Coopération capacitaire multinationale

  • Mis à jour le: 21 Feb. 2019 12:37

Pour accomplir ses missions et ses tâches, l'OTAN a besoin que les Alliés investissent dans des d'équipements de pointe interopérables et d'un bon rapport coût-efficacité. L’OTAN joue là un rôle important : elle aide les pays à décider des modalités de leurs investissements de défense et des domaines à privilégier en la matière. L'OTAN aide également les Alliés à définir et à développer des projets de coopération multinationale destinés à fournir les capacités de défense clés nécessaires à la sécurité de l’Alliance.


Points principaux

  • L’OTAN aide les Alliés à identifier, à instaurer et à promouvoir des possibilités de coopération capacitaire multinationale dans des domaines clés comme le ravitaillement en vol, les munitions, les systèmes maritimes sans pilote, le commandement et le contrôle, et l’entraînement.
  • Le but est de réduire les coûts grâce à des économies d'échelle tout en améliorant la valeur ajoutée sur le plan opérationnel grâce à une mise en commun accrue des équipements, de l’entraînement, des doctrines et des procédures.
  • Les pays membres et les pays partenaires de l’OTAN ont lancé plusieurs projets à haute visibilité (HVP), qui sont en cours de développement.
  • L’OTAN travaille avec l’Union européenne pour éviter les doubles emplois et garantir la complémentarité des travaux.

Pour en savoir plus

  • Projets à haute visibilité

    Dix projets sont actuellement menés, qui permettront d’améliorer l’efficacité opérationnelle, de réaliser des économies d’échelle, et de renforcer la connectivité entre les pays membres et les pays partenaires de l’OTAN. Ces projets concernent des domaines capacitaires clés comme le commandement et le contrôle, les structures d’entraînement, les munitions, et l’acquisition d’équipements de haute technologie.

    En outre, les pays continuent d’examiner des domaines prometteurs pour la coopération multinationale, le but étant d’assurer la sécurité avec des solutions d’un bon rapport coût-efficacité.

    Commandement et contrôle

    Le commandement et le contrôle (C2) sont exercés au travers des pouvoirs et des instructions donnés à un organisme militaire pour l’accomplissement de sa mission. Les C2 sont essentiels pour mener à bien les opérations de l’OTAN et sont la garantie du bon déroulement et de l’efficacité de ces dernières. Les projets ci-dessous sont des exemples de la manière dont les C2 peuvent être gérés au niveau multinational.

    Commandement conjoint de composante Opérations spéciales (C-SOCC)

    Aujourd’hui, les forces d’opérations spéciales opèrent de plus en plus souvent dans un contexte multinational. C’est pourquoi il est essentiel qu’un quartier-général multinational en assure la gestion. Trois Alliés (Belgique, Danemark et Pays-Bas) ont décidé de créer un commandement trinational (C-SOCC) qui, une fois pleinement opérationnel, participera à la Force de réaction de l’OTAN et pourrait aussi être chargé de fournir un soutien pour les missions multinationales ainsi que pour les opérations de l’OTAN.

    Commandement régional de composante Opérations spéciales (R-SOCC)

    Quatre Alliés (Croatie, Hongrie, Slovaquie et Slovénie) et un pays partenaire (Autriche) ont décidé de constituer - sous la direction de la Hongrie - un quartier général régional déployable pour la gestion des opérations spéciales. Des forces d’opérations spéciales de l’OTAN dans l’ensemble des régions de l’Alliance pourraient clairement offrir des avantages en termes de rapidité et de résilience lorsqu’il s’agit de répondre aux crises qui surviennent.

    Structures d’entraînement

    Toutes les forces alliées - terrestres, aériennes ou maritimes - ont besoin de bien s’entraîner pour pouvoir faire face à l’éventail des défis de sécurité et accomplir leurs missions. Un entraînement multinational permet aux forces de différents Alliés de s’entraîner ensemble, d’améliorer leur coordination et leur coopération et de renforcer leur disponibilité opérationnelle.

    Aviation des forces d’opérations spéciales (SOF)

    Les forces d’opérations spéciales sont un outil très précieux et polyvalent permettant de répondre efficacement à l’évolution des menaces pour la sécurité. Pour renforcer davantage encore les capacités de l’OTAN dans ce domaine, quatre Alliés (Bulgarie, Croatie, Hongrie et Slovénie) ont décidé de mettre en place un programme multinational pour l’aviation des forces spéciales (MSAP) qui servira exclusivement à entraîner les équipages aériens chargés de l’insertion et de l’extraction des forces d’opérations spéciales.

    Cette installation d’entraînement sera implantée à Zadar (Croatie) et mise en place progressivement, et les possibilités d’entraînement s’étofferont au fil du temps. Ce nouveau centre d’entraînement pour l’aviation devrait ouvrir ses portes d’ici fin 2019, et il renforcera la capacité d’adaptation et le niveau de préparation de l’OTAN.

    Acquisition d’équipements de haute technologie

    Les équipements utilisés dans le cadre des opérations et missions de l’OTAN diffèrent par leur taille et leur coût. Si certains ont un petit gabarit et sont financièrement abordables, d’autres sont en revanche trop gros ou trop onéreux pour qu’un pays puisse en faire l’acquisition tout seul. Les pays coopèrent dans le cadre de plusieurs projets de haut niveau qu’ils ne pourraient pas mener individuellement.

    Flotte d’avions multirôle de ravitaillement en vol et de transport (MRTT-C)

    Le MRTT est un avion multifonction pouvant servir au transport de fret et de troupes et au ravitaillement en vol. Les ravitailleurs en vol sont particulièrement essentiels pour la projection de la puissance aérienne. Comme ils sont mutualisés, l’interopérabilité est essentielle. Le projet MRTT-C permet aux cinq pays participants (Belgique, Allemagne, Luxembourg, Pays-Bas et Norvège) d’acquérir collectivement des avions multirôle de ravitaillement en vol et de transport de type Airbus A330 et de constituer une flotte d’appareils détenus et exploités dans un cadre multinational. L’OTAN et l’Union européenne (UE) ont uni leurs forces pour cette initiative étant donné que ces deux organisations ont recensé des insuffisances au niveau du ravitaillement en vol et que les Alliés participants sont aussi membres de l’UE. Cette initiative est un exemple de l’étroite coopération qui existe entre l’OTAN et l’UE.

    Aéronefs maritimes multimissions (M3A)

    Pour assurer la défense et la sécurité maritimes, il est essentiel que l’OTAN soit en permanence au courant de la situation et qu’elle fournisse des capacités de lutte anti-sous-marine. Pour remplacer leurs flottes vieillissantes d’avions de patrouille maritime, le Canada, la France, l’Allemagne, la Grèce, l’Italie, la Pologne, l’Espagne et la Turquie ont lancé un projet multinational pour la mise au point de solutions de rechange. Ce projet est pour les Alliés la garantie de disposer de technologies de pointe après la fin de vie opérationnelle de leurs flottes actuelles, en 2035. La France et l’Allemagne ont fait un premier pas en avant en entamant la mise au point d’un système aérien de patrouille maritime (MAWS), qui servira d’outil pour la connaissance de la situation maritime.

    Systèmes maritimes sans pilote (MUS)

    Les systèmes sans pilote prennent une place de plus en plus importante dans les capacités permettant à l’OTAN de réagir activement aux menaces dans le domaine maritime. Afin de faciliter la coopération multinationale dans ce domaine, 14  Alliés (Belgique, Danemark, France, Allemagne, Grèce, Italie, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Portugal, Espagne, Turquie, Royaume-Uni et États-Unis) ont uni leurs forces dans le cadre de l’initiative MUS afin de mettre au point des solutions adaptées, notamment des systèmes de détection et d’élimination des mines et des systèmes de suivi des sous-marins.

    Munitions

    Les munitions sont essentielles pour toutes les opérations militaires. Pour faire en sorte que les pays membres et les pays partenaires de l’OTAN soient bien équipés, trois projets - portant chacun sur un type de munitions différent - ont été mis au point au niveau multinational.

    Munitions air-sol à guidage de précision (A2G-PGM)

    La fourniture de stocks suffisants de munitions à guidage de précision est nécessaire pour les opérations de l’OTAN. Ce projet d’acquisition de munitions air-sol est mené dans un cadre multinational et vise à accroître la flexibilité dans la gestion des stocks en réduisant les obstacles juridiques et techniques qui empêchent le partage et l’échange de munitions entre les Alliés participants (Belgique, République tchèque, Danemark, Grèce, Hongrie, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Portugal, Espagne, et Royaume-Uni) et le pays partenaire (Finlande). Cela permettra à l’Alliance de combler le déficit en matière d’interopérabilité, déficit que l’OTAN a constaté pour la première fois lors de son opération en Libye, mais aussi d’aider les Alliés européens à réduire leur dépendance vis-à-vis des États-Unis pour ce qui est des missions aériennes.

    Munitions tactiquement décisives (Terre) (LBDM)

    Le projet LBDM, calqué sur le projet principal présenté ci-dessus, instaure un cadre multinational pour l’acquisition de munitions pour les forces terrestres. Il rassemble actuellement dix-sept Alliés et trois pays partenaires (Belgique, Croatie, Danemark, Estonie, France, Allemagne, Italie, Lettonie, Lituanie, Monténégro, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Portugal, Slovaquie, Slovénie, Espagne, Autriche, Finlande, et la République de Macédoine du Nord, et est, de ce fait, le plus important des projets à haute visibilité. Il renforcera la capacité de l’Alliance à partager les munitions et à opérer de manière harmonieuse sur le terrain. Au fil du temps, cette initiative aidera les troupes à accroître leur interopérabilité et leur efficacité, à harmoniser leurs stocks de munitions, et elle aidera les participants à travailler ensemble de façon harmonieuse et efficace.

    Munitions tactiquement décisives (Mer) (MBDM)

    Des Alliés (Belgique, France, Italie, Pays-Bas, Pologne, Portugal et Espagne) ont décidé de regrouper les achats de munitions dans le domaine maritime, y compris pour les missiles surface-air, les missiles surface-surface, les torpilles et les obus. La mise au point éventuelle de solutions de mutualisation de l’entreposage pourrait réduire davantage encore les coûts. Cette initiative est un premier pas important vers la constitution de stocks européens de munitions navales de haute qualité permettant de répondre à l’évolution des besoins de l’Alliance.

  • Mode de fonctionnement

    Les Alliés réfléchissent en permanence à de nouvelles initiatives multinationales pour la mise au point des capacités dont l’Alliance a besoin pour faire face aux défis de sécurité actuels.

    Ces engagements politiques prennent la forme d’accords signés par les ministres de la Défense. Un premier document, appelé « lettre d’intention » - exposant les principes généraux de la coopération - est signé par les ministres de la Défense des pays parties au projet. Un mémorandum d’entente (MOU), un document juridiquement contraignant présentant les détails de la coopération, est ensuite signé. Les MOU fournissent le cadre juridique nécessaire à l’exécution de la phase de mise en œuvre, qui débouchera sur la fourniture de la capacité concernée.

    Dans la phase de mise en œuvre de la plupart des projets, l’Agence OTAN de soutien et d’acquisition (NSPA) joue un rôle important d’intermédiaire entre les pays et l’industrie. Elle peut intervenir à différents niveaux : elle peut inviter l’industrie à présenter aux Alliés et aux partenaires des solutions à acquérir, être associée au processus d’acquisition, ou même négocier avec l’industrie pour le compte des pays.