Revue de l'OTAN
Mise à jour: 08-Sep-2002 Revue de l'OTAN

Edition Web
Vol. 41- No. 2
Avril 1993
p. 23-28

La coopération en matière d'armements au sein
de L'OTAN: les années 1990

Robin Beard,
Secrétaire général adjoint de l'OTAN pour le Soutien
de la défense

I1 serait difficile d'ignorer l'évolution intervenue à l'OTAN dans le domaine de la coopération en matière d'armements entre l'époque de mon premier mandat de Secrétaire général adjoint (1984-1987) et la situation actuelle. Les changements saisissants qui ont marqué l'environnement de la sécurité européenne, depuis 1989, ont modifié de fond en comble les circonstances dans lesquelles les pays établissent des plans d'acquisition d'équipement et de coopération dans le domaine des armements.

Il ne fait aucun doute que notre travail était nettement plus aisé lorsqu'il nous fallait faire face à la supériorité du Pacte de Varsovie, dans presque toutes les catégories d'armes conventionnelles et à la menace potentielle d'une attaque massive, à bref préavis, dans la région Centre. Dans cet environnement, notre tâche consistait à fournir "davantage de tout" et à identifier des moyens rentables pour la modernisation des arsenaux conventionnels alliés, aussi rapidement que possible.

Aujourd'hui, la stratégie de mobilisation occidentale, qui a contribué à mettre un terme à la guerre froide, appartient bien sûr au passé, et notre tâche au sein de l'Alliance consiste désormais à gérer une réduction massive des forces et une rationalisation de l'infrastructure militaire - y compris de notre base industrielle. Quelques chiffres illustrent l'ampleur de ce nouveau défi. Les pays de l'OTAN prévoient de réduire le potentiel global combiné de temps de paix de leurs forces de près de 25 pour-cent d'ici à 1997, par rapport à son niveau de la fin de 1990. Dans la région Centre, le nombre d'unités de combat alliées devrait être réduit de plus de 45 pourcent.

Les ressources pour la défense au sein de l'Alliance, et spécialement les acquisitions de matériels, sont en diminution depuis la fin des années 1980, et cette tendance devrait se poursuivre. Pour les seuls Etats-Unis, les dépenses pour les équipements de défense (à l'exclusion des R&D) ont été réduites de 48 pour-cent depuis 1985, et de nouvelles coupes sombres sont prévues jusqu'en 1997 (1). La situation est similaire en Europe. Les dépenses pour l'acquisition de matériel de défense des membres de l'OTAN appartenant à la Communauté européenne ont régressé de 15 pourcent en termes réels de 1989 à 1991 (2).

Cette diminution des dépenses de défense accélère la nécessité d'une rationalisation très importante de notre base industrielle de défense collective. Nous parvenons d'ailleurs à peine à conserver à jour les statistiques relatives à la "taille réelle" de notre industrie de défense. Aux Etats-Unis, 250.000 emplois ont été supprimés dans ce secteur depuis juillet 1990. La plupart des prévisions font état d'un nombre plus élevé encore de suppressions d'emploi à l'avenir. Jusqu'à 900.000 travailleurs américains pourraient ainsi perdre leur travail d'ici à 1995. (3)

En Europe, les perspectives pour l'industrie de la défense sont tout aussi pessimistes. Une étude récente de la Communauté européenne estime que jusqu'à 280.000 emplois dans le secteur de la défense, soit 20 pour-cent du total actuel, seront supprimés d'ici à 1995. (4) Sur base de la rationalisation à laquelle nous assistons en Amérique du Nord, je pense que la Commission est optimiste lorsqu'elle ne prévoit qu'une contraction de 20 pour-cent en Europe.
Le défi auquel nous devons faire face est le fruit de notre succès historique. Après avoir uni leurs forces pour former l'alliance qui a connu le plus grand succès de tous les temps, les pays de l'OTAN sont désormais à même d'allouer des ressources à d'autres besoins prioritaires et de relâcher leur effort de défense commun. Notre tâche dans les années 1990 consiste à conserver notre supériorité technologique collective sur tout adversaire potentiel et ce avec moins de ressources. Plus que jamais, la coopération en matière d'armements au sein de l'OTAN doit parvenir à faire mieux, avec moins de ressources.

Transformer la coopération en matière d'armements

Dans les années 1990, la planification de la coopération en matière d'armements au sein de l'OTAN doit tenir compte du fait que les pays de l'Alliance modifient d'ores et déjà leurs stratégies d'acquisition pour répondre aux pressions budgétaires. Les nouveaux programmes de production, les opportunités de codéveloppement ou de coproduction traditionnels se feront de plus en plus rares et espacées au fur et à mesure que les différents pays accroîtront la sélectivité de leurs efforts d'exploitation des progrès de la technologie militaire.

Tandis que les derniers grands programmes en coopération lancés dans les années 1980 s'acheminent, tant bien que mal, vers la production, nous constatons que les différents pays s'intéressent de manière croissante aux nouvelles opportunités qui s'offrent de réduire les coûts, en collaborant à la modernisation des sytèmes existants et dans les programmes de mise au point de prototypes.

Que prévoit donc l'OTAN pour cette ère nouvelle de coopération en matière d'armements? En mai 1992, le Secrétaire général de l'OTAN, Manfred Wôrner, a demandé une révision fondamentale des politiques, structures et procédures existantes dans le domaine de la coopération en matière d'armements. Il a demandé aux alliés de relever le défi consistant à identifier une série plus limitée et plus pragmatique de possibilités de collaboration et de concentrer leurs efforts plus directement sur les exigences essentielles d'interopérabilité sur le champ de bataille des nouvelles forces multinationales.

La Conférence des directeurs nationaux des armements (CDNA) (5) a récemment proposé un ensemble de réformes répondant aux demandes du Secrétaire général. Ces réformes ont été approuvées par le Conseil de l'Atlantique Nord le 17 mars 1993 et les directeurs des armements de l'Alliance ont d'ores et déjà entamé la mise en oeuvre de la plus importante réforme structurelle de l'OTAN depuis 1969, dans le domaine de la coopération en matière d'armements.

Parmi les éléments essentiels de la réforme, citons le renouvellement de l'engagement des pays de l'OTAN à tenir des réunions des ministres adjoints de la Défense, le "Conseil renforcé", pour examiner et diriger la coopération en matière d'armements. Aujourd'hui, c'est l'ensemble des ministres des Affaires étrangères de l'Alliance qui est chargé de fournir des directives politiques aux directeurs des armements.

Un autre élément essentiel de la réforme agréée par le Conseil réside dans le renforcement du rôle de gestion de la CDNA proprement dite. A l'avenir, les groupes des armements des forces terrestres, navales et aériennes et d'autres organismes de haut niveau seront clairement placés sous l'autorité de la CDNA. Cette réforme judicieuse établira des lignes de communication plus directes entre les spécialistes chargés de déterminer les exigences militaires et ceux qui sont responsables des acquisitions. Leur tâche qui consiste à satisfaire les objectifs de 1' Alliance en matière d'armements sera ainsi facilitée.

La réforme renforce également le rôle de surveillance du comité des Représentants des directeurs nationaux des armements (RDNA) et propose un allégement substantiel de la sous-structure des comités de la CDNA. Nous rechercherons en outre une rationalisation des activités de recherche en matière de défense au sein de l'Alliance, en confiant à l'industrie un rôle plus substantiel dans la planification de la coopération au sein de l'Alliance dans le domaine des armements.

Le but de cet allégement des structures de l'Alliance pour la coopération en matière d'armements vise, en premier lieu, à nous aider à répondre plus efficacement aux nouvelles exigences liées aux équipements des forces multinationales de l'OTAN. A l'heure actuelle, les premières unités multinationales sont confrontées à des problèmes fondamentaux d'interopérabilité. A titre d'exemple, les quatre différentes brigades nationales de la nouvelle division aéromobile multinationale du Corps de réaction rapide sont sensées collaborer au combat avec:

  • six sortes d'hélicoptères,
  • six sortes de pièces d'artillerie et de mortiers,
  • dix marques différentes de véhicules,
  • sept sortes d'armes antichars,
  • neuf sortes d'armes légères,
  • quatre sytèmes de télécommunications différents.

Si nous souhaitons réellement créer des forces multinationales efficaces, nous devons parvenir à un certain degré de standardisation des équipements ou, au moins, d'interopérabilité.

Dans le cadre de la transformation des activités de l'Alliance dans ce domaine, j'espère que nous parviendrons à remplacer l'approche traditionnelle de la coopération, un peu basée sur le hasard, par les priorités établies par la CNDA, et ce en nous appuyant sur une planification collective en matière d'armements. Le maître mot de notre nouvel ordre du jour consiste à faire du Système de planification des armements conventionnels (SPAC) de l'OTAN un outil efficace pour les planificateurs militaires et des acquisitions d'équipements.

La prémisse sur laquelle repose le SPAC est claire. Avant de signer des plans d'acquisition nationaux à long ternie, les pays membres acceptent de prendre en compte les besoins militaires de l'Alliance. La clef de voûte du SPAC est le concept d'un examen des armements portant sur une période de deux ans. Ce processus d'examen débouche sur un Plan des armements agréé, qui fixe les exigences militaires de l'Alliance traduits en Objectifs de l'Alliance agréés, à savoir des recommandations adressées aux différents pays sur la manière d'orienter leurs plans d'armements et leurs activités dans ce domaine afin d'atteindre les objectifs fixés, et une identification des possibilités de coopération pour les futurs programmes.

Le SPAC a entamé son deuxième cycle complet (1992-1993). Pour la première fois depuis les débuts de ce système en 1988, l'OTAN est simultanément engagée dans la mise en oeuvre du premier Plan d'armements conventionnels (1990-1991) et dans l'élaboration du nouveau plan. Au cours de cette année, les pays seront appelés à effectuer un examen fondamental du SPAC, afin d'évaluer ses performances et déterminer la marche à suivre pour améliorer la planification en matière d'armements au sein de l'Alliance. Cet examen devrait permettre au SPAC de fixer ses priorités pour le reste de l'actuelle décennie, sur base d'une série bien définie d'efforts de coopération susceptibles de satisfaire les exigences militaires pressantes de l'Alliance.

Coopération dans la recherche, le développement et les programmes
de production


Une coopération efficace en matière d'armements demeure un élément essentiel de la sécurité de l'Alliance. Les tendances actuelles en faveur d'une réduction des armements, d'une diminution des ressources allouées à la défense et d'un accroissement des coûts de développement des systèmes d'armes, couplées aux exigences de mise en oeuvre de nouvelles structures de forces multinationales, engendrent sans nul doute de nouveaux impératifs d'efficacité pour les acquisitions destinées à la défense. La principale mesure pour assurer notre succès dans ce domaine demeurera la mise sur pied de programmes majeurs de recherche, de développement et de production en coopération.

Depuis plus de quatre décennies, l'OTAN fournit à ses pays membres un cadre pour la poursuite de leur coopération dans une large gamme de programmes d'armements. Parmi les exemples de programmes majeurs en collaboration lancés ou développés dans le cadre de la structure du SPAC, citons le système aéroporté de détection lointaine et de contrôle (AWACS), l'avion de combat polyvalent Tornado, les programmes de missiles HAWK et Seasparrow, l'avion de surveillance maritime Atlantique 1, le système lance-roquettes multitubes (MLRS) et, tout récemment, l'hélicoptère OTAN pour les années 1990 (NH-90).

La Conférence des directeurs nationaux des armements et ses groupes subordonnés parrainent actuellement quelque quatre-vingts projets technologiques ou d'équipements à différents stades de développement. Vingt autres programmes de développement et de production en collaboration sont en outre menés par les alliés dans le cadre de la structure légale fournie par l'OTAN.

Les avantages qui résultent de ces programmes, et en fait des nombreux autres aspects de la coopération en matière d'armements, vont bien au-delà de la simple rentabilité financière. L'aptitude des forces de l'OTAN à opérer en étroite coordination sur terre, sur mer et dans les airs a toujours été liée à l'obtention du plus haut degré possible de standardisation des équipements.
Les résultats tangibles d'années de coopération furent démontrés par la qualité de la coopération des forces alliées pendant la guerre du Golfe en 1990. Les forces de la coalition purent profiter de multiples procédures et systèmes communs, tels que le système de navigation OTAN NAVSTAR GPS, les systèmes polyvalents d'entretien des avions et de ravitaillement en vol, et la polyvalence des munitions.

Dans le cadre de la nouvelle structure allégée de la CDNA, les alliés continueront à développer d'importants programmes en coopération, essentiels à l'efficacité future des forces de l'OTAN. Une de nos initiatives majeures dans les années 1990 consistera à étudier le potentiel d'une approche en coopération d'un système de détection lointaine basé au sol.

Tout le monde reconnaît que, alliée aux AWACS de l'OTAN, une capacité de détection au sol fournirait à l'Alliance un avantage considérable pour mettre en oeuvre sa nouvelle stratégie, et particulièrement pour faire face aux exigences de gestion de crises et de maintien de la paix. En mars dernier, le Conseil a décidé de demander à la CDNA de mettre sur pied un groupe spécial chargé d'explorer les options pouvant permettre l'obtention de cette capacité.

Les échanges commerciaux liés à la défense au sein de l'OTAN

Dans les mois et les années à venir, un des principaux défis que nous devrons relever consistera à maintenir les fondements de la coopération en matière d'armements, et en particulier ceux de la coopération transatlantique, en dépit de l'accroissement des tensions dans nos relations économiques et commerciales. Au cours des dix-neuf derniers mois, les différents pays ont collaboré pour faire de l'OTAN une enceinte oeuvrant activement à l'amélioration des relations commerciales liées à la défense.

Cette activité revêt une importance accrue depuis qu'il est admis qu'aucun pays, pas même les Etats-Unis, ne peut se permettre de développer seul une base industrielle de défense indépendante et couvrant tous les domaines. Le défi auquel nous sommes confrontés aujourd'hui consiste à continuer à nous inscrire dans la logique de la libéralisation des relations commerciales en dépit de la concurrence qui oppose actuellement les bases industrielles nord-américaine et européenne, et à prendre conscience que, dans le domaine particulier des acquisitions en matière de défense, nous devons édifier une solide base technologique et industrielle transatlantique.

Les efforts du Groupe européen indépendant de programme (GEIP) en vue d'édifier un marché européen des équipements de défense ont certes contribué à stimuler l'indispensable rationalisation de la capacité en Europe occidentale, mais ce nouveau pilier européen doit demeurer intégré à l'effort de défense, nettement plus important, de l'Amérique du Nord. A la différence de ce qui se passe dans d'autres domaines de planification collective liés à la défense, il existe une assymétrie fondamentale entre les dépenses de l'Alliance allouées au développement de la technologie militaire et les acquisitions pour la défense. Malgré les réductions récentes des dépenses, le marché nord-américain de la défense demeure deux fois plus important que les exigences combinées auxquelles doivent faire face les alliés européens. Pour ce qui a trait à la recherche et au développement militaires, le rapport de l'effort est proche de trois à un.

Afin de veiller à ce que l'Alliance, dans son ensemble, continue à bénéficier des applications de la technologie militaire de pointe, notre concept de base industrielle de défense intégrée doit être transatlantique. Pour contribuer à créer un environnement favorable à une plus grande collaboration industrielle, les alliés de l'OTAN ont établi un Code de conduite des relations commerciales liées à la défense.

Ce Code de conduite ne constitue ni un accord ni un traité commercial, mais l'engagement politique des membres de l'OTAN d'entamer un effort de réduction des barrières qui existent depuis longtemps, ceci en vue d'établir des relations commerciales liées à la défense plus ouvertes et plus efficaces au sein de l'Alliance. Sur base du travail des Directeurs nationaux des armements, le Conseil de l'Atlantique Nord va bientôt reconnaître que le Code de conduite de l'OTAN représente la base la plus pratique pour une approche collective de la politique commerciale dans ce domaine, et approuver une mise à l'essai de trois ans des dispositions qu'il contient.

Le texte du Code proposé fixe des politiques, procédures et principes commerciaux fondamentaux qui doivent être observés par tous les membres de l'Alliance. L'application par les différents pays des dispositions du Code augmentera la transparence sur les marchés nationaux des acquisitions et créera de nouvelles opportunités pour une véritable concurrence transcendant les frontières en matière de contrats de défense.

Le Code établit également le cadre d'une réduction progressive et réciproque des lois, pratiques ou procédures protectionnistes, qui limitent les accès aux différents marchés ou créent des préférences discriminatoires favorisant les firmes nationales. Ce même Code réclame, en outre, l'adoption de mesures visant à éliminer les obstacles aux transferts de technologie au sein de l'Alliance.

La création d'un environnement répondant à toutes les conditions requises au fonctionnement plus harmonieux des acquisitions en matière de défense constituera une entreprise longue et difficile. Nous demandons en effet aux différents pays de libéraliser leurs politiques commerciales dans le domaine probablement le plus réglementé et le mieux protégé de leurs acquisitions gouvernementales.

Le Code de Conduite élaboré à l'issue des consultations de l'OTAN ne représente qu'une première et très modeste étape en vue de la création de marchés de la défense plus ouverts et concurrentiels. Sa véritable valeur tiendra en ce qu'il fournit un cadre pour la poursuite du dialogue entre les alliés sur les questions de relations commerciales liées à la défense.

Elargir le concept de la coopération en matière d'armements au sein de l'OTAN

Le défi qui consiste à réorienter l'activité dans le domaine des armements ne résulte pas uniquement des nouvelles exigences militaires liées à la structure des forces multinationales de l'OTAN. Dans le cadre de la transformation que connaît actuellement l'Alliance, les occasions ne manquent pas de mettre à l'épreuve la compétence des experts en armements sur des questions relatives aux nouvelles missions de l'OTAN. Les directeurs des armements et leur organisation ont un rôle de soutien important à jouer dans les nouveaux programmes de coopération entre l'Alliance et les Etats d'Europe centrale et orientale, ainsi que dans la préparation des forces de l'OTAN en vue d'éventuelles missions de maintien de la paix.

Depuis la première réunion du Conseil de coopération nord-atlantique (CCNA) en décembre 1991, le programme pour le dialogue, le partenariat et la coopération entre les membres de l'OTAN et les Etats d'Europe centrale et orientale (ECO) s'est considérablement étoffé. Un des objectifs fondamentaux de ce processus de coopération consiste à renforcer les progrès des réformes démocratiques dans les pays ECO, jusqu'à parvenir à l'élaboration d'un contrôle démocratique efficace du domaine de la défense.

La "planification, la gestion et l'analyse des programmes et budgets de défense nationaux" sont considérés comme des thèmes de coopération entre l'OTAN et les pays de l'ECO dans les programmes de travail du CCNA (6) de 1992 comme de 1993. Lors de leur réunion au siège de l'OTAN le 1er avril 1992, les ministres de la Défense de l'Alliance et des pays ECO ont décrit les aspects suivants de la gestion de la défense comme des domaines spécifiques de leur coopération future: "La planification et la gestion des programmes de défense dans les sociétés démocratiques, y compris la responsabilité, la planification financière, la budgétisation des programmes et la gestion de la recherche et du développement, ainsi que les procédures d'acquisition d'équipements."

L'organisation et la gestion des acquisitions en matière de défense constituent un aspect essentiel du contrôle civil de la planification militaire, et doivent faire l'objet d'une attention particulière. Au sein de l'Alliance, les acquisitions liées à la défense font l'objet d'examens parlementaires minutieux et les structures pour la gestion des programmes établissent un degré élevé de responsabilité pour l'allocation des ressources à la défense. Les acquisitions représentent également un domaine où les exigences militaires font l'objet d'analyses et de l'établissement de priorités externes. Ajoutons que les acquisitions en matière de défense constituent souvent un instrument important de la politique nationale liée à la base technologique et industrielle.

Il est parfaitement dans la ligne de la politique adoptée par l'OTAN d'entamer un dialogue avec les partenaires des pays ECO pour encourager le passage total et efficace sous contrôle démocratique de la planification et de la gestion de leurs acquisitions militaires et des secteurs dépendants de leur base industrielle. De nombreux pays alliés ont d'ailleurs déjà entamé des programmes bilatéraux actifs d'assistance dans ce domaine.

Toutefois, suite à de récents contacts avec un certain nombre de partenaires de la coopération, une approche multilatérale sur les questions de gestion des programmes de défense s'avère profitable. Une approche multilatérale de l'assistance aux partenaires des pays ECO pourrait être aussi limitée que la coordination de l'assistance bilatérale des alliés de l'OTAN ou pourrait viser l'objectif plus ambitieux d'un programme conjoint de coopération pratique sur les questions de gestion de la défense. Toute formule augmentant la coordination directe entre les alliés de l'OTAN dans ce domaine pourrait assurément soulager la charge logistique et financière des partenaires des pays ECO.

Au sein de l'Alliance, la grande diversité des politiques et des procédures d'acquisition en vigueur reflète les différences de taille et de portée des activités d'achat nationales, ainsi que celles des structures légales, administratives et industrielles des pays de l'OTAN. Les partenaires des pays ECO pourraient bénéficier de manière non négligeable d'informations comparatives sur les pratiques et systèmes nationaux en vigueur. Ils pourraient de même bénéficier des procédures d'accès aux matériels, élaborées au sein de l'Alliance et du CCNA en particulier, pour parvenir à une plus grande harmonisation des différentes pratiques nationales et supprimer les barrières techniques à la coopération internationale.

De nombreuses informations portant sur les relations entre civils et militaires, dans le domaine des acquisitions liées à la défense, ainsi que sur la gestion des programmes de base et le savoir-faire en matière de planification, pourraient être partagées avec nos partenaires de la coopération. Les experts nationaux, susceptibles de contribuer à un dialogue de ce type, participent à des comités et activités multiples du CCNA. Ces experts devraient être appelés à jouer pleinement leur rôle, en élaborant une offre complète de coopération pratique dans le domaine de la gestion des ressources et des programmes de défense.

Une autre mission nouvelle et importante dévolue à l'OTAN est celle du maintien de la paix. Il existe à présent, au sein de l'Alliance, un accord pour mettre à la disposition des Nations unies et de la CSCE les atouts, l'expérience et les capacités collectives de l'OTAN pour soutenir leurs efforts de maintien de la paix. Ce nouvel engagement a des répercussions sur tous les aspects de la planification de la défense de l'OTAN, et inclut donc la planification en matière d'armements.

En raison de la nature multinationale des opérations de maintien de la paix, l'interopé-rabilité des équipements - en particulier au niveau des télécommunications - est appelée à constituer un élément essentiel. L'Alliance est déjà confrontée à de nombreux problèmes similaires dans sa planification de la nouvelle structure des forces multinationales de l'OTAN. Les efforts de planification actuels dans le domaine des armements sont concentrés sur l'interopérabilité des forces multinationales, mais pourraient être rapidement étendus aux besoins spécifiques des opérations de maintien de la paix.

L'expérience acquise dans l'ex-Yougoslavie suggère que les forces de l'OTAN déployées pour soutenir les opérations de maintien de la paix des Nations unies ou de la CSCE n'auront pas accès à l'infrastructure solide, surtout en matière de systèmes de télécommunications, mise sur pied pour la défense du territoire de l'OTAN. Des solutions aux problèmes d'interopérabilité spécifiquement associés au déploiement des forces multinationales faciliteraient substantiellement les énormes problèmes logistiques et opérationnels auxquels est confronté le commandant de la force de maintien de la paix. Les membres du CCNA se sont récemment vu confier pour tâche d'examiner dans quelle mesure les systèmes de planification de l'OTAN en matière d'armements pourraient contribuer à parvenir à cet objectif important.

(1) Réductions basées sur les dollars de l'année en cours. Ces réductions sont encore plus importantes si on tient compte de l'inflation durant cette période.
(2) Hans Feddersen et Armindo Silva, "Le marché unique européen et l'industrie de la défense", NATO's Sixteen Nations, Vol. 37, No.2.
(3) Pour plus de précisions sur les pertes d'emploi escomptées dans l'industrie de la défense, voir After thé Cold War: Living with lower défense spending, Bureau de l'évaluation technologique, Congrès des Etats-Unis, février 1992; Schmidt et Koszak, "Potential Impact of Défense Spending Réductions on thé Défense Industrial Labor Force by State", rapport du projet de budget de la défense, mars 1992; et différents rapports sur une récente étude du Bureau du Congrès pour le budget, "Defence Cuts Would Hinder and Help Economy -CBO ", Defence Daily, 20 février 1992.
(4) Feddersen et Silva, op.cit.
(5) La coopération en matière d'armements au sein de l'OTAN relève de la Conférence des directeurs nationaux des armements qui se réunit régulièrement pour examiner les aspects politiques, économiques et techniques de l'évolution des équipements et de leur acquisition pour les forces de l'OTAN.
(6)Pour le texte du programme de travail 1992 du CCNA, voir Revue de l'OTAN, No.2, avril 1992, p. 34-35; pour le programme de travail 1993, voir Revue de l'OTAN, No.l, février 1993, p. 30-32.