Les enseignements que nou
La tribune des experts

Rolf Tophoven

Les enseignements que nous tirons des attentats terroristes : l’exemple allemand

Le lundi 2 juillet 2012, les autorités de la sécurité allemande se sont trouvées en état de choc avec la démission du chef des renseignements généraux, Heinz Fromm. Son organisme, le Verfassungsschutz, situé à Cologne, avait commis une série d’erreurs dans l’enquête sur une cellule terroriste néo-nazie dans l’État de Thüringe.

La pression de l’opinion publique s’était intensifiée pour Heinz Fromm lorsqu’il est apparu que ses services avaient détruit des documents importants liés au dossier de la NSU (Clandestinité nationale-socialiste) ou « cellule de Zwickau », qui avait tué dix personnes et avait échappé aux autorités pendant plus d’une décennie. L’existence de cette cellule avait été découverte en novembre 2011, à la suite de l’échec du cambriolage d’une banque.

Les autorités, y compris la police, avaient dû admettre que leur enquête avait été entravée, entre autres, par un manque de coordination.

Heinz Fromm avait reconnu que des erreurs graves avaient été commises, ce qui avait engendré une importante perte de confiance et avait beaucoup nui à la réputation du Verfassungsschutz, a-t-il déclaré.

Deux des membres de la cellule de Zwickau étant morts et la troisième refusant de parler, les analystes allemands ne savent toujours pas ce qui a conduit celle-ci la sur la voie du terrorisme

Le dossier est embarrassant compte tenu, en particulier, des mesures qui avaient été prises pour renforcer la coordination. Exactement trois semaines après le complot déjoué de deux terroristes libanais qui projetaient de commettre des attentats à la bombe dans des trains allemands au cours de l’été 2002, le ministre de l’Intérieur fédéral et ses homologues des différents États allemands avaient décidé de créer une nouvelle base de données destinée à aider les responsables de la sécurité à arrêter les terroristes potentiels. Elle allait contenir des noms, des dates de naissance et des adresses, et les organismes chargés du maintien de l’ordre, du renseignement et du contrôle des frontières allaient y avoir accès.

Le ministre de l’Intérieur, Wolfgang Schäuble, avait déclaré, à l’époque : « La base de donnée destinée au contre-terrorisme est un instrument essentiel dans la lutte contre la terreur. Chaque agence peut maintenant y introduire des données clés, de sorte que tous les organismes auront accès aux informations de base les plus importantes pour lutter contre le terrorisme, et pourront entrer en contact rapidement les uns avec les autres pour obtenir des précisions. »

Mais cela n’a pas arrêté la cellule de Zwickau. Ses trois membres – Uwe Mundlos, Uwe Böhnhardt et Beate Tschäpe – sont suspectés d’avoir tué neuf immigrants et une policière, et d’avoir commis une série de cambriolages de banques. Uwe Mundlos et Uwe Böhnhardt se sont suicidés. Beate Tschäpe est en prison, en attente de jugement.

Alors, l’affaire de la cellule néo-terroriste de Zwickau permet-elle de penser qu’il existe une nouvelle forme de terrorisme d’extrême-droite en Allemagne ?

Le fait que des néo-nazis deviennent militants et commettent des attaques n’est pas un phénomène nouveau. L’exemple le plus connu jusque-là avait été celui de Gundolf Köhler, qui avait fait exploser une bombe à l’entrée du site de l’Oktoberfest, la fête de la bière, à Munich en septembre 1980, se tuant avec douze autres personnes. Il avait été membre du « Wehrsportgruppe Hoffmann », un groupe paramilitaire d’extrême droite qui rêvait d’une guerre civile et que les autorités avaient interdit dès avant l’attentat de l’Oktoberfest.

Un autre complot terroriste d’extrême droite avait été découvert par la police à Munich en 2003. Plusieurs néo-nazis projetaient de commettre un attentat à la bombe lors d’une cérémonie de pose de la première pierre d’une synagogue dans la ville.

Des néo-nazis avaient déjà commis des attentats terroristes en Allemagne, notamment à l’Oktoberfest, la fête de la bière, de Munich en 1980

Mais il n’existe pas de précédent en Allemagne, depuis l’après-guerre, de groupe combattant clandestin d’extrême droite se finançant par des cambriolages de banques et commettant des attaques meurtrières. Cette forme de terrorisme n’avait été associée jusque-là qu’à un groupe qui opérait à l’extrémité inverse du spectre politique – la Fraction Armée rouge.

Mundlos, Böhnhardt et Tschäpe étaient de proches amis qui étaient contre les étrangers, contre les gens de gauche et contre la police. Ils avaient assisté régulièrement aux réunions du groupe d’extrême droite « Thüringer Heimatschutz » au milieu des années 1990. Le trio se désignait sous l’appellation « Kameradschaft Jena ». Le terme « kameradschaft » est utilisé par les néo-nazis allemands pour désigner des groupuscules militants. Le noyau dur de ces groupes ne compte pas plus de huit personnes.

La question que se posent de nombreux experts allemands est la suivante : s’agit-il de terroristes ou de criminels ?

Les autorités disent « terroristes ». S’agit-il dès lors d’une nouvelle forme de terrorisme en Allemagne – car jusqu’ici les autorités de la sécurité avaient été confrontées essentiellement à des menaces émanant de la gauche ou de militants islamistes ?

Le trio semblait se contenter de savoir qu’il avait commis ces actes. Peut-être ses membres considéraient-ils comme leur « triomphe » personnel le fait d’avoir pu agir et tuer des innocents pendant près de dix ans sans être découverts. Le silence du groupe était une sorte de garantie de survie.

Il existe des différences significatives entre ces groupes au niveau du mode d’opération. Pour chacune de ses actions, la Fraction Armée rouge rédigeait de longues lettres expliquant les raisons de l’attaque de personnalités politiques ou du monde des affaires. Le chef d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, s’expliquait lui aussi régulièrement dans des vidéos et justifiait ses opérations contre les «mécréants».

Et les attentats terroristes islamistes restent aussi une menace en Allemagne. En septembre 2007, trois islamistes ont été arrêtés dans le Sauerland, en Rhénanie du Nord-Westphalie. Ils projetaient de perpétrer des attentats contre des installations des forces américaines près de Francfort. Le groupe avait été recruté en Allemagne et envoyé dans un camp d’entraînement pakistanais de « l’Union du djihad islamique », dont il avait reçu les ordres directement par Internet. Plus récemment, en avril 2011, un jour avant l’élimination de Ben Laden, des membres d’une cellule indépendante d’Al-Qaïda ont été arrêtés à Düsseldorf et à Bochum.

Mais les néo-nazis de Zwickau n’ont jamais donné de motivation politique à leurs crimes, et l’extrême droite n’a pas non plus été évoquée. Il ne pouvait dès lors y avoir ni imitateurs ni soutien public, et il n’y avait pas de moyen de savoir quelle était la réaction de l’opinion publique aux attaques commises.

Le trio semblait se contenter de savoir qu’il avait commis ces actes. Peut-être ses membres considéraient-ils comme leur « triomphe » personnel le fait d’avoir pu agir et tuer des innocents pendant près de dix ans sans être découverts. Le silence du groupe était une sorte de garantie de survie.

Personne ne sait si le trio avait en fait réuni un groupe de partisans et projetait de nouvelles attaques. La seule personne susceptible de fournir des informations est la dernière survivante du groupe de Zwickau, Beate Tschäpe.

Mais elle refuse de parler.

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A propos de l'auteur

Rolf Tophoven dirige l’Institut pour la recherche sur le terrorisme et la politique sécuritaire, situé à Essen, en Allemagne.

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