L'architecture du renseignement adaptée à la vision d'« une seule et même OTAN »

08/09/2017

Au début de l'année, l’OTAN a mis sur pied une nouvelle division, la Division civilo-militaire Renseignement et sécurité (JISD), aboutissement de la réforme la plus importante que le renseignement allié ait jamais connue. Face à la redoutable menace que représentent une Russie qui s’affirme, la montée du terrorisme et l’instabilité croissante dans le sud, les Alliés ont adapté radicalement la manière dont le renseignement est organisé et analysé à l’OTAN.

Dans le monde globalisé, hyperconnecté et multipolaire d’aujourd’hui, l’OTAN doit surveiller et évaluer simultanément une multitude de menaces différentes : activités militaires conventionnelles, prolifération des armes de destruction massive, pratiques de guerre hybride, cyberattaques et terrorisme international, pour n’en citer que quelques-unes parmi les plus graves. Du point de vue géographique, l’OTAN a entrepris d’adopter une perspective plus large allant de l’Afrique centrale à la Corée du Nord et de l’Arctique au Moyen-Orient. La mise à disposition du renseignement dont elle a besoin doit suivre le rythme effréné auquel le changement se produit.

L’assertivité accrue de la Russie et l’aggravation des menaces hybrides sont deux des nombreux éléments dont il faut tenir compte face aux défis liés au contexte actuel de la menace, qui requièrent la mise à disposition du renseignement nécessaire.

De plus, les limites entre les sphères civile et le renseignement militaire et entre guerre et paix sont de plus en plus floues. Il est donc nécessaire de mieux intégrer le renseignement civil et le renseignement militaire à l’OTAN, dans une structure unique, efficace, capable de donner une image cohérente du renseignement au Conseil de l’Atlantique Nord et au Comité militaire de l’OTAN.

Ces considérations ont conduit les dirigeants des pays de l’Alliance à lancer, au sommet de Varsovie en juillet 2016, une réforme fondamentale du renseignement, dont l’un des éléments clés est la création, au siège de l’OTAN, d’une nouvelle division qui se compose d'un pilier « renseignement » (fruit de la fusion des structures du renseignement militaire et du renseignement civil) et d'un pilier « sécurité » (le Bureau de sécurité de l’OTAN).

Mise en place de la nouvelle division

Lorsqu'en décembre 2016 j’ai pris mes fonctions de secrétaire général adjoint pour le renseignement et la sécurité, ma première priorité a été de rendre la nouvelle division opérationnelle aussi rapidement que possible. Il n’a pas été aisé de réorganiser des structures composées de 270 personnes de nationalités et de cultures d’entreprise différentes, tout particulièrement pour le nouveau venu que j'étais à l’OTAN, mais je suis resté optimiste, m’appuyant sur l’expérience que j’avais acquise dix ans plus tôt au service fédéral allemand de renseignement (Bundesnachrichtendienst – BND), lorsque ce dernier s’était livré à un exercice similaire et avait fusionné renseignement civil et renseignement militaire. Le succès avait alors tout de suite été au rendez-vous : les agents civils comme militaires ont bien compris la valeur ajoutée qu’apportait une collaboration avec des personnes ayant une approche différente et ont rapidement développé un esprit d’équipe. D’autres pays y sont également parvenus. La grande question était de savoir si un tel exercice pouvait être reproduit dans un environnement multilatéral plus complexe.

En février, nous nous sommes jetés à l’eau et avons mis en place la nouvelle structure. Grâce à l’engagement et au professionnalisme hors du commun dont ont fait preuve mes collaborateurs, nous avons pu rapidement venir à bout de la plupart des difficultés initiales ; très vite, nous avons accéléré la production du renseignement civilo-militaire, qui a progressé d’environ 25 % par rapport à l’année dernière. Si cette évolution, qui traduit une demande croissante à l’égard de nos produits, est un signe encourageant, elle représente aussi une charge de travail supplémentaire pour les analystes. Aujourd’hui, la structure de la nouvelle division est largement conforme à ce qui avait été demandé par les dirigeants des pays de l’Alliance en 2016, mais le processus d’adaptation n’est pour autant pas terminé.

Le rôle de l’OTAN dans la lutte contre le terrorisme s’accroît, et l’Alliance a besoin d’avoir une connaissance plus approfondie de la situation sur le terrain.

Le renseignement doit suivre l’évolution des priorités politiques et militaires. Le champ d’action régional de l’OTAN s'élargit, et l’Alliance fait face à une aggravation des menaces émanant du domaine hybride, du cyberespace et du terrorisme. Le renseignement doit être davantage axé sur ces questions transnationales, et des capacités appropriées doivent être développées à cet effet. La menace que représentent les pratiques de guerre hybride est aujourd’hui jugée si grave que les ministres de la Défense des pays de l’Alliance nous ont demandé de mettre sur pied, au siège de l’OTAN, une équipe spéciale devant étudier spécifiquement cette question. Une nouvelle branche chargée de l’analyse des menaces hybrides a ainsi été créée au sein de la JISD en juillet 2017. Elle a pour mandat d’analyser l’éventail complet des activités à caractère hybride à partir de sources militaires et civiles, qu’elles soient classifiées ou ouvertes. Il s’agit avant tout d’établir des liens, compte tenu de la nécessité croissante d’adopter une approche globale. La cybersécurité va avoir de plus en plus d'importance dans ce contexte.

Parallèlement, alors que le rôle de l’OTAN dans la lutte contre le terrorisme s’accroît, l’Alliance a besoin d’avoir une connaissance plus approfondie de la situation dans ce domaine. C’est dans cette optique que nous avons créé une nouvelle cellule de renseignement sur le terrorisme, qui sera principalement chargée de fournir du renseignement stratégique à l’échelle mondiale.

Le terrorisme est lui aussi un domaine de préoccupation essentiel pour le pilier « sécurité » de la nouvelle division. Le Bureau de sécurité de l’OTAN continue d’assurer la sécurité du siège de l'Organisation et du personnel de l’OTAN en mission. Il élabore des normes de sécurité pour la protection des informations et des systèmes classifiés, et veille à ce que les organismes, les pays membres et les pays partenaires de l’OTAN s’y conforment. Son intégration dans la nouvelle division permet en outre davantage de synergies, en particulier entre le renseignement et la contre-ingérence.

Une architecture de renseignement plus large

Créé en 2006, le Centre de fusionnement du renseignement (NIFC) est un organisme qui dirigé par des militaires et parrainé par les États-Unis, a été institué par le Comité militaire de l’OTAN sur la base d’un mémorandum d’entente signé par 26 des 29 pays de l’OTAN et un pays partenaire. Le Centre facilite le partage et le fusionnement du renseignement, contribue à combler les lacunes en renseignement, et soutient la planification et l’exécution des opérations en cours. Il fait partie d’un réseau extrêmement complexe d’acteurs et de structures qui, ensemble, constituent le renseignement OTAN. © DVIDS

Pour l'avenir, nous devons élargir notre champ de vision et voir l'architecture du renseignement de l’OTAN dans son ensemble, car elle s’étend bien au-delà de notre nouvelle division. Seule une petite partie des professionnels du renseignement en poste à l’OTAN travaillent dans la JISD. La majorité d'entre eux sont répartis dans l’ensemble de la structure de commandement de l’OTAN. Ce réseau extrêmement complexe d’acteurs et de structures comprend en outre le Centre de fusionnement du renseignement qui se trouve à Molesworth, au Royaume-Uni, des centres d’excellence dans divers domaines et plusieurs comités (militaire, civil et de sécurité) où sont représentés les services de renseignement des pays. L'architecture actuelle du renseignement à l’OTAN est le résultat d’une croissance « organique » qui s’est poursuivie au fil des ans, sans plan directeur commun. Si cet héritage est une ressource inestimable, la planification et la coordination conjointes d’un bout à l’autre de cette architecture constituent un défi.

L’efficacité et la cohérence de l’architecture du renseignement à l’OTAN peuvent être renforcées de nombreuses manières, notamment en synchronisant les efforts, en réduisant encore les doubles emplois et en optimisant pleinement les ressources. L’Alliance devrait favoriser un effort commun de planification stratégique pour l’avenir et établir des priorités pour l’architecture dans son ensemble. « Une seule et même OTAN » sera notre principe directeur. Alors que nous nous engageons sur cette voie, j’espère que nous pourrons garder intacts l’enthousiasme et la dynamique positive qui nous ont tant aidés dans la mise en place de la nouvelle division.


Arndt Freytag von Loringhoven est le premier secrétaire général adjoint de l’OTAN pour le renseignement et la sécurité. Il a débuté sa carrère au ministère allemand des Affaires étrangères en 1986. Tout récemment, il était ambassadeur d’Allemagne en République tchèque (de 2014 à 2016). De 2007 à 2010, il a été vice-président du service fédéral allemand de renseignement (Bundesnachrichtendienst – BND)

Il est à noter que les articles publiés dans la Revue de l’OTAN ne reflètent pas nécessairement la position officielle ou la politique des pays membres, ni celle de l’OTAN.

A propos de l'auteur

Arndt Freytag von Loringhoven est le premier secrétaire général adjoint de l’OTAN pour le renseignement et la sécurité. Il a débuté sa carrère au ministère allemand des Affaires étrangères en 1986. Tout récemment, il était ambassadeur d’Allemagne en République tchèque (de 2014 à 2016). De 2007 à 2010, il a été vice-président du service fédéral allemand de renseignement (Bundesnachrichtendienst – BND).