Pourquoi les pays baltes craignent encore la Russie

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Pourquoi les pays baltes craignent encore la Russie

En 2007, Time a fait du président russe Vladimir Poutine sa « personnalité de l'année ». Selon le magazine américain, M. Poutine « a fait preuve d'un leadership exceptionnel en imposant la stabilité à un pays qui en avait rarement fait l'expérience, et il a ramené la Russie à la table des puissances mondiales ».

En juillet 2014, après que Poutine eut refusé de contraindre les rebelles prorusses en Ukraine à aider les enquêteurs de l'accident du MH-17, le même magazine posait la question suivante : « Poutine avait-il fini par dépasser les bornes ? Alors que les jours passaient et qu'une odeur nauséabonde émanait des cadavres, le président russe, froid calculateur, obtint sa réponse : apparemment pas. »

En seulement sept petites années, dont certaines passées au poste « moins prestigieux » de Premier ministre, les objectifs, les attitudes et les activités de Poutine ont conduit à un virage à 180 degrés dans la façon dont une bonne partie de l'opinion le perçoit et interprète ses intentions.

Pour les journalistes, il s'agit simplement de remettre une vieille histoire au goût du jour. Pour ceux qui ont souffert de l'oppression russe, que ce soit dans l'Ukraine d'aujourd'hui ou aux grandes heures de l'Union soviétique, s'en remettre n'est pas aussi facile ni aussi rapide que cela.

Dans le présent numéro, nous nous entretenons avec certains de ceux qui ont défendu la liberté alors que leur pays d'origine ployait sous l'occupation soviétique pendant la guerre froide. Des personnes qui ont fui leur pays car elles craignaient pour leur vie. Des gens qui ont été déportés en raison de l'opinion de leur famille. Des gens qui ont vu des membres de leur famille mourir à cause de l'occupation.

La vidéo que nous présentons aujourd'hui donne un véritable aperçu de ce que cela signifiait. Elle comporte des rappels tant physiques, tels cette visite dans l'ancienne prison du KGB à Riga, qu'émotionnels, comme ces mots qui viennent du cœur pour exprimer ce que représente la liberté retrouvée.

Ces réactions comptent parmi les plus bouleversantes qu'il m'a été donné d'observer depuis que je suis rédacteur en chef de la Revue de l'OTAN. Et elles aident à comprendre pourquoi ceux qui ont connu l'ingérence de la Russie dans les affaires de leur pays ont une telle crainte que cela ne se reproduise.

Un diplomate de haut rang me rappelait récemment que, comme Poutine est résolu à continuer son jeu de chaises musicales entre le poste de président et celui de Premier ministre, il pourrait effectivement tenir les rênes du pouvoir russe jusqu'en 2024. Pour mettre cela en perspective, à supposer que la prochaine élection présidentielle aux États-Unis soit remportée par Hillary Clinton et qu'elle soit réélue quatre ans plus tard, Poutine ne quitterait même pas son poste avant elle.

Il est même possible que, d'ici là, il retrouve les bonnes grâces de magazines comme Time. Comme nous l'avons vu, il est possible de changer de plans, d'alliés et de côté assez rapidement. Mais ce qui n'aura pas changé, ce sont les souvenirs vivaces de ceux qui ont souffert sous la domination russe.

Paul King

Pourquoi les pays baltes craignent encore la Russie


Pour le présent numéro, nous nous sommes entretenus avec certains de ceux qui ont défendu la liberté alors que leur pays endurait l'occupation soviétique de la Guerre froide. Des hommes et des femmes qui ont fui leur pays parce qu'ils craignaient pour leur vie. Des hommes et des femmes qui ont été déportés à cause de l’opinion de leurs proches. Des hommes et des femmes qui ont vu des membres de leur famille mourir sous l'occupation.