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10 years of Partnership and Cooperation
NATO HQ
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26 October 2001
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L'économie
des sociétés en transition : Ses travaux du CPEA
en session du Comité économique
Discours
par Michael Kaser
Institut d'tudes allemandes,
Universit de Birmingham, Royaume-Uni
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Le dixième anniversaire que nous célébrons
aujourd'hui coïncide avec un cinquantième anniversaire
qui n'est pas sans importance. Le 22 juin 1951, des représentants
du Canada, du Danemark, de la Grèce, des Pays-Bas, de
la Norvège, du Portugal, du Royaume-Uni et des Etats-Unis
se réunissaient au siège de l'OTAN, qui se trouvait
alors à Londres, en tant que premier Groupe de travail
de l'OTAN sur l'économie soviétique. Le contexte
dans lequel j'y ai présenté un document est resté
le même depuis les années 50 jusqu'à la
fin des années 80. Pour les responsables de l'OTAN et
de ses Etats membres, la Guerre froide impliquait une analyse
économique des ressources nécessaires au Pacte
de Varsovie pour maintenir ou renforcer les contributions au
dispositif militaire. A partir du milieu des années 60,
les économistes du monde universitaire ont été
appelés à y ajouter leurs propres analyses dans
le cadre d'au moins trois programmes annuels. Au Royaume-Uni,
à partir de 1966, le MON a parrainé des conférences
annuelles tenues d'abord au Ministère des affaires étrangères,
puis à la London School of Economies, et enfin, en 1990,
mon propre St Antony's Collège de l'Université
d'Oxford, avec, symboliquement, un financement de l'OTAN et
la participation de l'Union soviétique. Aux Etats-Unis,
la Commission économique conjointe du Congrès
a demandé chaque année à partir de 1965
des études à des universitaires et des responsables
de pays de l'OTAN sur les économies d'Europe de l'Est,
de l'URSS et de la Chine, généralement selon un
cycle triennal. Et à partir de 1971, la Direction économique
de l'OTAN a organisé chaque année (sauf en 1972)
sont grand colloque économique, dont les travaux ont
toujours été publiés avec une rapidité
remarquable. Celui de 1990 était le premier à
faire intervenir des orateurs de l'URSS, de la Hongrie et de
la Pologne.
L'année suivante, le Conseil de coopération nord-atlantique
a tenu sa première réunion, et a inclus dans son
programme de travail les colloques économiques, qui avaient
été repris dans le Plan d'action du Conseil de
partenariat euro-atlantique lors du colloque de 1998. Cette
réunion était également une "première"
en ce sens qu'elle ne se tenait pas, comme les précédentes,
au siège de l'OTAN, mais dans un pays partenaire, la
Slovénie. Le Concept stratégique de l'OTAN, adopté
au Sommet de Washington d'avril 1999, marquait l'attachement
de l'Alliance - je cite -"à une approche globale
de la sécurité, qui reconnaît l'importance
des facteurs politiques, économiques, sociaux et environnementaux
en plus de l'indispensable dimension de défense".
Avec l'adhésion de la République tchèque,
de la Hongrie et de la Pologne, et l'unification de l'Allemagne,
la ligne de séparation datant de l'époque de l'après-guerre
avait été supprimée.
Mais, s'il n'y avait plus de division politico-militaire de
l'hémisphère nord - la zone du CPEA commence et
se termine au détroit de Bering - les économies
postcommunistes étaient encore bien différentes
des économies de marché. Elles avaient connu,
au début de la transition économique, l'urgence
d'une double transformation - le passage du régime de
planification centrale à un système de marché
et la recherche de la stabilité macro-économique.
Après l'éclatement de la Tchécoslovaquie,
de l'Union soviétique et de la Yougoslavie, 22 des 27
pays en transition devaient entreprendre ces transformations
parallèlement à la mise en place de nouvelles
structures nationales.
En 2000, la plupart des changements institutionnels avaient
été menés à leur terme, bien qu'à
des degrés variables selon le pays et la branche de l'économie.
Partout, le secteur privé domine dans l'agriculture et
les services, mais s'agissant de l'exploitation minière
et des industries manufacturières, l'Etat occupe toujours
une place importante, et dans le secteur privé en général,
on constate des lacunes au niveau de la réglementation
publique et du respect de la loi et des contrats. Dans certains
pays représentant un cas extrême, la moitié
environ de l'activité économique est générée
en dehors du PIB mesuré, alors qu'à l'autre extrême,
l'économie officieuse atteint le niveau des 10% habituellement
enregistré dans les économies de marché
occidentales. Le PIB mesuré et - ce qui est important
- de ce fait imposable reste faible, calculé par habitant,
p'ar rapport aux pays occidentaux, allant de $ 990 au Tadjikistan
à $ 14.800 en Slovénie. Presque partout, le pourcentage
de population vivant au dessous du seuil de pauvreté
a augmenté. La pauvreté est source de conflits
et les conflits engendrent la pauvreté, comme certains
Etats en transition ont pu le constater. Cette relation à
double sens a été récemment démontrée
par une étude de la Banque mondiale portant sur les deux
quinquennats de la période 1960-1999, qui a été
marquée par des guerres civiles dans 73 pays. L'éclatement
d'un conflit civil a été statistiquement associé
non seulement à des questions ethniques, aux pressions
démographiques et à la dépendance vis-à-vis
des exportations de produits primaires, mais surtout à
la faiblesse, voire à la baisse, du PIB par habitant.
Il est donc encourageant de constater que l'an 2000 a été
la première année, depuis l'effondrement du communisme,
où chaque pays en transition a connu une augmentation
du PIB. Cependant, même si ces pays enregistrent pendant
cette décennie une croissance deux fois supérieure
à celle de l'UE, seule la Slovénie arrivera au
niveau de cette dernière en ce qui concerne le PIB moyen
par habitant.
Le deuxième grand impératif pour les gouvernements
des pays en transition a consisté à assurer la
stabilité macro-économique et à garantir
son maintien pour les investisseurs constitués en société
comme pour les petits épargnants. Là encore, le
bilan de l'année dernière est positif. L'inflation
a été nulle dans deux Etats (Albanie et Arménie),
elle a été à un chiffre dans douze pays,
elle a atteint entre 10 et 30% dans huit pays, elle a dépassé
30% dans six seulement, et seul le Bélarus a connu une
inflation à trois chiffres. La faiblesse de l'inflation
prévue et la transparence de la gestion au niveau des
sociétés et de l'Etat favorisent les investissements
étrangers directs (IED), ce qui facilite le rattrapage
quantitatif et qualitatif. L'an dernier, les IED par habitant
ont atteint $ 256 dans les cinq Etats d'Europe centrale et orientale,
$ 123 dans les trois pays baltes, $ 68 dans les sept pays d'Europe
du Sud-Est, mais seulement $ 12 dans les douze Etats de la CEI.
L'attentat terroriste du 11 septembre et la crainte d'une récession
économique dans les pays occidentaux accentueront un
déclin déjà évident des IED à
l'échelle mondiale. Les adversaires de la mondialisation
dans le domaine économique jugeront peut-être une
telle tendance encourageante, mais la diffusion des technologies
de pointe et l'efficacité de la gestion pourraient en
souffrir.
C'est dans ce contexte économique que doivent être
définies les activités à mener au sein
du CPEA. La rentabilité des dépenses publiques
doit être une préoccupation prioritaire à
cet égard. L'efficacité de la gestion des ressources
au niveau des ministères de la défense suppose
non seulement que les fonds soient dépensés conformément
aux appréciations du gouvernement quant aux capacités
de sécurité requises, mais aussi qu'une part forcément
importante des dépenses publiques soit affectée
de façon compétitive et efficiente. L'an dernier,
les gouvernements de tous les pays en transition sauf quatre
ont connu un déficit budgétaire - les finances
de l'Ukraine étaient en équilibre, la Bulgarie,
le Kazakhstan et la Fédération de Russie (si les
budgets régionaux et locaux sont regroupés avec
le budget fédéral) ont enregistré des excédents.
Les avis donnés par l'OTAN et par ses pays membres aux
gouvernements des pays partenaires au sujet de la gestion des
ressources affectées aux programmes de défense
contribuent ainsi à la réalisation du grand objectif
politique que constitue la stabilisation macro-économique.
Pour parvenir à des décisions faisant l'objet
d'un suivi démocratique sur l'affectation de ces ressources,
le Comité directeur politico-militaire du Partenariat
pour la paix a organisé des séminaires fournissant
des orientations aux autorités pour les aider à
assurer une plus grande transparence de la planification et
de la budgétisation de la défense.
Les dépenses budgétaires ne représentent
qu'une partie des ressources utilisées pour la défense,
notamment par les industries de défense, qu'elles soient
privées ou qu'elles dépendent de l'Etat. L'industrie
de défense a été rendue plus efficace par
une restructuration tenant compte de l'évolution des
besoins ainsi que de la concurrence étrangère.
Une conversion à la production civile a dû être
opérée là où la fin de la Guerre
froide s'est traduite par une réduction des acquisitions
pour la défense. Les deux tendances ont été
constatées aussi bien au sein de l'OTAN que dans les
pays partenaires, mais dans les pays à l'économie
en transition, l'analyse de l'expérience pratique au
sein du CPEA en session du Comité économique a
occupé une place particulière, pour deux raisons.
Premièrement, les industries de défense étaient
non seulement gérées par l'Etat mais isolées
du reste du secteur étatisé. Leur adaptation à
l'abolition du système de planification centrale en était
d'autant plus problématique. Deuxièmement, de
nombreuses usines du complexe militaro-industriel étaient
situées dans des villes qui dépendaient d'une
seule industrie. Bien que la réduction des acquisitions
pour la défense ait durement touché certaines
villes d'Europe de l'Est (notamment en Slovaquie), les "villes
fermées" de la CEI ont connu un grave chômage,
une érosion de l'infrastructure et la perte de services
sociaux. Cette dimension régionale a pris une place importante
dans les activités confiées au Comité,
de même que les effets géographiques analogues,
mais plus limités, de la fermeture de bases militaires
- les installations navales étaient particulièrement
vulnérables - pour lesquelles de nouvelles utilisations
productives doivent être trouvées. Les problèmes
environnementaux qui ont été rencontrés
lorsqu'il s'est agi de réutiliser des zones précédemment
affectées à la défense ne sont pas la moindre
des préoccupations des spécialistes qui étudient
les questions économiques liées à la sécurité
dans le cadre général du CPEA et de la COU. Leur
tâche n'est certainement pas achevée.

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