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En raison de la traduction la version française de la Revue de l'OTAN paraît en ligne une quinzaine de jours après la version anglaise
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Quel regard l’OTAN porte-t-elle sur les changements qui interviennent dans le domaine nucléaire ?

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Quel rôle jouent les questions nucléaires au sein de l’OTAN ? Comment l’Alliance voit-elle les changements qui sont apparus cette année dans le paysage politique nucléaire, et comment cela se reflétera-t-il dans son nouveau Concept stratégique ?

 Sous-titres: Oui / Non

Guy Roberts, à propos du nouveau Concept stratégique de l’OTAN :

quelle place les questions nucléaires y occuperont-elles

et quel sera son impact sur ces questions ?

Nous pensons qu'il y aura certainement dans le nouveau Concept stratégique

une section sur le dispositif de dissuasion nucléaire de l’Alliance.

Bien entendu, dans le Concept stratégique de 1999 et dans celui de 1991

celui-ci occupait une place très importante. La différence aujourd’hui

c’est qu’en raison de l’environnement sécuritaire actuel,

la partie « nucléaire » de notre dispositif global de dissuasion n’est plus aussi importante,

les menaces qui devaient être contrées étant maintenant très éloignées.

Je pense donc que sa place sera beaucoup moins importante,

mais il est certain que notre dispositif de dissuasion nucléaire

figurera toujours dans le nouveau Concept stratégique.

Pour anticiper la question de la composition de ce dispositif,

je pense que les piliers fondamentaux de notre dispositif actuel

demeureront, car la dissuasion reste nécessaire.

En tant qu’alliance, nous pensons que la dissuasion est importante,

qu’elle fait partie intégrante de notre situation sécuritaire.

Deuxièmement, comme le rapport du Groupe d’experts de Madeleine Albright

vient de le réaffirmer, je pense qu’il subsistera

une présence nucléaire américaine en Europe,

en raison de l’importance du lien transatlantique,

de cet engagement, d’une part, envers

la sécurité de l’Europe et des Alliés européens,

et, d’autre part, un grand souhait concernant le troisième pilier,

à savoir le partage des charges et les consultations.

Les pays pensent qu’il importe de partager les risques de ce dispositif de dissuasion.

Certains États ont indiqué qu’ils souhaitaient

que les armes nucléaires de l’OTAN soient retirées de leur territoire.

Quelle est la réponse de l’OTAN ?

Cette idée a été émise non seulement par un certain nombre de pays,

mais aussi par des groupes de réflexion, et c’est certainement un élément

sur lequel nous devons nous pencher en tant qu’alliance,

dans le cadre d’un réexamen de notre dispositif de dissuasion nucléaire.

Nous croyons en ce dispositif ; il dissuade les adversaires potentiels ;

il empêche la coercition ;

il est conçu pour éviter que nous n’ayons à entrer en guerre,

mais il doit être examiné en fonction du nouvel environnement.

Nous avons, bien entendu, déjà tenu compte du nouvel environnement sécuritaire

et réduit considérablement le nombre de ces armes.

Il ne reste que quelques centaines d’armes nucléaires - la bombe à chute libre B61 -

américaines en Europe aujourd’hui.

Ces propositions émanent surtout de l’Allemagne, et aussi d'autres pays,

mais le point à retenir dans ce dossier,c’est que tous les pays,

y compris l’Allemagne, ont tenu à souligner

que toute décision concernant le retrait des armes nucléaires de n’importe quel pays,

toute décision concernant la modification de la configuration, de la composition,

de l’implantation de ces armes sera prise en tant qu’alliance,

et sur la base du consensus.

L’élément de la défense antimissile a été examiné,

particulièrement dans le contexte du nouveau concept.

Contre qui cet élément va-t-il assurer une défense ?

La défense antimissile fait partie de notre dispositif de dissuasion global.

J’utilise à cet égard le terme « dissuasion holistique ».

Une fois que nous aurons instauré un système solide de défense antimissile,

cela fera assurément naître le doute dans l’esprit de tout adversaire

sur la réussite d’une attaque de missile,

ce qui devrait, espère-t-on, le faire renoncer à l’idée

qu’il obtiendra un gain politique en nous attaquant.

C’est très important. Cela vient en complément de notre dissuasion nucléaire,

de nos moyens conventionnels et de tous nos autres moyens.

Plus de 30 pays sont en train de mettre au point des missiles balistiques.

Beaucoup de pays sont en train de mettre au point des défenses contre les missiles balistiques.

Je me plais à dire que l’Europe a déjà un système de défense antimissile;

ce sont les 80 intercepteurs, je crois, en place autour de Moscou;

nos collègues russes croient fermement dans la défense antimissile,

et nous espérons collaborer avec eux

et contribuer à mettre au point un système en collaboration.

Certains, dont la Secrétaire d’État Clinton, ont dit que l’un des

plus grands dangers qui se profilent ce n’est pas, en fait, l’acquisition

de substances ou d’armes nucléaires par d’autres pays, mais bien le fait que

des acteurs autres que des États pourraient parvenir à se procurer de telles substances ou armes.

Quelle est votre réaction, et comment l’OTAN se prépare-t-elle à cette éventualité ?

Il est certain que l’OTAN examine comment mettre en place

les moyens de réagir ; et, en fait, avant tout, comment

structurer notre dispositif de dissuasion d’une manière qui devrait

persuader un adversaire potentiel

que ce n’est pas une bonne façon de procéder.

L’un des moyens d’y parvenir est de travailler avec nos alliés,

avec les pays de l’Alliance, avec d’autres organisations,

comme l’AIEA, pour disposer de la capacité

de déterminer de quel pays ou de quel endroit proviendrait toute explosion nucléaire,

tout dispositif nucléaire improvisé, ou tout dispositif radiologique.

Nous pourrions ainsi remonter à la source et tenir pour responsable

tout pays qui fournirait de telles substances à un groupe terroriste.

Nous menons des activités de non-prolifération très énergiques

pour essayer d’empêcher que ces substances puissent être transférées,

faire l’objet de contrebande ou être volées et procurées à des groupes terroristes,

qui pourraient parvenir à fabriquer des armes radiologiques

ou d’autres types de dispositif explosif improvisé.

Au sein de l’OTAN sont réunis un grand nombre de pays dont les positions sur les questions nucléaires diffèrent.

Nous avons cité l’Allemagne et ses déclarations récentes,

et la position des États-Unis en la matière est en train d’évoluer.

Comment l’OTAN fait-elle en sorte que ces positions se rejoignent pour constituer une politique unique ?

Je pense que les différences portent sur le degré.

D’une part, plusieurs pays de l’Alliance

sont d’ardents défenseurs

du désarment, de la maîtrise des armements et de la non-prolifération.

Mais en fait tous les pays croient en l’importance de ces éléments;

c’est une question de degré. Certains pays mettent davantage l’accent sur ces aspects.

D’autres mettent l’accent sur le maintien d’une dissuasion nucléaire crédible.

Mais là aussi, tous nos pays appuient l’idée du maintien d’une dissuasion crédible.

En fait je pense que le président Obama, dans son discours de Prague l’an dernier,

lorsqu’il a parlé d’un monde exempt d’armes nucléaires,

a aussi indiqué qu’en attendant que ce jour arrive,

nous maintiendrons notre dissuasion nucléaire.

Et les pays qui ont plaidé en faveur, ou qui ont épousé l’idée

d’un retrait des armes nucléaires d’Europe

l'ont fait dans le contexte d’un processus de maîtrise des armements.

Un processus, par exemple, de collaboration avec la Russie pour parvenir à un accord

sur l’élimination de toutes les armes nucléaires tactiques d’Europe.

Cela devrait se faire dans le cadre d’un processus de maîtrise des armements

et ainsi notre sécurité se trouverait renforcée, mais la plupart des pays

considèrent que des réductions unilatérales compromettraient notre sécurité.

L’un des critères pour le regroupement de tous les éléments

est donc une fois encore la sécurité.

C’est de cela qu’il s’agit. Sécurité, sécurité, sécurité.

Et si vous êtes en mesure de faire une proposition, ou si un pays fait une proposition

dont on peut démontrer qu’elle renforce en fait notre sécurité,

celle-ci sera considérée comme acceptable par tous les pays.

La norme sur la base de laquelle ces propositions seront évaluées étant celle-là,

je pense qu’il y a largement possibilité de s’entendre,

et c’est exactement ce que nous allons faire dans le cadre du Concept stratégique.

Nous allons examiner attentivement toutes ces questions et propositions.

Pensez-vous que 2010 va être une année déterminante pour les questions nucléaires,

avec l’accord START, le sommet sur la sécurité nucléaire

et aussi, indépendamment de ces événements,

il semble que ce soit une année au cours de laquelle de nombreux pays

qui se penchent pour la première fois sérieusement sur le dossier nucléaire,

le Brésil, l’Afrique du Sud, etc., vont être amenés à décider

s’ils acceptent l’ordre existant, ou s’ils veulent que des

changements interviennent s’agissant des détenteurs et des non-détenteurs.

Pensez-vous que cette année ces questions atteignent toutes un point critique ?

Je pense que oui ; avec l’impulsion donnée, cette année,

par la nouvelle administration américaine, l’engagement du président Obama

de revitaliser la recherche d’un monde

où le nombre d’armes nucléaires continuera à décroître

jusqu’à ce que nous arrivions à créer les conditions

propres à permettre leur élimination.

Cela a suscité un vif intérêt dans de nombreux pays et cela a fait naître chez beaucoup d’entre nous l’espoir

que nous parviendrons à atteindre cet objectif en nous y employant énergiquement ;

mais il s’agira d’un long processus au cours duquel nous devrons mettre en place

les conditions permettant d’être assurés que

lorsque nous dirons qu’il n’y a pas d’armes nucléaires dans le monde, ce sera vraiment le cas,

et qui feront que ceux qui tenteraient d’en acquérir

auront à en payer le prix.

Mais l’une des questions qu’il faut se poser,

et c’est la raison pour laquelle le processus sera long,

c’est comment allons-nous créer les conditions qui feront que l’on ne se retrouvera pas

dans une nouvelle guerre entre grandes puissances, comme en 1945 ?

Quel monde sans armes nucléaires allons-nous créer ?

Un monde comme en 1914 ? Un monde comme en 1939 ?

Nous ne voulons d’un tel monde.

Nous ne voulons pas nous débarrasser des armes nucléaires pour nous retrouver ensuite

dans une situation où des millions de personnes perdront la vie.

Il faudra y aller progressivement.

Dernière question. Vous me donnerez probablement votre sentiment personnel,

mais je voudrais vous demander, à propos de la voie qui doit mener à l’option « zéro armes nucléaire » au niveau

mondial, dont le président Obama a bien dit, lorsqu’il l’a évoquée,

qu’elle ne se réaliserait sans doute pas de son vivant,

quand vous pensez qu’elle sera réalisable ? est-elle complètement réalisable ?

Et quels sont les principaux obstacles sur la voie du « zéro nucléaire » au niveau mondial ?

C’est effectivement une question personnelle. Je pense que c’est possible,

mais cela va exiger un travail phénoménal.

Dans un article rédigé en 1961 pour « Politique étrangère »,

Fred Iklé posait la question de savoir ce qu’il adviendrait en cas de non-respect ?

C’était avant qu’aucun des régimes de maîtrise des armements n’ait été instauré.

Il n’y avait pas de TNP, pas de convention sur les armes chimiques et bactériologiques,

aucun de ces éléments n’était en place. Et il disait ceci :

La première question qui se pose est celle de la vérification.

Quels types de mécanismes de vérification pouvons-nous instaurer

pour que nous soyons tous vraiment assurés qu’il n’y a pas de tricherie.

Parce que dans un monde exempt d’armes nucléaires, le premier qui en acquiert

aura un immense avantage.

Nous devons veiller à ce que cela ne puisse pas se produire,

ce qui est lié au second aspect, ou à la seconde condition :

quels sont les mécanismes qui permettront de garantir le respect des accords ?

Comment faire en sorte que tout tricheur aura à payer

un prix tellement élevé qu’il en sera dissuasif ?

Malheureusement, en termes de garanties de respect, notre bilan est bien maigre,

et c’est une source de grande préoccupation pour nous tous.

Le cas le plus évident est celui de la Corée du Nord. Elle a dénoncé le TNP ;

elle a effectué deux essais ;

elle a obtenu les avantages de l’appartenance au TNP

sans en payer aucun des coûts,

et elle est aujourd’hui l’un de nos plus grands problèmes de non-prolifération,

ou plutôt de prolifération. Ensuite il y a l’Iran,

qui a fait l’objet de nombreuses résolutions du Conseil de sécurité,

sans que l’on ait enregistré aucun progrès pour régler le problème et garantir

qu’il n’est pas sur la voie de l’acquisition de l’arme nucléaire.

Il faut donc que nous établissions la confiance

dans notre aptitude à instaurer les mécanismes qui empêcheront les pays

d’acquérir des armes nucléaires, afin d’être en mesure d’éliminer ces armes

et de garantir qu’elles ne reviendront jamais

et qu’elles ne redeviendront jamais un problème pour notre sécurité.

Et j’aimerais penser que cela pourra se produire,

mais, je le dis aussi, ce ne sera sans doute pas de mon vivant.

Guy Roberts, merci beaucoup.

- C’est moi qui vous remercie.

Guy Roberts, à propos du nouveau Concept stratégique de l’OTAN :

quelle place les questions nucléaires y occuperont-elles

et quel sera son impact sur ces questions ?

Nous pensons qu'il y aura certainement dans le nouveau Concept stratégique

une section sur le dispositif de dissuasion nucléaire de l’Alliance.

Bien entendu, dans le Concept stratégique de 1999 et dans celui de 1991

celui-ci occupait une place très importante. La différence aujourd’hui

c’est qu’en raison de l’environnement sécuritaire actuel,

la partie « nucléaire » de notre dispositif global de dissuasion n’est plus aussi importante,

les menaces qui devaient être contrées étant maintenant très éloignées.

Je pense donc que sa place sera beaucoup moins importante,

mais il est certain que notre dispositif de dissuasion nucléaire

figurera toujours dans le nouveau Concept stratégique.

Pour anticiper la question de la composition de ce dispositif,

je pense que les piliers fondamentaux de notre dispositif actuel

demeureront, car la dissuasion reste nécessaire.

En tant qu’alliance, nous pensons que la dissuasion est importante,

qu’elle fait partie intégrante de notre situation sécuritaire.

Deuxièmement, comme le rapport du Groupe d’experts de Madeleine Albright

vient de le réaffirmer, je pense qu’il subsistera

une présence nucléaire américaine en Europe,

en raison de l’importance du lien transatlantique,

de cet engagement, d’une part, envers

la sécurité de l’Europe et des Alliés européens,

et, d’autre part, un grand souhait concernant le troisième pilier,

à savoir le partage des charges et les consultations.

Les pays pensent qu’il importe de partager les risques de ce dispositif de dissuasion.

Certains États ont indiqué qu’ils souhaitaient

que les armes nucléaires de l’OTAN soient retirées de leur territoire.

Quelle est la réponse de l’OTAN ?

Cette idée a été émise non seulement par un certain nombre de pays,

mais aussi par des groupes de réflexion, et c’est certainement un élément

sur lequel nous devons nous pencher en tant qu’alliance,

dans le cadre d’un réexamen de notre dispositif de dissuasion nucléaire.

Nous croyons en ce dispositif ; il dissuade les adversaires potentiels ;

il empêche la coercition ;

il est conçu pour éviter que nous n’ayons à entrer en guerre,

mais il doit être examiné en fonction du nouvel environnement.

Nous avons, bien entendu, déjà tenu compte du nouvel environnement sécuritaire

et réduit considérablement le nombre de ces armes.

Il ne reste que quelques centaines d’armes nucléaires - la bombe à chute libre B61 -

américaines en Europe aujourd’hui.

Ces propositions émanent surtout de l’Allemagne, et aussi d'autres pays,

mais le point à retenir dans ce dossier,c’est que tous les pays,

y compris l’Allemagne, ont tenu à souligner

que toute décision concernant le retrait des armes nucléaires de n’importe quel pays,

toute décision concernant la modification de la configuration, de la composition,

de l’implantation de ces armes sera prise en tant qu’alliance,

et sur la base du consensus.

L’élément de la défense antimissile a été examiné,

particulièrement dans le contexte du nouveau concept.

Contre qui cet élément va-t-il assurer une défense ?

La défense antimissile fait partie de notre dispositif de dissuasion global.

J’utilise à cet égard le terme « dissuasion holistique ».

Une fois que nous aurons instauré un système solide de défense antimissile,

cela fera assurément naître le doute dans l’esprit de tout adversaire

sur la réussite d’une attaque de missile,

ce qui devrait, espère-t-on, le faire renoncer à l’idée

qu’il obtiendra un gain politique en nous attaquant.

C’est très important. Cela vient en complément de notre dissuasion nucléaire,

de nos moyens conventionnels et de tous nos autres moyens.

Plus de 30 pays sont en train de mettre au point des missiles balistiques.

Beaucoup de pays sont en train de mettre au point des défenses contre les missiles balistiques.

Je me plais à dire que l’Europe a déjà un système de défense antimissile;

ce sont les 80 intercepteurs, je crois, en place autour de Moscou;

nos collègues russes croient fermement dans la défense antimissile,

et nous espérons collaborer avec eux

et contribuer à mettre au point un système en collaboration.

Certains, dont la Secrétaire d’État Clinton, ont dit que l’un des

plus grands dangers qui se profilent ce n’est pas, en fait, l’acquisition

de substances ou d’armes nucléaires par d’autres pays, mais bien le fait que

des acteurs autres que des États pourraient parvenir à se procurer de telles substances ou armes.

Quelle est votre réaction, et comment l’OTAN se prépare-t-elle à cette éventualité ?

Il est certain que l’OTAN examine comment mettre en place

les moyens de réagir ; et, en fait, avant tout, comment

structurer notre dispositif de dissuasion d’une manière qui devrait

persuader un adversaire potentiel

que ce n’est pas une bonne façon de procéder.

L’un des moyens d’y parvenir est de travailler avec nos alliés,

avec les pays de l’Alliance, avec d’autres organisations,

comme l’AIEA, pour disposer de la capacité

de déterminer de quel pays ou de quel endroit proviendrait toute explosion nucléaire,

tout dispositif nucléaire improvisé, ou tout dispositif radiologique.

Nous pourrions ainsi remonter à la source et tenir pour responsable

tout pays qui fournirait de telles substances à un groupe terroriste.

Nous menons des activités de non-prolifération très énergiques

pour essayer d’empêcher que ces substances puissent être transférées,

faire l’objet de contrebande ou être volées et procurées à des groupes terroristes,

qui pourraient parvenir à fabriquer des armes radiologiques

ou d’autres types de dispositif explosif improvisé.

Au sein de l’OTAN sont réunis un grand nombre de pays dont les positions sur les questions nucléaires diffèrent.

Nous avons cité l’Allemagne et ses déclarations récentes,

et la position des États-Unis en la matière est en train d’évoluer.

Comment l’OTAN fait-elle en sorte que ces positions se rejoignent pour constituer une politique unique ?

Je pense que les différences portent sur le degré.

D’une part, plusieurs pays de l’Alliance

sont d’ardents défenseurs

du désarment, de la maîtrise des armements et de la non-prolifération.

Mais en fait tous les pays croient en l’importance de ces éléments;

c’est une question de degré. Certains pays mettent davantage l’accent sur ces aspects.

D’autres mettent l’accent sur le maintien d’une dissuasion nucléaire crédible.

Mais là aussi, tous nos pays appuient l’idée du maintien d’une dissuasion crédible.

En fait je pense que le président Obama, dans son discours de Prague l’an dernier,

lorsqu’il a parlé d’un monde exempt d’armes nucléaires,

a aussi indiqué qu’en attendant que ce jour arrive,

nous maintiendrons notre dissuasion nucléaire.

Et les pays qui ont plaidé en faveur, ou qui ont épousé l’idée

d’un retrait des armes nucléaires d’Europe

l'ont fait dans le contexte d’un processus de maîtrise des armements.

Un processus, par exemple, de collaboration avec la Russie pour parvenir à un accord

sur l’élimination de toutes les armes nucléaires tactiques d’Europe.

Cela devrait se faire dans le cadre d’un processus de maîtrise des armements

et ainsi notre sécurité se trouverait renforcée, mais la plupart des pays

considèrent que des réductions unilatérales compromettraient notre sécurité.

L’un des critères pour le regroupement de tous les éléments

est donc une fois encore la sécurité.

C’est de cela qu’il s’agit. Sécurité, sécurité, sécurité.

Et si vous êtes en mesure de faire une proposition, ou si un pays fait une proposition

dont on peut démontrer qu’elle renforce en fait notre sécurité,

celle-ci sera considérée comme acceptable par tous les pays.

La norme sur la base de laquelle ces propositions seront évaluées étant celle-là,

je pense qu’il y a largement possibilité de s’entendre,

et c’est exactement ce que nous allons faire dans le cadre du Concept stratégique.

Nous allons examiner attentivement toutes ces questions et propositions.

Pensez-vous que 2010 va être une année déterminante pour les questions nucléaires,

avec l’accord START, le sommet sur la sécurité nucléaire

et aussi, indépendamment de ces événements,

il semble que ce soit une année au cours de laquelle de nombreux pays

qui se penchent pour la première fois sérieusement sur le dossier nucléaire,

le Brésil, l’Afrique du Sud, etc., vont être amenés à décider

s’ils acceptent l’ordre existant, ou s’ils veulent que des

changements interviennent s’agissant des détenteurs et des non-détenteurs.

Pensez-vous que cette année ces questions atteignent toutes un point critique ?

Je pense que oui ; avec l’impulsion donnée, cette année,

par la nouvelle administration américaine, l’engagement du président Obama

de revitaliser la recherche d’un monde

où le nombre d’armes nucléaires continuera à décroître

jusqu’à ce que nous arrivions à créer les conditions

propres à permettre leur élimination.

Cela a suscité un vif intérêt dans de nombreux pays et cela a fait naître chez beaucoup d’entre nous l’espoir

que nous parviendrons à atteindre cet objectif en nous y employant énergiquement ;

mais il s’agira d’un long processus au cours duquel nous devrons mettre en place

les conditions permettant d’être assurés que

lorsque nous dirons qu’il n’y a pas d’armes nucléaires dans le monde, ce sera vraiment le cas,

et qui feront que ceux qui tenteraient d’en acquérir

auront à en payer le prix.

Mais l’une des questions qu’il faut se poser,

et c’est la raison pour laquelle le processus sera long,

c’est comment allons-nous créer les conditions qui feront que l’on ne se retrouvera pas

dans une nouvelle guerre entre grandes puissances, comme en 1945 ?

Quel monde sans armes nucléaires allons-nous créer ?

Un monde comme en 1914 ? Un monde comme en 1939 ?

Nous ne voulons d’un tel monde.

Nous ne voulons pas nous débarrasser des armes nucléaires pour nous retrouver ensuite

dans une situation où des millions de personnes perdront la vie.

Il faudra y aller progressivement.

Dernière question. Vous me donnerez probablement votre sentiment personnel,

mais je voudrais vous demander, à propos de la voie qui doit mener à l’option « zéro armes nucléaire » au niveau

mondial, dont le président Obama a bien dit, lorsqu’il l’a évoquée,

qu’elle ne se réaliserait sans doute pas de son vivant,

quand vous pensez qu’elle sera réalisable ? est-elle complètement réalisable ?

Et quels sont les principaux obstacles sur la voie du « zéro nucléaire » au niveau mondial ?

C’est effectivement une question personnelle. Je pense que c’est possible,

mais cela va exiger un travail phénoménal.

Dans un article rédigé en 1961 pour « Politique étrangère »,

Fred Iklé posait la question de savoir ce qu’il adviendrait en cas de non-respect ?

C’était avant qu’aucun des régimes de maîtrise des armements n’ait été instauré.

Il n’y avait pas de TNP, pas de convention sur les armes chimiques et bactériologiques,

aucun de ces éléments n’était en place. Et il disait ceci :

La première question qui se pose est celle de la vérification.

Quels types de mécanismes de vérification pouvons-nous instaurer

pour que nous soyons tous vraiment assurés qu’il n’y a pas de tricherie.

Parce que dans un monde exempt d’armes nucléaires, le premier qui en acquiert

aura un immense avantage.

Nous devons veiller à ce que cela ne puisse pas se produire,

ce qui est lié au second aspect, ou à la seconde condition :

quels sont les mécanismes qui permettront de garantir le respect des accords ?

Comment faire en sorte que tout tricheur aura à payer

un prix tellement élevé qu’il en sera dissuasif ?

Malheureusement, en termes de garanties de respect, notre bilan est bien maigre,

et c’est une source de grande préoccupation pour nous tous.

Le cas le plus évident est celui de la Corée du Nord. Elle a dénoncé le TNP ;

elle a effectué deux essais ;

elle a obtenu les avantages de l’appartenance au TNP

sans en payer aucun des coûts,

et elle est aujourd’hui l’un de nos plus grands problèmes de non-prolifération,

ou plutôt de prolifération. Ensuite il y a l’Iran,

qui a fait l’objet de nombreuses résolutions du Conseil de sécurité,

sans que l’on ait enregistré aucun progrès pour régler le problème et garantir

qu’il n’est pas sur la voie de l’acquisition de l’arme nucléaire.

Il faut donc que nous établissions la confiance

dans notre aptitude à instaurer les mécanismes qui empêcheront les pays

d’acquérir des armes nucléaires, afin d’être en mesure d’éliminer ces armes

et de garantir qu’elles ne reviendront jamais

et qu’elles ne redeviendront jamais un problème pour notre sécurité.

Et j’aimerais penser que cela pourra se produire,

mais, je le dis aussi, ce ne sera sans doute pas de mon vivant.

Guy Roberts, merci beaucoup.

- C’est moi qui vous remercie.

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