétiques critiques, principalement par la formation et les exercices.

    La protection de ces infrastructures est une compétence avant tout nationale. Cela dit, comme les forces des pays de l’OTAN dépendent des infrastructures énergétiques civiles, il est important que, lorsqu’ils renforcent leurs infrastructures, les Alliés tiennent compte des besoins de l’Organisation. Par ailleurs, l’OTAN organise des exercices et échange des bonnes pratiques avec les pays partenaires – dont beaucoup sont d’importants producteurs d’énergie ou pays de transit –, avec d’autres organisations internationales et avec le secteur privé. Depuis 2018, le Centre régional OTAN-Initiative de coopération d’Istanbul (ICI) accueille le stage de formation consacré à la protection des infrastructures énergétiques critiques.

    En protégeant des voies maritimes essentielles, les opérations antipiraterie de l’OTAN ont aussi contribué indirectement à la préservation de la sécurité énergétique. En outre, l’OTAN aide les autorités nationales à accroître leur résilience face à des ruptures d’approvisionnement en énergie qui risqueraient de se répercuter sur la défense nationale ou la défense collective.

    Assurer l’approvisionnement des forces armées en énergie

    L’approvisionnement en énergie des forces armées doit pouvoir être assuré en permanence. Comme les forces armées sont tributaires des réseaux d’énergie civils, il est important de garantir la sécurité des infrastructures énergétiques critiques et des chaînes d’approvisionnement et de mettre au point des solutions énergétiques novatrices, résilientes, efficientes et autonomes pour les armées, comme des micro-réseaux spécifiques dotés d’une capacité de production d’énergie hybride.

    Par ailleurs, les forces de combat ont des besoins importants en carburant, et cette dépendance peut nuire à leurs performances, accroître leur vulnérabilité et les contraindre à réaffecter une partie de leurs effectifs à la protection des lignes d’approvisionnement. L’amélioration de l’efficacité énergétique pourrait dès lors avoir des effets bénéfiques sur la puissance de combat et l’agilité de ces forces. Dans le contexte de la transition énergétique mondiale, l’OTAN cherche à faire en sorte que les forces utilisent l’énergie de manière plus efficiente et plus responsable tout en maintenant leur efficacité opérationnelle.

    Dans cet esprit, l’OTAN a engagé des travaux sur l’énergie intelligente, qui sont axés principalement sur la réduction de la consommation de combustibles fossiles dans les infrastructures des forces déployées (les camps), l’objectif étant d’accroître l’autonomie des forces, d’alléger la logistique et d’atténuer l’empreinte environnementale de ces infrastructures.

    Par ailleurs, dans un contexte de sécurité plus difficile, les Alliés cherchent à garantir la fiabilité des approvisionnements énergétiques des forces de l’OTAN sur l’ensemble du territoire de l’Alliance et, à cet effet, réexaminent actuellement la chaîne d’approvisionnement en carburant, et notamment le réseau d’oléoducs en Centre-Europe.

  • Évolution

    Au sommet de Bucarest, en 2008, les Alliés ont approuvé un rapport intitulé « Le rôle de l’OTAN en matière de sécurité énergétique », qui énumérait des principes directeurs et présentait des pistes et des recommandations sur la voie à suivre. Aux sommets suivants, ils ont réitéré ces principes tout en précisant et en affinant le rôle de l’OTAN en la matière.

    L’adoption du concept stratégique de 2010, la création, la même année, au siège de l’Organisation, de la Section Sécurité énergétique au sein de la Division Défis de sécurité émergents, et l’accréditation, en 2012, du Centre pour la sécurité énergétique (Lituanie) en tant que centre d’excellence OTAN ont été des étapes importantes de ce processus.

    La décision des Alliés d’« [intégrer] […] les considérations de sécurité énergétique dans les politiques et les activités de l’OTAN » (déclaration du sommet de Lisbonne, 2010) supposait également de la part de l’Organisation qu’elle tienne compte de la sécurité énergétique dans ses activités de formation et d’entraînement et dans les scénarios de ses exercices. C’est ainsi que, depuis lors, plusieurs exercices ont mis en jeu des éléments liés à l’énergie et que des stages de formation spécialisés ont été mis en place, tant dans les pays qu’à l’École de l’OTAN d’Oberammergau.

    Au sommet qui s’est tenu à Bruxelles en juillet 2018, les Alliés ont souligné le rôle important que la sécurité énergétique jouait dans leur sécurité commune et ont jugé qu’il était essentiel de veiller à ce qu’ils ne soient pas vulnérables à la manipulation à cet égard, que ce soit à des fins politiques ou à des fins économiques. En novembre 2019, les Alliés ont approuvé un ensemble de recommandations visant à renforcer le rôle de l’OTAN en matière de sécurité énergétique. Elles prévoient en particulier que l’accent sera davantage mis sur ce qui peut être fait pour assurer la viabilité à long terme de la chaîne d’approvisionnement en carburant utilisée par les forces armées sur l’ensemble du territoire de l’Alliance.

    En mars 2021, les Alliés ont entériné un agenda sur le changement climatique et la sécurité puis, à l’occasion du sommet qui s’est tenu à Bruxelles en juin, ils ont approuvé le plan d’action pour sa mise en œuvre. Cet agenda et ce plan d’action permettront d’intensifier les efforts de l’OTAN visant à promouvoir une utilisation plus efficiente de l’énergie par les forces armées sans que cela nuise à leur efficacité opérationnelle.

    Dans les années à venir, les Alliés continueront de chercher à diversifier leurs approvisionnements énergétiques, d’intensifier le dialogue stratégique entre eux et avec les pays partenaires, d’étoffer l’offre de formation et d’entraînement et de resserrer les liens de l’OTAN avec d’autres organisations internationales, avec le monde universitaire et avec le secteur privé.

    Une attention accrue va aussi être portée au renforcement de la résilience des infrastructures énergétiques – en particulier électriques –, notamment face aux pratiques hybrides. Dès lors que l’OTAN sera plus au fait des risques liés à l’énergie, qu’elle sera plus apte à contribuer à la protection des infrastructures et que les forces armées auront fait des progrès en matière d’efficacité énergétique, l’Alliance sera mieux à même de relever les défis de sécurité du XXIe siècle.