Odessa : arme secrète de l'Ukraine ?

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Odessa : arme secrète de l'Ukraine ?

Voici Odessa, dans le sud de l'Ukraine.

Avec ses rues bordées de cafés,

sa population plutôt jeune,

sa magnifique côte

et son grand port international sur la mer Noire.

Mais c’est surtout,

pour les Ukrainiens, l'une des villes les plus décontractées du pays,

dont les habitants sont réputés

pour leur sens de l'humour.

Dans toute l’URSS,

Odessa passait pour une cité

très paisible et tolérante.

Une ville internationale,

où tout conflit à caractère nationaliste

entre Odessites

était absolument impossible.

Mais ce calme apparent ferait oublier

les attaques que la ville a subies.

Et la réaction d’Odessa a peut-être été

l'une des plus remarquables

de l’histoire récente du pays.

À cause des derniers événements

dans l'est et en Crimée,

Odessa est devenue LA ville ukrainienne,

de par sa mentalité

et son identité.

En Ukraine, Odessa est

aussi éloignée que possible de la Russie.

Mais la Russie est venue à elle.

La campagne hybride qu’elle a menée

en Ukraine, a sans doute visé Odessa

car c'est

une région russophone.

Et si les attaquants pensaient

que ça les aiderait, ils se sont trompés.

À Odessa, la plupart des gens

parlent russe, mais

cela ne veut pas dire

que c'est une ville russe.

Tout comme Montréal n'est pas française,

ni Sydney anglaise.

Le russe joue un rôle clé

dans la bataille d'Odessa.

À l'université par exemple,

tous mes collègues

parlent russe entre eux.

C'est ma langue maternelle.

Il n'empêche qu’aujourd’hui,

de nombreux Ukrainiens disent

que parler russe

ne revient pas à soutenir Moscou.

De nombreux patriotes,

partis combattre dans l'est,

parlent russe.

Nous estimons que ni la Russie

ni Poutine n'ont le droit

de privatiser le russe

car c'est un patrimoine commun.

La plupart des Odessites

étant russophones,

ils regardent le journal

sur les chaînes russes,

qui pratiquent souvent

la désinformation.

C'est assez singulier

d'avoir des millions de gens

qui, chaque jour, année

après année, suivent

les reportages et journaux télévisés

diffusés par le pays voisin.

Odessa a enfin réagi et bloqué la diffusion

des chaînes incriminées,

et cela a déjà un effet.

Je pense que ce n'était pas

une bonne décision

pour notre couverture

télévisuelle.

Mais c'était nécessaire

puisqu'on voit déjà des résultats.

Ceux qui étaient endoctrinés

ne regardent plus ces chaînes.

Maintenant, bon gré, mal gré,

ils sont passés aux televisions

locales ou ukrainiennes,

et l'attitude de certains tend à

évoluer un peu.

Les objectifs et les activistes russes

n'ayant pas reçu le soutien attendu,

Moscou a usé de méthodes plus agressives

pour déstabiliser Odessa.

Il y a ainsi eu plusieurs attentats à la bombe,

destinés à semer la peur chez les habitants.

Cela est passé un peu

inaperçu au niveau international,

mais Odessa a connu des dizaines

de petits attentats,

comme ici, début 2015.

C'est un centre de coordination pour

les volontaires combattant dans l'est.

Comme à l'habitude,

la bombe a éclaté de nuit.

Il n'y a eu aucune victime,

mais les autorités

ont fait réparer les dégâts

aussi vite que possible

pour effacer les signes de cette instabilité

que l’attentat devait créer.

La ville a essuyé une vingtaine

d'explosions, toujours de nuit,

les six premiers mois de 2015

sans que cela entame vraiment

la détermination des gens.

Les attentats n'ont pas atteint leur but.

Leur effet était de courte durée.

Pendant un ou deux jours,

on sentait un certain stress

chez les gens,

puis ils oubliaient.

Les passants confirment

que les bombes n'ont pas affecté

le mode de vie odessite.

D’après les journaux, ils ne visent

que des cibles bien précises.

Ils agissent la nuit.

Les touristes n'ont sans doute

rien à craindre,

mais c'est interpelant.

Pensez-vous que cela a influé

sur l'ambiance dans la ville ?

Les gens ont-ils changé

de comportement ?

Je ne crois pas.

J'ignore pourquoi ils font ça ...

Cela ne sert à rien. Les gens sourient,

se baladent dans la rue, tout est pareil.

J'essaie de ne pas m'inquiéter

car les soucis

gâchent la vie.

Je n'y pense pas.

Notre ville est très belle, très touristique.

Il ne fait pas très beau, mais beaucoup

de gens sortent quand même.

Il y a la politique et il y a la vie.

Restons en dehors de la politique.

Mais les attaques hybrides ont continué.

Désinformation et rumeurs infondées

ont commencé à se propager.

L'idée, encore une fois, était de semer la panique.

Quand la campagne de mobilisation

a été annoncée,

dans certains villages,

bulgares, moldaves, gagaouzes,

des gens ont répandu

la panique.

Par exemple, quelqu'un a dit

dans un village

"demain, tous les hommes

seront mobilisés".

Alors, le lendemain, les hommes avaient disparu :

Ils étaient tous partis en Moldova.

Puis la désinformation a ciblé

le danger lié à l'enclave prorusse

de Transnistrie, en Moldova.

De temps à autre,

on parlait

d'une attaque possible,

plutôt par la mer.

Je veux dire de Crimée

par la mer,

ou de Transnistrie.

Souvent, les gens ne se demandent pas

si la menace est réaliste ou non,

ils y croient, c’est tout.

Comme les Russes effectuaient

alors des exercices en Transnistrie,

cette rumeur a vraiment

répandu la peur.

Derrière moi se trouve

une contrée hors du temps.

La Transnistrie, qui se trouve en Moldova,

a mené une guerre sanglante

pour faire sécession,

jusque dans les années 90.

Après quoi

elle s'est proclamée

indépendante,

mais elle n'est reconnue

par aucun pays ou presque

et son économie n'est pas viable.

Primo, elle dépend pour beaucoup

de la contrebande frontalière,

ici et en bien d'autres points.

Secundo, elle dépend de l'aide

financière de Moscou.

On est entre la Crimée

et la Transnistrie.

C'est une région vulnérable,

ouverte à la déstabilisation,

et on dirait que Moscou

utilise tout un tas d'outils

pour déstabiliser l'Ukraine

à long terme,

lentement,

graduellement.

Il me semble que c'est vraiment

ce qu'ils recherchent.

La Russie est l'un des rares pays

à avoir reconnu la Transnistrie.

Et alors que Moscou poursuit

son agression dans l'est

et ses attaques hybrides

ailleurs en Ukraine,

c'est d’ici, sur la frontière ouest,

que certains redoutent de voir

venir les prochaines attaques.

Ces efforts de déstabilisation ont tous échoué

mais est arrivé un moment où

la ville a bien failli être plus divisée que jamais.

Le 2 mai 2014.

Le 2 mai 2014, ce bâtiment

est entré dans l'histoire du pays.

Des heurts entre pro-ukrainiens

et prorusses avaient

eu lieu ici, à l'extérieur.

Mais en fin de journée,

beaucoup se sont réfugiés à l’intérieur,

et un incendie s'est déclaré,

qui a tué plus de 40 personnes.

Revenons sur ce qui est arrivé ce jour-là.

Les rebelles prorusses s’étaient emparés

du bâtiment quelques heures auparavant.

Ils s'y étaient barricadés.

Le feu a pris

dans l'aile droite

et s'est vite propagé

aux escaliers.

Mais la police et les pompiers

ont tardé à intervenir.

Dehors, les pro-ukrainiens ont tenté

de venir au secours de ces gens

manifestement menacés

par le feu qui faisait rage,

mais il est apparu

après plusieurs heures

qu'au moins 40 personnes

avaient été prises au piège

et étaient mortes asphyxiées.

Cette fois, c'était différent.

Il y avait des morts, et pas seulement

dans la Maison des syndicats,

dans les rues de la ville aussi.

Ces combats de rue,

sans doute planifiés,

ont duré quatre heures,

Des fusils d'assaut AKM

et des cocktails Molotov ont été utilisés,

et six personnes sont mortes.

Il y a eu six morts en ville,

dont le premier est commémoré

là, derrière moi.

Il avait 27 ans et il a été

abattu par un tireur isolé.

Les deux parties se sont rejeté la faute.

Les habitants de la ville

n'espéraient guère

que la justice soit vite rendue.

Un groupe de journalists,

emmené par Sergueï Dibrov,

a donc décidé d'enquêter

sur les événements du 2 mai.

Il est difficile de s'entendre

sur une version unique des faits.

Nul ne s'attend à entendre la vérité

de la bouche des enquêteurs.

La police et la justice

n'ont pas la confiance du peuple.

C’est pourquoi un groupe

de journalistes ayant

des avis diamétralement opposes

a été constitué.

On enquête depuis plus d'un an

sur ces événements.

La réaction aux événements

funestes du 2 mai

illustre peut-être le mieux

comment Odessa a résisté

à la division et à l'intimidation.

Les éléments et documents clés

ont tous été signés

par les 13 journalistes aux

opinions initialement divergentes.

Nous sommes parvenus à une conclusion

unique, écrite noir sur blanc.

Malgré des avis divergents,

les journalistes ont bien plus avancé

que la justice.

Une audience de plus

vient juste d'être ajournée.

Une parmi tant d'autres à ce jour.

C'est pourquoi les procès

de ceux que l'on accuse d'avoir

causé la mort de ces personnes

prennent si longtemps.

L'appareil judiciaire est très lourd.

Selon les analystes, cela prendra

des années.

Odessa sait qu'elle doit veiller

à n'être plus jamais aussi vulnérable.

Ce qui signifie combattre la corruption

et faire des réformes.

C'est là qu'entre en jeu

le nouveau gouverneur.

L'ex-président géorgien, Mikhaïl

Saakachvili, habitué des réformes,

a été nommé gouverneur d'Odessa,

mais il a peu de marge de manœuvre.

Un gouverneur n'a guère

de moyens d'action,

ce n'est pas comme aux États-Unis

ni même comme en Russie,

car la plupart des outils économiques

sont aux mains de Kiev,

des maires ou des conseils municipaux.

Le gouverneur peut en revanche

combattre la corruption

au niveau régional.

Il s'agit de rendre Odessa plus résiliente

en réformant l'économie

mais il faut d'abord s'attaquer à l'ancien

système, hérissé d'obstacles.

On ne veut pas d'un système

qui ne fonctionne pas.

On veut, comme en Slovaquie,

faire un bond de 17 %

grâce à des réformes.

Voilà ce que l'on veut,

ce à quoi on doit aspirer.

Odessa a encore besoin

d’améliorer les infrastructures,

l'agriculture et la protection sociale

et de réduire la bureaucratie.

Mais il est clair

qu'elle a réussi à ne pas subir

le même sort que la Crimée.

La Crimée était ouverte à tous.

Les gens du monde entier

étaient libres de se rendre

en Crimée ukrainienne

et d’y passer un moment agréable.

Et aujourd'hui ?

La Crimée est pour ainsi dire fermée,

elle est isolée,

plus personne ne peut y aller en fait.

L'avenir de l'Ukraine se forge

dans des villes comme Odessa,

mais le changement

doit être réel

car les habitants d’Odessa

font bien la différence

entre les mots creux

et les actes.

Si la corruption diminuait,

au moins un peu,

tout le monde s'en apercevrait.

Mais si ce n’était que des mots,

que des déclarations,

cela se saurait très facilement.

Les gens s'impatientent,

mais pas au point de relancer un Maïdan.

Beaucoup comprennent que ce n'est pas

une façon de gouverner.

Le pays ne peut se stabiliser

et se forger un avenir

en passant d'un Maïdan à l'autre.

C’est juste que les gens ne sont pas patients.

Ils attendent un changement rapide

et j'ai tendance

moi aussi à succomber

à cette impatience.

Mais si le peuple pouvait amener

certains des changements

dont le pays a tant besoin,

c'est à Odessa que pourrait renaître

une Ukraine nouvelle, plus libre

et plus forte.

Et les gens n’attendent que cela.

Odessa : arme secrète de l'Ukraine ?

Voici Odessa, dans le sud de l'Ukraine.

Avec ses rues bordées de cafés,

sa population plutôt jeune,

sa magnifique côte

et son grand port international sur la mer Noire.

Mais c’est surtout,

pour les Ukrainiens, l'une des villes les plus décontractées du pays,

dont les habitants sont réputés

pour leur sens de l'humour.

Dans toute l’URSS,

Odessa passait pour une cité

très paisible et tolérante.

Une ville internationale,

où tout conflit à caractère nationaliste

entre Odessites

était absolument impossible.

Mais ce calme apparent ferait oublier

les attaques que la ville a subies.

Et la réaction d’Odessa a peut-être été

l'une des plus remarquables

de l’histoire récente du pays.

À cause des derniers événements

dans l'est et en Crimée,

Odessa est devenue LA ville ukrainienne,

de par sa mentalité

et son identité.

En Ukraine, Odessa est

aussi éloignée que possible de la Russie.

Mais la Russie est venue à elle.

La campagne hybride qu’elle a menée

en Ukraine, a sans doute visé Odessa

car c'est

une région russophone.

Et si les attaquants pensaient

que ça les aiderait, ils se sont trompés.

À Odessa, la plupart des gens

parlent russe, mais

cela ne veut pas dire

que c'est une ville russe.

Tout comme Montréal n'est pas française,

ni Sydney anglaise.

Le russe joue un rôle clé

dans la bataille d'Odessa.

À l'université par exemple,

tous mes collègues

parlent russe entre eux.

C'est ma langue maternelle.

Il n'empêche qu’aujourd’hui,

de nombreux Ukrainiens disent

que parler russe

ne revient pas à soutenir Moscou.

De nombreux patriotes,

partis combattre dans l'est,

parlent russe.

Nous estimons que ni la Russie

ni Poutine n'ont le droit

de privatiser le russe

car c'est un patrimoine commun.

La plupart des Odessites

étant russophones,

ils regardent le journal

sur les chaînes russes,

qui pratiquent souvent

la désinformation.

C'est assez singulier

d'avoir des millions de gens

qui, chaque jour, année

après année, suivent

les reportages et journaux télévisés

diffusés par le pays voisin.

Odessa a enfin réagi et bloqué la diffusion

des chaînes incriminées,

et cela a déjà un effet.

Je pense que ce n'était pas

une bonne décision

pour notre couverture

télévisuelle.

Mais c'était nécessaire

puisqu'on voit déjà des résultats.

Ceux qui étaient endoctrinés

ne regardent plus ces chaînes.

Maintenant, bon gré, mal gré,

ils sont passés aux televisions

locales ou ukrainiennes,

et l'attitude de certains tend à

évoluer un peu.

Les objectifs et les activistes russes

n'ayant pas reçu le soutien attendu,

Moscou a usé de méthodes plus agressives

pour déstabiliser Odessa.

Il y a ainsi eu plusieurs attentats à la bombe,

destinés à semer la peur chez les habitants.

Cela est passé un peu

inaperçu au niveau international,

mais Odessa a connu des dizaines

de petits attentats,

comme ici, début 2015.

C'est un centre de coordination pour

les volontaires combattant dans l'est.

Comme à l'habitude,

la bombe a éclaté de nuit.

Il n'y a eu aucune victime,

mais les autorités

ont fait réparer les dégâts

aussi vite que possible

pour effacer les signes de cette instabilité

que l’attentat devait créer.

La ville a essuyé une vingtaine

d'explosions, toujours de nuit,

les six premiers mois de 2015

sans que cela entame vraiment

la détermination des gens.

Les attentats n'ont pas atteint leur but.

Leur effet était de courte durée.

Pendant un ou deux jours,

on sentait un certain stress

chez les gens,

puis ils oubliaient.

Les passants confirment

que les bombes n'ont pas affecté

le mode de vie odessite.

D’après les journaux, ils ne visent

que des cibles bien précises.

Ils agissent la nuit.

Les touristes n'ont sans doute

rien à craindre,

mais c'est interpelant.

Pensez-vous que cela a influé

sur l'ambiance dans la ville ?

Les gens ont-ils changé

de comportement ?

Je ne crois pas.

J'ignore pourquoi ils font ça ...

Cela ne sert à rien. Les gens sourient,

se baladent dans la rue, tout est pareil.

J'essaie de ne pas m'inquiéter

car les soucis

gâchent la vie.

Je n'y pense pas.

Notre ville est très belle, très touristique.

Il ne fait pas très beau, mais beaucoup

de gens sortent quand même.

Il y a la politique et il y a la vie.

Restons en dehors de la politique.

Mais les attaques hybrides ont continué.

Désinformation et rumeurs infondées

ont commencé à se propager.

L'idée, encore une fois, était de semer la panique.

Quand la campagne de mobilisation

a été annoncée,

dans certains villages,

bulgares, moldaves, gagaouzes,

des gens ont répandu

la panique.

Par exemple, quelqu'un a dit

dans un village

"demain, tous les hommes

seront mobilisés".

Alors, le lendemain, les hommes avaient disparu :

Ils étaient tous partis en Moldova.

Puis la désinformation a ciblé

le danger lié à l'enclave prorusse

de Transnistrie, en Moldova.

De temps à autre,

on parlait

d'une attaque possible,

plutôt par la mer.

Je veux dire de Crimée

par la mer,

ou de Transnistrie.

Souvent, les gens ne se demandent pas

si la menace est réaliste ou non,

ils y croient, c’est tout.

Comme les Russes effectuaient

alors des exercices en Transnistrie,

cette rumeur a vraiment

répandu la peur.

Derrière moi se trouve

une contrée hors du temps.

La Transnistrie, qui se trouve en Moldova,

a mené une guerre sanglante

pour faire sécession,

jusque dans les années 90.

Après quoi

elle s'est proclamée

indépendante,

mais elle n'est reconnue

par aucun pays ou presque

et son économie n'est pas viable.

Primo, elle dépend pour beaucoup

de la contrebande frontalière,

ici et en bien d'autres points.

Secundo, elle dépend de l'aide

financière de Moscou.

On est entre la Crimée

et la Transnistrie.

C'est une région vulnérable,

ouverte à la déstabilisation,

et on dirait que Moscou

utilise tout un tas d'outils

pour déstabiliser l'Ukraine

à long terme,

lentement,

graduellement.

Il me semble que c'est vraiment

ce qu'ils recherchent.

La Russie est l'un des rares pays

à avoir reconnu la Transnistrie.

Et alors que Moscou poursuit

son agression dans l'est

et ses attaques hybrides

ailleurs en Ukraine,

c'est d’ici, sur la frontière ouest,

que certains redoutent de voir

venir les prochaines attaques.

Ces efforts de déstabilisation ont tous échoué

mais est arrivé un moment où

la ville a bien failli être plus divisée que jamais.

Le 2 mai 2014.

Le 2 mai 2014, ce bâtiment

est entré dans l'histoire du pays.

Des heurts entre pro-ukrainiens

et prorusses avaient

eu lieu ici, à l'extérieur.

Mais en fin de journée,

beaucoup se sont réfugiés à l’intérieur,

et un incendie s'est déclaré,

qui a tué plus de 40 personnes.

Revenons sur ce qui est arrivé ce jour-là.

Les rebelles prorusses s’étaient emparés

du bâtiment quelques heures auparavant.

Ils s'y étaient barricadés.

Le feu a pris

dans l'aile droite

et s'est vite propagé

aux escaliers.

Mais la police et les pompiers

ont tardé à intervenir.

Dehors, les pro-ukrainiens ont tenté

de venir au secours de ces gens

manifestement menacés

par le feu qui faisait rage,

mais il est apparu

après plusieurs heures

qu'au moins 40 personnes

avaient été prises au piège

et étaient mortes asphyxiées.

Cette fois, c'était différent.

Il y avait des morts, et pas seulement

dans la Maison des syndicats,

dans les rues de la ville aussi.

Ces combats de rue,

sans doute planifiés,

ont duré quatre heures,

Des fusils d'assaut AKM

et des cocktails Molotov ont été utilisés,

et six personnes sont mortes.

Il y a eu six morts en ville,

dont le premier est commémoré

là, derrière moi.

Il avait 27 ans et il a été

abattu par un tireur isolé.

Les deux parties se sont rejeté la faute.

Les habitants de la ville

n'espéraient guère

que la justice soit vite rendue.

Un groupe de journalists,

emmené par Sergueï Dibrov,

a donc décidé d'enquêter

sur les événements du 2 mai.

Il est difficile de s'entendre

sur une version unique des faits.

Nul ne s'attend à entendre la vérité

de la bouche des enquêteurs.

La police et la justice

n'ont pas la confiance du peuple.

C’est pourquoi un groupe

de journalistes ayant

des avis diamétralement opposes

a été constitué.

On enquête depuis plus d'un an

sur ces événements.

La réaction aux événements

funestes du 2 mai

illustre peut-être le mieux

comment Odessa a résisté

à la division et à l'intimidation.

Les éléments et documents clés

ont tous été signés

par les 13 journalistes aux

opinions initialement divergentes.

Nous sommes parvenus à une conclusion

unique, écrite noir sur blanc.

Malgré des avis divergents,

les journalistes ont bien plus avancé

que la justice.

Une audience de plus

vient juste d'être ajournée.

Une parmi tant d'autres à ce jour.

C'est pourquoi les procès

de ceux que l'on accuse d'avoir

causé la mort de ces personnes

prennent si longtemps.

L'appareil judiciaire est très lourd.

Selon les analystes, cela prendra

des années.

Odessa sait qu'elle doit veiller

à n'être plus jamais aussi vulnérable.

Ce qui signifie combattre la corruption

et faire des réformes.

C'est là qu'entre en jeu

le nouveau gouverneur.

L'ex-président géorgien, Mikhaïl

Saakachvili, habitué des réformes,

a été nommé gouverneur d'Odessa,

mais il a peu de marge de manœuvre.

Un gouverneur n'a guère

de moyens d'action,

ce n'est pas comme aux États-Unis

ni même comme en Russie,

car la plupart des outils économiques

sont aux mains de Kiev,

des maires ou des conseils municipaux.

Le gouverneur peut en revanche

combattre la corruption

au niveau régional.

Il s'agit de rendre Odessa plus résiliente

en réformant l'économie

mais il faut d'abord s'attaquer à l'ancien

système, hérissé d'obstacles.

On ne veut pas d'un système

qui ne fonctionne pas.

On veut, comme en Slovaquie,

faire un bond de 17 %

grâce à des réformes.

Voilà ce que l'on veut,

ce à quoi on doit aspirer.

Odessa a encore besoin

d’améliorer les infrastructures,

l'agriculture et la protection sociale

et de réduire la bureaucratie.

Mais il est clair

qu'elle a réussi à ne pas subir

le même sort que la Crimée.

La Crimée était ouverte à tous.

Les gens du monde entier

étaient libres de se rendre

en Crimée ukrainienne

et d’y passer un moment agréable.

Et aujourd'hui ?

La Crimée est pour ainsi dire fermée,

elle est isolée,

plus personne ne peut y aller en fait.

L'avenir de l'Ukraine se forge

dans des villes comme Odessa,

mais le changement

doit être réel

car les habitants d’Odessa

font bien la différence

entre les mots creux

et les actes.

Si la corruption diminuait,

au moins un peu,

tout le monde s'en apercevrait.

Mais si ce n’était que des mots,

que des déclarations,

cela se saurait très facilement.

Les gens s'impatientent,

mais pas au point de relancer un Maïdan.

Beaucoup comprennent que ce n'est pas

une façon de gouverner.

Le pays ne peut se stabiliser

et se forger un avenir

en passant d'un Maïdan à l'autre.

C’est juste que les gens ne sont pas patients.

Ils attendent un changement rapide

et j'ai tendance

moi aussi à succomber

à cette impatience.

Mais si le peuple pouvait amener

certains des changements

dont le pays a tant besoin,

c'est à Odessa que pourrait renaître

une Ukraine nouvelle, plus libre

et plus forte.

Et les gens n’attendent que cela.

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