Formation des commandants à la lutte contre les attaques de terroristes en maraude

22/11/2017

Les attentats terroristes complexes sont de plus en plus fréquents, et pas seulement dans des environnements opérationnels tels que l'Afghanistan et l'Iraq. Ces dernières années, des attaques perpétrées par des acteurs multiples ont pris pour cibles des civils dans dans des villes du monde entier, notamment Nairobi, Paris, San Bernardino, Jakarta et Bruxelles. Il est donc indispensable de préparer les commandants à réagir efficacement aux attaques complexes de terroristes en maraude, et notamment à gérer le torrent d'informations qui y est associé et à commander une multiplicité d'acteurs, de manière à stopper l'attaque avec le moins de victimes possibles. C'est précisément l'objectif du stage spécialisé organisé par l'École de déminage des forces de défense irlandaises, avec le soutien de l'OTAN.

Policiers français munis de boucliers de protection près du Bataclan, après les attaques meurtrières perpétrées à Paris, le 14 novembre 2015.

© REUTERS

Les attaques de terroristes en maraude peuvent prendre plusieurs formes. Les attentats perpétrés à Bruxelles, le 22 mars 2016, et à Paris, le 13 novembre 2015, étaient de nature complexe, tandis que l'attaque commise à Sousse, en Tunisie, le 26 juin 2015, a été perpétrée par un tireur isolé. D'autres encore impliquent l'usage de véhicules ou de couteaux. Le caractère dynamique de ces attaques complique la préparation de nos forces de sécurité, y compris celle des premiers intervenants. Au cours des dernières années, nous avons appris, notamment en Afghanistan et en Iraq, une leçon très importante : améliorer la connaissance de la situation contribue à limiter les effets des attentats terroristes.

Nouveauté cette année : une grande partie du stage sur la lutte contre les attaques de terroristes en maraude, qui a eu lieu du 13 au 17 novembre, a été consacrée à une formation avancée portant sur la connaissance de la situation. Cette formation permet de comprendre ce que peuvent signifier l'absence du normal et la présence de l'anormal. Avec un équipement adéquat et des entraînements de mise en situation, les forces de sécurité sont clairement mieux préparées à ces situations dynamiques.

Formation des commandants

L'École de déminage, située dans le comté de Kildare, a animé le premier stage pour commandants sur la lutte contre les attaques de terroristes en maraude (CC-MTA) en novembre 2015.

Forte d'une connaissance approfondie des efforts de lutte contre les engins explosifs improvisés entrepris au niveau international, l'École avait déjà développé des formations-types en vue de partager son expertise avec des personnels civils et militaires d'États membres de l'Union européenne et de l'OTAN, et avec des pays partenaires de l’OTAN. Le stage CC-MTA, qui était le prolongement naturel de ces formations, découle de l'analyse et de l'examen des programmes de préparation aux attaques à l'arme à feu mis en place au Royaume-Uni (« Marauding Terrorist Firearms Attack ») et aux États-Unis (« Active Shooter »).

Tireur d'élite à bord d'un hélicoptère de la police survolant la ville, après les attentats à la bombe perpétrés à Bruxelles, le 22 mars 2016.

© REUTERS

Le stage CC-MTA vise essentiellement :

1. à mettre au point un plan fondé sur le modèle du stage sur la lutte contre les engins explosifs improvisés pour favoriser l'interaction entre les différentes entités (unités de police, équipes de traitement des dispositifs explosifs, forces spéciales, etc.) et pour développer des outils opérationnels et des méthodes tactiques, et définir un axe stratégique ;

2. à tirer parti du réseau de lutte contre les engins explosifs improvisés, qui rassemble depuis de nombreuses années un éventail complet de forces de sécurité, d'agences gouvernementales, de services d'urgence, d'universitaires et d'experts en la matière ;

3. à exploiter les enseignements tirés des attentats terroristes commis dans l'environnement opérationnel militaire pour améliorer les réponses des acteurs civils et militaires de la lutte contre les attentats terroristes perpétrés dans nos pays.

Depuis le début, l'objectif de ce stage a toujours été de présenter à ses étudiants internationaux non pas un système unique, mais une série d'options. Il revient à chaque organisation de décider si les connaissances transmises aux étudiants et stagiaires peuvent être appliquées dans leurs pays respectifs.

L'OTAN a reconnu l'importance de ce stage dès sa création, en lui apportant une aide financière dans le cadre du fonds alimenté par des contributions nationales volontaires, comme elle l'avait fait pour les stages de l'École de déminage consacrés à la lutte contre les engins explosifs improvisés.

Retour d'expérience

Le stage, dont la troisième édition a eu lieu en novembre 2017, a considérablement changé depuis son lancement, grâce à un processus complet de retour d'expérience. Parmi les nombreuses nouveautés, citons l'emploi d'une compagnie de sécurité privée et le recrutement de formateurs parmi une gamme plus large de prestataires afin de favoriser la diversité des solutions.

Les entreprises privées sont aussi pleinement impliquées dans cette formation. Le secteur privé, particulièrement exposé aux risques d'attaques, manifeste un vif intérêt pour ce domaine, et notamment la gestion des premiers instants, déterminants, d'un attentat.

Le stage sur la lutte contre les attaques de terroristes en maraude porte notamment sur les premiers instants d'une fusillade, lorsque tout peut advenir.

Photographie reproduite avec l'autorisation de l'École de déminage des forces de défense irlandaises.

La formation a par ailleurs élargi son champ d'étude. Elle offre désormais une approche immersive du commandement opérationnel plutôt qu'une simple analyse de l'engagement tactique.

Méthodologie

Le stage repose sur trois piliers méthodologiques : les dimensions théorique, pratique et scientifique. Les participants découvrent d'abord le programme de la formation. Ils se voient ensuite présenter un cadre de commandement général pour les attaques de terroristes en maraude. Quand le bon déroulement d'une opération dépend essentiellement du nombre de victimes, la mise en place d'un cadre opérationnel est la clé du succès.

Les stagiaires bénéficient des enseignements tirés de l'expérience (positive ou négative) du personnel ayant déjà été confronté à des attaques de terroristes en maraude. Ces enseignements, d'une importance fondamentale, sont l'un des piliers de la lutte contre les engins explosifs improvisés. Si on ne veut pas que toutes ces vies aient été prises pour rien, il faut tout mettre en œuvre pour tirer les enseignements de ces attentats afin de donner à d'autres une chance de s'adapter et de survivre. La médecine tactique est un autre élément important de la formation.

Les participants sont amenés à interagir concrètement avec des entités du secteur privé et se livrent à des exercices en groupe avec les parties concernées. Le manque d'implication des services de sécurité ayant été souligné dans de nombreux pays, ce problème a été abordé dans le cadre du stage, avec des résultats très encourageants.

Des représentants des sociétés Airbox System (MOSAIC) et Klas Telecom présentent les outils opérationnels indispensables à la réussite des opérations menées dans le contexte d'un scénario d'attaque complexe. Ce partenariat a permis d'organiser des exercices de simulation, dont certains ne requièrent que peu de technologies (cartes et tableaux), tandis que d'autres, plus sophistiqués, font intervenir la notion de situation opérationnelle commune et des moyens de communication de pointe en matière tactique.

Les participants au stage sur la lutte contre les attaques de terroristes en maraude bénéficient des enseignements tirés de l'expérience (positive ou négative) du personnel ayant déjà été confronté à de telles attaques.

Photographie reproduite avec l'autorisation de l'École de déminage des forces de défense irlandaises.

Enfin, les participants suivent une formation axée sur l'analyse des récents attentats et sur la manière dont il convient de gérer le torrent d'informations qui caractérise ces attaques complexes. La formation aborde la question des premiers instants d'une fusillade. Les aspects renseignement, implication de la population et radicalisation ont souvent été abordés, mais ce stage-ci se focalise sur la façon d'encadrer efficacement les multiples acteurs participant aux opérations pour stopper l'attaque en limitant le plus possible le nombre de victimes.

Un module avancé portant sur la connaissance de la situation au niveau du commandement a été ajouté au programme du stage de novembre 2017. Il a pour objectif de réduire le risque que des intervenants soient tués. Ce module a été créé sur le modèle du programme « Combat Hunter », mis en place avec succès par le Corps des Marines des États-Unis. Pour les besoins du stage, il a été axé sur la question des attaques de terroristes en maraude. La société Boeing Defense propose des analyses dans le domaine de la connaissance de la situation. L'accent est mis sur les instants qui suivent une explosion, question bien connue des experts de la lutte contre les engins explosifs improvisés. L'objectif est d'apprendre aux responsables des équipes d'intervention à faire face à une attaque terroriste dynamique dans sa phase initiale. Les analyses de Boeing ajoutent en fait une dimension scientifique aux enseignements tirés de l'expérience.

D'une manière générale, l'édition 2017 du stage s'est appuyée sur le succès des deux précédentes éditions. L'École de déminage contribue au volet de la formation axé sur la lutte et la défense contre les engins explosifs improvisés au niveau du commandement. Elle est également chargée de l'organisation et de l'encadrement du stage. Les formateurs et les participants venant d'horizons divers, la formation s'annonçait enrichissante et stimulante.

Enseignements militaires à l'intention des intervenants civils

L'élaboration d'un plan d'intervention efficace en matière d'attaques de terroristes en maraude ne peut se faire qu'avec la participation des militaires. Les conditions qui caractérisent nombre de théâtres d'opérations militaires sont extrêmement difficiles. Ce qui signifie que les enseignements tirés de ces opérations ont permis aux militaires d'acquérir une expertise unique, dont ne dispose aucune entité civile. Aucun organisme gouvernemental n'a les capacités, les compétences ni les ressources nécessaires pour faire face seul à ce type d'attaque. Jusqu'à présent les auteurs des attaques terroristes perpétrées sur nos territoires n'avaient pour ainsi dire pas de formation militaire. Ils n'étaient pas lourdement armés et ont utilisé des objets faciles à se procurer (véhicules, couteaux, etc.). Et pourtant, ils mettent nos capacités à rude épreuve.

Forts de l'expérience que nous avons acquise sur les théâtres d'opération et de l'expertise de l'armée, nous sommes amenés à penser que des attaques encore plus élaborées risquent d'être perpétrées sur nos territoires. Nous ne pouvons pas nous permettre le moindre relâchement. L'armée dispose de l'expérience et des connaissances nécessaires pour faire face à cette menace en développement, en coopération avec l'ensemble des acteurs concernés. Les capacités et les enseignements acquis dans le cadre de ce stage, destiné au personnel des services d'urgence, du secteur privé et d'institutions gouvernementales, pourraient être mis en pratique au niveau national.


Le capitaine Alan Kearney est officier d'active au sein des forces de défense irlandaises depuis trente ans. Il a acquis, en Irlande et à l'étranger, une vaste expérience des questions relatives aux engins explosifs improvisés. Depuis 2008, il contribue à l'effort global de lutte contre les engins explosifs improvisés au niveau international aux côtés du lieutenant-colonel Ray Lane, commandant de l'École de déminage.

Il est à noter que les articles publiés dans la Revue de l’OTAN ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle des pays membres, ni celle de l’OTAN.

A propos de l'auteur

Le capitaine Alan Kearney est officier d'active au sein des forces de défense irlandaises depuis trente ans. Il a acquis, en Irlande et à l'étranger, une vaste expérience des questions relatives aux engins explosifs improvisés. Depuis 2008, il contribue à l'effort global de lutte contre les engins explosifs improvisés au niveau international aux côtés du lieutenant-colonel Ray Lane, commandant de l'École de déminage.