L'Alliance mène trois activités en rapport avec la défense antimissile balistique.
1. La capacité de défense multicouche active contre les missiles balistiques de théâtre (ALTBMD)
L'objectif de cette capacité est de protéger les forces déployées par l'OTAN contre la menace que représentent les missiles balistiques à courte et moyenne portée (jusqu'à 3 000 kilomètres). Afin de gérer le risque associé au développement d’une capacité d'une telle complexité, son déploiement s'effectuera en plusieurs phases.
Dans sa forme complète, la capacité consistera en un système de systèmes multicouches, comprenant des défenses à basse et haute altitude (on parle aussi de défenses de la couche inférieure et de la couche supérieure), et notamment un système de commandement, de contrôle, de communication et de renseignement pour la gestion tactique (BMC3I), des capteurs d'alerte avancée, des radars et divers intercepteurs. Les pays membres de l'OTAN mettront à disposition les capteurs et les systèmes d'armes, tandis que l'OTAN mettra au point le segment BMC3I et facilitera l'intégration de tous ces éléments dans une architecture cohérente et efficace.
C'est en 2005 que le Conseil de l'Atlantique Nord a mis en place l'Organisation de gestion du programme de défense multicouche active contre les missiles balistiques de théâtre (ALTBMD PMO), chargée de superviser le programme ALTBMD. L'Agence des C3 (consultation, commandement et contrôle) de l’OTAN et l'Agence OTAN de gestion du système de commandement et de contrôle aériens (NACMA) sont les deux autres principaux organismes de l'OTAN associés à ce programme. Dans le cadre de la réforme des agences de l'OTAN, ces agences sont désormais regroupées au sein de l'Agence OTAN d'information et de communication (NCIA).
Les activités initiales ont été essentiellement axées sur le travail d'ingénierie du système et son intégration, et sur la mise au point d'un banc d'essai d'intégration, qui a trouvé sa place dans les installations de la NCIA à La Haye (Pays-Bas). Le banc d'essai d'intégration est essentiel pour la validation des résultats des travaux de développement.
Début 2010, la première capacité opérationnelle – appelée capacité intérimaire – a été mise en service. Elle met à la disposition des planificateurs militaires un outil de planification au moyen duquel établir la conception la plus efficace de la défense pour des scénarios spécifiques ou pour des déploiements réels. Une version plus robuste de cette capacité a été mise en service fin 2010, et permet un partage de la connaissance de la situation. La capacité complète – couche inférieure et couche supérieure – sera en service à l'horizon 2018.
2. Défense contre les missiles balistiques pour la protection du territoire, des populations et des forces des pays européens de l’OTAN
Une étude de faisabilité sur la défense antimissile balistique a été lancée après le sommet tenu à Prague en novembre 2002, afin d'examiner des options relatives à la protection du territoire, des forces et des populations de l'Alliance contre toute la gamme des menaces liées aux missiles balistiques. Cette étude a été réalisée par une équipe industrielle multinationale transatlantique, qui a conclu que la BMD était techniquement faisable. Les résultats, qui ont été approuvés par les pays de l'Alliance au sommet de Riga en novembre 2006, constituent la base technique des débats politiques et militaires qui ont lieu concernant le bien-fondé d’une défense antimissile balistique de l’OTAN.
Dans ce contexte, l’Alliance a aussi examiné – au sommet de Bucarest en 2008 – les détails techniques, ainsi que les incidences politiques et militaires des éléments proposés pour le système de défense antimissile balistique américain en Europe. Les dirigeants des pays Alliés ont reconnu que le déploiement prévu de certains éléments de ce système contribuerait à la protection des pays Alliés, et sont convenus que cette capacité devrait faire partie intégrante de toute architecture BMD future à l’échelle de l’OTAN.
Différentes options pour une architecture globale de BMD visant à étendre la couverture au territoire et aux populations de tous les pays de l’Alliance non couverts par le système des États-Unis ont été élaborées et examinées au sommet de Bucarest, à l'occasion duquel les Alliés ont aussi encouragé la Russie à mettre à profit les propositions de coopération en matière de BMD formulées par les États-Unis. Ils se sont aussi déclarés prêts à étudier les possibilités de relier les systèmes BMD des États-Unis, de l’OTAN et de la Russie en temps opportun.
En septembre 2009, les États-Unis ont annoncé leur approche adaptative phasée (PAA) pour la défense antimissile balistique en Europe. Cette nouvelle initiative a été bien accueillie par les ministres des Affaires étrangères des pays de l’OTAN en décembre 2010.
Au sommet de Lisbonne en novembre 2010, les chefs d'État et de gouvernement des pays de l'OTAN ont décidé de développer une capacité BMD. Ils sont convenus qu'un programme ALTBMD élargi pourrait constituer l'ossature de commandement, de contrôle et de communication d'un tel système.
En juin 2011, les ministres de la Défense des pays de l'OTAN ont approuvé le plan d'action OTAN pour la défense antimissile balistique, qui donne une vue d'ensemble complète des mesures clés et des décisions correspondantes du Conseil qui seront nécessaires à la mise en œuvre de la capacité BMD de l'OTAN d'ici à 2020.
À l'automne 2011, la Turquie a annoncé sa décision d'accueillir à Kürecik un radar de défense contre les missiles balistiques dans le cadre de la capacité BMD de l'OTAN. La Roumanie et les États-Unis ont signé un accord sur l'implantation d'intercepteurs SM-3 sur la base aérienne de Deveselu, en Roumanie, et un accord similaire conclu entre les États-Unis et la Pologne est entré en vigueur.
En novembre 2011, les Pays-Bas ont annoncé qu'ils prévoyaient de moderniser quatre frégates de défense aérienne en les dotant de radars d'alerte avancée à portée étendue pour la défense antimissile à titre de contribution nationale à la capacité OTAN de défense antimissile balistique. Enfin, l'Espagne et les États-Unis ont annoncé un accord sur le stationnement de quatre navires de défense antimissile Aegis à Rota, en Espagne, dans le cadre de la contribution des États-Unis à la capacité BMD de l'OTAN.
Par ailleurs, la France a l'intention de développer un système de détection lointaine de missiles balistiques.
En avril 2012, les travaux de développement et d'installation du système de commandement et de contrôle pour la capacité BMD intérimaire ont été achevés au Commandement des forces aériennes alliées à Ramstein, en Allemagne. L'OTAN a effectué avec succès une série de simulations d'engagements de défense antimissile combinant des moyens mis à disposition par les États-Unis, l'Allemagne et les Pays-Bas au travers de la nouvelle architecture de commandement et de contrôle de l'OTAN.
En mai 2012, les chefs d'État et de gouvernement des pays de l'Alliance ont déclaré au sommet de Chicago la capacité BMD intérimaire de l'OTAN. Cette capacité constitue une première étape significative pour la couverture BMD de l'OTAN. Elle offre une couverture maximale dans la limite des moyens disponibles pour défendre les populations, le territoire et les forces de l'OTAN dans la zone à laquelle appartiennent les pays européens méridionaux de l'OTAN contre une attaque de missiles balistiques. L'Alliance reste engagée à mettre en place, d'ici à 2020, une couverture BMD complète pour tout le territoire des pays de l'OTAN.
3. Coopération avec la Russie en matière de défense antimissile
Une étude a été lancée en 2003, sous l’égide du Conseil OTAN-Russie (COR), pour évaluer les niveaux possibles d’interopérabilité des systèmes de défense contre les missiles de théâtre (TMD) des pays de l'OTAN et de la Russie.
Parallèlement à cette étude, plusieurs exercices assistés par ordinateur ont été organisés pour servir de base à des améliorations futures dans le domaine de l’interopérabilité et permettre l’élaboration de mécanismes et de procédures applicables aux opérations conjointes dans le secteur de la défense contre les missiles de théâtre.
L'OTAN et la Russie examinent également les domaines de coopération possibles en matière de défense antimissile territoriale. Au sommet de Lisbonne, les pays du COR ont décidé d'échanger des vues sur la recherche d'une coopération en matière de défense antimissile balistique. Ils ont adopté une évaluation conjointe des menaces liées aux missiles balistiques et décidé de poursuivre leur dialogue dans ce domaine. Le COR a été chargé de procéder à une analyse conjointe approfondie du cadre futur de la coopération en matière de BDM. En avril 2012, l'OTAN et la Russie ont mené avec succès un exercice assisté par ordinateur sur la défense antimissile.