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Bosnie : une nouvelle armée modèle ?

Les forces armées de Bosnie sont à présent considérées comme de véritables prestataires de sécurité, et absolument plus comme une menace en termes de sécurité. Comment est-on arrivé à ce résultat?

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Après le conflit que le pays a connu, la refonte des forces armées de Bosnie était impérative. En dépit des différents obstacles, le résultat obtenu a dépassé les espérances. Certains des responsables qui ont été au cœur du changement expliquent ici pourquoi le processus s’est si bien déroulé.

Durée de la vidéo : 11.55

 Sous-titres: Oui / Non

© NATO Review

Les forces armées ont joué un rôle clé

au cours du conflit qui a failli déchirer la Bosnie-Herzégovine dans les années 1990.

Après la guerre, l’une des tâches les plus urgentes, mais gigantesque, à mener à bien

était la création d’une armée pour le nouveau pays.

Il fallait en fait rassembler des militaires qui, peu de temps auparavant, se combattaient.

Cette réforme de la défense ne fut ni rapide ni facile,

mais elle fut, d’après les intervenants internationaux et locaux, une réussite.

Je pense qu’elle est allée plus loin que nous pensions qu’elle aurait pu aller.

Je suis complètement d’accord: ce fut la plus grande avancée depuis l’Accord de Dayton.

En matière de réforme de la défense, un sacré bout de chemin a été parcouru.

Jusqu’ici c’est incontestablement une très belle réussite.

En ce qui concerne la réforme de la défense, on peut dire que c’est l’une des réussites

que l’on peut attribuer tant aux dirigeants locaux qu’à la communauté internationale.

Les résultats de la réforme de la défense vont bien au-delà du

fait d’avoir amené des militaires qui auparavant se faisaient la guerre à travailler ensemble.

On peut notamment mesurer le chemin parcouru au fait que des militaires bosniens font

partie des forces de maintien de la paix dans des endroits tels que l’Iraq et le Congo.

Ce qui s’est produit, c’est que trois forces armées distinctes ont finalement

été regroupées au sein d’une armée unique formée de forces conjointes en Bosnie-Herzégovine.

Et c’est vraiment une avancée considérable.

C’est aussi une professionnalisation de l’armée, avec une réduction massive des effectifs.

Le mandat initial de la réforme de la défense portait sur la création d’une structure

avec un effectif, un budget et une logistique uniques.

Il était également prévu d’abolir les ministères de la défense des deux entités du pays,

la Republika Srpska et la Fédération bosno-croate.

Mais au bout de quatre mois, une réelle envie d’aller, en quelque sorte,

au bout de l’effort et de créer une véritable force militaire unique s’est manifestée,

du moins dans la mesure où cela s’avérait possible en Bosnie-Herzégovine.

Et nous y sommes arrivés.

Nous avons donc été bien plus loin que ce qui figurait dans le mandat écrit

que l’OTAN et le haut représentant nous avaient confié.

Le résultat fut la création de forces armées conjointes. Le mot clé est "conjointes", pas

"unifiées". La configuration des forces armées bosnienne est en fait de type régimentaire,

semblable à celle qui existe au Royaume-Uni et au Canada.

Les structures finales des forces armées du pays seront le reflet de ses structures politiques

finales. Et s’il y a des forces armées conjointes et non des forces armées unifiées,

c’est parce qu’il s’agit d’un pays formé d’éléments conjoints, et non unifiés.

Le niveau d’intégration actuel des forces armées représente le maximum que nous puissions

atteindre pour le moment. Je ne pense pas qu’il faille pousser l’intégration plus loin

maintenant car les forces armées opèrent en fait fondamentalement comme une force armée unique.

Alors, comment la Commission de réforme de la défense, qui était chargée

de faire intervenir les changements nécessaires, a-t-elle abordé cette tâche ?

Comme dans tous les dossiers, tout se résume en général à deux points

-l’argent et les personnes-et c’était là notre défi pratique au début.

Mais je peux dire que nous avons eu beaucoup de chance

parce qu’à l’époque les forces politiques du pays ont fait preuve de beaucoup de souplesse.

Elles comprenaient l’importance de l’enjeu au plan national.

Et nous avons bénéficié d’un soutien très efficace de la part de la communauté internationale,

notamment du haut représentant, de l’OSCE, et de l’OTAN elle-même.

Nous avons mis au point le concept de la réforme de la défense avec nos partenaires locaux.

Nous ne sommes pas arrivés avec un modèle en leur disant voilà ce qu’il faut faire.

Bien au contraire.

Effectivement. Je pense que la première chose dont nous nous sommes rendu compte

c’est qu’il fallait d’abord fixer le contexte politique, et ensuite créer un processus

permettant aux gens du pays eux-mêmes de s’y investir.

Sans ce sentiment d’appropriation locale, nous n’aurions jamais réussi. L’élément

le plus important, ou décisif, a été d’expliquer comment se présentait le contexte général

et de déterminer les intérêts des principaux acteurs du processus,

pour ensuite indiquer comment répondre à ces intérêts par le biais des réformes.

Il y a eu quelques temps faibles en cours de route.

Eh bien il y en a eu deux – dont une pneumonie.

L’autre, curieusement je pense, même si nous nous adressons à la Revue de l’OTAN,

a été je dirais l’absence de reconnaissance par l’Organisation de sa principale réussite ici.

Nous avons rédigé et signé avec les dirigeants politiques, le 18 juillet 2005,

soit une semaine après le 10ème anniversaire de Srebrenica,

l’accord mettant un terme à l’existence de l’armée qui y avait commis le génocide.

C’était un geste voulu et … il n’a pas été reconnu à sa juste valeur par l’OTAN elle-même,

ni par les médias internationaux,

tellement focalisés sur ce qui s’était produit dans le passé qu'ils

sont passés à côté de l’événement le plus important pour l’avenir de la Bosnie-Herzégovine.

Et quelques temps forts.

J’ai même assisté à une réunion au cours de laquelle

le président de la Republika Srpska expliquait aux autres responsables politiques,

bosniaques et croates, ce qu’était le système régimentaire.

Et j’y ai vu comme une sorte de point culminant.

La réforme de la défense a complètement modifié l’image des militaires en Bosnie-Herzégovine.

Par exemple, l'armée a récemment fait, pour la première fois, de la publicité pour recruter.

Plus de 3.000 candidatures ont été reçues pour les 300 postes du niveau d’entrée vacants.

La moitié environ des candidats étaient titulaires d’un diplôme universitaire.

Ce sont des personnes qui savent qu’elles rejoignent une armée multiethnique.

Cela ne leur pose pas de dilemme.

Et j’ai parlé également des candidatures posées pour des postes de l’autre côté.

Cela montre qu’il n’y a pas de risque au niveau de la sécurité, que le fait de se trouver

dans d’autres parties de leur propre pays pour y travailler ne leur pose pas de problème,

chose que nous n’avons jamais constatée de cette manière pour d’autres grandes réformes.

Ramener les forces armées de Bosnie de plusieurs centaines

de milliers d’hommes à 9.000 hommes environ signifiait

qu’il allait falloir prendre des dispositions pour les milliers d’hommes et de femmes

qui allaient se retrouver sans emploi.

On peut citer parmi les dispositions prises un fonds d’affectation spéciale de l’OTAN

destiné à les aider à obtenir de nouvelles qualifications et de nouveaux emplois.

Dès le début du processus de réforme de la défense, nous avons été particulièrement

attentifs à la nécessité de s’occuper des militaires et des fonctionnaires de la défense

déclarés en surnombre, en prévoyant des programmes qui

soit leur accorderaient une prime pour faciliter la transition,

soit leur assureraient la formation et l’entraînement dont ils

auraient besoin pour devenir des membres productifs de la société civile.

Mais les dispositions prises, notamment au niveau des entités,

n’ont pas nécessairement toutes constitué la meilleure solution.

Ce qui me préoccupe c’est que les montants consacrés aux

militaires démobilisés, aux vétérans et aux handicapés de guerre

sont au moins deux ou trois fois plus élevés que le budget de la défense proprement dit.

Dans la Fédération, l’origine du problème réside

dans une loi adoptée avant les dernières élections générales, qui promettait en fait

à tout militaire handicapé, à tout vétéran démobilisé se retrouvant sans emploi une allocation

mensuelle, sans exigences en matière de formation professionnelle, de recherche d’emploi

ou de mise au travail dans le cadre de la construction des infrastructures, rien de tel.

Et, oh surprise, le nombre de vétérans sans emploi a en fait augmenté

de quarante ou cinquante mille au cours des mois qui ont suivi l’adoption de cette loi.

Et de surcroît, on s’est aperçu qu’il y a aujourd’hui plus de vétérans

qu’il y en avait en fait à la fin de la guerre.

Alors que la Bosnie édifie ses forces de sécurité, l’une des questions clés est la suivante :

« Quelle est la menace la plus importante pour le pays aujourd’hui en termes de sécurité? »

Je vais dire une chose qui paraîtra peut-être surprenante pour beaucoup de gens.

Mon sentiment personnel est que c’est le système d’éducation

qui représente l’une des plus grandes menaces pour la sécurité du pays.

D’un point de vue générationnel…pour la génération qui arrive,

la guerre a commencé il y a 16 ans, de sorte que

beaucoup de personnes ont en fait été éduquées dans des écoles appliquant la ségrégation.

Et il existe toujours une ségrégation au niveau de la scolarité. Alors, si les enfants

grandissent dans des systèmes différents, en apprenant des versions différentes du passé,

les problèmes s’accumulent pour l’avenir.

Un sondage récent, ou pas si récent, effectué par le laboratoire PRISM fait apparaître

une augmentation du nombre de personnes qui pourraient en principe prendre les armes

soit pour protéger la Bosnie-Herzégovine soit pour défaire le pays.

Malgré ces divisions, peu de gens s’attendent à ce que l'on

en arrive à quoi que ce soit qui ressemble au conflit que la Bosnie a traversé dans le passé.

Non. Il n’y a pas de « machine » susceptible d’engendrer une nouvelle guerre dans le pays.

Mais il y a toujours un potentiel susceptible de générer de nouveaux conflits, plus réduits.

Toute entreprise réussie est importante pour la cohésion sociale et pour l’intégration de la

société. Et dans cette optique, je pense que ce processus est très positif pour l’intégration.

La réforme de la défense en Bosnie a été réalisée à la fois avec l’aide et,

dans un certain sens, en direction de la communauté internationale.

Dans quelle mesure celle-ci a-t-elle été convaincue que la

Bosnie est prête à rejoindre les organisations internationales ?

S’il ne tenait qu’au ministre des Affaires étrangères ou au

ministre de la Défense du pays, la Bosnie ferait partie de l’OTAN l’année prochaine.

Nous sommes tous conscients qu’il faudra davantage de temps. Mais

compte tenu de ce soutien politique, et avec l’aide du quartier général de l’OTAN à Sarajevo,

je suis certain que le pays continuera sur la voie de l’appartenance à l’OTAN

et sera, espérons-le, invité à adhérer à l’Alliance dès que ce sera politiquement possible.

Nous avons la chance qu’à l’heure actuelle la majorité de la

population soit, je pense, favorable à une telle adhésion.

Les progrès sont tels en termes de réforme de la défense

qu’il n’est pas irréaliste de penser, par exemple, que l'inclusion

du pays dans le Plan d’action pour l’adhésion pourrait intervenir l’année prochaine ou en 2010.

C’est une évolution très satisfaisante par rapport à d’autres pays de la région.

D’aucuns considèrent que les choses ne sauraient aller assez vite.

En tant qu’homme relativement jeune, je suis impatient. Je ne

veux pas faire partie de l'Union européenne ou de l’OTAN lorsque je serai retraité.

Je voudrais profiter de l’UE et de l’OTAN un peu plus tôt.

Les forces armées ont fait du chemin depuis les débuts de la réforme de la défense.

Quelle est l’étape suivante ?

Il me semble que nous avons atteint une sorte de seuil au-delà duquel

on va soit vers des forces armées unifiées,

soit vers un retour à des armées divisées.

Et au cours des prochains… des mois à venir,

la question va, à mon sens, se poser de plus en plus.

L’étape suivante qui est… ou qui a été examinée par certains hommes politiques

et responsables internationaux... est la démilitarisation complète du pays.

Mais il faut dire qu’elle est hautement improbable

tant qu’il y aura des armées en place dans les pays voisins.

Quoiqu'il puisse se passer ensuite, les forces bosniennes ont été un exemple très marquant

de la manière dont un pays peut effectivement adopter des mesures importantes

pour prendre ses distances avec son passé et s’orienter vers un avenir meilleur.

Pour moi les forces armées bosniennes s’inscrivent au sein d’une force militaire unique, dont

la création et la poursuite de l’édification sont un élément de pointe du changement social du

pays, et dont les membres, bien qu’ils soient issus de contextes ethniques différents

et qu’ils aient servi dans des camps différents pendant ce conflit récent,

portent aujourd’hui fièrement le même uniforme.

Et à ce titre elles me remplissent de confiance et d’optimisme

vis-à-vis de l’avenir de la Bosnie-Herzégovine.

Les forces armées ont joué un rôle clé

au cours du conflit qui a failli déchirer la Bosnie-Herzégovine dans les années 1990.

Après la guerre, l’une des tâches les plus urgentes, mais gigantesque, à mener à bien

était la création d’une armée pour le nouveau pays.

Il fallait en fait rassembler des militaires qui, peu de temps auparavant, se combattaient.

Cette réforme de la défense ne fut ni rapide ni facile,

mais elle fut, d’après les intervenants internationaux et locaux, une réussite.

Je pense qu’elle est allée plus loin que nous pensions qu’elle aurait pu aller.

Je suis complètement d’accord: ce fut la plus grande avancée depuis l’Accord de Dayton.

En matière de réforme de la défense, un sacré bout de chemin a été parcouru.

Jusqu’ici c’est incontestablement une très belle réussite.

En ce qui concerne la réforme de la défense, on peut dire que c’est l’une des réussites

que l’on peut attribuer tant aux dirigeants locaux qu’à la communauté internationale.

Les résultats de la réforme de la défense vont bien au-delà du

fait d’avoir amené des militaires qui auparavant se faisaient la guerre à travailler ensemble.

On peut notamment mesurer le chemin parcouru au fait que des militaires bosniens font

partie des forces de maintien de la paix dans des endroits tels que l’Iraq et le Congo.

Ce qui s’est produit, c’est que trois forces armées distinctes ont finalement

été regroupées au sein d’une armée unique formée de forces conjointes en Bosnie-Herzégovine.

Et c’est vraiment une avancée considérable.

C’est aussi une professionnalisation de l’armée, avec une réduction massive des effectifs.

Le mandat initial de la réforme de la défense portait sur la création d’une structure

avec un effectif, un budget et une logistique uniques.

Il était également prévu d’abolir les ministères de la défense des deux entités du pays,

la Republika Srpska et la Fédération bosno-croate.

Mais au bout de quatre mois, une réelle envie d’aller, en quelque sorte,

au bout de l’effort et de créer une véritable force militaire unique s’est manifestée,

du moins dans la mesure où cela s’avérait possible en Bosnie-Herzégovine.

Et nous y sommes arrivés.

Nous avons donc été bien plus loin que ce qui figurait dans le mandat écrit

que l’OTAN et le haut représentant nous avaient confié.

Le résultat fut la création de forces armées conjointes. Le mot clé est "conjointes", pas

"unifiées". La configuration des forces armées bosnienne est en fait de type régimentaire,

semblable à celle qui existe au Royaume-Uni et au Canada.

Les structures finales des forces armées du pays seront le reflet de ses structures politiques

finales. Et s’il y a des forces armées conjointes et non des forces armées unifiées,

c’est parce qu’il s’agit d’un pays formé d’éléments conjoints, et non unifiés.

Le niveau d’intégration actuel des forces armées représente le maximum que nous puissions

atteindre pour le moment. Je ne pense pas qu’il faille pousser l’intégration plus loin

maintenant car les forces armées opèrent en fait fondamentalement comme une force armée unique.

Alors, comment la Commission de réforme de la défense, qui était chargée

de faire intervenir les changements nécessaires, a-t-elle abordé cette tâche ?

Comme dans tous les dossiers, tout se résume en général à deux points

-l’argent et les personnes-et c’était là notre défi pratique au début.

Mais je peux dire que nous avons eu beaucoup de chance

parce qu’à l’époque les forces politiques du pays ont fait preuve de beaucoup de souplesse.

Elles comprenaient l’importance de l’enjeu au plan national.

Et nous avons bénéficié d’un soutien très efficace de la part de la communauté internationale,

notamment du haut représentant, de l’OSCE, et de l’OTAN elle-même.

Nous avons mis au point le concept de la réforme de la défense avec nos partenaires locaux.

Nous ne sommes pas arrivés avec un modèle en leur disant voilà ce qu’il faut faire.

Bien au contraire.

Effectivement. Je pense que la première chose dont nous nous sommes rendu compte

c’est qu’il fallait d’abord fixer le contexte politique, et ensuite créer un processus

permettant aux gens du pays eux-mêmes de s’y investir.

Sans ce sentiment d’appropriation locale, nous n’aurions jamais réussi. L’élément

le plus important, ou décisif, a été d’expliquer comment se présentait le contexte général

et de déterminer les intérêts des principaux acteurs du processus,

pour ensuite indiquer comment répondre à ces intérêts par le biais des réformes.

Il y a eu quelques temps faibles en cours de route.

Eh bien il y en a eu deux – dont une pneumonie.

L’autre, curieusement je pense, même si nous nous adressons à la Revue de l’OTAN,

a été je dirais l’absence de reconnaissance par l’Organisation de sa principale réussite ici.

Nous avons rédigé et signé avec les dirigeants politiques, le 18 juillet 2005,

soit une semaine après le 10ème anniversaire de Srebrenica,

l’accord mettant un terme à l’existence de l’armée qui y avait commis le génocide.

C’était un geste voulu et … il n’a pas été reconnu à sa juste valeur par l’OTAN elle-même,

ni par les médias internationaux,

tellement focalisés sur ce qui s’était produit dans le passé qu'ils

sont passés à côté de l’événement le plus important pour l’avenir de la Bosnie-Herzégovine.

Et quelques temps forts.

J’ai même assisté à une réunion au cours de laquelle

le président de la Republika Srpska expliquait aux autres responsables politiques,

bosniaques et croates, ce qu’était le système régimentaire.

Et j’y ai vu comme une sorte de point culminant.

La réforme de la défense a complètement modifié l’image des militaires en Bosnie-Herzégovine.

Par exemple, l'armée a récemment fait, pour la première fois, de la publicité pour recruter.

Plus de 3.000 candidatures ont été reçues pour les 300 postes du niveau d’entrée vacants.

La moitié environ des candidats étaient titulaires d’un diplôme universitaire.

Ce sont des personnes qui savent qu’elles rejoignent une armée multiethnique.

Cela ne leur pose pas de dilemme.

Et j’ai parlé également des candidatures posées pour des postes de l’autre côté.

Cela montre qu’il n’y a pas de risque au niveau de la sécurité, que le fait de se trouver

dans d’autres parties de leur propre pays pour y travailler ne leur pose pas de problème,

chose que nous n’avons jamais constatée de cette manière pour d’autres grandes réformes.

Ramener les forces armées de Bosnie de plusieurs centaines

de milliers d’hommes à 9.000 hommes environ signifiait

qu’il allait falloir prendre des dispositions pour les milliers d’hommes et de femmes

qui allaient se retrouver sans emploi.

On peut citer parmi les dispositions prises un fonds d’affectation spéciale de l’OTAN

destiné à les aider à obtenir de nouvelles qualifications et de nouveaux emplois.

Dès le début du processus de réforme de la défense, nous avons été particulièrement

attentifs à la nécessité de s’occuper des militaires et des fonctionnaires de la défense

déclarés en surnombre, en prévoyant des programmes qui

soit leur accorderaient une prime pour faciliter la transition,

soit leur assureraient la formation et l’entraînement dont ils

auraient besoin pour devenir des membres productifs de la société civile.

Mais les dispositions prises, notamment au niveau des entités,

n’ont pas nécessairement toutes constitué la meilleure solution.

Ce qui me préoccupe c’est que les montants consacrés aux

militaires démobilisés, aux vétérans et aux handicapés de guerre

sont au moins deux ou trois fois plus élevés que le budget de la défense proprement dit.

Dans la Fédération, l’origine du problème réside

dans une loi adoptée avant les dernières élections générales, qui promettait en fait

à tout militaire handicapé, à tout vétéran démobilisé se retrouvant sans emploi une allocation

mensuelle, sans exigences en matière de formation professionnelle, de recherche d’emploi

ou de mise au travail dans le cadre de la construction des infrastructures, rien de tel.

Et, oh surprise, le nombre de vétérans sans emploi a en fait augmenté

de quarante ou cinquante mille au cours des mois qui ont suivi l’adoption de cette loi.

Et de surcroît, on s’est aperçu qu’il y a aujourd’hui plus de vétérans

qu’il y en avait en fait à la fin de la guerre.

Alors que la Bosnie édifie ses forces de sécurité, l’une des questions clés est la suivante :

« Quelle est la menace la plus importante pour le pays aujourd’hui en termes de sécurité? »

Je vais dire une chose qui paraîtra peut-être surprenante pour beaucoup de gens.

Mon sentiment personnel est que c’est le système d’éducation

qui représente l’une des plus grandes menaces pour la sécurité du pays.

D’un point de vue générationnel…pour la génération qui arrive,

la guerre a commencé il y a 16 ans, de sorte que

beaucoup de personnes ont en fait été éduquées dans des écoles appliquant la ségrégation.

Et il existe toujours une ségrégation au niveau de la scolarité. Alors, si les enfants

grandissent dans des systèmes différents, en apprenant des versions différentes du passé,

les problèmes s’accumulent pour l’avenir.

Un sondage récent, ou pas si récent, effectué par le laboratoire PRISM fait apparaître

une augmentation du nombre de personnes qui pourraient en principe prendre les armes

soit pour protéger la Bosnie-Herzégovine soit pour défaire le pays.

Malgré ces divisions, peu de gens s’attendent à ce que l'on

en arrive à quoi que ce soit qui ressemble au conflit que la Bosnie a traversé dans le passé.

Non. Il n’y a pas de « machine » susceptible d’engendrer une nouvelle guerre dans le pays.

Mais il y a toujours un potentiel susceptible de générer de nouveaux conflits, plus réduits.

Toute entreprise réussie est importante pour la cohésion sociale et pour l’intégration de la

société. Et dans cette optique, je pense que ce processus est très positif pour l’intégration.

La réforme de la défense en Bosnie a été réalisée à la fois avec l’aide et,

dans un certain sens, en direction de la communauté internationale.

Dans quelle mesure celle-ci a-t-elle été convaincue que la

Bosnie est prête à rejoindre les organisations internationales ?

S’il ne tenait qu’au ministre des Affaires étrangères ou au

ministre de la Défense du pays, la Bosnie ferait partie de l’OTAN l’année prochaine.

Nous sommes tous conscients qu’il faudra davantage de temps. Mais

compte tenu de ce soutien politique, et avec l’aide du quartier général de l’OTAN à Sarajevo,

je suis certain que le pays continuera sur la voie de l’appartenance à l’OTAN

et sera, espérons-le, invité à adhérer à l’Alliance dès que ce sera politiquement possible.

Nous avons la chance qu’à l’heure actuelle la majorité de la

population soit, je pense, favorable à une telle adhésion.

Les progrès sont tels en termes de réforme de la défense

qu’il n’est pas irréaliste de penser, par exemple, que l'inclusion

du pays dans le Plan d’action pour l’adhésion pourrait intervenir l’année prochaine ou en 2010.

C’est une évolution très satisfaisante par rapport à d’autres pays de la région.

D’aucuns considèrent que les choses ne sauraient aller assez vite.

En tant qu’homme relativement jeune, je suis impatient. Je ne

veux pas faire partie de l'Union européenne ou de l’OTAN lorsque je serai retraité.

Je voudrais profiter de l’UE et de l’OTAN un peu plus tôt.

Les forces armées ont fait du chemin depuis les débuts de la réforme de la défense.

Quelle est l’étape suivante ?

Il me semble que nous avons atteint une sorte de seuil au-delà duquel

on va soit vers des forces armées unifiées,

soit vers un retour à des armées divisées.

Et au cours des prochains… des mois à venir,

la question va, à mon sens, se poser de plus en plus.

L’étape suivante qui est… ou qui a été examinée par certains hommes politiques

et responsables internationaux... est la démilitarisation complète du pays.

Mais il faut dire qu’elle est hautement improbable

tant qu’il y aura des armées en place dans les pays voisins.

Quoiqu'il puisse se passer ensuite, les forces bosniennes ont été un exemple très marquant

de la manière dont un pays peut effectivement adopter des mesures importantes

pour prendre ses distances avec son passé et s’orienter vers un avenir meilleur.

Pour moi les forces armées bosniennes s’inscrivent au sein d’une force militaire unique, dont

la création et la poursuite de l’édification sont un élément de pointe du changement social du

pays, et dont les membres, bien qu’ils soient issus de contextes ethniques différents

et qu’ils aient servi dans des camps différents pendant ce conflit récent,

portent aujourd’hui fièrement le même uniforme.

Et à ce titre elles me remplissent de confiance et d’optimisme

vis-à-vis de l’avenir de la Bosnie-Herzégovine.

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