Revue de l'OTAN
Mise à jour: 08-Sep-2002 Revue de l'OTAN

Edition Web
Vol. 41- No. 3
Juin 1993
p. 16-22

L'évolution du rôle de l'OTAN -les opportunités et les contraintes liées au maintien de la paix

M. John Kriendler
adjoint délégué pour les Affaires politique
& Directeur de la Direction politique

Le vendredi 2 avril, les membres du Conseil de l'Atlantique Nord sont convenus, suivant les procédures de consensus qui régissent toutes les décisions de cette instance, que le Secrétaire général de l'OTAN, M. Manfred Wôrner, devait d'urgence aviser le Secrétaire général des Nations unies, M. Boutros Boutros-Ghali, du désir de l'Alliance d'aider à l'application de la résolution 816 du Conseil de sécurité visant à faire respecter la zone d'exclusion aérienne précédemment instituée au-dessus de la Bosnie-Herzégovine.

Dès la fin de la semaine, les autorités militaires de l'OTAN se sont conformées aux instructions du Conseil diverses autres mesures destinées à garantir que l'OTAN ait effectivement la capacité de mettre en œuvre la zone d'exclusion aérienne pour la date spécifiée dans la résolution 816, à savoir le 12 avril 1993. Parallèlement, le Comité politique de haut niveau (renforcé), un organe spécial rassemblant des représentants politiques et des spécialistes militaires de haut rang, s'était fréquemment réuni depuis sa création au début du mois de mars afin de continuer les consultations et les négociations au sein de l'Alliance sur les plans de circonstances relatifs au soutien de l'OTAN pour la mise en œuvre du plan de paix des Nations unies en Bosnie-Herzégovine, qui prendrait effet aussitôt qu'un accord serait intervenu.

A la réunion du Conseil d'Athènes le 10 juin, les ministres ont décidé d'offrir leurs moyens de protection aériens en cas d'attaque contre la FORPRO-NU dans l'accomplissement de son mandat global, si elle en fait la demande.

Ces événements illustrent concrètement le profond processus de transformation de l'Alliance atlantique, et en particulier l'évolution de son rôle dans les domaines de la prévention ainsi que de la gestion des crises et du maintien de la paix. Le présent article se propose d'examiner certaines des possibilités qu'offrent un soutien de l'Alliance au maintien de la paix, mais aussi les diverses contraintes qui y sont liées.

La menace du communisme soviétique, monolithique, écrasante et à dominante militaire, a disparu. Mais cette disparition a mis en évidence une multitude de crises, de risques immédiats ou latents, de problèmes en souffrance susceptibles d'entraîner de sérieux désordres. En certains endroits, le nationalisme échappe à tout contrôle. Il suffit, pour s'en convaincre, de se tourner vers F ex- Yougoslavie ou la Transcaucasie. Dans ces régions, nous assistons à des tragédies et à des drames qui, même s'ils ne menacent pas directement nos intérêts vitaux, ne peuvent nous laisser indifférents. Si on les laisse encore s'envenimer, ils pourraient submerger les Etats voisins; l'accumulation des haines et des instabilités inhibe les perspectives de paix.

Il faut malheureusement constater qu'en dépit d'efforts concertés, la communauté internationale n'est, jusqu'à présent, pas parvenue à trouver une formule permettant de surmonter ce genre de crises et de conflits. L'une des raisons tient au fait que, alors que nos ressources semblent abondantes, notre politique est moins claire. Nous sommes déchirés par des questions épineuses: devons-nous, oui ou non, intervenir? Qui devrait le faire, quand, où, comment? Et à quel prix? Ces dilemnes pèsent sur les ressources morales et politiques de nos démocraties.

Nous pouvons toutefois trouver une certaine consolation dans le fait que des gouvernements alliés ont très tôt pris conscience de plusieurs des problèmes qu'il allait falloir affronter et ont commencé à développer des politiques et des mécanismes à cette fin. En novembre 1991, les chefs d'Etat et de gouvernement alliés ont adopté à Rome le nouveau concept stratégique de l'OTAN (1). Ce document constate que les risques pour notre sécurité sont moins susceptibles de résulter d'une agression calculée contre le territoire des alliés que des conséquences néfastes de l'instabilité pouvant résulter des sérieuses difficultés économiques, sociales et politiques, y compris les rivalités ethniques et les différends territoriaux, assaillant de nombreux pays d'Europe centrale et orientale.

Le nouveau concept stratégique et l'évolution qu'il a connue depuis son adoption soulignent que la gestion des crises, le maintien de la paix et le rétablissement de la paix dans les conflits régionaux deviennent des tâches nouvelles et centrales pour l'Alliance. Ce concept ne met plus l'accent sur la mobilisation massive, mais bien plutôt sur le renforcement des moyens de gestion des crises, grâce à des forces plus mobiles et plus souples, ainsi qu'à des efforts en coopération pour apporter la paix.

Dans ces domaines, l'Alliance possède des avantages uniques:

  • elle peut rassembler les principaux acteurs aptes à soutenir tout effort crédible pour maintenir la paix et la sécurité internationales, parvenir à un consensus et encourager une action collective;
  • elle soutient et resserre les liens existants entre l'Amérique du Nord et la sécurité de l'Europe, tout en permettant le développement d'une plus grande identité européenne en matière de sécurité et de défense;
  • elle possède des moyens militaires uniques et la capacité de projection collective par le biais de sa structure militaire intégrée.

Le maintien de la paix doit être envisagé comme un élément à part entière de la gestion des crises, mais qui diffère des autres activités dans ce domaine en termes de niveau des hostilités, de types de forces affectées et d'autorité de conduite des opérations. La contribution de l'OTAN à la prévention des conflits et à la gestion des crises se résume en trois éléments politico-militaires essentiels:

  • l'apport par l'Alliance, du fait de son existence, de sa cohésion et de sa force, d'un ancrage pour la sécurité et d'un facteur stabilisateur en Europe;
  • la mise à disposition, par le biais du Conseil de coopération nord-atlantique qui unit l'OTAN aux anciens membres du Pacte de Varsovie et aux Etats qui leur ont succédé, d'un mécanisme pour parvenir à une compréhension commune des questions de sécurité et à une approche collective du règlement pacifique des conflits locaux;
  • une interaction étroite avec les Nations unies, la CSCE, l'Union de l'Europe occidentale et la Communauté européenne au sein d'un cadre complémentaire d'institutions internationales interdépendantes qui se renforcent mutuellement.

L'approche de l'Alliance

La Déclaration sur la paix et la coopération, également agréée par les chefs d'Etat et de gouvernement de l'OTAN à l'occasion du Sommet de Rome de novembre 1991, précise: "Aucune institution ne pourra, à elle seule, relever tous les défis qui se présenteront dans cette nouvelle Europe; il faudra pour cela l'interaction d'un ensemble d'institutions réunissant les pays d'Europe et d'Amérique du Nord" (2). Dans ce cadre, les principales institutions européennes et atlantiques doivent offrir, de manière complémentaire, leurs compétences et atouts respectifs pour le règlement des crises ou conflits régionaux. Collectivement, elles disposent des mandats et capacités nécessaires pour affronter tant les crises et conflits à court terme que la tâche de plus longue haleine consistant à édifier de nouvelles structures de sécurité en Europe. Ce qu'il faut cependant, c'est que nos différentes organisations adoptent une approche cohérente et pragmatique, afin de nous permettre, dans toute situation donnée, de choisir toutes les mesures appropriées et d'opérer l'interaction nécessaire entre les institutions les mieux adaptées à chaque tâche spécifique. Il n'existe actuellement aucune alternative à un système de sécurité de ce type dans notre région euro-atlantique.

Mais comment mettre en pratique le principe du renforcement mutuel en matière de maintien de la paix? Du point de vue de l'OTAN, cela implique un état de préparation permettant de soutenir "au cas par cas et en accord avec nos procédures" des activités de maintien de la paix sous la responsabilité de la CSCE (depuis la session ministérielle d'Oslo) (3) et des Nations Unies (depuis la session ministérielle de décembre dernier, lorsque l'ONU a été englobée) (4). L'OTAN n'est pas disposée à entreprendre une opération de maintien de la paix de sa propre initiative. Il est d'ailleurs peu probable qu'une telle approche puisse faire l'objet d'un consensus parmi les alliés. Il est essentiel, comme on peut le constater dans le cas de l'ex-Yougoslavie, de travailler en étroite collaboration avec les Nations Unies qui, aux termes de leur Charte, ont la responsabilité du maintien de la paix et de la sécurité internationales, tout en pouvant mandater le maintien de la paix et, si nécessaire, des opérations pour imposer celle-ci.

Les Nations unies et la CSCE occupent donc une position centrale dans l'architecture des institutions qui se renforcent mutuellement. Seules ces deux organisations présentent la légitimité nécessaire pour exprimer et faire appliquer la volonté collective de la communauté internationale. Le fait de savoir laquelle desdites organisations assumera le rôle moteur dans une situation donnée dépendra des circonstances. Il faut que nous fassions preuve de souplesse et que nous ne fermions aucune porte. Dans une large mesure, outre la créativité, un bon jugement et une solide aptitude prévisionnelle, il faut que nos gouvernements, par eux-mêmes et entre eux, manifestent la volonté et la détermination politiques requises pour faire fonctionner ce système.

La prévention et la gestion des crises constituent traditionnellement un aspect important des capacités de l'Alliance, avec des procédures soigneusement élaborées, des comités pour les mettre en œuvre et d'épais catalogues de réponses possibles, mais le maintien de la paix constitue une nouveauté. Aussi s'agit-il d'une tâche complexe et difficile, pour laquelle il n'est pas aisé de parvenir au consensus indispensable. Cette tâche n'est cependant pas difficile au point que nous ne puissions la mener à bien. L'engagement pris lors de la session ministérielle d'Oslo de soutenir, dans certaines circonstances, les opérations de maintien de la paix décidées par la CSCE est à l'origine d'une complexe discussion théorique portant sur la mise en œuvre de cette décision ministérielle. Plusieurs conclusions intéressantes peuvent d'ores et déjà être tirées de ce processus.

Premièrement, la participation de l'OTAN à des opérations de maintien de la paix pourrait trouver son expression sous trois formes principales:

  • la mise à disposition de moyens de l'Alliance pour des opérations de maintien de la paix placées sous l'égide des Nations unies ou de la CSCE;
  • la conduite ou la coordination d'une opération de maintien de la paix pour le compte d'une de ces deux organisations;
  • un soutien apporté à la présence, à titre individuel, de pays alliés dans une opération de maintien de la paix.

Deuxièmement, la contribution de l'OTAN pourrait couvrir toute la gamme des activités de maintien de la paix dont, entre autres: la surveillance des cessez-le-feu et des retraits des forces en présence, la supervision du désarmement et du contrôle des armements, l'escorte, le contrôle et la protection des convois, l'instauration de couloirs protégés, la création et la surveillance de zones tampons, la fourniture d'une aide logistique et l'élimination des munitions dangereuses.

Troisièmement, la contribution de l'Alliance pourrait adopter diverses formes, parmi lesquelles:

  • les ressources non matérielles, telles que des informations, des compétences, des techniques et des activités de formation ou de coordination;
  • les ressources matérielles, comme l'infrastructure de l'Alliance, des moyens de transport et de télécommunications, le soutien logistique;
  • les forces militaires constituées, notamment les forces collectives de l'Alliance comme la Force navale permanente de l'Atlantique (STANAV-FORLANT), la Force navale permanente de la Méditerranée (STANAVFORMED), des éléments de la Force de réaction rapide ou le Système aéroporté de détection lointaine (AWACS) de l'OTAN, ainsi que des forces de divers pays alliés.

Soutien aux Nations unies en ex-Yougoslavie

Alors que se déroulaient ces discussions "théoriques", les réalités du monde poussaient l'OTAN à apporter son aide pratique aux efforts de maintien de la paix des Nations unies en ex-Yougoslavie. C'est ainsi que, plusieurs mois avant la décision prise lors de la session ministérielle de décembre 1992, d'inclure l'ONU au nombre des organisations auxquelles l'Alliance pourrait apporter son aide pour des opérations de maintien de la paix, l'OTAN avait déjà commencé à soutenir les Nations Unies -pour la première fois de son histoire.

Au moment de la rédaction du présent article, l'OTAN participe activement et de diverses manières à des opérations de l'ONU:

  • Depuis août 1992, l'Alliance, en collaboration avec des forces navales de l'UEO, mène des opérations de surveillance maritime dans l'Adriatique et depuis novembre dernier, des opérations d'imposition des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, qui a décrété un embargo sur les armes pour toutes les républiques de l'ex-Yougoslavie, et un embargo économique à l'encontre de la Serbie et du Monténégro.
  • Fin avril 1993, la résolution 820 du Conseil de sécurité autorisait l'extension des opérations d'imposition de ses résolutions aux eaux territoriales de l'ancienne Yougoslavie (Serbie et Monténégro). Peu après, l'Alliance modifiait sa mission navale et, en particulier, ses règles d'engagement de manière à pouvoir mettre en œuvre ce blocus total. Nous avons en outre conclu des accords avec les autorités de l'Albanie afin d'élargir aux eaux territoriales de ce pays la zone couverte par les opérations d'imposition menées par l'OTAN. Mi juin, plus de 12.000 navires avaient été contrôlés dont 803 ont été arraisonnés. Parmi ceux-ci, 176 ont été déviés de leur route pour être inspectés: neuf avaient violé les sanctions.
  • Quelque soixante-quinze soldats alliés appartenant au Groupe d'armée Nord de la région Centre-Europe (NORTHAG) font partie du personnel du quartier général de la FORPRONU II en Bosnie-Herzégovine, auxquels dix membres de l'Alliance ont alloué des forces. Les pays alliés considéraient comme essentiel pour l'opération de disposer sur place d'au moins un noyau expérimenté issu de la structure de commandement de l'Alliance.
  • Des AWACS survolent l'Adriatique et la Hongrie à l'appui de la résolution 781 du Conseil de sécurité qui établit une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Bosnie-Herzégovine. Les données recueillies sont communiquées aux autorités compétentes de l'ONU de manière rapide et régulière.
  • La dernière tâche entreprise par l'OTAN consiste à faire respecter la zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Bosnie, en vertu de la résolution 816 du Conseil de sécurité. Les opérations ont débuté le 12 avril. Actuellement, ces opérations impliquent plus de 100 chasseurs et avions de reconnaissance d'un certain nombre de pays Alliés, dont la France.

A la réunion du Conseil d'Athènes le 10 juin, les ministres ont soutenu l'établissement de zones de sécurité en Bosnie-Herzégovine pour la protection de la population civile, telles qu'elles ont été définies dans les résolutions 824 et 836 du Conseil de sécurité des Nations unies. L'établissement de ces zones est considéré comme une mesure temporaire vers un règlement négocié fondé sur les principes du plan Vance-Owen.

En réponse à la Résolution 836 du Conseil de sécurité et au mandat élargi de la FORPRONU relatif aux zones de sécurité, l'OTAN, comme nous l'avons vu, a offert ses moyens de protection aériens en cas d'attaque contre la FORPRONU dans l'accomplissement de son mandat global, si elle en fait la demande.

Outre ces mesures de soutien opérationnel pour les Nations unies, les autorités militaires de l'Alliance ont entrepris, à la demande du Conseil de l'OTAN, l'établissement de plans de circonstances qui concernent:

  • la supervision des armes lourdes en Bosnie-Herzégovine au cas où une telle mesure serait décidée par le Conseil de sécurité des Nations unies après l'obtention d'un cessez-le-feu;
  • la protection des opérations humanitaires de l'ONU, assortie d'options tant terrestres qu'aériennes;
  • la création de zones de sécurité et les mesures nécessaires pour empêcher toute extension du conflit au Kosovo.

Il a en outre été procédé à une évaluation militaire des mesures de protection de la FORPRONU et d'autres personnels de l'ONU opérant au sol en Croatie et en Bosnie-Herzégovine.

Des éléments essentiels de ces plans ont été transmis au Secrétaire général de l'ONU et, dans certains cas et à sa demande, nous avons également communiqué en partie ces plans aux pays membres de la CSCE et partenaires de la coopération d'Europe centrale et orientale. Il convient de noter en outre que, conformément aux principes de maintien de la paix de la CSCE, les plans de circonstance de l'OTAN ont été conçus de telle manière que d'autres pays membres de la CSCE peuvent, s'ils le souhaitent, y être intégrés.

Outre l'appui constant aux efforts des Nations unies, de la CSCE et de la Communauté européenne en Bosnie, les déclarations les plus récentes des ministres reflètent également la place primordiale que le maintien de la paix occupe dans l'ordre du jour de l'OTAN. Réuni les 10 et 11 décembre 1992 en session ministérielle, le Comité des plans de défense a donné pour instruction aux autorités militaires de l'Alliance d'établir les plans et d'effectuer le travail préparatoire nécessaire pour que - dans des domaines tels que la planification, le commandement et le contrôle des forces, le soutien logistique, l'infrastructure, la formation et les exercices - la structure militaire intégrée soit à même de fournir les capacités nécessaires à d'éventuelles opérations de maintien de la paix dès que celles-ci seraient décidées par l'Alliance (5).
Quelques jours plus tard, les ministres des Affaires étrangères alliés allaient plus loin encore en décidant, lors de la réunion du 17 décembre 1992 du Conseil de l'Atlantique Nord:

  • de renforcer davantage la coordination de l'Alliance en matière de maintien de la paix et d'élaborer des mesures pratiques pour amplifier la contribution de l'Alliance dans ce domaine;
  • de partager les expériences acquises en matière de maintien de la paix avec les partenaires de la coopération et d'autres Etats de la CSCE participants et de se joindre à eux en cas de besoin pour soutenir des opérations de maintien de la paix (6).

A la réunion du Comité des plans de défense les 25 et 26 mai 1993, les ministres ont examiné un premier rapport traitant des incidences d'un soutien aux activités de maintien de la paix des Nations unies et de la CSCE sur la planification de la défense, rapport demandé en décembre dernier; en outre, les plans concernant la logistique, l'infrastructure et les communications sont revus, afin de pouvoir apporter un soutien efficace aux activités de maintien de la paix.

Le CCNA et le maintien de la paix

A sa réunion de décembre 1992, le Conseil de coopération nord-atlantique décidait que l'OTAN et les partenaires de la coopération partageraient leur expérience et leurs compétences en matière de planification et de préparation des missions de maintien de la paix, et envisageraient à l'avenir d'entreprendre des activités conjointes de formation et d'exercice dans ce domaine (7). Dès après la première session de brassage d'idées sur le maintien de la paix organisée au niveau des ambassadeurs avec les partenaires de la coopération, un Groupe ad hoc du CCNA sur la coopération pour le maintien de la paix a été créé. En un temps relativement court, il a été possible d'y faire progresser la discussion et de parvenir à un accord sur des principes généraux du maintien de la paix.

Parmi les principes essentiels agréés, il a notamment été décidé que:

  • Le maintien de la paix doit obligatoirement être assuré sous l'autorité des Nations unies ou de la CSCE et faire, dans chaque cas, l'objet d'une demande de l'une de ces deux organisations.
  • Le maintien de la paix est destiné à compléter le processus politique de règlement des différends et ne peut être un substitut à une solution négociée.
  • Toute mission doit être fondée sur un mandat clair et précis, le consentement des parties (sauf pour une opération de maintien de la paix des Nations unies en vertu du chapitre VII de la Charte), la transparence, l'impartialité et la crédibilité.
  • L'unité du commandement des forces militaires est essentielle.
    -Tous les pays membres de l'organisme dont émane le mandat (Nations unies ou CSCE) sont habilités à se porter volontaires.
  • Les missions devraient bénéficier d'un financement adéquat.
  • La coopération du NACC aux activités de maintien de la paix peut tenir compte de l'élargissement récent de ce concept.

L'adoption du Rapport sur les activités de maintien de la paix (8) à la session ministérielle du CCNA tenue à Athènes le 11 juin a marqué une étape importante, étant donné qu'elle reflète un accord sur les définitions, les principes généraux et opérationnels, les directives pour la coopération au sein du CCNA en matière de maintien de la paix, ainsi que les mesures pour une coopération pratique.

Parmi les nombreuses mesures prévues, ou à l'étude, pour améliorer la coopération pratique, citons:

  • les échanges de vue sur les concepts et les principes des pays en matière de maintien de la paix;
  • les efforts en vue de faciliter les activités de planification en coopération en entamant un débat sur les ressources requises, la possibilité d'établir une base de données des ressources existantes et des forces nécessaires;
  • la création d'un sous-groupe technique ad hoc afin de répertorier les questions et les modes de coopération sur la base des contributions des pays;
  • des journées d'étude sur des aspects techniques, tels que l'infrastructure nécessaire pour le maintien de la paix et l'interopérabilité des équipements;
  • des recherches sur des aspects techniques du maintien de la paix;
  • des échanges d'informations concernant les programmes nationaux d'entraînement aux activités de maintien de la paix;
  • l'organisation d'un cours pilote à l'intention des commandants d'unité;
  • l'organisation d'un séminaire sur la logistique, l'identification des aspects logistiques particuliers et l'étude des possibilités de coopération à cet égard.

Des facteurs décisifs

Divers facteurs poussent l'Alliance à s'impliquer dans le maintien de la paix. Ils sont autant d'opportunités précieuses de parvenir à la paix et à la stabilité en Europe. Dressons une brève liste de ceux qui paraissent les plus évidents:

  • Une pléthore de problèmes exigent une solution et, s'ils ne sont pas résolus, pourraient constituer des risques pour la sécurité des Alliés.
  • L'OTAN constitue une organisation politique et de défense collective bien rodée, qui dispose d'une structure militaire, d'une expérience, de traditions gagnées à s'entraîner et à opérer en commun et, en particulier, d'une capacité de commandement et de contrôle apte à garantir le succès d'opérations de maintien de la paix.
  • Le poids politique et militaire de l'engagement des seize alliés s'avère considérable. L'un des aspects les plus importants des préparatifs de l'Alliance en vue du soutien des opérations de maintien de la paix des Nations unies a d'ailleurs été la participation totale des Seize, et même de ceux qui ne sont pas membres de la structure militaire intégrée ou du Comité militaire. Ainsi, la France, représentée dans cette instance.par un observateur, a participé pleinement aux débats sur les questions de maintien de la paix et a demandé que cette participation soit officiellement enregistrée.
  • Les structures de forces et de commandement ont été adaptées à l'environnement d'après la guerre froide d'une manière qui augmente leur souplesse et leur mobilité; deux caractéristiques essentielles pour le maintien de la paix.
  • Un mécanisme permettant l'implication de nos partenaires de la coopération aux opérations de maintien de la paix au cas par cas et de leur plein gré, existe par le biais de la coopération qui se développe dans le cadre du processus du CCNA.

Il existe néanmoins des contraintes manifestes, notamment:

  • La complexité et l'énorme difficulté de certains des problèmes que la communauté internationale cherche à résoudre. En outre, dans certains cas, les parties concernées ne veulent pas d'un accord, si bien que toute opération de maintien de la paix, quelle qu'elle soit, s'avère très complexe à mener en de telles circonstances.
  • Le mandat ou la demande d'aide qui doivent nécessairement émaner des Nations unies ou de la CSCE ne se matérialisent pas toujours rapidement, comme nous l'avons vu dans le cas de l'imposition de la zone d'exclusion aérienne, pour ne citer qu'un seul exemple. La lourdeur des procédures de prise de décision de la CSCE et le mécanisme d'obtention d'un accord au sein du Conseil de sécurité, plus efficace mais néanmoins compliqué, exigent énormément de temps.
  • Les réserves qui continuent d'être émises dans certains milieux des Nations unies quant à un rôle explicite de l'OTAN ont grandement diminué la valeur de ce rôle, même s'il est de plus en plus clair que seule l'OTAN dispose de la capacité pour mettre en œuvre certains types d'opérations, et que les Nations unies sont tout simplement surchargées.
  • La nécessité de former des coalitions ad hoc rassemblant ceux qui sont désireux d'agir, même lorsqu'il existe un accord parmi les alliés pour que l'OTAN soutienne une opération particulière des Nations unies ou de la CSCE. Il faut savoir que les contributions aux opérations de maintien de la paix sont volontaires, qu'il s'agisse de la FORPRONU ou des avions fournis par les alliés pour l'imposition de la zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Bosnie. Or, tous n'ont pas la possibilité d'apporter leur contribution, ce qui entraîne des contraintes en termes de partage inéquitable des charges.
  • La nécessité de réunir les forces nécessaires. L'accord sur la mise en œuvre d'un plan de paix en Bosnie offre, à cet égard, un excellent exemple. Bien qu'il n'y ait encore ni plan approuvé, ni effectifs agréés, les responsables de la planification envisagent une force de 70.000 hommes environ. Ces forces, qui viendraient en complément de celles déjà sur place en ex-Yougoslavie ainsi que du nombreux personnel civil exigé, pèseront lourdement sur les capacités de certains alliés. Ce problème est exacerbé par les impératifs politiques traditionnels liés au choix des forces susceptibles de contribuer à l'une ou l'autre opération de maintien de la paix, domaine qui relève des prérogatives du Conseil de sécurité des Nations unies. Dans le cas présent, les forces de certains pays alliés voisins ayant la capacité d'apporter leur contribution pourraient être exclues.
  • La complexité et le caractère délicat des indispensables accords de commandement et de conduite des opérations de grande envergure, dans lesquelles des militaires et des civils opèrent dans des environnements à risques élevés, compte tenu d'une infrastructure locale limitée et de la nécessité d'assurer l'unité de commandement dans ces circonstances. La présence des flottes de l'OTAN et de l'UEO dans l'Adriatique offre un excellent exemple de coopération et de synergie fonctionnant de manière satisfaisante - mais non parfaite -au sein de l'environnement à faible risque dans laquelle elle se déroule. Mais il ne s'agit pas là d'un exemple pouvant servir de référence quant à la manière d'organiser une opération militaire dans un environnement à plus haut risque, principalement en raison de l'absence d'unité de commandement.
  • Enfin, le coût de telles opérations. Elles exigent presque invariablement des sommes importantes pendant des périodes prolongées. Seront-elles financées à la manière traditionnelle des Nations unies, reposant en majeure partie sur des contributions directes? Ou aura-t-on recours à une variante des contributions volontaires, une formule ni populaire, ni efficace et qui risque d'exacerber les problèmes de partage des charges?

En fin de compte, le facteur déterminant du poids respectif de ces opportunités et de ces contraintes sur une décision de l'Alliance de soutenir une mission de maintien de la paix, c'est la volonté politique. L'OTAN peut apporter nombre d'ingrédients indispensables au succès, mais qui pèseront bien peu en l'absence d'une ligne de conduite crédible et de la volonté politique pour mettre celle-ci en œuvre. Il est illusoire de croire que les Nations unies ou une organisation régionale comme l'OTAN peuvent contribuer à une solution face à des défis majeurs menaçant la sécurité collective si les Etats qui en sont membres refusent ou sont incapables d'assumer leurs responsabilités pour imposer la volonté internationale.

(1) Voir Revue de l'OTAN, n° 6, décembre 1991, p. 25-32.
(2) Ibid.
(3) Pour le communiqué, voir Revue de l'OTAN, n° 3, juin 1992, p. 30-32.
(4) Communiqué publié dans la Revue de l'OTAN, n° 6, décembre 1992, p. 28-31.
(5) Pour le communiqué, voir Revue de l'OTAN, n° 6, décembre 1992. p. 32-33.
(6) Ibid., p. 28-31
(7) Déclaration du CCNA publiée dans la Revue de l'OTAN,n° 1, février 1993, p. 28-30.
(8) Le rapport aux ministres du Groupe ad hoc du CCNA sur la coopération en matière de maintien de la paix, du 11 juin 1993. peut être obtenu auprès du Bureau de l'information et de la presse. Il sera également publié dans le numéro d'août de la Revue de l'OTAN.