La guerre hybride et le choix de la riposte

En cas d’agression d’un pays par des forces armées conventionnelles, la meilleure riposte est généralement toute trouvée. Mais que faire si l’agression mêle opérations des forces spéciales, campagnes d’information et autres moyens détournés ? Quelle est la meilleure riposte ? Et comment des organisations internationales comme l’OTAN peuvent-elles s’adapter à ce type d’agression ?

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La guerre hybride et le choix de la riposte

À un moment donné

de la crise en Ukraine,

la Russie alignait 40 000 soldats

le long de la frontière ukrainienne.

Or, pour créer

de l’instabilité en Ukraine,

elle n’a pas fait appel

aux forces conventionnelles,

mais à une panoplie de moyens

peu orthodoxes,

qui relèvent d’un mode de guerre

dit « hybride ».

La Russie s’en sert pour

servir ses propres intérêts :

gagner du terrain, imposer sa volonté,

envahir un pays,

annexer un territoire…

Ça ne s’invente pas !

Les Russes

l’ont joué finement.

À vrai dire,

ils ont été plus malins que nous.

Ils utilisent des commandos russes

puis font comme si de rien n’était.

Dans la guerre de l’information,

ils sont redoutables.

Ici, en Occident,

on discute de savoir

si c’est de la provocation,

si les Russes sont ici, ou là.

Eux ont Russia Today, qui,

sous les ordres de Poutine,

tient un seul et même discours,

et ce discours fait mouche.

La technologie est occidentale,

mais le discours,

lui,

est assez soviétique,

si l’on peut dire.

Cette crise déborde largement

des frontières de l’Ukraine.

Le message de Poutine est le suivant :

la défense des Russes de souche

n’incombe pas aux pays

où ceux-ci résident,

ou aux institutions

de ces pays,

mais à la Russie.

C’est ainsi toute notre interprétation

du droit international

qui vole en éclats.

On a tendance à considérer

que cette stratégie russe est nouvelle,

mais certains faits nous montrent

que ce n’est pas le cas.

Songez à l’Estonie en 2007,

ou à la Géorgie en 2008.

Ce mode d’agression

très progressif

est une stratégie

utilisée depuis

un certain temps,

en particulier par les Russes.

Il suppose

tantôt des opérations à découvert,

tantôt des manœuvres plus subtiles,

le recours à la guerre économique,

tantôt des cyberattaques,

menées en sous-main

par des « activistes ».

Il peut aussi combiner

plusieurs de ces moyens.

En fait, ces tactiques sont

employées, à des degrés divers,

depuis cinq ou six ans.

Ayant étudié l’histoire de la Russie,

son histoire militaire surtout,

je peux vous dire que l’emploi du

renseignement militaire

et des forces spéciales

comme agents provocateurs ne date pas d’hier.

Déstabilisation,

décapitation d’administrations,

jeux d’influence,

il n’y a là rien de nouveau.

Seulement, il faut avoir le courage politique

d’appeler les choses par leur nom.

L’Europe est encore divisée

entre ceux qui sont prêts

à voir la réalité en face

et ceux qui préfèrent se voiler la face

et trouveront n’importe quelle excuse

à la Russie.

La question, actuellement,

c’est : que doit faire

l’OTAN face à ces tactiques

et est-elle la mieux placée

pour agir ?

Dans sa quête hégémonique,

la Russie ne recule devant rien :

opérations spéciales et de renseignement,

pression économique et énergétique,

cyberattaques,

et éventuellement les forces

conventionnelles. L’OTAN est-elle

prête à utiliser certains de ces leviers

pour l’en empêcher ?

C’est ce qui reste à voir.

Je ne pense pas que l’OTAN

dispose de tels leviers.

L’Union européenne,

peut-être bien,

surtout la Commission,

mais si c’est le cas,

je ne les ai pas encore vus à l’œuvre.

On doit se donner les moyens

de répondre à ces nouvelles menaces –

énergie, cyberattaques, etc.,

à celle de ces mystérieux soldats

sans insigne, notamment.

Il faut réagir au moment voulu,

pas après coup.

D’aucuns jugent

que la meilleure riposte,

c’est de réagir avec fermeté,

au lieu de transiger.

La désescalade ne peut venir

que d’une réaction ferme

qui force la Russie à y réfléchir à deux fois

avant d’aller plus loin,

qui stabilise une situation tendue

et permet ensuite la désescalade.

Or on transige trop,

et on met du temps à réagir…

Les dirigeants de l’OTAN

ont dit souvent : si la Russie

va plus loin, nous prendrons

des mesures supplémentaires.

Les mesures, il faudrait les prendre avant.

Autre problème :

comme certaines forces ne relèvent pas

d’une chaîne de commandement

bien définie,

aucune des parties en présence

n’a de prise sur les événements.

Le problème, c’est qu’il est facile

de déclencher une crise

mais très difficile d’y mettre fin.

Ceux qui ont fomenté

les troubles en Crimée,

et dans l’est ukrainien,

savaient ce qu’ils faisaient.

Mais ensuite, on tombe dans un

engrenage, et c’est là le danger.

Je suis certain que Poutine

ne sait pas plus que nous

comment les choses vont tourner.

La guerre hybride et le choix de la riposte

À un moment donné

de la crise en Ukraine,

la Russie alignait 40 000 soldats

le long de la frontière ukrainienne.

Or, pour créer

de l’instabilité en Ukraine,

elle n’a pas fait appel

aux forces conventionnelles,

mais à une panoplie de moyens

peu orthodoxes,

qui relèvent d’un mode de guerre

dit « hybride ».

La Russie s’en sert pour

servir ses propres intérêts :

gagner du terrain, imposer sa volonté,

envahir un pays,

annexer un territoire…

Ça ne s’invente pas !

Les Russes

l’ont joué finement.

À vrai dire,

ils ont été plus malins que nous.

Ils utilisent des commandos russes

puis font comme si de rien n’était.

Dans la guerre de l’information,

ils sont redoutables.

Ici, en Occident,

on discute de savoir

si c’est de la provocation,

si les Russes sont ici, ou là.

Eux ont Russia Today, qui,

sous les ordres de Poutine,

tient un seul et même discours,

et ce discours fait mouche.

La technologie est occidentale,

mais le discours,

lui,

est assez soviétique,

si l’on peut dire.

Cette crise déborde largement

des frontières de l’Ukraine.

Le message de Poutine est le suivant :

la défense des Russes de souche

n’incombe pas aux pays

où ceux-ci résident,

ou aux institutions

de ces pays,

mais à la Russie.

C’est ainsi toute notre interprétation

du droit international

qui vole en éclats.

On a tendance à considérer

que cette stratégie russe est nouvelle,

mais certains faits nous montrent

que ce n’est pas le cas.

Songez à l’Estonie en 2007,

ou à la Géorgie en 2008.

Ce mode d’agression

très progressif

est une stratégie

utilisée depuis

un certain temps,

en particulier par les Russes.

Il suppose

tantôt des opérations à découvert,

tantôt des manœuvres plus subtiles,

le recours à la guerre économique,

tantôt des cyberattaques,

menées en sous-main

par des « activistes ».

Il peut aussi combiner

plusieurs de ces moyens.

En fait, ces tactiques sont

employées, à des degrés divers,

depuis cinq ou six ans.

Ayant étudié l’histoire de la Russie,

son histoire militaire surtout,

je peux vous dire que l’emploi du

renseignement militaire

et des forces spéciales

comme agents provocateurs ne date pas d’hier.

Déstabilisation,

décapitation d’administrations,

jeux d’influence,

il n’y a là rien de nouveau.

Seulement, il faut avoir le courage politique

d’appeler les choses par leur nom.

L’Europe est encore divisée

entre ceux qui sont prêts

à voir la réalité en face

et ceux qui préfèrent se voiler la face

et trouveront n’importe quelle excuse

à la Russie.

La question, actuellement,

c’est : que doit faire

l’OTAN face à ces tactiques

et est-elle la mieux placée

pour agir ?

Dans sa quête hégémonique,

la Russie ne recule devant rien :

opérations spéciales et de renseignement,

pression économique et énergétique,

cyberattaques,

et éventuellement les forces

conventionnelles. L’OTAN est-elle

prête à utiliser certains de ces leviers

pour l’en empêcher ?

C’est ce qui reste à voir.

Je ne pense pas que l’OTAN

dispose de tels leviers.

L’Union européenne,

peut-être bien,

surtout la Commission,

mais si c’est le cas,

je ne les ai pas encore vus à l’œuvre.

On doit se donner les moyens

de répondre à ces nouvelles menaces –

énergie, cyberattaques, etc.,

à celle de ces mystérieux soldats

sans insigne, notamment.

Il faut réagir au moment voulu,

pas après coup.

D’aucuns jugent

que la meilleure riposte,

c’est de réagir avec fermeté,

au lieu de transiger.

La désescalade ne peut venir

que d’une réaction ferme

qui force la Russie à y réfléchir à deux fois

avant d’aller plus loin,

qui stabilise une situation tendue

et permet ensuite la désescalade.

Or on transige trop,

et on met du temps à réagir…

Les dirigeants de l’OTAN

ont dit souvent : si la Russie

va plus loin, nous prendrons

des mesures supplémentaires.

Les mesures, il faudrait les prendre avant.

Autre problème :

comme certaines forces ne relèvent pas

d’une chaîne de commandement

bien définie,

aucune des parties en présence

n’a de prise sur les événements.

Le problème, c’est qu’il est facile

de déclencher une crise

mais très difficile d’y mettre fin.

Ceux qui ont fomenté

les troubles en Crimée,

et dans l’est ukrainien,

savaient ce qu’ils faisaient.

Mais ensuite, on tombe dans un

engrenage, et c’est là le danger.

Je suis certain que Poutine

ne sait pas plus que nous

comment les choses vont tourner.

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