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Histoire de la Bosnie-Herzgovine
des origines à 1992

M. Thierry Domin
Premire publication dans le
Journal de la SFOR#120, le 22 aot, 2001


Chapitre 4
L'ère austro-hongroise

La fin de l’empire ottoman
Pendant le XVIIIe siècle et la première moitié du XIXe, la Bosnie fut engagée dans des guerres contre l’Autriche et Venise, en même temps qu’elle recherchait un statut autonome au sein de l’empire ottoman. Les institutions turques (propriété, administration, armée …) étaient à cette époque plutôt bien acceptées par les Bosniens. Il y avait certes révoltes et rébellions, telles celle de Husein Bey Gradascevic en 1831-32, mais elles n’eurent pour seul résultat que de mieux définir la part d’indépendance du pays au sein de l’Empire. Ainsi, vers 1860, les réformes arrachées aux Turcs débouchèrent-elles principalement sur une autonomie provinciale accrue.
Ce furent les guerres de Crimée contre la Russie qui – paradoxalement, puisque la coalition anglo-franco-turque triompha – vit le déclin de l’empire ottoman à partir de ses marches occidentales. La Russie renforça même ses positions dans les Balkans, en particulier en Serbie et au Monténégro. En 1877, un autre conflit opposa à nouveau Ottomans et Russes le long du Danube et en Arménie. Mais, bien que victorieuse, la Russie déclara que la péninsule balkanique était d’abord une affaire européenne.
1878, une date-clé
Le début du XIXe siècle avait vu l’éclosion en Europe occidentale de ce que les historiens ont appelé le “Printemps des peuples”. Inspirés par les idéaux de la Révolution française et par ceux du Ier Empire, les pays découvraient “l’Etat-nation”. Serbes, Bosniens et Croates ne pouvaient rester à l’écart de ce mouvement. Ils réclamèrent donc davantage de liberté et d’indépendance. Les Serbes obtinrent cette dernière entre 1815 et 1830. Simultanément, les Croates combattaient pour une autonomie accrue vis-à-vis de la Hongrie ; celle-ci, de son côté, avait la même démarche face à l’hégémonie autrichienne.
C’est à cette époque que les Austro-Hongrois commencèrent, sous la dynastie des Habsburg, à s’intéresser de près aux Balkans. L’Autriche soutint le tout jeune Etat serbe après son indépendance, et poussa ses pions dans les trois régions qui possédaient d’importantes minorités serbes : au nord, la Vojvodine à majorité hongroise, à l’ouest le Sandzak à majorité bosno-musulmane et au sud le Kosovo à majorité albano-musulmane.
Avec la “Rébellion chrétienne” qui éclata en 1875 et dura trois ans, débuta la grande crise orientale qui devait déboucher sur le Congrès de Berlin (1878). Celui-ci donna mandat à l’Autriche-Hongrie pour occuper la Bosnie. Le pays et une bonne partie de la Serbie furent placés sous “occupation et administration” autrichiennes, bien que demeurant légalement sous tutelle turque. Non sans de fortes résistances, pour la plupart du fait des Bosniaques, l’empire austro-hongrois établit son autorité sur le pays. Mais il lui accorda un statut spécial de “Corpus separatum” à l’intérieur de ses frontières traditionnelles. Cette appellation signifie que la Bosnie bénéficiait d’une substantielle autonomie, et n’appartenait ni à l’Autriche, ni à la Hongrie. C’est ainsi que le pays entra dans le groupe des Etats dits “européens”.
L’annexion pure et simple de la Bosnie par l’Autriche en 1908 empêcha tant la Serbie que l’empire ottoman de la revendiquer. Deux ans plus tard, la province établissait son propre parlement, dans lequel étaient représentés tous ses peuples constituants. Pendant ces années austro-hongroises, de grands changements eurent lieu, dans des domaines aussi différents que l’économie ou la culture. Des intellectuels croates développèrent également, au tout début du XXe siècle, l’idée d’un Etat indépendant regroupant tous les Slaves du Sud, et appelé Yougoslavie.
La guerre commence à Sarajevo
En 1914, la Serbie revendiqua un accès à la mer, faisant monter la tension dans la région. On dit que la Première Guerre mondiale, tout comme le XXe siècle, a débuté à Sarajevo avec l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, en 1914. Le 28 juin, jour anniversaire de la bataille de Kosovo Polje en 1389 (voir Le Journal de la SFOR no 118), l’archiduc fut abattu sur les bords de la Miljacka, alors qu’il se rendait à une séance du Parlement. L’assassin était un étudiant serbe de Bosnie, Gavrilo Princip, membre de la “Main noire”, groupe radical et clandestin qui avait pour but de rattacher la Bosnie à la Serbie.
L’Autriche déclara alors immédiatement la guerre à la Serbie. Le jeu des alliances fit le reste : la Russie se rangea aux côtés des Serbes, l’Allemagne mobilisa pour soutenir l’Autriche contre la Russie ; la France mobilisa contre l’Allemagne. Lorsque l’Allemagne attaqua la France en passant par la Belgique, la Grande-Bretagne entra à son tour en guerre. Tous ces événements s’enchaînèrent comme une traînée de poudre entre le 28 juillet et le 4 août. Plus de huit millions de personnes trouveront la mort au cours de la Première Guerre mondiale.
Les Serbes se rangèrent bien évidemment du côté des Alliés, alors que les Croates choisissaient l’autre camp. La majorité des Bosniens resta fidèle à l’Autriche-Hongrie, même si certains Musulmans décidèrent de servir dans l’armée serbe. La guerre, brutale et sans merci dans toute l’Europe, le fut encore davantage dans les Balkans, avec des pertes importantes dans les deux camps. Un grand nombre de Bosno-serbes furent expulsés du pays vers la Serbie ou le Monténégro. D’autres furent massacrés. Le décor était planté pour des conflits ultérieurs.

Catégorie: Autres