Politique et forces de dissuasion nucléaire de l'OTAN

  • Mis à jour le: 14 Jul. 2022 12:01

Les armes nucléaires sont une composante essentielle des capacités globales de dissuasion et de défense de l’OTAN, aux côtés des forces conventionnelles et des forces de défense antimissile. L’OTAN est attachée à la maîtrise des armements, au désarmement et à la non-prolifération, mais aussi longtemps qu’il y aura des armes nucléaires, elle restera une alliance nucléaire.

Ministère britannique de la Défense – © Crown Copyright

 

  • Une dissuasion et une défense crédibles, articulées autour d’une combinaison appropriée de capacités nucléaires, conventionnelles et de défense antimissile, complétées par des capacités spatiales et des capacités cyber, restent au cœur de la stratégie d’ensemble de l’OTAN visant à prévenir les conflits et les guerres.
  • La crédibilité des forces nucléaires de l’OTAN est un élément central du maintien de la dissuasion. C’est pourquoi la sûreté, la sécurité et l’efficacité de ces forces sont évaluées en permanence à la lumière des évolutions technologiques et géostratégiques.
  • La politique nucléaire actuelle de l’OTAN se fonde sur le concept stratégique de 2022 et sur la revue de la posture de dissuasion et de défense (DDPR) de 2012, ainsi que sur les directives données par les chefs d’État et de gouvernement aux sommets du pays de Galles, de Varsovie, de Bruxelles et de Madrid.
  • Le Groupe des plans nucléaires fait office d’enceinte de consultation sur la dissuasion nucléaire de l’OTAN.
  • Politique de dissuasion nucléaire de l'OTAN

    La vocation fondamentale de la capacité nucléaire de l’OTAN est de préserver la paix, de prévenir les actions coercitives et de décourager toute agression. Aussi longtemps qu’il y aura des armes nucléaires, l’OTAN restera une alliance nucléaire. L’OTAN aspire à un monde plus sûr pour tous ; l’Alliance s’attache à créer l’environnement de sécurité qui permettra de faire advenir un monde sans armes nucléaires.

    La politique nucléaire actuelle de l’OTAN se fonde sur deux documents publics approuvés par tous les Alliés :

    • le concept stratégique de 2022 ;
    • la revue de la posture de dissuasion et de défense (DDPR) de 2012.

    Le concept stratégique que les chefs d’État et de gouvernement des pays de l’Alliance ont adopté en 2022 au sommet de Madrid définit les tâches et les principes fondamentaux de l’Alliance, dissuasion comprise.  Il y est stipulé que la posture de dissuasion et de défense de l’OTAN combine de façon appropriée capacités nucléaires, capacités conventionnelles et capacités de défense antimissile, complétées par des capacités spatiales et des capacités cyber.

    L’Alliance réaffirme qu’il est impératif d’assurer une participation aussi large que possible des Alliés concernés aux arrangements agréés pour le partage du fardeau dans le domaine nucléaire afin de montrer son unité et sa détermination.

    La revue de la posture de dissuasion et de défense (DDPR) a été approuvée par les chefs d’État et de gouvernement des pays de l’Alliance au sommet tenu par l’OTAN à Chicago en mai 2012.  Il est ressorti de la DDPR que l’objectif fondamental des forces nucléaires de l’Alliance était la dissuasion. Il s’agit essentiellement d’une fonction politique. Tandis que l’Alliance s’emploiera à garder une dissuasion efficace, le contrôle politique des armes nucléaires sera maintenu en toutes circonstances, et la planification ainsi que les consultations nucléaires au sein de l’Alliance se feront en fonction des directives politiques.

    L’OTAN continue d’affirmer l’importance de la dissuasion nucléaire, compte tenu des défis en constante évolution.  Les Alliés ont réaffirmé ce principe aux différents sommets qui se sont succédé depuis 2014 (au pays de Galles en 2014, à Varsovie en 2016, et à Bruxelles en 2018 et 2021), notamment au sommet de Madrid, en 2022, où les chefs d’État et de gouvernement ont approuvé le concept stratégique, qui établit que : « l’OTAN fera tout ce qui est nécessaire pour assurer la crédibilité, l’efficacité, la sûreté et la sécurité de la mission de dissuasion nucléaire. L’Alliance est déterminée à pousser plus loin l’intégration et à accroître la cohérence des capacités et des activités, pour tous les milieux d’opérations et tous les degrés de conflictualité ; parallèlement, elle réaffirme que la dissuasion nucléaire occupe une place à part, tout à fait singulière. L’OTAN continuera d’assurer une dissuasion crédible, de renforcer sa communication stratégique, d’accroître l’efficacité de ses exercices et de réduire les risques stratégiques. »

  • Consultation nucléaire

    Les principes clés de la politique nucléaire de l’OTAN sont établis par les chefs d’État et de gouvernement des 30 pays membres de l’Alliance. L’élaboration et la mise en œuvre de la politique nucléaire de l’OTAN relèvent de la responsabilité du Groupe des plans nucléaires (NPG), l’enceinte de consultation sur toute question en rapport avec la dissuasion nucléaire de l’OTAN. À l’exception de la France, qui a décidé de ne pas y adhérer, les Alliés font tous partie du NPG.

  • Rôle des forces nucléaires de l'OTAN


    Ministère britannique de la Défense – © Crown Copyright 2012

    L’objectif fondamental des forces nucléaires de l’OTAN est la dissuasion. Les armes nucléaires sont tout à fait uniques, et les conditions dans lesquelles l’OTAN pourrait être amenée à recourir à l’arme nucléaire sont hautement improbables. En outre, tout emploi d’armes nucléaires contre l’OTAN altérerait fondamentalement la nature d’un conflit. Si, toutefois, la sécurité fondamentale de l’un de ses États membres devait être menacée, l’OTAN a les capacités et la détermination voulues pour imposer à un adversaire des coûts qui seraient inacceptables et largement supérieurs aux gains qu’il pourrait espérer obtenir.

    Forces nucléaires stratégiques

    Les forces stratégiques de l’Alliance, et en particulier celles des États-Unis, sont la garantie suprême de sa sécurité. Les forces nucléaires stratégiques indépendantes du Royaume-Uni et de la France ont un rôle de dissuasion propre et contribuent de manière significative à la sécurité globale de l’Alliance. Les centres de décision distincts de ces Alliés contribuent à la dissuasion, en compliquant les calculs d’adversaires potentiels. En d’autres termes, si un adversaire devait décider d’attaquer l’OTAN, il devrait tenir compte non seulement de la décision de l’OTAN, mais aussi de celle que pourraient prendre les dirigeants des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France.

    Avions à double capacité

    La posture de dissuasion nucléaire de l’OTAN repose également sur les armes nucléaires des États-Unis déployées à l’avant en Europe, ainsi que sur les capacités et l’infrastructure mises à disposition par les Alliés concernés. Un certain nombre de pays membres de l’OTAN mettent des avions à double capacité (DCA) à la disposition de l’Alliance. Ces appareils sont un élément central de la mission de dissuasion nucléaire de l’OTAN et peuvent participer à des rôles nucléaires à différents niveaux de préparation. Dans leur rôle nucléaire, les avions sont équipés pour emporter des bombes nucléaires en situation de conflit, et le personnel est formé en conséquence.

    Les armes nucléaires déployées à l’avant en Europe restent sous le contrôle et la garde absolus des États-Unis, tandis que les Alliés assurent un soutien militaire pour la mission des DCA au moyen de forces et de capacités conventionnelles. Les arrangements pour le partage du nucléaire jouent un rôle crucial dans l’interconnexion des Alliés et restent l’un des éléments principaux des garanties de sécurité et de l’indivisibilité de la sécurité dans l’ensemble de la zone euro-atlantique.

  • Évolution de la politique nucléaire de l’OTAN

    La dissuasion nucléaire est au cœur de la garantie de sécurité commune et de la défense collective de l’OTAN depuis sa création, en 1949.  Le tout premier concept stratégique de l’OTAN (1949) indique qu’il faut « assurer la possibilité de procéder rapidement à des bombardements stratégiques comportant l’utilisation de tous les engins sans exception ».  En conséquence, les États-Unis ont affecté des armes nucléaires à l’OTAN en juillet 1953, et les premières armes nucléaires de théâtre américaines sont arrivées en Europe en septembre 1954.  Les arrangements de l’OTAN pour le partage du nucléaire, qui étaient déjà en place quand les négociations du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) ont commencé, dans les années 1960, ont été codifiés par les États-Unis et l’Union soviétique et ont été des textes précurseurs de la version finale du TNP.  Les forces nucléaires du Royaume-Uni, qui s’articulent actuellement autour d’un système à une seule composante – sous-marine – et d’une dissuasion permanente en mer, protègent également les autres pays membres de l’OTAN depuis 1962.

    L’OTAN cherche à assurer sa sécurité au niveau de forces le plus bas possible et est profondément attachée à la maîtrise des armements, au désarmement et à la non-prolifération. Elle a réduit son stock d’armes nucléaires basées à terre de plus de 90 % par rapport au niveau atteint au plus fort de la Guerre froide, faisant ainsi baisser le nombre d’armes nucléaires stationnées en Europe et la dépendance à l’égard des armes nucléaires dans sa stratégie.

    En réponse à la guerre que la Russie mène en Ukraine au mépris du droit et en l’absence de provocation, les chefs d’État et de gouvernement des pays de l’OTAN ont affirmé, lors du sommet extraordinaire tenu le 24 mars 2022, que l’Alliance allait renforcer sensiblement sa posture de dissuasion et de défense à plus long terme et développer plus avant toute la gamme des forces et des capacités nécessaires, au niveau de disponibilité opérationnelle requis, pour maintenir une dissuasion et une défense crédibles. Ils se sont par ailleurs engagés à accroître le niveau de préparation et de disponibilité opérationnelle de leurs dispositifs face aux menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires.  Ces décisions ont été reflétées dans le nouveau concept stratégique de l’OTAN, qui a été adopté au sommet de Madrid, en juin 2022.