Translation of 20 years on: Manfred Wӧrner’s impact as NATO Secretary General

Vingt ans après : l’empreinte laissée par Manfred Wӧrner, ancien secrétaire général de l’OTAN

Conseil de l’Atlantique Nord à 28, Bruxelles, décembre 2013.

S’acquitter des fonctions de secrétaire général de l’OTAN a toujours été difficile, mais peut-être jamais autant qu’aujourd’hui. Vingt-huit États membres, un nombre toujours croissant de pays partenaires et un agenda stratégique englobant la lutte contre le terrorisme, la cybersécurité, la défense antimissile et une myriade d’autres défis sécuritaires : diriger l’Alliance de nos jours constitue un formidable défi.

C’est là une réalité que le secrétaire général actuel, Anders Fogh Rasmussen, a prise à bras-le-corps, en introduisant, en cours de route, de nouvelles façons de tenir la barre de cette organisation politico-militaire. Tout au long de son mandat, Anders Rasmussen a insufflé de nouvelles idées, stratégies et méthodes diplomatiques pour surmonter les difficultés de sa mission à la tête de l’OTAN.

Il faut toutefois replacer le mandat d’Anders Rasmussen dans le contexte de l’après-guerre froide, et, plus précisément, dans le sillage de l’un de ses prédécesseurs, Manfred Wӧrner, qui fut le premier et unique secrétaire général allemand de l’OTAN – de 1988 à 1994 – et dont on célébrera cet été le vingtième anniversaire de sa disparition.

M. Wӧrner est le seul secrétaire général décédé dans l’exercice de ses fonctions, ce qui ajoute sans nul doute à son aura. Mais c’est surtout sa façon de diriger, qu’il s’agisse du fond de la forme, qui ont si profondément marqué son héritage et façonné la transformation de l’OTAN en une Alliance moderne.

Pendant la majeure partie de la guerre froide, le poste de secrétaire général de l’OTAN était occupé par de talentueux diplomates, qui furent le plus souvent d’exceptionnels bâtisseurs de consensus. Force est de constater cependant que le mandat de l’Alliance était alors nettement plus conventionnel, si bien que les dirigeants étaient plus conservateurs et plus soucieux de garder le cap que d’explorer de nouveaux horizons.

Manfred Wӧrner voyait pour sa part dans sa charge une opportunité de promouvoir le changement politique. Conscient que sa mission première était toujours d’amener les Alliés au consensus, il était en même temps bien plus qu’un simple « secrétaire », conciliateur diplomatique et garant de la paix. C’était en fait un secrétaire général prompt à flatter, à interpeller, voire à admonester un Allié pour qu’il s’adapte à la nouvelle donne stratégique. Et il va de soi que la façon dont il envisageait son rôle à la tête de l’OTAN lui a valu d’être exposé de plein fouet aux nombreux problèmes auxquels l’Alliance a été confrontée pendant son mandat.

Manfred Wӧrner à Moscou en 1991.

Manfred Wӧrner a apporté sa pierre à l’édifice lors du sommet de Rome de 1991, où la décision fut prise de redéfinir la mission de l’Alliance avec des concepts révolutionnaires tels que le maintien de la paix, la prévention des conflits et la diplomatie de crise.

De même, il a résolument tendu la main à l’Union soviétique puis à la Russie, œuvrant ainsi à de meilleures relations diplomatiques.

De sa propre initiative, il en vint également à accepter, puis à promouvoir avec force l’adhésion des pays d’Europe centrale et orientale. L’élément le plus marquant fut peut-être son vif souhait de voir se terminer la guerre dans les Balkans avec, en point d’orgue, sa visite mémorable au Conseil de l’Atlantique Nord en avril 1994, alors que son cancer allait bientôt l’emporter. Terrassé par la maladie, épaulé par son médecin, il vint au Conseil de l’Atlantique Nord supplier les Alliés d’avoir le courage militaire d’empêcher de nouvelles souffrances. Finalement, M. Wӧrner obtint ce qu’il voulait, puisque l’OTAN décida d’affronter la crise.

Au cœur de tous les grands dossiers de la transformation de l’OTAN, on retrouve la dynamique de changement imprimée par M. Wörner. Et, au-delà de son apport politique, M. Wӧrner pouvait se prévaloir de très précieuses qualités personnelles. Polyglotte, il mettait à profit ses connaissances linguistiques pour arriver au consensus. De même, la finesse de sa réflexion stratégique forçait le respect : il avait une vision très large des orientations politiques futures auxquelles les Alliés devraient, selon lui, accorder leur attention.

Manfred Wӧrner, embrassa la fonction avec une passion inédite.

En sa qualité de secrétaire « général », M. Wӧrner n’hésita pas à faire directement pression sur les Alliés pour qu’ils réforment, agissent, voire fassent usage de la force. Comme l’a fait observer le secrétaire général délégué de l’époque, Robin Beard, M. Wӧrner était « un diplomate capable d’exprimer sa colère ». Une stature sans nul doute amplifiée par une voix de stentor qui ne passait pas inaperçue.

Manfred Wӧrner à Bruxelles en 1994.

© REUTERS

M. Wӧrner a montré que le secrétaire général de l’OTAN est là pour diriger — surtout en période de crise — et bon nombre de ses successeurs lui ont emboîté le pas. Un style de leadership qui peut se révéler essentiel pour engranger des avancées diplomatiques et mener à bien la transformation de l’Alliance.

Ryan C. Hendrickson est professeur de sciences politiques à l’université de l’Illinois oriental et auteur de l’ouvrage Diplomacy and war at NATO: the Secretary General and military action after the Cold War.