Après dix années, les promesses faites aux femmes doivent être tenues

Par l’ambassadeur Anwarul K. Chowdhury, qui, en tant que président du Conseil de sécurité de l’ONU en mars 2000, a conduit l’initiative relative à la Résolution 1325 sur le rôle des femmes en matière de paix et de sécurité

En 2000, la Journée internationale de la femme a été un jour particulier, pour moi-même comme pour les femmes. Ce jour-là, j’ai eu l’honneur de publier, au nom du Conseil de sécurité, que je présidais, une déclaration appelant formellement l’attention du monde sur la contribution non reconnue, sous-utilisée et sous-évaluée que les femmes apportent pour prévenir la guerre, construire la paix et amener les populations à vivre en harmonie.

Dans cette déclaration, les membres du Conseil de sécurité reconnaissaient que la paix est inextricablement liée à l’égalité entre femmes et hommes. Ils affirmaient les principes de l’égalité d’accès et de la pleine participation des femmes aux structures de pouvoir, ainsi que de leur contribution à part entière à tous les efforts visant à promouvoir la paix et la sécurité.

Il était à regretter que le rôle essentiel des femmes en matière de paix et de sécurité n’avait eu aucune reconnaissance depuis la création des Nations Unies. Pendant longtemps, on n’avait vu dans les femmes que les victimes impuissantes des guerres et des conflits. Le rôle qu’elles jouent pour favoriser la paix dans leurs communautés et au-delà avait souvent été négligé. Mais le 8 mars 2000, ce silence inexplicable, qui avait duré 55 ans, fut rompu pour la première fois. La Résolution 1325 du Conseil de sécurité avait pris germe.

L’adoption de cette résolution a ouvert une fenêtre d’opportunité très attendue pour les femmes, qui ont montré à maintes reprises qu’elles apportent une amélioration qualitative dans la structuration de la paix et la construction de l’architecture post-conflit.

La paix est inextricablement liée à l’égalité entre femmes et hommes.

La grande question n’est pas d’assurer la sécurité des femmes dans la guerre, mais bien de structurer la paix de manière à prévenir la réapparition des guerres et des conflits. C’est la raison pour laquelle les femmes doivent être présentes à la table des négociations de paix et participer au processus décisionnel et aux équipes de maintien de la paix. Elles doivent y être présentes particulièrement en tant que civiles, pour faire vraiment la différence dans le passage du culte de la guerre à la culture de la paix. Avec la résolution 1325, c’était la première fois qu’un tel élément était reconnu en tant qu’objectif du Conseil. À ce titre, sa mise en œuvre impose une responsabilité unique et globale à la communauté internationale, et, en particulier, aux Nations Unies.

Lorsque j’ai abordé pour la première fois la question des femmes, de la paix et de la sécurité au Conseil de sécurité, elle a suscité chez certains de mes collègues un large désintérêt, voire de l’indifférence. D’aucuns ont dit que le président diluait le mandat du Conseil en tentant d’inclure une « question accessoire » à son ordre du jour. Mais je pense que l’adoption de la Résolution 1325 représente une avancée considérable pour le dossier de l’égalité des femmes dans la politique sécuritaire contemporaine.

Cependant, la valeur de cette résolution en tant que premier mécanisme politique international reconnaissant explicitement le caractère sexué de la guerre et des processus de paix a été hypothéquée par le maigre bilan de sa mise en œuvre. La complicité du Conseil de sécurité dans des pratiques internationales qui placent les femmes en insécurité, essentiellement en raison du soutien qu’il apporte aux accords de sécurité interétatiques militarisés qui existent, est décevante. Il faut bien savoir aussi que le Conseil de sécurité doit lui-même encore intégrer les considérations de genre dans son mode de fonctionnement.

Le rôle du secrétariat de l’ONU, et en particulier celui du secrétaire général, laisse beaucoup à désirer. Un engagement résolument actif de sa part à faire usage de l’autorité morale des Nations Unies et de la haute fonction qu’il occupe est tout à fait indispensable pour la mise en application effective de la Résolution 1325.

Pour commencer, même après dix ans, le rôle de moteur du secrétaire général devrait se manifester dans quatre domaines au moins :

Premièrement, le secrétaire général devrait s’employer prioritairement à stimuler et à appuyer l’élaboration par les États membres de l’ONU de plans d’action nationaux pour la mise en œuvre de la Résolution 1325. Sur 192 pays, seuls 20 ont établi de tels plans jusqu’ici – dont à peine un tiers de pays en développement. Il devrait écrire personnellement aux chefs d’État et de gouvernement pour leur proposer un calendrier d’établissement de leurs plans et faire suivre le dossier par les coordonnateurs résidents de l’ONU ;

deuxièmement, il est un secteur qui mérite une attention particulière : la nécessité d’une sensibilisation et d’une formation des hauts fonctionnaires du système onusien dans son ensemble aux questions relevant de la Résolution 1325 ;

troisièmement, il convient de s’attacher d’urgence à mettre totalement fin aux violences et aux abus sexuels qui sont perpétrés au nom du maintien de la paix et que l’ONU ignore, tolère et laisse impunis depuis des années. La souveraineté nationale ne saurait en aucun cas servir d’alibi pour cautionner l’impunité ;

quatrièmement, le secrétaire général devrait prendre l’initiative de l’instauration d’un processus de consultation générale semestriel sur la mise en œuvre de la Résolution 1325 avec des organismes de la société civile à tous les niveaux, faisant intervenir les entités compétentes de l’ONU. Il devrait encourager la création d’un processus consultatif analogue avec des organisations non gouvernementales au niveau national.

Des organisations telles que l’OTAN et l’Union africaine, qui sont engagées dans des opérations de paix, devraient intégrer de manière effective dans leur travail les principes de la Résolution 1325 concernant les femmes en tant que victimes aussi bien qu’en tant que parties prenantes.

Cette résolution ne marque pas une fin mais bien le début de processus qui contribueront progressivement à réduire les inégalités.

Comme on l’a dit souvent, la résolution 1325 ne marque pas une fin mais bien le début de processus qui contribueront progressivement à réduire les inégalités. Dans le contexte de la paix et de la stabilité, les femmes ne sont pas seulement un groupe vulnérable ; elles sont aussi parties prenantes.

Ainsi que nous l’avons constaté, lorsque des femmes participent à des négociations de paix, leur contribution et leur façon de voir les choses permettent souvent de faire en sorte que les accords de paix tiennent compte des impératifs d’égalité des sexes dans les nouvelles structures constitutionnelles, judicaires et électorales.

Demander à des belligérants d’adopter une « approche genre » dans les négociations de paix et une «orientation genre » dans le cadre de toutes les missions de maintien de la paix des Nations Unies serait dérisoire et vain si nous ne renforçons pas les capacités des femmes, si nous ne leur offrons pas de possibilités réelles, et si nous ne les soutenons pas pour qu’elles accèdent au pouvoir politique et économique, pour qu’elles aient leur place à la table des négociations de paix et qu’elles soient représentées sur un pied d’égalité à tous les niveaux du processus décisionnel.

À titre de contribution personnelle à la mise en œuvre effective de la Résolution 1325, j’ai lancé ma propre proposition intitulée « Doable First-Track Indicators for Realising the 1325 Promise into Reality », en juillet, lors d’une réunion de travail sur cette résolution tenue à l’ « Institute of Peace » des États-Unis, à Washington. Elle contient des mesures susceptibles d’être lancées sans plus tarder, qui ne prolongeraient pas l’expectative frustrante dans laquelle se trouve la communauté internationale depuis dix années.

Enfin, nous ne devons pas oublier que si les femmes sont marginalisées et ignorées, il est peu probable que le monde puisse véritablement parvenir à une paix durable.

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