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Visite à Moscou du Secrétaire Général Délégué de l'OTAN

NATO-RUSSIA COUNCIL AMBASSADOR ALEXANDER VERSHBOW 05Le secrétaire général délégué de l’OTAN, Alexander Vershbow, prend la parole au siège de l'OTAN.

La rédaction du site www.nato-russia-council.info a interrogé aujourd'hui le secrétaire général délégué de l’OTAN, l'ambassadeur Vershbow, après une visite en Russie au programme chargé. L'ambassadeur Vershbow s'est rendu à Moscou, où il a rencontré ses homologues russes pour parler du développement de la coopération entre l'OTAN et la Russie dans le cadre du Conseil OTAN-Russie. Au cours de ce voyage, il a donné plusieurs interviews et a participé à une conférence d'anciens ambassadeurs de Russie et des États-Unis.

www.nato-russia-council.info : Il semble que vous reveniez d'un voyage au programme extrêmement chargé.

L'ambassadeur Vershbow, batteur amateur
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Ambassadeur Vershbow: « J'ai fait un voyage très intéressant à Moscou, à la fois pour une conférence d'anciens ambassadeurs de Russie et des États-Unis – ce qui m'a donné l'occasion de revoir d'anciens collègues –, et pour des rencontres bilatérales officielles avec des responsables russes, ce qui a constitué le temps fort de ma visite. J'ai également pu m'entretenir avec des représentants de la société civile et des médias russes au sujet d'enjeux majeurs pour les relations OTAN-Russie.

J'ai retrouvé Moscou avec un immense plaisir et j'ai eu la chance de faire quelques sorties culturelles, et notamment d'aller écouter le guitariste virtuose, Victor Zintchouk, au Club de l'Union des compositeurs. Avec deux de mes anciens collègues ambassadeurs, j'ai pu écouter le plus grand saxophoniste russe de tous les temps, Igor Boutman, et j'ai même pu l'accompagner à la batterie sur un morceau de blues avec le trio Daniel Kramer et la prometteuse chanteuse de jazz américaine, Debbie Davis. Lorsque j'étais ambassadeur à Moscou, je fréquentais régulièrement le club d'Igor Boutman, et celui-ci venait jouer avec son orchestre à la Spaso House, la résidence de l'ambassade des États-Unis.

La conférence des ambassadeurs a été l'occasion de retrouvailles informelles et de discussions entre des personnes ayant accumulé une somme considérable d'expérience dans leurs fonctions antérieures. Au vu de cette expérience, tous ont estimé que les deux gouvernements devaient consolider leurs bases de coopération. »


NRC.info: Vous avez rencontré des responsables du ministère des Affaires étrangères, du ministère de la Défense, du cabinet du premier ministre et de l'administration présidentielle. Vous avez parlé, entre autres, des moyens d'approfondir la coopération en Afghanistan. Quels sont actuellement, selon vous, les domaines de coopération sur l'Afghanistan les plus fructueux, et quel est leur impact sur la situation de sécurité en Afghanistan?

Ambassadeur Vershbow: « Mes interlocuteurs russes ont reconnu que l'Afghanistan est actuellement l'un des domaines de coopération les plus productifs. Nous avons fait le point sur le fonds d'affectation spéciale pour la maintenance des hélicoptères (HMTF), l'aide apportée par la Russie pour le transit de matériels destinés à la FIAS en Afghanistan, et le rôle potentiel de la Russie dans le désengagement d'Afghanistan. De l'avis général, nos activités de formation à la lutte antidrogue sont un succès et pourraient être développées. Il a été clairement admis que nous avions tous intérêt à faire en sorte que l'OTAN réussisse en Afghanistan et à continuer de favoriser la stabilité de la région après 2014. Ces entretiens ont été d'une grande utilité pour ce qui est de redynamiser et de développer ce domaine de coopération.

Nous avons entamé le processus de passage à la deuxième phase du HMTF, et maintenant que les forces aériennes afghanes axent l'essentiel de leur capacité future sur la technologie des hélicoptères russes, il devrait être possible de poursuivre ce programme pendant des années encore. On pourrait envisager d'autres possibilités que les hélicoptères où la Russie pourrait aider l'Afghanistan à mieux se défendre et à prévenir une résurgence des talibans. »

NRC.info: Quels sont les nouveaux domaines de coopération sur l'Afghanistan que le Conseil OTAN Russie pourrait développer ?

Ambassadeur Vershbow: « En ce qui concerne l'après-2014, l'Afghanistan va se trouver confronté à de nombreux besoins différents, auxquels la communauté internationale devra répondre. Certains de ces besoins concerneront la sécurité, mais il pourrait y avoir d'autres domaines – la sécurisation des frontières, la lutte contre la corruption ou contre d'autres formes de criminalité transnationale – où la coopération OTAN-Russie pourrait servir de catalyseur pour une intensification de la coopération régionale. Le champ sécuritaire passera peut-être au deuxième plan, mais les pays du Conseil OTAN Russie pourraient donner une impulsion réelle, susceptible d'amener les pays d'Asie centrale, le Pakistan, l'Inde et à la Chine à participer à de nouvelles initiatives au service de la souveraineté et du développement économique de l'Afghanistan. »

NRC.info: Comment envisagez-vous de développer la coopération dans ces domaines ?

Ambassadeur Vershbow: « Le projet de formation à la lutte antidrogue fournit un modèle pour des projets futurs en coopération. Ce projet ne se limite pas à la seule formation des Afghans, il permet aussi de renforcer les capacités en Asie centrale et au Pakistan. On pourrait même agir encore plus en profondeur, sachant que les pays d'Asie centrale voisins de l'Afghanistan ainsi que le Pakistan sont encore plus directement concernés par la nécessité d'éviter toute régression du pays après 2014. »

NRC.info: En quoi les projets du Conseil OTAN-Russie impactent-ils la sécurité sur le terrain en Afghanistan ?

Ambassadeur Vershbow: « Le soutien apporté à l'Afghanistan pour ses capacités en hélicoptères a certainement ouvert la voie à un renforcement de l’efficacité des forces de sécurité afghanes dans leur ensemble. Ces hélicoptères permettent à la fois d'assurer une mobilité essentielle et de fournir des capacités de contre-insurrection, qui sont déjà testées au combat, maintenant que l'Afghanistan assume la direction de plus de 80% des opérations. Le fonds d'affectation spéciale du COR pour la maintenance des hélicoptères a déjà permis d'assurer la formation et la certification de 20% des techniciens des forces aériennes afghanes et, selon toute probabilité, ce chiffre doublera l'an prochain. Les quelque 2 500 agents formés à la lutte antidrogue, aussi bien en Afghanistan que dans les pays voisins, ont également eu des résultats significatifs : ce sont en effet des stagiaires formés dans le cadre du projet du COR qui ont participé à certaines des plus grosses saisies d'héroïne réalisées dans la région. Il ne faudrait pas sous-estimer le défi posé par l'arrêt des flux de stupéfiants en provenance d'Afghanistan, ce fléau étant une menace pour la Russie mais aussi pour l'Europe. Nous avons pris un bon départ, mais il existe encore de grandes marges de progression. »

NATO-RUSSIA COUNCIL AMBASSADOR ALEXANDER VERSHBOW

NRC.info: On parle souvent de l'Afghanistan, car c'est actuellement un domaine de solide coopération pour le Conseil OTAN-Russie. La défense antimissile cristallise également l'attention, mais c'est un domaine où les progrès sont lents, alors que, dans d'autres domaines, un gros travail est accompli et des progrès sont enregistrés. Comment, selon vous, la coopération OTAN-Russie sur la défense antimissile peut-elle se développer dans un avenir proche ?

Ambassadeur Vershbow: « La défense antimissile est le sujet auquel j'ai consacré le plus de temps dans mes entretiens, parce que c'est un domaine où nous avons d'extraordinaires opportunités de porter notre coopération à un niveau beaucoup plus élevé, mais aussi où nous éprouvons les plus grandes difficultés – et cela ne date pas d'hier – en raison de nos divergences de vues. Compte tenu des récents changements apportés au programme américain de défense antimissile et annoncés il y a quelques semaines par le secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, j'ai souligné qu'il faudrait en profiter pour redynamiser les discussions entre experts, mais aussi au niveau politique. Ces changements permettent de lever toute incertitude quant au fait que les plans de défense antimissile américains et OTAN en Europe feraient peser un risque quelconque sur les forces de dissuasion stratégique russes. De nombreuses questions subsistent côté russe, mais les changements apportés au programme pourraient au moins ouvrir la voie à des discussions approfondies sur les moyens de bâtir une architecture de défense antimissile coopérative. L'annonce des États-Unis a levé l'un des obstacles majeurs à la coopération. »

NRC.info: Quels autres domaines de coopération OTAN-Russie jugez-vous importants, actuellement et pour l'avenir ?

Ambassadeur Vershbow: « Nous avons lancé des initiatives majeures dans le domaine de la lutte antiterroriste – et en particulier, l'initiative STANDEX, qui fera l'objet, en juin, d'une démonstration en conditions réelles dans le métro parisien.

La technologie STANDEX permet de détecter à distance les explosifs à l'état de trace, sans devoir approcher les suspects ; cette technologie a de multiples applications dans les secteurs public et privé, dans des endroits comme le métro, les aéroports, les gares ou autres lieux publics. L'anniversaire des tragiques attentats terroristes perpétrés en 2010 dans le métro de Moscou, qui a été célébré de manière solennelle lors de ma visite, a servi de « piqûre de rappel » : il est certainement de notre intérêt commun de développer les moyens de détecter ce type d'attaque à un stade précoce, et de nous donner une chance de sauver des vies. Nous pouvons continuer de développer cette technologie, et de coopérer plus largement dans la lutte antiterroriste, en lançant des projets de suivi.

On pourrait explorer de nouvelles pistes de coopération en mettant à profit l'expertise de l'OTAN dans le domaine de la démilitarisation des munitions excédentaires en Russie. En raison de leur vétusté et de leur état de dégradation, les munitions excédentaires constituent pour la population un risque sécuritaire et environnemental, et il ne fait aucun doute que nous pouvons coopérer avec succès dans ce domaine, et ce dans l'intérêt de tous.

Nous avons également parlé de la lutte contre la piraterie au large des côtes de la Somalie. Nous n'opérons pas pour l'instant sous commandement commun, mais nous collaborons étroitement. Nous avons mis au point des moyens pour nos navires de communiquer directement et de coordonner leurs opérations.

Nous avons également engagé des consultations politiques satisfaisantes sur toute une série de sujets, dont la maîtrise des armements, le désarmement et la non-prolifération. J'ai fait valoir que nous pourrions élargir notre dialogue politique et l'étendre à certains des défis régionaux les plus difficiles dans le monde. Il ne sera peut-être pas possible d'y répondre par l'intermédiaire du Conseil OTAN Russie, mais celui-ci offre un cadre approprié pour mieux comprendre les positions des uns et des autres, ce qui pourrait peut-être aider nos diplomates ailleurs dans le monde à trouver une approche commune. »

Liens vers d'autres interviews de l'ambassadeur Vershbow avec les médias russes :

Interview avec Kommersant (en russe)

Interview avec Kommersant (traduction anglaise)

Interview avec Interfax (en russe)

Interview avec Ekho Moskvy en Russe