La Suède : un partenaire
La tribune des experts

La Suède : un partenaire spécial de l'OTAN ?

Dans le cadre des grandes initiatives politiques prises au cours de son mandat de secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen aura été un fervent partisan de la création de nouveaux partenariats renforcés avec l’Alliance. De nombreux États, notamment l’Australie, l’Irlande, la Corée du Sud, la Nouvelle-Zélande et la Mongolie, auront forgé des relations plus étroites avec l’OTAN au cours de cette période. Mais la Suède se classe certainement dans le peloton de tête des pays dont les liens avec l’Organisation se sont resserrés et améliorés.

La Suède partage de nombreuses priorités avec l’OTAN. Qu’il s’agisse de la protection des droits humains, de la promotion de la démocratie et de l’amélioration de la condition de la femme, ou encore de la volonté de répondre aux crises et aux menaces, ces priorités sont devenues de plus en plus évidentes durant le mandat de l’actuel secrétaire général.

Mais le partenaire suédois n’est pas un nouveau venu à l’OTAN. Depuis le lancement du programme de partenariat pour la paix en 1994, ce pays « neutre », qui en est un des tout premiers membres, a adopté une position claire vis-à-vis de l’Alliance et de sa transition vers un monde post-soviétique.

Dans le paysage opérationnel OTAN, la Suède a répondu invariablement présente, tant sur le terrain, avec des troupes de maintien de la paix en Bosnie et au Kosovo, que lors des opérations de lutte contre la piraterie de l’UE et de l’OTAN dans l’Océan Indien.

Depuis 2006, la Suède fournit du personnel civil et militaire à la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) en Afghanistan. Elle a dirigé une équipe de reconstruction provinciale (PRT) à Mazar-i-Charif, et a déployé sur le terrain 400 personnes, qui aident à faire progresser la stabilité politique et économique dans la région. En outre, dans le cadre du transfert de responsabilité aux équipes afghanes, elle collabore avec la Norvège et la Lettonie, pays membres de l’OTAN, et avec la Finlande, autre pays partenaire. Elle fait ainsi progresser la démocratie à l’étranger, et gagne un siège à la table des négociations en aidant à définir les orientations politiques de l’Alliance.

Mais c’est au cours de l’opération Unified Protector en Libye que la Suède est parvenue à un niveau de partenariat inégalé chez les autres pays partenaires.

La première surprise, c’est la rapidité avec laquelle la Suède a réagi face à la crise libyenne en 2011. Suite à l’adoption de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU et la demande d’assistance faite par l’OTAN à la Suède, le parlement suédois a très vite autorisé le pays à participer à la mission de l’OTAN, par 240 voix pour, 18 voix contre et 5 abstentions. Alors que les sondages d’opinion effectués à travers l’Europe divergeaient, la plupart des Suédois se déclarèrent très favorables à l’intervention de leur pays, et le débat politique interne sur l’engagement militaire dans la mission fut assez limité.

Le parlement suédois a autorisé la mise à disposition de huit avions Gripen, d’un ravitailleur C-130 « Hercules » et d’un appareil de surveillance Gulfstream IV. Par ailleurs, 130 Suédois ont aidé à la réalisation de la mission. Dans les deux jours suivant la décision du parlement, les avions Gripen étaient déployés sur la base aérienne de Sigonella en Sicile.

Bien que le parlement suédois ait émis d’importantes restrictions quant au rôle des Gripen, notamment l’interdiction de l’usage de la force sur des objectifs au sol, l’armée de l’air suédoise a apporté une aide significative à l’Alliance. Durant toute l’opération, qui était, pour la Suède, son premier déploiement aérien depuis l’opération des Nations Unies au Congo, dans les années 60, les avions suédois ont effectué 570 sorties. Dans certains cas, il s’agissait simplement de veiller au respect de la zone d’exclusion aérienne. Les C-130 suédois ont également participé aux opérations de ravitaillement en vol.

Plus important encore, à mi-chemin de l’opération, la Suède avait effectué au moins 30% des sorties de reconnaissance. C’est dans ce cadre que la Suède, outre l’importance diplomatique de sa coopération, a apporté l’aide la plus significative et la plus substantielle aux Alliés.

Au total, la Suède a transmis 2770 rapports de reconnaissance à l’OTAN. Grâce aux exercices d’entraînement effectués dans le passé avec les Alliés et aux excellentes aptitudes de ses avions Gripen, la Suède mérite une note élevée pour l’interopérabilité de ses défenses et la qualité de ses aviateurs. À cette aune tout au moins, les industriels de défense suédois ont visiblement suivi le rythme des avancées militaires de l’Alliance. Une telle contribution aux opérations a peu d’équivalents dans les autres pays partenaires – elle montre à quel point un partenaire peut être précieux pour l’OTAN et pour les Alliés.

Dans une publication à paraître, l’expert en défense suédoise Robert Egnell insiste sur le fait que c’est en partie grâce à ses activités dans le Groupement tactique nordique que la Suède a pu répondre si vite à la demande d’assistance de l’OTAN. Lorsque la crise a éclaté, le pays participait à des entraînements avec le Groupement, ce qui lui a permis de réagir rapidement à l’appel de l’Alliance. Sa participation à des opérations et à des exercices OTAN antérieurs a aussi préparé le terrain à son intégration relativement aisée dans l’opération Unified Protector.

En dépit de préoccupations politiques internes sur une adhésion à part entière à l’OTAN, la Suède, soutenue par son opinion publique, a montré comment un partenaire pouvait véritablement aider l’Alliance tout en suivant ses propres priorités en matière de politique étrangère. Ce partenariat permet à la Suède d’exceller sur ses points forts, et lui confère un rôle dans le contexte diplomatique et opérationnel de l’OTAN. Pour faire simple, on peut dire que les deux parties sont gagnantes.

Lire la suite:partenariats, Suède
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A propos de l'auteur

Ryan C. Hendrickson est professeur de sciences politiques à la Eastern Illinois University et auteur de "Diplomacy and War at NATO: The Secretary General and Military Action After the Cold War".

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