Revue de l'OTAN
Mise à jour: 08-Sep-2002 Revue de l'OTAN

Edition Web
Vol. 41- No. 2
Avril 1993
p. 29-33

Les relations Taibei-Beijing et la stabilité en
Asie orientale : les implications pour l'Europe

Ying-jeou Ma,
Ministre de la justice de la République de Chine (Taiwan)

Le monde a changé plus rapidement au cours des deux dernières années que durant n'importe quelle autre période depuis 1945. Si un nouvel ordre mondial commence à se faire jour, la situation demeure confuse, changeante et échappe à toute formulation ou manipulation simpliste. Une chose toutefois semble certaine: le monde devient de plus en plus interdépendant. Des liens, sous diverses formes, se nouent entre les Etats qui sont affectés de façon croissante, bon gré, mal gré, par des événements survenant au-delà de leurs frontières. En même temps, le monde est sujet à des changements fréquents; à moins d'avoir une vue d'ensemble, ceux qui seront mal préparés pour affronter les problèmes futurs devront se borner, en cas de crise, à des mesures palliatives visant à limiter les dégâts.

Les tendances globales qui ont remodelé l'Europe, les Amériques et l'ex-Union soviétique ont eu, inévitablement, un impact sur le programme en matière de sécurité et d'économie de l'Asie orientale. Comme l'influence des superpuissances décline dans cette région, les puissances locales trouvent des moyens pour redéfinir leurs rôles à la veille du XXIe siècle. Dans une très large mesure, il est sain que l'Asie orientale règle elle-même ses problèmes, notamment parce que la guerre froide a longtemps constitué un prisme déformant au travers duquel les Etats percevaient les problèmes régionaux. Jusqu'à présent, toutefois, l'on n'a guère réfléchi sérieusement, dans la région, à la manière d'éviter des changements déstabilisateurs résultant de la perte d'influence de Moscou et de Washington.

Le moment est venu de définir un mécanisme de sécurité multilatérale couvrant toute la région Asie-Pacifique, jusqu'à présent inexistant. Une forme de système économique et de sécurité collectif, convenablement structuré, pourrait constituer, à terme, une force stabilisatrice dans cette région.

Lee Teng-hui, président de la République de Chine, a d'ailleurs proposé, en septembre 1992, la mise sur pied d'un système de ce type, avec la participation de tous les Etats concernés. Il a spécifiquement suggéré qu'un "fonds de protection pour la sécurité collective" soit établi à cette fin. Un tel système, qui ne vise aucun Etat de la région en particulier, pourrait fort bien être édifié sur base des forums et organisations de coopération économique existants, car une gestion efficace de la sécurité collective exige un objectif économique.

La croissance économique constitue, depuis des décennies, la priorité des Etats de la région. A la différence de l'Europe de l'Est et de l'ex-URSS, où les changements ont été provoqués par l'échec d'un système d'économie dirigée, l'agitation en Asie résulte pour une large part d'une réussite économique considérable et sans équivalent. Pour promouvoir la coopération économique dans la région et mettre en application le concept d'une communauté économique du Pacifique, une Organisation de coopération économique Asie-Pacifique prévoyant des sessions ministérielles périodiques a été créé en 1991, dans le prolongement des expériences probantes que sont le Conseil économique du bassin du Pacifique, créé en 1967, et la Conférence de coopération économique du Pacifique, qui date de 1980. Entre-temps, des Etats membres de l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE) ont décidé de former une zone de libre-échange d'ici à 1996. Pour soutenir le dynamisme économique de la région et éviter la fragmentation économique régionale, il convient d'établir un nouveau cadre d'intégration économique avec d'autres parties du monde, dont l'Europe. A l'avenir, le destin de l'Asie orientale dépendra du continent eur-asiatique autant que de la région du Pacifique. Et la combinaison d'une coopération s'étendant aussi bien au domaine économique qu'à celui de la sécurité renforcerait grandement le sentiment communautaire en Asie orientale, tout en contribuant à la stabilité et à la prospérité de la région.

Le rôle croissant de Beijing

Compte tenu du démembrement de l'ex-Union soviétique, l'importance stratégique de la Chine continentale (la "carte de la Chine") a diminué pour les Etats-Unis et l'Europe occidentale, ce qui offre à Beijing une possibilité sans précédent d'afficher des prétentions au-delà de ses frontières, par exemple dans une zone disputée comme la mer de Chine méridionale, voire sur le détroit de Malacca. Les pays voisins se souviennent qu'au cours des dernières décennies, Beijing a eu recours à la force à diverses reprises pour promouvoir ses intérêts. Ils sont donc préoccupés à juste titre par le renforcement des forces aériennes et navales de la Chine continentale, en raison de l'importation d'armes sophistiquées, et de la croissance à deux chiffres de son budget de défense depuis trois ans. Mais, du point de vue de Beijing, l'élément le plus préoccupant dans sa quête d'influence régionale réside dans l'attitude de plus en plus affirmée du Japon, aussi bien dans le domaine politique que militaire, et dans la perception d'une menace résultant de la volonté de l'Occident de promouvoir une "évolution pacifique" en Chine continentale. C'est pourquoi Beijing n'aime pas voir le Japon envoyer des troupes à l'étranger ou accroître son budget de défense, pas plus qu'elle n'apprécie les réformes démocratiques à Hong Kong ni les ventes d'armes par les pays occidentaux à Taiwan.

Fondamentalement, il n'existe aucune menace imminente contre la sécurité de la Chine continentale. Le défi le plus pressant ne vient pas de l'étranger, mais de l'intérieur même du pays. Les réformes économiques intervenues dans l'ex-Union-sovié-tique et en Europe de l'Est, couplées à l'émergence d'un mouvement démocratique interne en Chine, placent Beijing sur la défensive. L'accent que les pays occidentaux mettent sur les droits de l'homme dans leurs rapports avec elle ne peut donc que devenir une source de pressions et de frictions.

Le XlVème Congrès du parti communiste chinois d'octobre dernier a toutefois opéré un "grand bond en arrière" en matière de réforme politique et les véritables changements démocratiques si nécessaires se font désirer. Beijing conservera en fait sa position politique actuelle d'opposition à la droite, mais il est impossible de prévoir durant combien de temps il pourra le faire. Les conséquences inimaginables d'une désintégration du pouvoir de Beijing doivent être évitées ou jugulées, et c'est là que résident les préoccupations de toute l'Asie orientale.

La rapide croissance économique de la Chine continentale est devenue tellement démesurée par rapport aux réformes politiques languissantes que le fossé ne cesse de se creuser. Si Beijing maintient un pied sur l'accélérateur économique et l'autre sur le frein politique, le système finira par s'épuiser. A cet égard, l'expérience en matière d'évolution politique acquise par Taiwan au cours des quarante dernières années pourrait fournir de précieuses leçons à la Chine continentale.

Un rapprochement en vue?

Le monde entier a intérêt à l'avènement d'une Chine stable et démocratique. La République de Chine (RDC) à Taiwan pourrait, à cet égard, jouer un rôle plus important que ne le laisse supposer sa taille.

La place de Taibei en Asie de l'Est

Avec près de 21 millions d'habitants, la RDC à Taiwan est le 13ème pays d'Asie et le 41ème au monde par l'importance de sa population. En termes de superficie, Taiwan possède à peu près la taille des Pays-Bas. Comme le Japon, notre pays est pauvre en ressources naturelles. Toutefois, le PNB par habitant s'est élevé à 10.196 dollars US en 1992, ce qui nous classe en cinquième position pour l'ensemble de la région asiatique, derrière le Japon, l'Australie, Singapour et Hong Kong, et au 25e rang mondial. Pour ce qui a trait au commerce extérieur, Taiwan se hisse au quatrième rang en Asie et au treizième au niveau mondial. En 1992, son volume total d'échanges commerciaux s'est élevé à 153 milliards de dollars, soit plus de 2% de l'ensemble du commerce mondial. En termes d'investissements, la RDC est devenue une importante exportatrice de capitaux et constitue actuellement le premier ou le deuxième investisseur aux Philippines, en Thaïlande et en Malaisie. Il convient enfin de souligner que la réserve de change de près de 90 milliards de dollars US dont dispose le gouvernement de la RDC est la plus importante du monde.

La RDC est prête à jouer un nouveau rôle d'assistance aux pays moins développés. En 1988, un Fond pour la coopération et le développement économiques internationaux a été créé avec un capital initial de 400 millions de dollars US. La création d'un nouveau Fond d'aide internationale est également envisagée actuellement. Au cours de la guerre du Golfe, la RDC a offert 32 millions de dollars US à trois Etats du Moyen-Orient situés en première ligne, et ce dans un esprit de solidarité avec les forces alliées. En février 1992, Taiwan a envoyé des médicaments en Ukraine pour une valeur de 15 millions de dollars US et a expédié du riz en Russie pour une valeur de 35 millions de dollars US. Le gouvernement de la RDC a décidé que, au cours de la prochaine décennie, le pourcentage de son PNB affecté à l'aide à l'étranger serait fortement accru.

Un contraste marqué

La Chine continentale possède 56 fois plus d'habitants que Taiwan et son territoire est 267 fois plus vaste, mais, en termes de puissance économique, la différence entre les deux camps est beaucoup moins sensible. Le PNB de Taiwan est passé d'un cinquième de celui de la Chine continentale en 1985 à environ la moitié en 1991. Au cours de la dernière décennie et jusqu'en 1992, le commerce extérieur taiwanais a toujours été de deux à trois fois plus important que celui de la Chine continentale. En outre, sur base de presque tous les indicateurs économiques et sociaux par habitant, Taiwan dépasse largement la Chine continentale, que ce soit en termes de revenus, de taux d'alphabétisation, d'espace vital et même de consommation journalière en calories.

Plus important encore, la RDC est aujourd'hui universellement reconnue comme une démocratie à part entière, puisqu'elle a renoncé à son système autoritaire de gouvernement, sans effusion de sang ou soulèvement socio-économique. Le pouvoir a été transmis pacifiquement conformément à la constitution, et le processus de démocratisation a été ponctué par une croissance économique rapide et soutenue. Cette situation contraste fortement avec celle qui prévaut en Chine continentale, où la société est toujours dirigée par un groupe d'octogénaires et continue à pâtir de l'insurmontable problème de la succession. Il est, par exemple, inconcevable - du moins dans une société démocratique - que M. Deng Xiaoping, le potentat omnipotent, n'ait d'autre fonction officielle que celle de simple membre du parti communiste. Il appartient donc plus que jamais au régime de Beijing d'éviter le cycle de changement de dynastie - souvent sanglant -qui a toujours caractérisé l'histoire chinoise. Taibei, d'autre part, figure fièrement au rang des pays démocratiques modernes.

Que peut faire Taibei?

La RDC a atteint la maturité dans un autre domaine encore, celui de sa politique envers la Chine continentale. Avant 1987, la tactique de la RDC consistait à exclure tout contact par-delà le détroit de Taiwan, afin d'enrayer la propagation du communisme. Depuis lors, nous avons poursuivi une politique d'engagement constructif, afin d'influencer la Chine continentale par le biais de contacts de personne à personne. Comparée à d'autres pays, la RDC bénéficie d'une position unique pour contribuer à transformer la Chine continentale, car nous parlons la même langue, avons les mêmes origines et partageons le même héritage culturel. Au cours des cinq dernières années, plus de 4,5 millions d'habitants de Taiwan et de Chine continentale ont effectué le voyage entre les deux pays. Taibei peut faire bénéficier Beijing de son expérience précieuse en matière de développement économique et politique. Si, souvent, ses succès économiques ont servi d'exemple, la RDC a également réalisé de considérables progrès en matière de démocratie constitutionnelle au cours de la dernière décennie. Parvenir en même temps à la croissance économique et à l'égalité, à la démocratie politique et à la stabilité constitue un exploit plus important encore que le seul "miracle économique". Pour la Chine continentale, l'expérience taiwanaise peut constituer une source d'inspiration en même temps qu'une aspiration. Tel est le précieux atout de Taiwan, longtemps négligé par les pays occidentaux.

Quelles sont les orientations?

Lorsque l'on retrace l'historique des relations entre les deux camps, on trouve une phase de conflits militaires (1949-78), une étape de confrontation pacifique (1979-87) et, depuis novembre 1987, une période d'échanges basés sur des contacts personnels.

Quelques chiffres suffiront à illustrer l'essor de ces relations après quatre décennies de séparation. Outre les visites réciproques de 4,5 millions de citoyens, les relations commerciales entre les deux parties ont atteint 7,4 milliards de dollars US en 1992; plus de 57 millions de lettres et 49 millions d'appels téléphoniques ont été échangés à travers le détroit, tandis que 7.500 sociétés taiwanaises au moins ont investi plus de 4,7 milliards de dollars US en Chine continentale, où elles emploient des dizaines de milliers de travailleurs. Lorsque, au cours de l'été 1991, une terrible inondation ravagea de vastes régions en Chine orientale, les résidents de Taiwan offrirent pour plus de 44 millions de dollars US en espèces, marchandises et médicaments en l'espace de trois mois. Ces chiffres soulignent une vérité première: les Chinois qui vivent des deux côtés du détroit de Taiwan sont des frères de sang, qui ne devraient pas être séparés à jamais.

Le gouvernement de la RDC et les habitants de Taiwan en général sont en faveur d'une réunification finale, mais pas immédiate, de la Chine. Pour articuler sa position, le gouvernement a élaboré un programme, en mars 1991, les Lignes de conduite pour une réunification nationale, qui établissent le concept relatif à "une Chine unique, deux entités politiques" et proposent une approche par étapes en trois phases. D'après ce plan directeur échelonné, qui n'a pas de calendrier précis, F unification de la Chine est impérative, non seulement pour des raisons d'unité territoriale et de sentiments nationalistes, mais également dans un souci de démocratie, de liberté et de prospérité équitable pour tous les Chinois.

Nous sommes actuellement dans la première phase, durant laquelle les lignes de conduite préconisent qu'aucun des deux camps ne dénie l'existence de l'autre en tant qu'entité politique, tout en favorisant les contacts entre citoyens. Les différends devraient en outre être réglés de manière pacifique. C'est ainsi que Beijing devrait renoncer à utiliser la force contre Taiwan et lui permettre de disposer d'un espace de manoeuvre au sein de la communauté mondiale. Si ces objectifs sont atteints, Taiwan et la Chine continentale pourraient opérer leur intégration pleine et entière lors de la deuxième phase avant leur réunification, lors de la troisième. Dans le cas contraire, les deux camps pourraient fort bien se retrouver aspirés dans un tourbillon auto-destructeur. Malheureusement, les communistes chinois n'ont jusqu'à présent pas réagi favorablement à ces propositions.

Une Chine qui parviendrait à une réunification pacifique et démocratique couplée à une croissance prospère exercerait un impact stabilisateur important sur la paix mondiale en général et celle de la région Asie-Pacifique en particulier. La RDC à Taiwan considère que ses efforts dans ce sens finiront par être récompensés.

Les implications pour l'Europe

Après une longue période d'indifférence réciproque, Taiwan et l'Europe se sont redécouverts mutuellement dans les années 80. Dans les années 90, ces nouvelles relations sont appelées à se développer encore non plus seulement en termes de relations commerciales et d'investissements, mais aussi d'échanges culturels et de coopération scientifique.

En 1992, les échanges commerciaux entre Taiwan et l'Europe ont atteint 26 milliards de dollars US, soit 17,2% du total pour la RDC. L'Europe constitue ainsi le troisième partenaire commercial en importance pour Taiwan.

En vue de faciliter ces excellentes relations, les représentants officieux dans les capitales européennes sont progressivement remplacés par des chargés d'affaires semi-officiels, habilités à délivrer des visas. Entre-temps, les contacts à d'autres échelons ont été, eux aussi, améliorés. Les pays européens avaient pour habitude d'exclure les visites de leurs hauts responsables à Taiwan. Depuis deux ans cependant, Taiwan a reçu la visite de dizaines de Vice-premiers ministres et de Premiers ministres européens, qui ont montré un intérêt certain pour le développement des relations avec Taibei.

La RDC est également à l'avant-garde en matière de resserrement des relations avec l'ex-Union soviétique et l'Europe de l'Est, particulièrement avec la Pologne, la Hongrie, la République slovaque, la République tchèque et la Lettonie. Outre la création de bureaux, la RDC coopère avec la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), dans le cadre du Fonds de coopération bancaire Europe-Chine de Taibei, ceci afin de contribuer au financement de la reconstruction de l'Europe de l'Est.

Le moment est donc peut-être venu pour les Européens de reconsidérer la relation triangulaire entre l'Europe, Taiwan et la Chine continentale. Comme indiqué précédemment, la rapide expansion des échanges commerciaux et des investissements de Taiwan en Chine continentale est appelée à se poursuivre si l'on s'en réfère au message clairement "pro-capitaliste" du XlVème Congrès du parti communiste chinois de la mi-octobre 1992. Une manière pour les pays européens de tirer parti de cette tendance apparemment irréversible consisterait à soutenir davantage les firmes européennes qui font des affaires à Taiwan, pour les encourager à envisager de nouvelles formes d'entreprises en participation, d'alliances stratégiques ou de coopération de toute autre nature. Cela permettrait à un nombre plus important de firmes européennes de prendre part aux efforts taiwanais pour ouvrir le marché de la Chine continentale, qui représente 1,2 milliards de consommateurs au pouvoir d'achat sans cesse accru.

Les firmes européennes pourraient d'ailleurs tirer de cette situation des profits plus substantiels encore en franchissant une étape supplémentaire et en créant des centres d'opération régionaux à Taiwan même, afin de renforcer leur compétitivité. En d'autres termes, ces firmes pourrait utiliser à bon escient Taiwan comme base d'expansion de leurs opérations dans d'autres parties d'Asie. Taiwan constitue indiscutablement l'endroit idéal pour de telles implantations, en raison de sa situation géographique, de son économie solide et de sa main-d'oeuvre de haute qualité. D'après le service d'évaluation des risques commerciaux BERI, Taiwan se range, depuis plusieurs trimestres d'affilée, parmi les premiers pays figurant sur "la liste de recommandation en termes d'opportunité de profit". Les sociétés américaines Fédéral Express et United Airlines Cargo, ainsi que la société britannique ICI, ont d'ailleurs d'ores et déjà ouvert à Taiwan des centres de ce type.

Taiwan constitue en outre l'endroit par excellence pour les Européens désireux de prendre le pouls du changement en Chine continentale, car le pays dispose d'une équipe d'analystes de talent et de précieuses informalions.

En somme, les relations d'échange entre la RDC et les pays européens sont sans conteste plutôt encourageants. Elles pourraient toutefois se renforcer encore au rythme de la pénétration des hommes d'affaires taiwanais sur le marché de la Chine continentale qui fournira des possibilités plus prometteuses encore aux Européens - possibilités largement négligées jusqu'à présent.

Perspectives d'avenir

L'Asie orientale de l'après-guerre froide présente un paysage stratégique très différent de ce qu'il était lorsque les deux superpuissances jouaient un rôle dominant. Alors que Beijing s'est lancée dans un impressionnant programme de renforcement militaire, tout en mettant simultanément en oeuvre sa propre version de la glasnost et de la perestroïka, les perspectives d'essor commercial sont confrontées à la possibilité d'une course aux armements et de conflits potentiels. La RDC préconise dès lors l'établissement d'un système de sécurité collective pour l'Asie orientale, de manière à éviter une course aux armements inutile et à renforcer la coopération économique régionale. Le temps est également venu pour les Européens de s'intéresser de plus près aux différents aspects des relations entre Taiwan et la Chine continentale, ainsi qu'à leurs implications stratégiques, politiques et économiques pour l'Europe. Les nouveaux modes de coopération entre firmes européennes et sociétés taiwanaises destinés à exploiter le marché de la Chine continentale ne sont que des exemples potentiels susceptibles d'alimenter la réflexion d'intérêts communs que peuvent envisager des dirigeants de ces deux régions.

Les Taiwanais aspirent à un changement pacifique et démocratique en Chine continentale, et non à un chaos révolutionnaire. La situation actuelle indique que Beijing est à la croisée des chemins. Un coup de pouce opportun aux réformes démocratiques pourrait non seulement apaiser l'une des sources de préoccupations majeures en Asie, mais également accélérer le rythme de l'unification de la Chine continentale et de Taiwan, et donc offrir de meilleures perspectives commerciales pour l'Europe.