La tribune des experts

Joseph S. Nye

L’importance accrue du «pouvoir électronique» dans l’agenda sécuritaire

Lorsqu’Internet a été créé il y a 40 ans, il s’agissait d’une petite communauté qui ressemblait à un village virtuel dont les membres se connaissaient, et le système a été conçu sans accorder beaucoup d’attention à la sécurité. Jusqu’à il y a peu, la question de la cybersécurité relevait des spécialistes de l’informatique. Mais depuis une quinzaine d’années, le Web commercial a conduit à une interdépendance croissante, qui engendre à fois d’énormes opportunités économiques et des vulnérabilités au niveau de la sécurité nationale.

Le cyberdomaine est unique en ce sens que sa facilité d’accès contribue à la diffusion du pouvoir. Il est moins coûteux et plus rapide d’envoyer des signaux dans le monde entier via le cyberespace que d’envoyer de grands navires à travers les océans.

Le coût de la constitution de forces opérationnelles comprenant plusieurs porte-avions et de flottes de sous-marins crée d’énormes barrières d’accès et fait que l’on peut parler de prédominance navale de l’OTAN. En revanche, les barrières d’accès au cyberdomaine sont tellement faibles que des acteurs non étatiques et de petits États peuvent jouer un rôle significatif pour un coût relativement peu élevé.

Quelques pays, comme les États-Unis, la Russie, le Royaume-Uni et la Chine, ont, certes, une capacité plus grande que d’autres, mais parler de prédominance dans le cyberespace, comme on le ferait pour la puissance navale ou aérienne, n’a guère de sens. La dépendance à l’égard de cybersystèmes complexes pour le soutien des activités militaires et économiques crée en fait dans les grands États de nouvelles vulnérabilités, que d’autres États ou des acteurs non étatiques peuvent exploiter.

Si, pour l’essentiel, « l’hacktivisme » amateur est surtout assimilé à une nuisance, il existe quatre grandes catégories de cybermenaces qui concernent la sécurité nationale, dont chacune s’inscrit dans un horizon temporel différent et qui nécessitent des solutions différentes (en principe) : la cyberguerre et l’espionnage économique sont surtout associés aux États, et la cybercriminalité et le cyberterrorisme aux acteurs non étatiques.

Actuellement, ce sont l’espionnage et la criminalité qui font le plus de dégâts, mais au cours de la prochaine décennie, la guerre et le terrorisme pourraient devenir des menaces plus importantes. En outre, étant donné que les alliances et les tactiques évoluent parmi les différents acteurs, les catégories risquent de se chevaucher de plus en plus.

© US Air Force

En ce qui concerne l’avenir, à mesure que d’autres États développeront leur capacité de mener des cyberattaques contre des infrastructures essentielles et seront capables de priver les forces de l’OTAN de leurs avantages sur le plan informatique, les coûts risquent d’être élevés pour notre "hard power". Et à mesure que les groupes terroristes développeront leur capacité de causer de vastes dégâts, leurs actions risquent également d’avoir un coût considérable.

Le domaine de la cybernétique est à la fois nouveau et imprévisible, et les menaces sécuritaires vont forcément évoluer. Comme je le fais valoir dans « The Future of Power », les caractéristiques du cyberespace réduisent certains des différentiels de pouvoir entre les acteurs, et constituent donc un bon exemple de la diffusion du pouvoir qui marque la politique mondiale de ce siècle. Mais diffusion du pouvoir ne signifie pas égalité de pouvoir ou remplacement des gouvernements en tant qu’acteurs les plus puissants de la politique mondiale. Les États-Unis présentent, par exemple, des vulnérabilités plus grandes, mais ont aussi une plus grande capacité d’exploitation des vulnérabilités d’autres États.

Les experts de la sécurité qui sont aujourd’hui aux prises avec les questions cybernétiques en sont à peu près au même stade de compréhension de toutes les implications de cette nouvelle technologie que l’étaient les experts nucléaires au cours des années qui ont suivi les premières explosions nucléaires.

À un moment donné - mais pas dans l’immédiat - les États auront sans doute suivi une courbe d’apprentissage suffisante pour concevoir des mesures de coopération qui limiteront ces menaces émanant d’acteurs non étatiques. Mais nous en sommes encore loin.

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A propos de l'auteur

Joseph S. Sye, professeur (classe exceptionnelle) à Harvard, est l’auteur de « The Future of Power ».

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