Revue de l'OTAN
Mise à jour: 08-Sep-2002 Revue de l'OTAN

Edition Web
Vol. 41- No. 6
Déc. 1993
p. 3-5

Adapter l'Alliance aux nouveaux défis

Volker Rùhe
Ministre de la Défense de la République fédérale d'Allemagne

L'Europe continuera à dépendre d'un partenariat de sécurité transatlantique, fonctionnel et fiable. Nous ne pouvons cependant nous limiter uniquement à réaffirmer la mission essentielle confiée à l'Alliance dans le passé. Ce dont nous avons besoin aujourd'hui, c'est d'une réforme de l'Alliance. Nous devons résolument poursuivre sur la voie tracée à Rome et à Maastricht en 1991. Nous devons faire face à de nouveaux risques et défis et, dans le même temps, créer un environnement européen stable et sûr. Cela vaut en particulier pour la communauté euro-atlantique et pour l'élément essentiel de sa stabilité et de sa sécurité: l'Alliance de l'Atlantique Nord.

Je vois trois défis qu'il nous faudra relever si nous voulons réussir:

Premièrement: nous devons résolument adapter l'Alliance à son environnement futur. Notre objectif a toujours été, et doit rester, de maintenir une paix juste et durable en Europe. Nous devons dès lors trouver une réponse à la question de savoir comment conserver à l'OTAN sa raison d'être et la promouvoir dans les années à venir.

Deuxièmement: nous devons établir le lien nécessaire entre la réforme de l'OTAN et le processus de renforcement et d'élargissement de l'intégration européenne. L'OTAN et l'identité européenne de défense et de sécurité ne sont pas des notions antagonistes. Au contraire, elles sont complémentaires.

Troisièmement: nous devons comprendre que l'établissement de la stabilité en Europe centrale et orientale constitue le défi le plus important auquel la communauté euro-atlantique est confrontée à l'heure actuelle. Nous devons donc développer un concept viable pour relever ce défi stratégique.

L'Alliance, élément fondamental de notre sécurité

L'OTAN est et restera l'élément fondamental de notre sécurité. C'est la seule alliance disposant de structures opérationnelles, sur le plan du commandement comme des forces armées. Elle garantit la paix et la stabilité en Europe. Le partenariat politique et stratégique entre l'Europe et l'Amérique du Nord repose essentiellement sur des valeurs communes et des intérêts convergents. La capacité défensive de l'Alliance est le facteur décisif pour la stabilité du continent européen. La combinaison des potentiels de sécurité américain et européen a des effets qui se font ressentir également dans les pays de l'Est. Notre capacité de défense collective restera dès lors l'élément essentiel de l'Alliance. Toutefois, nous ne pouvons pas simplement nous préparer à une éventualité devenue hautement improbable. Nous ne pouvons nous permettre le luxe stratégique de réfléchir en fonction d'un système de défense correspondant à une époque révolue.

Pour l'Alliance, les vrais défis sont aujourd'hui les crises et conflits potentiels qui pourraient menacer la stabilité européenne. C'est pour cette raison que nous devons compléter de toute urgence notre capacité de défense collective par une capacité de gestion commune des conflits. A l'avenir, nous devrons être en mesure de désamorcer les crises à temps, de résoudre les conflits avant qu'ils n'éclatent et, si besoin, d'intervenir avec les moyens militaires nécessaires pour restaurer la paix et la sécurité.

Pour relever ce défi, le soutien stratégique des Etats-Unis à l'Europe est indispensable. Il est, en outre, crucial que les Américains et leurs forces armées restent en Europe. Mais l'Amérique dépendra également du soutien de ses partenaires européens. Ceux-ci acceptent volontiers que les Etats-Unis continuent déjouer un rôle majeur dans la définition de l'avenir de l'Europe. L'identité européenne a besoin d'une très forte dimension transatlantique. Cependant, cela implique que l'Europe dans son ensemble doit assumer davantage de responsabilités pour son propre avenir et pour la réponse à donner à nos défis communs.

Afin de remplir ces nouvelles missions, tout en maintenant sa capacité de défense, l'Alliance devra disposer de mécanismes de décision plus efficaces et de structures de commandement et d'organisation des forces plus souples.

Réformer les structures de l'OTAN

Nous devons réformer les structures politiques et militaires de l'Alliance de sorte que la nouvelle OTAN puisse remplir les tâches de défense collective et de gestion commune des crises ainsi que les autres fonctions qui s'inscrivent dans le nouvel éventail, désormais plus étendu, des missions qui lui sont confiées.

Une telle réforme permettra à l'OTAN de coopérer efficacement avec ses partenaires du Conseil de coopération nord-atlantique et avec d'autres Etats, sous mandat des Nations unies ou dans le cadre de missions de paix de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE). De cette manière, l'Alliance renforcerait son rôle spécifique de partenaire de l'ONU et de la CSCE dans la gestion des crises internationales. En outre, les Européens doivent pouvoir disposer de ces structures dans le cadre de l'Union de l'Europe occidentale (UEO) pour leur propre usage, sous la forme de structures "séparables mais non séparées". C'est là le seul moyen d'éviter la superposition inutile de structures de défense qu'aucun de nos pays ne souhaite, ni ne peut se permettre.

J'en arrive ainsi au lien entre la réforme de l'OTAN et le processus de renforcement et d'élargissement de l'intégration européenne.

L'Europe doit avoir une politique de sécurité commune si elle veut devenir un partenaire responsable des Etats-Unis et être capable de mener des actions conjointes. Les Européens doivent profiter de cette occasion pour renforcer le pilier européen au sein de l'Alliance atlantique. Une Amérique forte a besoin d'un partenaire européen fort, et l'OTAN doit reposer sur des bases solides, de part et d'autre de l'Atlantique.
Le pilier européen

L'Union européenne et l'UEO sont les fondements de la composante européenne - le pilier européen - de notre structure de sécurité. La tâche de l'UEO consiste à contribuer au renforcement de ce pilier. Nous y arriverons si nous pouvons définir et maintenir l'harmonie souhaitable entre les structures. Il serait donc également important de parvenir à un accord global sur les structures politiques de décision.

Le processus d'intégration européenne et un partenariat transatlantique fondé sur la confiance se compléteront mutuellement. Nous partagerons les risques, mais également nos succès si nous parvenons à promouvoir la paix et la prospérité. Nous ne devons pas décevoir les nouvelles démocraties d'Europe de l'Est, qui ont placé tous leurs espoirs dans le partenariat transatlantique.

Nous avons aujourd'hui une occasion unique d'ouvrir de véritables perspectives d'avenir aux Etats européens qui souhaitent appartenir à la famille des nations démocratiques occidentales. Ils y gagneront une chose importante pour eux comme pour nous: la stabilité.

Nous comprenons, bien sûr, que les intérêts de tous les Etats d'Europe de l'Est doivent être pris en compte. A cet égard, nous devrons prêter une attention particulière à la Russie, à l'Ukraine et au Bélarus. Nous devons établir des relations privilégiées avec la Russie, tant bilatérales que multilatérales, fondées sur le partenariat, afin de démontrer que nous poursuivons un objectif commun, à savoir la sécurité et la prospérité pour toute l'Europe. La Russie ne veut pas être exclue des processus en cours en Europe, et nous ne pouvons pas l'abandonner en cours de route.

En conclusion, il serait de l'intérêt de l'Alliance d'aboutir à un consensus sur les quatre éléments essentiels suivants qui, à mes yeux, devraient déterminer les résultats du Sommet du mois de janvier:

  • la nécessité, d'une part, de réformer l'OTAN pour inclure les nouvelles missions qui lui incombent et, d'autre part, d'adapter ses structures en conséquence,
  • une formulation fonctionnelle efficace des relations mutuelles entre l'identité de défense européenne et une OTAN réformée,
  • la reconnaissance de l'importance politique et stratégique de l'instauration de la stabilité, tâche commune de la communauté euro-atlan-tique, et
  • l'accord de principe quant à l'admission de nouveaux membres au sein des structures de sécurité occidentales et à l'intensification de la coopération, en particulier dans le domaine des opérations de maintien de la paix.


(1) Pour le texte de la Déclaration publiée à l'issue du Sommet de l'OTAN à Rome, en novembre 1991, voir la Revue de l'OTAN, n° 6, décembre 1991, p. 19-22. Les chefs d'Etat et de gouvernement delà
Communauté européenne ont adopté à Maastricht, en décembre 1991, le Traité sur l'Union européenne.