Edition Web
Vol. 46 - No. 2
Et 1998
pp. 4-6

Le dfi de l'UEO

Apostolos Tsohatzopoulos

Ministre de la dfense de la Rpublique hellnique



M. Apostolos Tsohatzopoulos, Ministre de la dfense de la Grce ( gauche), dont le pays occupe actuellement la prsidence tournante de l'UEO, parlant M. Javier Solana, Secrtaire gnral de l'OTAN, lors de la runion du Conseil des ministres de l'UEO de l'automne dernier.
(Photo Belga 38Kb)

A l'occasion du 50 e anniversaire de l'UEO, le Ministre de la dfense de la Grce, dont le pays assume la prsidence de l'UEO jusqu' la fin du mois de juin, indique dans cet article qu'il faudrait faire le point des ralisations, tirer les leons des dceptions et exploiter au mieux les possibilits qui s'offrent pour crer maintenant une Europe de scurit et de dfense. La crdibilit de l'UEO et de l'Europe sont en jeu, mais il se dit convaincu que toutes deux sauront relever le dfi.

La signature du Trait de Bruxelles, le 17 mars 1948, par cinq Etats europens (la Belgique, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Royaume-Uni) a conduit la fondation de l'Union de l'Europe occidentale (UEO). Dans sa version initiale, le Trait prvoyait une large coopration dans les domaines conomique, social et culturel, ainsi qu'une dfense collective. Six ans plus tard, Paris, avec l'adhsion de deux nouveaux membres, l'Allemagne et l'Italie, il tait amend pour devenir le Trait de Bruxelles modifi de 1954, qui refltait les espoirs des pays europens en matire de paix, de coopration et de scurit, mais aussi d'volution sociale et conomique. Le Portugal et l'Espagne rejoignirent ensuite l'UEO, en 1988, et en 1995, l'adhsion de mon propre pays, la Grce, porta dix le nombre des membres de l'Organisation.

A l'origine, le Trait de Bruxelles accordait de grandes comptences l'UEO, ce qui traduisait la volont europenne de coopration, de scurit et de prosprit. Pourtant, pendant une bonne partie de la Guerre froide, l'UEO resta en sommeil, et ces comptences furent transfres d'autres organisations qui avaient t cres entre-temps. Ainsi, les activits de dfense de l'Europe occidentale furent places sous l'gide de l'OTAN, tandis que les comptences relatives aux questions sociales et culturelles furent assumes par le Conseil de l'Europe et que les affaires conomiques devinrent le domaine de la Communaut conomique europenne (aujourd'hui l'Union europenne).


La ractivation de l'UEO

Au plus fort de la Guerre froide, l'UEO fut ractive, ce qui tmoignait du dsir croissant de renforcer le pilier europen de l'Alliance. En octobre 1984, lors de la clbration du 30 e anniversaire du Trait de Bruxelles modifi, les Ministres europens des affaires trangres et de la dfense adoptrent la Dclaration de Rome, qui tablissait les nouveaux objectifs politiques et les changements structurels de l'Organisation. Ceux-ci incluaient la dfinition d'une identit europenne de scurit et l'harmonisation progressive des politiques de dfense des Etats membres de l'UEO. L'volution de l'UEO fut encore accentue en juin 1992, avec la cration des "missions de Petersberg", missions de soutien de la paix qui venaient s'ajouter sa fonction essentielle de dfense collective.

De son ct, l'OTAN s'est considrablement rorganise depuis la fin de la Guerre froide, se chargeant de missions nouvelles et ouvrant ses portes aux nouvelles dmocraties d'Europe centrale, orientale et du sud-est. L'un des aspects importants de cette restructuration interne et externe est le dveloppement d'une Identit europenne de scurit et de dfense au sein de l'OTAN, en coopration avec l'UEO. Cette collaboration toujours plus troite entre les deux organisations se traduit notamment par des runions conjointes rgulires entre comits et Conseils, ainsi que par des changes d'informations, par un soutien pratique et matriel d'ventuelles oprations diriges par l'UEO et par l'association de cette dernire aux processus de planification de la dfense de l'OTAN.

En mme temps, l'UEO est un lment essentiel et intrinsque de la politique trangre et de scurit commune en dveloppement au sein de l'Union europenne.

Ces transformations institutionnelles s'inscrivent dans le contexte d'une situation europenne nouvelle dans le domaine de la scurit, qui se caractrise non plus par une menace extrieure claire et unique, mais par des risques et des crises souvent imprvus, se prsentant sous de multiples aspects et rsultant dans une large mesure des difficiles processus de transition que connaissent actuellement les socits d'Europe centrale, orientale et du Sud-Est.


Les crises nouvelles

En Europe du Sud-Est, des crises clatent de plus en plus rgulirement. Tout d'abord en Bosnie, puis en Albanie et, maintenant, alors mme que ces crises n'ont pas encore t surmontes, nous en voyons se dvelopper une troisime au Kosovo. Dans les deux premiers cas, l'UE et l'UEO n'ont pas pu agir la mesure des espoirs mis en elles. Elles n'ont pu ni prvenir ces conflits ni y mettre fin rapidement en prenant les initiatives politiques qui s'imposaient.

Que va-t-il se passer dans le cas de cette troisime crise, qui menace potentiellement la paix et la scurit dans tout le sud-est de l'Europe? L'Europe va-t-elle saisir l'occasion et agir de faon dcisive? Va-t-elle russir parler d'une seule voix et convaincre la Serbie et les Kosovars qu'il faut rgler le problme pacifiquement, en trouvant un nouvel quilibre o seraient reconnus les droits de l'homme qui doivent tre ceux des Albanais du Kosovo dans le cadre de la Nouvelle Yougoslavie?

La capacit ou non de l'UE de se montrer la hauteur des vnements au Kosovo, et dans les Balkans en gnral, aura une incidence durable sur sa crdibilit future et sur celle de l'UEO dans le domaine de la scurit.


L'UEO, l'UE et l'OTAN



MM. Hans van den Broek, Commissaire de l'Union europenne charg des affaires trangres ( gauche), Jos Cutileiro, Secrtaire gnral de l'OTAN, posant pour une photographie lors de la confrence de l'UEO Bruxelles qui, le 17 mars a marqu le 50e anniversaire de son trait fondateur.
(Photo Belga 46Kb)
Cinquante ans aprs la signature de son Trait fondateur, l'UEO a acquis un rle clair et capital en tant que charnire entre l'UE et l'OTAN. Son caractre politico-militaire lui confre une souplesse d'action unique, tant sur le plan politique que sur le plan militaire. Elle constitue le cadre institutionnel de la mise en place d'une capacit europenne collective de gestion des crises, grce l'interoprabilit et la transparence qui rgissent ses relations avec l'UE et l'OTAN, ainsi qu' sa coopration, de multiples niveaux, avec d'autres organisations internationales.

Les progrs raliss jusqu'ici dans le dveloppement de la structure militaire de l'UEO, avec en particulier la cration de sa Cellule de planification et de son Comit militaire, la dotent des moyens qui peuvent tre mis en uvre pour accomplir les "missions de Petersberg", dans le cadre d'une politique de scurit europenne. La contribution des Europens la scurit euro-atlantique acquiert ainsi une forme concrte.

Des progrs similaires ont galement t raliss au niveau politique, crant les conditions ncessaires l'unit d'action de l'Organisation en permettant la participation de membres associs, d'observateurs et d'associs partenaires aux activits de l'UEO. Grce ces diffrents statuts, l'UEO rassemble vingt-huit pays europens au sein d'un seul grand forum o ils peuvent exprimer leurs ides ou leurs proccupations sur les questions relatives la dfense et la scurit.

Ce processus est conduit en parallle avec les processus d'intgration de nouveaux membres d'Europe centrale et orientale dans l'OTAN et l'UE, dont il est galement complmentaire. Il contribue la fois renforcer le lien transatlantique et crer un environnement stable et sr en Europe.


Une re nouvelle

La russite de nos efforts communs visant intgrer l'UEO dans la nouvelle structure europenne de scurit en cours d'laboration dpendra des dcisions prises dans l'avenir immdiat et des solutions que nous pourrons apporter aux problmes critiques et complexes du dveloppement et de la pleine utilisation des capacits de dfense de l'Europe. Mais elle dpendra surtout de la dtermination des peuples d'Europe accepter leur part de responsabilit, sur les plans politique, conomique et militaire, pour notre dfense et notre scurit collectives.

Ces questions sont lies aux modalits de mise en uvre de la coopration entre l'UE et l'OTAN, ainsi qu' la promotion de l'objectif, des principes et du contenu d'une politique europenne commune en matire de dfense o toutes les nations europennes trouveront leur dnominateur commun dans ce domaine.

Alors que nous clbrons le 50 e anniversaire de l'UEO, je suis intimement convaincu que nous sommes au seuil d'une nouvelle re d'unit europenne dans le secteur de la scurit et de la dfense. Je veux esprer que les prochaines annes confirmeront cette prvision, trs propice l'avenir de la scurit europenne et de l'UEO, et je m'engage faire ce qui sera en mon pouvoir pour que nous ne laissions pas passer cette occasion.


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