Interview
Considérer la science en termes de sécurité


Tom Lantos, président de la Commission des relations internationales du Congrès américain
(© AP / Reporters )
Tom Lantos, membre de la Chambre des représentants des Etats-Unis et Président de la Commission des relations internationales du Congrès américain, explique à La Revue de l’OTAN comment il voit l’évolution du rôle de l’OTAN et ce que l’organisation et ses membres peuvent faire en matière de sécurité énergétique, un domaine dont l’importance ne cesse de croître.


La Revue de l’OTAN : Pour commencer, pourriez-vous nous faire part de votre opinion générale sur l’état actuel de l’OTAN et des relations transatlantiques, de façon plus générale ? Dans quelle mesure le fait que vous soyez né en Europe et que vous ayez vécu la Deuxième Guerre mondiale influence-t-il votre opinion quant à l’importance de la coopération américano-européenne ?
TOM LANTOS : Tout au long de la Guerre froide, les États-Unis et l’Europe ont été unis pour s’opposer à la menace de l’Union soviétique. Ces relations étaient renforcées par la conviction partagée que le communisme représentait une menace existentielle pour les fondements mêmes de la liberté de l’homme. Toutefois, à la suite de la disparition de cette force unificatrice, l’Alliance transatlantique s’est affaiblie et doit désormais être revitalisée.

L’OTAN et ses pays membres sont confrontés à un choix difficile : l’Alliance peut évoluer pour devenir un partenaire militaire fiable des États-Unis, s’opposant au terrorisme et aux régimes voyous qui menacent les citoyens de part et d’autre de l’Atlantique.

Ou elle peut se résumer à une série de gouvernements, qui ne sont engagés qu’en paroles envers la défense commune, tandis que leurs pays respectifs s’attaquent ou non aux défis sécuritaires issus de l’après-11 septembre.

Ces relations peuvent être revitalisées en Afghanistan, puisqu’une victoire de l’OTAN dans ce pays pourrait assurer sa pérennité, en apportant la preuve de la poursuite de sa pertinence dans le monde de l’après-Guerre froide.

Les États-Unis devraient également continuer à collaborer avec l’Union européenne dans les régions où la liberté est étouffée, d’où l’importance, notamment, d’une solution pour le statut final du Kosovo et les défis croissants posés par une Russie riche en énergie.

LRO : Quel est, à votre avis, l’importance du rôle que l’OTAN devrait jouer dans les questions liées à la sécurité énergétique ?
LANTOS : Chacun des États membres de l’OTAN a intérêt à la création d’un cadre adapté de sécurité énergétique. La sécurité énergétique peut jouer un rôle important dans les questions sécuritaires et géopolitiques au sens large pour l’Europe et l’Amérique du Nord, et elle devrait donc être une priorité pour l’Alliance.

LRO : Avez-vous confiance en la Russie en tant que partenaire énergétique fiable ?
LANTOS : La Russie adopte une attitude de plus en plus agressive en matière de politique énergétique, à la suite de son boom économique basé sur l’énergie. Je partage les préoccupations de nombreux pays européens lorsque la Russie utilise ses ressources énergétiques pour assujettir ses voisins à sa volonté politique, surtout en interrompant la fourniture de gaz naturel à d’anciennes républiques soviétiques en plein cœur de l’hiver.

La question ne consiste pas à savoir si l’Afghanistan aboutira à un échec, mais si les Etats-Unis empêcheront cet échec virtuellement à eux seuls ou en totale collaboration avec tous les Alliés de l’OTAN
J’ai vigoureusement critiqué les manœuvres à motivation politique du président Poutine pour démanteler Yukos et centraliser le contrôle au Kremlin. Elles contribuent à la tendance croissante à un nationalisme des ressources parmi les pays riches en énergie.

Je pense toutefois que les Russes finiront par se rendre compte que la confiance à court terme générée par des prix élevés de l’énergie n’est pas dans leur intérêt politique et sécuritaire à long terme et qu’ils reconnaîtront que leur avenir réside dans des relations respectueuses, en coopération, avec les États-Unis et l’Europe.

LRO : La sauvegarde de l’énergie représente-t-elle une question de sécurité ? Si tel est le cas, l’OTAN devrait-elle être impliquée dans la sauvegarde de l’énergie alliée par le biais d’un partage des informations et de mesures similaires ?
LANTOS : La sauvegarde de l’énergie est très certainement une question de sécurité ; la réduction de notre consommation énergétique diminue notre dépendance par rapport aux ressources d’autres pays, en particulier lorsqu’ils sont instables, et nous aide à satisfaire nos besoins énergétiques. Cette sauvegarde peut jouer un rôle en assurant la sécurité énergétique de nombreux membres de l’OTAN. Il n’est pas sûr, cependant, que l’Alliance soit l’organisation la mieux équipée pour s’attaquer à ces questions.

LRO : Quelle est l’importance du financement et du développement de technologies alternatives, telles que celles liées aux énergies solaire, éolienne, basée sur l’hydrogène et photovoltaïque ?
LANTOS : Le financement et le développement de technologies alternatives telles que celles que vous venez de mentionner sont importants, car ils contribuent à notre sécurité énergétique. La loi sur l’énergie HR-3221, récemment adoptée par la chambre des représentants et dont j’ai coparrainé l’intitulé soigneusement pesé au niveau des Affaires étrangères, assure des mesures de ce type.

LRO : Pensez-vous que l’OTAN devrait jouer un plus grand rôle au Moyen-Orient, étant donné l’importance de cette région pour des questions liées à la sécurité énergétique ?
LANTOS : Les efforts de l’OTAN en Afghanistan depuis 2001 démontrent que les Américains et les Européens sont désireux de mener de dures opérations de combat en dehors d’Europe. Le plus gros défi auquel l’OTAN est confrontée pour l’instant – qui constitue également la plus grande opportunité d’action sérieuse et efficace – est d’ailleurs la mission en Afghanistan.

La question ne consiste pas à savoir si l’Afghanistan, qui est la plus ambitieuse mission de l’OTAN depuis sa fondation en 1949, aboutira à un échec, mais si les Etats-Unis empêcheront cet échec virtuellement à eux seuls ou en totale collaboration avec tous les Alliés de l’OTAN.



Je pense que les Russes finiront par se rendre compte que la confiance à court terme générée par des prix élevés de l’énergie n’est pas dans leur intérêt politique et sécuritaire à long
Alors que des représentants de nombreux pays de l’OTAN se battent et meurent en Afghanistan, bien plus de pays imposent des restrictions quant aux opérations de leurs troupes ou s’abstiennent de s’engager activement dans un pays dont la stabilité et la réussite ont des implications tant pour l’Europe que pour les États-Unis.

Des troupes néerlandaises, britanniques, danoises et canadiennes sont activement engagées dans des combats dangereux, mais la mission exige davantage de soutien d’autres troupes européennes.

LRO : Quel rôle éventuel pensez-vous que l’OTAN devrait jouer pour faire face à l’Iran quant à son programme nucléaire ?
LANTOS : Il est de plus en plus important pour l’OTAN et ses pays membres de définir le rôle que l’Alliance est capable – ou désireuse – de jouer dans les conflits militaires en dehors des confins relativement pacifiques de l’Europe. Ils doivent comprendre la définition de plus en plus large du terme « invasion », car des groupes terroristes peuvent envahir un pays sans recourir à une armée traditionnelle.

Ils doivent également accepter la portée géographique croissante des pays dangereux qui développent des armes de destruction massive ou mettent à la disposition d’autres pays la technologie des armes nucléaires.
...début...