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Élections de mi-mandat : l’Amérique mécontente et le monde

© Reuters / Lucas Jackson

La débâcle enregistrée par les démocrates d’Obama lors des élections de mi-mandat ne s’explique pas seulement par le marché intérieur de l’emploi, fait valoir le professeur Michael Cox. La place de l’Amérique dans les dossiers mondiaux et la manière dont les valeurs américaines ont été défendues sont aussi entrées en ligne de compte – mais l’électorat n’a pas semblé non plus apprécier les nouvelles sur ce front-là.

Le parti politique qui occupe la Maison Blanche n’obtient que rarement, sinon jamais, de bons résultats aux élections de mi-mandat.

En effet, si les emplois ne sont pas disponibles en abondance et si les prix de l’immobilier ne sont pas à la hausse – deux conditions qui, de toute évidence, ne sont pas réunies pour le moment – il y a toutes les chances que le parti majoritaire enregistre d’assez piètres résultats.

Clinton a, comme toujours, été l’exception à cette règle de politique. En 1994, le bien-être matériel était présent, pourtant l’électorat lui a infligé une défaite aux urnes. Il semble pourtant que la règle tacite soit que s’il n’y a pas de revers politique à la mi-mandat, on peut « demander la nulle » et se préparer à la bataille pour l’élection suivante, la plus importante de toutes : celle qui doit permettre de conserver le contrôle de l’exécutif.

Les élections de mi-mandat se jouent invariablement sur les questions intérieures

C’est aussi l’un des axiomes de la politique américaine : les élections de mi-mandat se jouent invariablement sur les questions intérieures – bien entendu, l’état de l’économie ; le plus souvent la personnalité même du président, et, naturellement, ses réalisations au cours des deux années précédentes de son mandat.

Pour l’année 2010 aux États-Unis, on peut ajouter également trois autres sujets au moins: l’immigration, la réforme des soins de santé et la sécurité intérieure, qui sont toutes des questions exclusivement internes.

© Reuters / Petar Kujundzic

La masse monétaire n’est plus simplement une question locale

Il serait toutefois faux de penser que la politique étrangère et les questions internationales n’ont joué aucun rôle.

Il est vrai que l’on n’a pas entendu la rhétorique de l’époque Bush sur une « guerre contre la terreur », les missions accomplies, et la position exceptionnelle de l’Amérique en tant que rempart contre le chaos dans le monde. En fait, le monde semble presque avoir disparu complètement ces derniers mois : à peine une évocation de l’OTAN, pratiquement rien sur le développement ou sur le changement climatique, et seulement une allusion en passant aux événements récents dans l’Union européenne – la question extérieure la moins débattue dans toute élection américaine.

Mais le monde va rester présent et les Américains ordinaires semblent s’en rendre compte. Ils peuvent ne pas comprendre les aspects complexes de la mondialisation, ne pas s’intéresser beaucoup aux relations internationales, ou ne pas lire « Foreign Affairs », mais ils ont conscience d’appartenir à un ensemble bien plus vaste.

Le seul problème est que ce qu’ils entendent ces derniers temps ne leur plaît pas beaucoup.

Jusqu’à la crise économique de 2008, la Chine représentait surtout une question «libérale», où le Tibet et les droits de l’homme figuraient en bonne place. Aujourd’hui ce n’est plus du tout le cas, et l’aspect matériel occupe le premier plan.

Il y a tout d’abord la Chine : une Chine en plein essor, émergente, qui ne connaît pas la crise, avec ses pratiques commerciales « déloyales », sa monnaie sous-évaluée, et ses vastes réservoirs de main-d’œuvre bon marché sous contrôle, qui prennent des emplois aux Américains et attirent les capitaux américains de l’autre côté du Pacifique. Jusqu’à la crise économique de 2008, la Chine représentait surtout (mais pas uniquement) une question « libérale », où le Tibet et les droits de l’homme figuraient en bonne place. Aujourd’hui ce n’est plus du tout le cas, et l’aspect matériel occupe le premier plan.

On entend souvent répéter sur « Fox News » et sur les nombreuses chaînes de télévision conservatrices que la Chine, non contente de « manger le pain » des Américains, mange aussi celui de leurs enfants, et qu’il faut agir pour redresser la situation. Conséquence probable à long terme ? Une pression grandissante sur l’Administration pour qu’elle adopte une position plus dure à l’égard de Pékin, avec toutes sortes de répercussions en Asie et peut-être dans le monde.

© Reuters / Thaier Al-Sudani

L’Amérique se trouve aux prises avec des difficultés, à l’intérieur comme à l’extérieur

Il y a ensuite l’immigration – qui n’est jamais une question purement interne dans un pays qui, depuis la promulgation de la Doctrine Monroe en 1823, revendique des droits, sous une forme ou une autre, au sud du Rio Grande. La situation devient préoccupante aujourd’hui en raison, essentiellement, de la crise et de la très grande précarité du marché de l’emploi dans des « États-bascule » clés, où il se trouve qu’il y a aussi, par coïncidence, un très grand nombre de « Latinos ».

Mais il ne s’agit pas seulement des emplois.

Il s’agit aussi de sentiment identitaire et de notion de souveraineté ; et de nombreux Américains, dans la catégorie des cols bleus, éprouvent une profonde amertume, considérant que l’Amérique ne parvient plus à assurer le contrôle de ses frontières, ce qui est assurément le symptôme palpable d’une nation en déclin.

Et enfin, il y a ces nombreuses guerres inachevées dans des endroits lointains, où, depuis 2001 plus de 5000 Américains ont été tués et des dizaines de milliers d’autres blessés et mutilés par ce qui est perçu comme un ennemi islamiste (voire islamique) impitoyable, qui s’acharne à vouloir détruire Israël - toujours très populaire parmi les électeurs - sans parler de ce concept mal défini, mais d’une extrême importance pour la plupart des Américains : leur mode de vie.

Dans leur très grande majorité, les Européens ne comprennent tout simplement pas - ou plus précisément n’aiment pas - cette face des États-Unis, qui assiste au lever des couleurs et chante l’hymne national, célèbre son armée, fait siennes les valeurs qu’incarnent les militaires, et continue de croire aux notions traditionnelles de bravoure et d’honneur. Ce furent aussi, autrefois, des valeurs européennes : mais, pour de bonnes raisons, nous avons décidé de les abandonner après que deux guerres dévastatrices, au XXe siècle, nous eurent montré où elles pouvaient mener.

L’activité du gouvernement doit se poursuivre, et nous serions sans doute rassurés de savoir que la politique étrangère des États-Unis ne sera pas déterminée par des populistes qui considèrent qu’ils doivent « reprendre » le pays à ceux qui, selon eux, s’en seraient emparés dans quelque vil dessein

Pourtant, si nous voulons comprendre pourquoi tant d’Américains sont mécontents - de leurs politiciens, de leur commandant-en-chef, des musulmans, et parfois même de ceux qu’ils considèrent comme leurs alliés pusillanimes au sein de l’OTAN - il est essentiel de saisir cet aspect profondément important de la psyché américaine.

C’est cela, entre autres, qui anime « l’insurrection du mouvement Tea Party ». C’est pour ce motif que de nombreux Américains s’opposent à la construction d’une mosquée près de « ground zero » à New York. Et c’est l’une des principales raisons qui font que tant d’entre eux semblent éprouver de sérieux doutes à propos de « cet intellectuel » d’Obama.

Il n’y a, bien entendu, pas forcément de lien entre le fait d’être un Américain patriote, qui soutient l’armée américaine en Afghanistan, et le fait de penser qu’Obama n’est peut-être pas un vrai Américain. Mais il y a bien un lien entre les formes plus extrêmes de « l’américanisme » - florissant en ces temps perturbés - et le fait de considérer que le monde est un endroit hostile et que la plupart des étrangers (en particulier les non-Européens) cherchent la perte des États-Unis.

Mais l’activité du gouvernement doit se poursuivre, et nous serions sans doute rassurés de savoir que la politique étrangère des États-Unis ne sera pas déterminée par les vues de populistes qui considèrent qu’ils ont le devoir de « reprendre » le pays à ceux qui, selon eux, s’en seraient emparés dans quelque vil dessein.

Cela rend toutefois d’autant plus difficile un débat informé, ouvert et civilisé sur les options sérieuses qui s’offrent en matière de politique étrangère – en particulier lorsque l’un des grands partis politiques (je veux parler des républicains) doit sans cesse être attentif à ne pas perdre ou s’aliéner sa base radicale.

Dans un monde qui arrive tout juste à s’en sortir pour l’instant, et qui est parfois près de basculer dans une crise majeure, il n’est pas du tout rassurant de savoir que la dernière, et en fait la seule grande superpuissance du globe, est en proie aux divisions internes à un moment où elle n’a jamais eu autant besoin d’être unie.

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