Des femmes au service de
La tribune des experts

Ioanna Zyga

Des femmes au service de la sécurité : une très longue ascension

Le monde de la sécurité est-il toujours dominé par les hommes ? Quels sont les écueils auxquels se heurte une jeune femme qui souhaite en gravir les échelons ? Nous avons demandé à Ionna Zyga, qui a travaillé au siège de l’OTAN et au Parlement européen, de nous faire partager son expérience.

Réunion des chefs d’état-major de la défense des pays de l’OTAN à Bruxelles, le 16 janvier 2013

© NATO

Je viens d’une famille où plusieurs femmes ont fait carrière dans l’armée et dans les services de sécurité intérieure. Maintenant que je suis moi-même entrée dans la vie professionnelle, je travaille depuis quatre ans dans le secteur de la sécurité. J’en connais les codes et je ne suis pas une féministe enragée. Néanmoins, globalement, je suis frappée d’y voir si peu de femmes, en particulier aux postes les plus élevés, ceux où on définit les politiques.

Bien sûr, un effort a été fourni pour favoriser l’intégration des femmes dans le secteur. Mais il reste beaucoup à faire, même si on voit aujourd’hui davantage de femmes dans ce monde qui était traditionnellement perçu comme réservé aux hommes.

Militaire norvégienne

© Metziker

Prenons l’exemple d’une institution essentiellement masculine, l’armée. Il semble difficile d’y parler d’un « plafond de verre », tant la barrière est visible, et tant la disproportion numérique entre femmes et hommes est flagrante. À l’époque où je travaillais au siège de l’OTAN et au Parlement européen, des généraux venaient régulièrement faire des exposés sur des questions de sécurité. Parmi eux, pas une seule femme.

Cette situation s’explique entre autres par le fait que les femmes sont souvent maintenues à l’écart des combats. Pour des raisons physiques et culturelles, elles ne sont pas toujours admises en première ligne. Parmi les bons élèves, on retrouve les pays scandinaves, qui ont été les premiers à promouvoir l’accès des femmes à des postes de commandement. La Norvège en particulier a innové, en 1995, en permettant aux femmes d’intégrer les équipages de ses sous-marins militaires. Aux États-Unis, le Pentagone vient de lever l’interdiction qui était faite aux femmes de participer aux combats. Mais dans beaucoup de pays, les femmes en restent exclues.

Dans le domaine des politiques de sécurité, la situation est différente. Il y pas mal de femmes qui choisissent la carrière de conseiller défense, mais elles restent sous-représentées au sommet de la hiérarchie. J’ai assisté, partout dans le monde, à d’innombrables réunions et conférences sur des questions fondamentales de sécurité : les femmes, lorsqu’il y en avait, pouvaient se compter sur les doigts d’une main. Souvent, on me prenait pour l’interprète puisque, selon le stéréotype dominant, il n’était pas possible qu’une jeune femme s’intéresse au désarmement ou à la défense antimissile.

Même à l’OTAN, où j’ai effectué mon stage à l’État-major militaire international, et non dans les structures civiles, mes collègues me demandaient sans cesse pourquoi j’avais choisi cette voie. Apparemment, le fait qu’une civile décide de travailler avec les militaires n’était pas « normal ».

Hillary Clinton, ancienne secrétaire d’État américaine

© NATO

Ces exemples montrent que la sécurité est traditionnellement perçue comme un monde d’hommes, où le leadership masculin va de pair avec le succès. Beaucoup de gens pensent que le fait même d’être une femme est un handicap. Malheureusement, ces clichés peuvent influer sur les ambitions professionnelles des femmes et sur leurs choix de carrière. On ne s’engage pas dans une voie si on n’a pas la conviction de pouvoir y réussir.

Il faut ajouter que le secteur de la sécurité est assez peu attractif pour les nombreuses femmes qui recherchent un bon équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Les hauts responsables sont généralement appelés à voyager beaucoup et à travailler au-delà des heures normales. De plus, la société attend généralement des femmes qu’elles donnent la priorité à leur vie de famille et non à leur carrière. Il est parfaitement accepté qu’une femme soit mère au foyer tandis que son mari travaille à l’extérieur. Mais on peut se demander combien d’hommes sont prêts à sacrifier leur carrière pour que leur femme puisse accéder aux échelons supérieurs de la fonction publique ou de l’armée ?

Un autre élément crucial pour l’avancement des femmes vers le sommet de la hiérarchie est le mentorat. D’après mon expérience, les hommes dont la carrière est déjà bien avancée préfèrent conseiller des jeunes collègues du même sexe, dont le profil correspond mieux à celui de futurs décideurs. Les hommes ont tendance à se promouvoir entre eux. Mais, de leur côté, les jeunes femmes ont besoin d’être guidées par des collègues chevronnées, qui puissent non seulement leur servir de mentor et de modèle, mais aussi donner un coup de pouce à leur carrière. Malheureusement, il n’y a pas beaucoup de femmes qui occupent des postes élevés dans les institutions de sécurité et qui peuvent jouer ce rôle. On constate cependant une amélioration : les cadres masculins semblent aujourd’hui plus disposés à conseiller et à accompagner les jeunes femmes qui choisissent ce métier.

De nombreuses publications traitent des qualités et de la valeur ajoutée des femmes quand il est question de sécurité. Des personnalités comme Madeleine Albright, Hillary Clinton, Condoleezza Rice et Claude-France Arnoult ont toutes réussi à surmonter les obstacles que représente la tradition. Elles sont des preuves vivantes que le pouvoir féminin diffère totalement du pouvoir masculin, mais aussi que les femmes peuvent se montrer aussi coriaces, aussi capables et aussi efficaces que leurs homologues du sexe dit « fort ».

Des initiatives comme la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU contribuent à promouvoir le leadership féminin. Cette résolution, qui a été adoptée à l’unanimité en 2000, réaffirme le droit des femmes à participer sur un pied d’égalité aux efforts visant à promouvoir la paix et la sécurité, et elle demande que les femmes soient davantage représentées à tous les niveaux de prise de décisions.

Il est certain que la résolution 1325 a ouvert aux femmes de nouvelles perspectives d’accès à des postes de direction. En effet, beaucoup d’organisations veillent désormais, dans leurs procédures de recrutement, à éviter toute discrimination fondée sur le genre. C’est le cas du Parlement européen. Tout récemment, nous avons appris que le nouveau chef du secrétariat de la sous-commission « sécurité et défense » serait une femme, alors que la fonction était assumée par un homme depuis près d’une décennie. Il faut toutefois noter qu’en pratique, la mise en œuvre de la résolution 1325 ne va pas de soi : le fait que les procédures de recrutement sont ouvertes aux personnes des deux sexes ne signifie pas nécessairement que des femmes vont poser leur candidature.

Pour les femmes, gravir les échelons dans le monde de la sécurité est ardu. Elles rencontrent bien plus d’obstacles que je ne peux en évoquer ici. Même si c’est une banalité, je dirais que la détermination, l’ambition et le travail sont les principaux ingrédients de la réussite.

Un ancien membre du Pentagone m’a dit un jour que le chemin à parcourir pour devenir ministre de la Défense (ou, ajouterais-je, pour accéder à n’importe quel poste à haute responsabilité) est semé d’embûches. Mais le but auquel on aspire, quel qu’il soit, justifie le surcroît de travail et les épreuves que cela impose pour y parvenir. Et, dans la vie, la plus grande récompense n’est-elle pas de pouvoir s’investir pleinement dans un travail qui en vaut la peine ? Oui, dans le monde de la sécurité, c’est peut-être plus difficile encore pour les femmes que pour les hommes, mais nous avons prouvé que notre apport pouvait être tout à fait étonnant. Nous devons continuer à caresser de grands rêves et à nous battre pour gagner notre place.

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