Le Groupement tactique franco-espagnol sur tous les fronts

Slt Agustín López Marín
Première publication dans le
Journal de la SFOR#155, 9 janvier 2003

Du 26 au 30 décembre, le Groupement tactique franco-espagnol (GTFE), composante de la Brigade multinationale sud-est (BMN-SE), a déployé toutes ses unités dans sa zone de responsabilité (AoR). Les buts de ces exercices étaient d’entraîner les soldats aux différentes missions assignées, de vérifier la rapidité et la capacité des unités, de familiariser le personnel à sa nouvelle zone de responsabilité et de manifester la présence de la SFOR au sein de la population.

Duzi – Le Cne Luc Le Coz commande la Compagnie française d’Infanterie de marine (CFIM). “Tout au long de la semaine, les différentes sections appartenant à la CFIM se sont déployées dans de nombreuses municipalités de notre AoR, Gacko, Bileca, Nevesinje et Trebinje. Pour y accomplir des activités de renseignement à la frontière monténégrine. Mais aussi pour mieux connaître les besoins fondamentaux des locaux, afin de leur fournir une aide humanitaire par le biais des unités CIMIC,” explique-t-il.
Action anti-extrémistes
Dans un hameau près de Trebinje, la 1e Section de la CFIM, commandée par le Ltn Renaud Merlin, a effectué le 27 décembre un exercice d’arrestation d’extrémistes appartenant à un groupe para-militaire et ayant des liens étroits avec un parti politique radical. Les membres de ce groupe extrémiste ont mené des attaques dans quelques villages et ont forcé les portes d’un site de stockage d’armes (Weapon Storage Site, WSS), où ils ont volé des explosifs, des armes et des munitions, dans le but de créer troubles et agitation dans cette région habituellement calme et stable. “Ce n’est que rarement que nous recevons ce type de mission. En théorie, notre unité fournirait la ‘boîte verte’ au profit de l’Unité multinationale spécialisée (MSU), de l’équipe d’assaut des carabiniers (Special Weapons and Techniques, SWAT) ou de la police locale. Mais nous devons nous préparer à réagir face à une possible escalade des hostilités dans les meilleures conditions, en nous entraînant régulièrement,” commente le lieutenant.
Il a fait une analyse de la mission avec une estimation de la situation. Puis il a scindé la section en plusieurs équipes, assignant des missions tactiques à ses subordonnés. Il leur a également exposé sa propre approche et les limites de leur action.
Dans un bâtiment isolé, trois soldats français portant des vêtements civils jouaient le rôle des méchants préparant des actions de déstabilisation. Pendant que l’infanterie se déplaçait furtivement à couvert dans les bois, quatre VABs (Véhicule de l’avant blindé) bouclaient la zone afin d’interdire une hypothétique aide aux extrémistes.
Le Ltn Merlin a donné un seul ordre : “En avant ! ” Quinze secondes plus tard, les méchants étaient entourés par une nuée de soldats pointant sur eux leur FAMAS SLR. Avec deux suspects capturés, l’assaut paraissait terminé. Pas tout à fait cependant, car le troisième homme avait réussi à s’échapper dans un véhicule. Mais le Sgt Anthony Moreau avec son équipe allaient stopper son escapade au premier croisement.
Le Sgt Franck Kuntzler exécute sa quatrième mission en Bosnie-Herzégovine (B-H). Il explique : “Après une recherche méticuleuse dans la maison et la voiture, la section française a découvert quelques armes de petit calibre, des munitions, des explosifs, de la documentation et une caméra vidéo. Nous améliorons notre formation pour être prêts face à un cas réel.” Et le Ltn Merlin de renchérir : “Maintenant, nous répétons le processus, mais en changeant les tâches des équipes.”
Opération Hilton
La Compagnie espagnole d’Infanterie de marine (CEIM) va accomplir de nouvelles tâches. Le Cne Jesús Calvo Hernández commande cette unité. “Nous avons relevé les Français dans leur service de garde. Mon unité collabore avec les soldats marocains à la surveillance de la Base Europe de Mostar. Elle est aussi une force de réaction rapide,” résume-t-il.
Maksumici se trouve à 13 km de Mostar. Un vieil hôtel abandonné de cette petite ville est l’endroit sélectionné par le Ltn José Lorenzo Penalva pour exécuter l’Opération Hilton : capturer une personne accusée de crimes de guerre (Person Indicted For War Crimes, PIFWC). Le Ltn Lorenzo appartient à la 4e section de la CEIM. “ Nous devons améliorer nos compétences et tactiques pour ce type d’opération. Les unités de renseignement nous fourniraient l’identification, l’emplacement exact et d’autres éléments sur l’environnement et d’éventuels soutiens locaux. Chaque équipe a une tâche spécifique en fonction du déroulement de l’opération : assurer la sécurité, mener l’assaut et identifier le PIFWC, bloquer les fuyards, etc,” détaille le lieutenant.
Durant les jours précédents, cette section a travaillé avec les renseignements fournis par une petite équipe qui avait fait une reconnaissance exhaustive des lieux. Au petit matin du 28 décembre, le convoi avec quatre Humvees quitte Mostar. Les véhicules taillent leur chemin à l’abri des bois pour ne pas être détectés et encerclent le bâtiment en quelques minutes. Intervention rapide. Le PIFWC n’a pas le temps de réagir et est capturé. L’équipe de transport intervient rapidement. L’opération est terminée.
Le Sgt Francisco Manuel González Orozco commente : “Ce type d’entraînement est monnaie courante pour les troupes de l’infanterie. C’est toujours délicat d’opérer conformément aux plans dans un scénario où il y a de l’opposition. La chose la plus difficile est de localiser la position de l’ennemi et d’évaluer les dangers ; alors, quand nous savons exactement où est l’objectif, nous nous infiltrons et progressons aussi près que possible pour donner l’assaut.” Le Ltn Calvo a supervisé directement le déroulement de l’action. “J’ai entièrement confiance dans les capacités et le niveau de compétence de mes hommes face à des situations inattendues. Ils sont capables de réagir à tout événement qui pourrait compromettre la stabilité de la région,” ajoute-t-il.
A la frontière monténégrine
Du 26 au 28 décembre, deux sections appartenant à l’Escadron de Cavalerie légère espagnole (ECLE) se sont installées pour trois jours à Duzi, dans les baraquements d’un précédent détachement de la SFOR. Le Cne Francisco López Villar, commandant de l’ECLE, détaille : “Pendant ces trois jours, mon escadron a exécuté diverses activités. Par exemple, deux sections ont vérifié des postes frontière (Border Crossing Points, BCP). Les deux autres avaient deux missions. Premièrement, assurer la sécurité durant la reconstruction d’une mosquée à Stolac ; et deuxièmement, vérifier le fonctionnement correct du grand WSS situé à Gabela, près de Capljina.”
Le Ltn David Gil Mora, de la 1e section, commente : “Mon unité doit mettre à jour les renseignements existants sur 35 BCP avec le Monténégro (localisation, type d’installations, police civile ou personnel militaire responsable du point, commerce, etc) et identifier les itinéraires de montagne sans surveillance. Le but principal est d’éviter la course à l’armement illégal et aux marchandises dangereuses passées en contrebande.”
Le Sgt Sergio Lallana Caluzano exécute sa première opération en B-H. “Nous patrouillons les itinéraires principaux autour des villes de Mostar, Bileca, Trebinje et Neum, pour garantir un environnement sécurisé, prévenir tout trouble et assurer la stabilité et le développement économique et politique de ces municipalités,” conclut-il.

Catégorie:
Exercices et entraînements

Cliquez sur l'image pour l'agrandir
Photos : Sgt Laurent Pontillon

Le Sgt Lallana en patrouille entre les villes de Trebinje et Lastva.


Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Le Ltn Gil explique à ses subordonnés l'opération à venir : le contrôle des postes frontière avec le Monténégro.


Cliquez sur l'image pour l'agrandir

L’équipe d’assaut parée à intervenir.


Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Une fois le PIFWC arrêté, l'unité doit quitter rapidement les lieux.


Cliquez sur l'image pour l'agrandir

L'équipe d'assaut procède à l'arrestation de l’extrémiste.


Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Le Sgt Moreau et son équipe arrêtent le fuyard.


Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Regroupée à couvert, l’équipe espagnole d’assaut attend pour intervenir les ordres du Ltn Lorenzo.


Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Pendant que des membres de l'escouade interrogent le captif, Le Ltn Merlin (à d.) évalue le matériel saisi.