Dimensions énergétiques de l'annexion de la Crimée par la Russie

Dimensions énergétiques de l'annexion de la Crimée par la Russie

La stratégie d'indépendance énergétique et de diversification des importations de gaz, adoptée par l'Ukraine en août dernier pour réduire sa sujétion au gaz russe, est tombée à l'eau à la suite de l'annexion de la péninsule de Crimée par la Russie. Auparavant, le gouvernement Ianoukovitch avait réussi à diminuer les importations ukrainiennes de gaz russe de 45 milliards de mètres cubes en 2011 à seulement 28 milliards de mètres cubes en 2013. Le plan initial consistait à mettre fin à toutes les importations de gaz russe en 2020. Il aurait marqué une étape importante sur la voie de l'autosuffisance d'ici 2035, en augmentant l'extraction de gaz ukrainien conventionnel et non conventionnel.

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© REUTERS

L'annexion de la Crimée était motivée par la volonté de Poutine de faire obstacle à la stratégie ukrainienne de diversification des sources d'énergie et de gaz. La péninsule était essentielle pour que cette stratégie fonctionne ; en effet, elle possède de vastes ressources pétrolières et gazières en mer Noire, qui représenteraient de 4 000 à 13 000 milliards de mètres cubes de gaz naturel, selon les estimations.

Le nouveau gouvernement illégal de Crimée a confié à Gazprom la gestion des ressources énergétiques de la péninsule. La filiale de Naftohaz Oukraïny en Crimée, Tchornomornaftohaz, a déjà été « nationalisée » par Gazprom. On s'attend également à ce que la Russie revendique une grande partie du plateau continental et de la zone économique exclusive (ZEE) non seulement de la Crimée, mais aussi de l'Ukraine, ce qui pourrait compliquer sérieusement le partage du plateau continental et de la ZEE de la mer Noire avec la Roumanie et la Turquie.

L'Ukraine craint maintenant de perdre l'un de ses deux plus grands gisements de gaz de schiste (le « gisement de Iouzivska ») dans les « oblasts » ou régions de Donetsk et de Kharkiv. Elle détient la troisième réserve de gaz de schiste en Europe. Le nouveau séparatisme de ses régions orientales compromet également le plan de Kiev pour passer du gaz au charbon, en raison de la perte de 45,6 pour cent de ses réserves nationales de houille.

Grâce aux « flux rebours » nouvellement mis en place par ses voisins de l'UE, l'Ukraine a réussi en 2013 à importer d'Allemagne 2 milliards de mètres cubes de gaz via la Pologne et la Hongrie. De plus, elle a récemment négocié la fourniture de gaz en flux inversé provenant de Slovaquie, ce qui lui permettra des importations supplémentaires de 3,2 milliards de mètres cubes par année à partir d'octobre. Ces volumes pourraient passer à 8 ou 10 milliards de mètres cubes d'ici le début 2015.

Pour l'instant du moins, la Russie est disposée à payer un prix économique pour l'annexion de la Crimée et l'expansion de ses intérêts géopolitiques. L'ancien ministre des Finances Alexeï Koudrine a déjà prédit que la fuite des capitaux russes pourrait atteindre 160 milliards de dollars d'ici la fin de cette année.

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A propos de l'auteur

Frank Umbach est directeur adjoint du Centre européen pour la sécurité de l'énergie et des ressources (EUCERS) au King's College de Londres, ainsi que membre associé principal et directeur du programme « Sécurité énergétique internationale » au Centre de stratégies européennes de sécurité (CESS GmbH) de Munich.