Relations OTAN-ONU : quelles perspectives après une décennie de coopération croissante ?

28/09/2018

Des liens forts unissent l’OTAN et l’ONU. Dans le prolongement du dialogue et de la coopération mis en place après la Guerre froide, les deux organisations ont adopté, en septembre 2008, une déclaration commune établissant un cadre de coopération structuré.

L’OTAN et l’ONU trouvent toutes deux leur origine dans l’esprit de multilatéralisme qui a marqué l’après-Seconde Guerre mondiale et elles partagent un profond attachement à des valeurs communes. Ainsi, le document fondateur de l’OTAN, le Traité de l'Atlantique Nord, mentionne expressément les buts et principes de la Charte des Nations Unies. Près de soixante-dix ans après la signature du Traité, les tâches fondamentales de l'OTAN continuent de refléter le lien qui unit les deux organisations. En effet, le principe de la défense collective découle directement de l’article 51 de la Charte des Nations Unies, les activités de gestion de crise peuvent être grandement facilitées lorsqu’elles sont menées sous mandat du Conseil de sécurité de l'ONU, et la sécurité coopérative a pour objectifs ultimes le maintien de la paix et le renforcement de la sécurité au niveau international.

Cela étant, la collaboration pratique entre l’OTAN et l’ONU n’a pas toujours été le reflet de cette forte convergence de principes. Que ce soit pendant ou après la Guerre froide, les réalités politiques et administratives ont été un sérieux frein à la coopération. La déclaration commune sur la coopération entre les secrétariats de l’ONU et de l’OTAN, signée par les secrétaires généraux des deux organisations en septembre 2008, a beaucoup contribué à l’élimination de certains des obstacles rencontrés.

Depuis juin 1999, en vertu du mandat découlant de la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l'ONU, l’OTAN dirige une opération de soutien de la paix au Kosovo, en coopération et en coordination avec l’ONU, l’Union européenne et d’autres acteurs internationaux. © OTAN

La nécessité d’établir un cadre structuré pour la coopération et le dialogue entre l’OTAN et l’ONU est devenue de plus en plus évidente après la Guerre froide, alors que les deux organisations devaient s’adapter à la nouvelle conjoncture. Les contacts sur le terrain n’ont cessé de s’intensifier dans les Balkans occidentaux et, plus tard, en Afghanistan, tandis que l’élargissement du réseau de partenariats de l'OTAN a ouvert de nouvelles possibilités d’interaction. Sa ferme volonté de s’adapter a même amené l’OTAN à prendre part à quelques opérations de soutien humanitaire, notamment en fournissant une aide aux victimes d'inondations au Pakistan ou en escortant au large de la Somalie des navires affrétés par le Programme alimentaire mondial.

Ainsi, à mesure que l’OTAN diversifiait ses activités et élargissait son périmètre d’action, les possibilités de coopération entre les deux organisations, au bénéfice de l’une comme de l’autre, augmentaient, et avec elles la nécessité de structurer le cadre de leurs relations. Déjà enclines à rechercher et à développer des partenariats internationaux, l’OTAN et l’ONU se sont également employées à promouvoir les interconnexions, ce qui s’est fait, dans le cas de l’OTAN, au travers de son « approche globale ».

Intensification de la coopération pratique

Depuis la signature de la déclaration de 2008, les secrétariats de l’OTAN et de l’ONU n’ont pas cessé d’accroître leur coopération pratique, tout en composant habilement avec les réalités politiques, les restrictions financières et les absurdités administratives. Sans surprise, c’est dans les domaines où il existait le moins d’entraves politiques et organisationnelles que l’on a assisté à un essor de la coopération.

La sécurité inclusive en est un parfait exemple. L’OTAN a mis en œuvre avec détermination les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU sur les femmes, la paix et la sécurité et elle a beaucoup coopéré avec ONU Femmes et le Département des opérations de maintien de la paix (DOMP) de l’ONU sur ces questions. Elle a également mis en application les résolutions relatives au sort des enfants en temps de conflit armé et, plus récemment, celles portant sur la protection des civils. L’OTAN a élaboré sa propre politique de protection des civils, en consultation étroite avec l’ONU, et les deux organisations s’emploient actuellement à mettre au point des supports de formation communs.

L’OTAN applique avec détermination les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU sur les femmes, la paix et la sécurité, sur le sort des enfants en temps de conflit armé et sur la protection des civils, et elle entretient une coopération poussée avec les agences de l’ONU sur ces questions. © OTAN

En outre, l’OTAN a collaboré étroitement avec l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, notamment en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, la lutte contre les stupéfiants et le développement de l'intégrité dans le secteur de la défense.

S’agissant des opérations de maintien de la paix de l’ONU, la coopération entre les deux organisations commence peu à peu à porter ses fruits. Dans ce domaine où l’expertise de l’Alliance pourrait pourtant être très utile à l’ONU, la coopération est restée limitée en raison de la structure opérationnelle et du périmètre d’action très différents des deux organisations. Le DOMP a reçu des informations détaillées sur les programmes de formation et d’exercices proposés par l’OTAN et, à de nombreuses reprises, des représentants de l'ONU ont participé à des formations et à des exercices organisés par l’Alliance. L’OTAN a également aidé l’ONU à mettre au point une partie de son matériel d’exercice. La coopération mise en place en matière de lutte contre les engins explosifs improvisés est particulièrement prometteuse. L’OTAN (par l’intermédiaire du Centre d'excellence pour la lutte contre les engins explosifs improvisés, situé à Madrid) et le Service de la lutte antimines de l’ONU travaillent en effet main dans la main sur les questions liées aux orientations et aux formations dans ce domaine, afin de permettre à l’ONU d’être mieux à même de lutter contre ces engins, qui constituent la première cause d’accidents mortels chez les casques bleus.

Consciente que la coopération pouvait encore être approfondie dans le domaine du maintien de la paix, l’OTAN a collaboré activement aux dernières réformes menées par l’ONU à cet égard. Le Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix des Nations Unies s’est appuyé sur les consultations qui ont eu lieu début 2015 au siège de l'OTAN pour élaborer son fameux rapport. Autre moment fort dans les relations entre l’OTAN et l’ONU, le secrétaire général de l’OTAN a participé au sommet des dirigeants sur le maintien de la paix, qui s’est tenu en 2015 en marge d’une session historique de l’Assemblée générale des Nations Unies. À cette occasion, M. Stoltenberg a annoncé que l’OTAN s’engageait à continuer de soutenir les opérations de maintien de la paix de l’ONU. Depuis, l’OTAN a pris part à deux réunions des ministres de la Défense sur les opérations de maintien de la paix de l’ONU (à Londres, en 2016, et à Vancouver, en 2017), et plusieurs domaines dans lesquels il serait utile de renforcer la coopération avec le secrétariat de l'ONU ont été mis en évidence.

Renforcement du dialogue

En plus d’intensifier leur coopération pratique, l’OTAN et l’ONU ont fait du dialogue politique un élément essentiel de leurs relations au cours de la dernière décennie. Les échanges réguliers entre les secrétaires généraux et au niveau des organes de travail sont devenus l’un des piliers de ces relations. Des discussions interservices sont organisées une fois par an pour dresser un état des lieux des rapports entre les deux organisations et pour définir de nouveaux domaines se prêtant à une coopération de haut niveau.

Suite à la signature de la déclaration de 2008, un poste permanent d’agent de liaison civil de l’OTAN auprès du siège de l’ONU, à New York, a été créé en complément de celui d’agent de liaison militaire, qui existait déjà. Cette nouvelle fonction a grandement facilité la circulation de l’information et elle a permis d’acquérir une meilleure compréhension des rouages administratifs. De plus, elle contribue de manière essentielle au dialogue, élément crucial pour faire en sorte que l’OTAN et son action soient mieux comprises de l’écosystème onusien, où perdurent encore de nombreux malentendus sur l’Alliance.

Le secrétaire général de l’OTAN, M. Jens Stoltenberg (à gauche), et le secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, sont déterminés à continuer d’approfondir la coopération et le dialogue entre leurs deux organisations afin de mieux tenir compte des nouvelles priorités stratégiques dictées par l’évolution de l’environnement de sécurité. © OTAN

Sachant que presque rien de tout cela n’existait avant la déclaration de 2008, il est indéniable que la dernière décennie a été une grande réussite pour ce qui est des relations OTAN-ONU. Par ailleurs, il est évident que les priorités stratégiques des deux organisations ont changé à mesure qu’évoluait la situation au niveau mondial et dans les différentes régions où elles étaient présentes.

S’adapter aux nouvelles réalités

Pour garder leur pertinence, la coopération et le dialogue entre l’OTAN et l’ONU doivent continuer d’évoluer. Plusieurs initiatives récentes tiennent déjà compte des réalités, nouvelles et changeantes, auxquelles les deux organisations sont confrontées. Par exemple, dans le cadre de sa stratégie de projection de la stabilité, l’OTAN a engagé un dialogue avec le Bureau de lutte contre le terrorisme, créé récemment par l’ONU, afin d’examiner les possibilités de coopération. En outre, une réflexion est en cours sur la façon dont les travaux de l’OTAN en matière de développement de l'intégrité pourraient, le cas échéant, venir à l’appui des activités plus vastes de réforme du secteur de la défense menées par l’ONU.

Dans le contexte de l’initiative « Action en faveur du maintien de la paix », portée par le secrétaire général de l’ONU, M. Guterres, l’OTAN réfléchit à la valeur ajoutée qu’elle peut apporter au réseau étendu de partenariats développé par l’ONU, ainsi qu’aux moyens de partager son expertise avec celle-ci afin d’accroître l’efficacité des opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Parmi les domaines qui offrent des perspectives prometteuses, citons le partage de normes et de bonnes pratiques, la médecine militaire et le soutien en matière de formation fourni par les centres de formation et d'entraînement des partenariats de l’OTAN. Par ailleurs, les possibilités de coopération sur les questions liées à la sécurité inclusive restent encore largement inexploitées. Ce ne sont donc pas les domaines de collaboration qui manquent pour la prochaine décennie.

Il est important de prendre acte des succès passés et de réfléchir aux possibilités de coopération future, mais il faut aussi veiller à ne pas avoir d’attentes démesurées. L’ONU – même si l'on s’en tient à son seul secrétariat – dispose d'un mandat bien plus étendu que celui de l’OTAN. Ses terrains d’action se situent pour la plupart au-delà du périmètre de l’Alliance, et le fait qu’elle rassemble des pays du monde entier l’oblige à tenir compte de réalités politiques qui limiteront toujours plus ou moins la coopération. Par ailleurs, un travail important doit encore être fait pour améliorer l’image que l’OTAN véhicule auprès de l’ONU. Quoiqu’il en soit, l’OTAN a tout à gagner d’une ONU performante, et le renforcement du dialogue et de la coopération constitue clairement une valeur ajoutée pour l’une comme pour l’autre. À l’avenir, il s’agira pour les deux secrétariats de continuer à repousser les limites du possible et de traduire cette ambition en des résultats plus concrets.


Endre Sebok est administrateur au sein de la Division Affaires politiques et politique de sécurité du Secrétariat international de l’OTAN, où il suit depuis cinq ans l’évolution des relations entre l’OTAN et l’ONU.

Les articles publiés dans la Revue de l’OTAN ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle des pays membres, ni celle de l’OTAN.

A propos de l'auteur

Endre Sebok est administrateur au sein de la Division Affaires politiques et politique de sécurité du Secrétariat international de l’OTAN, où il suit depuis cinq ans l’évolution des relations entre l’OTAN et l’ONU.