Allocution

prononcée par le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, à la séance plénière de la Conférence de Munich sur la sécurité consacrée au « Renforcement de la sécurité euro-atlantique »

  • 04 Feb. 2012
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  • Mis à jour le: 08 Feb. 2012 09:08

NATO Secretary General Anders Fogh Rasmussen addresses the 2012 Munich Security Conference

Monsieur l'ambassadeur Ischinger,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Il est toujours stimulant d'assister à la Conférence de Munich sur la sécurité – et c'est avec beaucoup de plaisir que j'ai écouté le secrétaire à la Défense, M. Panetta, et la secrétaire d'État, Mme Clinton. J'aimerais les remercier tous deux pour avoir réaffirmé leur profond engagement en faveur de la sécurité européenne. Selon moi, un lien transatlantique solide constitue le fondement de la sécurité euro-atlantique, et notre communauté transatlantique ne se renforcera que si nous y associons des partenaires mondiaux, comme l'a souligné Mme Clinton.

Monsieur l'ambassadeur Ischinger, votre rapport sur la sécurité euro-atlantique apporte une contribution très précieuse au débat. J'aimerais également remercier M. Igor Ivanov et M. Sam Nunn pour les exposés qu'ils ont faits ce matin. J'ai pris connaissance du rapport avec grand intérêt.

Je suis fermement convaincu que nous devons établir un véritable partenariat stratégique entre l'OTAN et la Russie. En effet, les populations de nos pays bénéficieraient :

  • d’une sécurité accrue si nous renforçons notre coopération en matière de lutte contre le terrorisme, la prolifération, la piraterie et le trafic de stupéfiants ;
  • d'une meilleure économie si nous créons un environnement sécurisé permettant un accroissement des échanges et des investissements ;
  • d'un leadership politique renforcé si nous unissons nos efforts pour relever les défis mondiaux.

Et n'oublions pas que la sécurité euro-atlantique est la pierre angulaire de la sécurité mondiale, à laquelle elle est étroitement liée.

Depuis deux ans et demi, nous avons accompli des progrès considérables dans les relations OTAN-Russie. Mais tout leur potentiel n'a pas encore été exploité, loin de là. Et je suis tout à fait d'accord avec votre rapport sur le fait qu'une coopération fructueuse entre l'OTAN et la Russie en matière de défense antimissile changerait la donne.

Votre rapport démontre qu'une coopération entre l'OTAN et la Russie sur la défense antimissile n'apporterait pas seulement une réponse à une menace commune, mais pourrait également transformer notre relation stratégique.

À notre sommet à Lisbonne, nous avons invité la Russie à coopérer avec nous dans le domaine de la défense antimissile, afin de pouvoir à la fois faire face aux nouvelles menaces et lever les soupçons du passé. À notre sommet de Chicago en mai prochain, il est possible que nous franchissions la prochaine étape ensemble.

Je salue tout particulièrement le fait que Ie rapport soit le résultat des efforts menés conjointement par de hauts dirigeants politiques et militaires de Russie, d'Europe et des États-Unis. Être parvenu à trouver un consensus sur des questions aussi délicates doit nous servir de modèle à tous. Cela montre jusqu'où nous pouvons aller ensemble si nous restons attachés à la coopération.

C'est là le thème que je souhaite aborder aujourd'hui : comment pouvons-nous coopérer au mieux, tant au sein de l'OTAN qu'avec nos partenaires ?

Mesdames et Messieurs,

Pendant plus de soixante ans, l'OTAN a assuré avec succès la sécurité et la stabilité. En Europe, dans la région euro-atlantique, et ailleurs.

Pour les Alliés, il a été judicieux d'investir au service de la sécurité. Au cœur de cette entreprise, se trouve la capacité unique pour les Alliés de coopérer. C'est ce qui fait de l'Alliance bien plus que la somme de ses membres individuels. C'est ce qui a fait notre succès dans le passé. Et ce qui fera notre succès à l'avenir.

C'est la raison pour laquelle nous devons continuer à investir – aujourd'hui plus que jamais.

Selon moi, trois changements significatifs affecteront l'OTAN ces prochaines années : des coupes dans les budgets de défense en Europe ; l'évolution de la posture de défense des États-Unis ; et la fin de nos opérations de combat en Afghanistan.

Nous devons répondre à ces changements de sorte que, d'ici la fin de cette décennie et le début de la prochaine, nous en sortions renforcés en tant qu'Alliance, et non pas affaiblis. Un élément clé de notre réponse est ce que je nomme la défense intelligente – une nouvelle façon de procéder pour l'OTAN et les Alliés. Face à l'austérité budgétaire et aux pressions qui pèseront sur les budgets de défense, la solution est d'en faire plus en agissant ensemble.

J'ai évoqué ce thème l'an dernier, dans cette même salle de conférence. Et au sommet de l'OTAN qui aura lieu en mai à Chicago, j'attends de tous les Alliés qu'ils s'engagent dans cette voie. Parce que la défense intelligente est une stratégie à long terme visant à fournir les capacités adéquates dans toute l'Alliance.

Mais les capacités à elles seules ne suffisent pas. Ces capacités doivent pouvoir fonctionner les unes avec les autres – et nos troupes doivent pouvoir collaborer également. C'est ce que certains nomment, dans le jargon OTAN, l'interopérabilité, mais je suppose que c'est bien plus que cela.

Il s'agit de l'aptitude d'associer toutes nos forces. Une compréhension commune. Des arrangements de commandement et de contrôle communs. Des normes communes. Une langue commune. Et une doctrine et des procédures communes. Cela concerne tout ce que nous faisons en tant qu'Alliance.

Pendant plus de soixante ans, les forces nord-américaines et européennes se sont entraînées, ont effectué des exercices et mené des opérations côte à côte ici, sur ce continent. Elles ont tissé les liens humains et techniques et développé la confiance qui ont permis de garantir l'efficacité de leur action conjointe.

Dans un contexte de coupes des budgets de la défense sur les deux rives de l'Atlantique, nous devons examiner de nouveaux moyens de garantir que les Européens et les Nord‑américains continuent d'agir ensemble – y compris dans les situations les plus dangereuses et les plus exigeantes.

Nos opérations actuelles sont une force motrice en temps réel et dans les conditions réelles, nous permettant de renforcer notre aptitude à travailler ensemble – et, le cas échéant, à combattre ensemble. Pas seulement les vingt-huit Alliés entre eux, mais aussi au côté de nos partenaires dans le monde. Cinq dans le cadre de notre opération en Libye, sept au Kosovo, et vingt-deux en Afghanistan. Il s'agit d'une expérience inestimable que nous ne pouvons nous permettre de perdre.

Toutes ces raisons font que nous avons besoin d'une initiative complémentaire à la défense intelligente. Une initiative qui mobilise toutes les ressources de l'OTAN, pour que nous puissions renforcer notre aptitude à travailler ensemble d'une manière véritablement connectée. C'est ce que je nomme « l'initiative d’interconnexion des forces ».

Il existe selon moi trois domaines dans lesquels cette initiative pourrait contribuer à renforcer notre capacité sans pareille de travailler ensemble : la formation et l'entraînement élargis ; l'accroissement du nombre d'exercices, en particulier avec la Force de réaction de l'OTAN ; et une meilleure exploitation de la technologie.

Premièrement – la formation et l'entraînement. L'OTAN possède déjà des établissements de formation remarquables, notamment l'École de l'OTAN à Oberammergau, à un jet de pierre d'ici. Et nos centres conjoints de formation – en Pologne et en Norvège – offrent à nos forces des opportunités uniques de s'entraîner et de se former ensemble. De même que nos centres d'excellence, qui abordent une vaste gamme d'aptitudes spécialisées, comme la cyberdéfense, la lutte contre le terrorisme et la protection contre les engins explosifs placés en bord de route.

Nous devons réfléchir à la manière d'en accroître encore la valeur, et peut-être aussi rendre accessible le vaste éventail d'installations nationales. Afin de contribuer à préserver les aptitudes et les compétences dont nos forces tirent leur avantage.

Deuxièmement – un nombre accru d'exercices, en particulier avec une Force de réaction de l'OTAN renforcée.

Les exercices permettent à nos troupes de mettre en pratique ce qu'elles ont appris. Ils fournissent des scénarios réalistes et difficiles. Et lorsqu'il s'agit de mener des opérations conjointes complexes, coopérer devient pour nos troupes comme une seconde nature.

Ces dernières années, le calendrier des exercices propres à l'OTAN a été réduit car bon nombre de nos troupes étaient déployées dans des opérations. Mais à mesure que nous nous en retirons, nous devrions étoffer à nouveau notre programme d'exercices.

Nous possédons déjà le cadre parfait avec la Force de réaction de l'OTAN. Il s'agit d'une force à haut niveau de préparation, qui rassemble des composantes multinationales et conjointes de forces terrestres, aériennes, navales et spéciales. Je me félicite de la décision prise récemment de faire en sorte que des unités de combat issues d'une brigade basée aux États-Unis effectuent des rotations dans toute l'Europe afin de participer à la Force de réaction de l'OTAN, comme l'a annoncé M. Panetta aujourd'hui. Il s'agit d'une contribution considérable, et réaliser davantage d'exercices avec ces unités serait un excellent moyen de réunir des troupes de tous les pays de l'OTAN, y compris des États-Unis. D'un point de vue opérationnel, cela consoliderait la Force et notre Alliance. Et d'un point de vue politique, cela apporterait une assurance visible à tous les Alliés.

Troisièmement, enfin, un meilleur usage de la technologie.

Une coopération efficace ne signifie pas que tout le monde doit acheter le même équipement. Mais cela signifie que chacun doit pouvoir utiliser cet équipement de manière efficace, de concert avec d'autres pays.

C'est possible grâce aux normes OTAN. La défense intelligence va y contribuer elle aussi. Mais à l'heure actuelle, nous connaissons encore des situations dans lesquelles cela ne peut se faire. Nous devons faire en sorte de surmonter ces problèmes.

Je vais vous donner un exemple concret. Mon pays, le Danemark, exploite des F-16 vendus par les États-Unis. Mais au cours de l'opération dirigée par l'OTAN en Libye, il est apparu que ces F-16 ne pouvaient pas utiliser les munitions françaises. Aussi, un adaptateur universel pour munitions est à l'essai pour surmonter ce problème. C'est un peu comme un adaptateur pour prises de courant, mais destiné aux avions.

Nous avons déjà adopté cette approche « plug and play » qui vise à relier des équipements de différents types et de différentes générations grâce à un connecteur commun. Ainsi, en matière de défense antimissile, les moyens américains et européens sont reliés au sein d'un même système OTAN. Ceci prouve que le coût de conception d'un connecteur peut être moins élevé que le coût de développement de nouveaux équipements compatibles. C'est parfois le meilleur moyen de minimiser les coûts et de maximiser notre sécurité.

Mesdames et Messieurs,

L'engagement des Alliés ne se mesure pas uniquement à l'aune du nombre de troupes ou de bases que nous possédons, mais de ce que nous réalisons ensemble.

Interopérabilité. Forces connectées. Quel que soit le terme employé, c'est un principe encodé dans l'ADN de l'Alliance. C'est ce qui rend l'Alliance unique. Et c'est ce qui confère à l'Alliance sa véritable force.

C'est également ce qui fait de l'Alliance une plaque tournante pour la coopération dans le secteur de la sécurité, et un partenaire de choix pour de nombreux pays dans le monde.

Et c'est pourquoi l'Initiative d’interconnexion des forces est une des clés de la poursuite de notre succès.

Je vous remercie.