Chronique littéraire
Patrick Stephenson se penche sur « NATO’s new mission » de Rebecca Moore et analyse cet ouvrage pour voir s’il fournit une image complète de la voie vers laquelle se dirige l’Alliance.
L’ouvrage de Rebecca Moore intitulé « NATO’s New Mission » s’intéresse de manière approfondie à l’histoire de l’Alliance transatlantique depuis la fin de la Guerre froide. L’auteur parvient à se mettre à la place des décideurs politiques contraints par les événements à transformer l’OTAN. Et elle montre la manière dont ces événements ont exigé le renoncement à une Alliance statique dissuadant une menace soviétique monolithique pour la remplacer par une force institutionnelle dynamique, assurant l’extension et la préservation des valeurs libérales de l’Occident en Europe orientale et au-delà.

L’histoire intellectuelle et diplomatique est ici retracée de manière particulièrement rigoureuse. Pour certains chapitres, on compte plusieurs centaines de notes de bas de pages.

Une lecture attentive de la section consacrée aux « Notes » montre d’ailleurs que le docteur Moore a étudié la plupart, voire tous, les documents officiels de l’OTAN.

En plus de cela, elle a lu beaucoup de travaux universitaires importants, d’innombrables articles de grands organes de presse, de même que de nombreuses déclarations alliées et des interviews de pratiquement tous les responsables de l’OTAN concernés, tant en charge que travaillant à l’arrière-plan.

Bref, le docteur Moore a magistralement réalisé son « devoir » sur l’Alliance. Et, pour cette raison, quiconque étudie les questions liées à l’OTAN verra, grâce à cet ouvrage, son propre travail facilité.

L’image qui se dégage de cette montagne de recherches révèle une OTAN de plus en plus orientée politiquement dans sa mission. Le docteur Moore nous montre que cela s’explique essentiellement par le fait que les dirigeants politiques et intellectuels alliés en sont venus à comprendre que les menaces de plus en plus complexes et asymétriques auxquelles l’Alliance est confrontée exigent des réactions aussi bien politiques que purement militaires. Il s’agit-là de l’essence même de l’ « approche complète », qui est désormais devenue synonyme des activités de l’Alliance.

L’avantage de cette vue panoramique des événements réside dans le fait qu’elle cartographie l’évolution intellectuelle des commentateurs et des décideurs politiques depuis le début des années 1990. Le docteur Moore démontre que la nouvelle certitude de l’OTAN concernant sa finalité a été à la base du rôle croissant de l’Alliance au sein du monde de l’après-11 septembre.

Au cœur de cette prise de conscience graduelle par les Alliés du maintien de l’utilité de l’Alliance figure l’idée, exprimée par l’ancien Secrétaire général de l’OTAN Javier Solana, suivant laquelle la sécurité est « ce que nous en faisons » : des institutions adéquates, basées sur des valeurs adéquates, peuvent édifier la sécurité et la stabilité que nous désirons. Parallèlement, des arguments réalistes de sceptiques, qui prédisaient la dissolution de l’Alliance ou s’opposaient à son élargissement, sont dûment relevés et écartés.

Ce point de vue présente, toutefois, deux désavantages majeurs.

En premier lieu, le portrait qui se dégage se contente de décrire plutôt que de prescrire. Il se borne à examiner le passé et le cheminement de l’Alliance, plutôt que de décrire la manière dont elle doit évoluer. Il n’y a aucune recommandation concrète pour les décideurs politiques, si ce n’est une exhortation à l’Alliance transatlantique de continuer à évoluer aussi bien du point de vue politique que militaire.

Qui plus est, on constate une inévitable vacuité au niveau de cette analyse centrée sur le Siège de l’OTAN. On peut se demander si la véritable situation de l’OTAN n’est pas différente des scénarios présentés par l’Alliance et les décideurs politiques alliés.

Si le lecteur bénéficie des commentaires approfondis de parties prenantes au processus, qu’en pensent celles qui ne le sont pas et qui relèvent du nébuleux « hors zone » qui préoccupe tellement l’OTAN ?

L’étude de diverses recherches sur le terrain, examinant directement le travail de l’Alliance en Afghanistan, en Iraq et ailleurs, aurait pu permettre de vérifier les incessantes déclarations optimistes provenant du Siège de l’OTAN. L’absence de cette perspective confère une arme de poids à ceux qui souhaitent attaquer la thèse du docteur Moore, car ils auront beau jeu de la qualifier d’étrangère aux réalités sur le terrain.

En dépit des nombreuses qualités de ce travail, un dernier reproche consiste à dire que les absents de cette histoire sont précisément les acteurs appelés à jouer le rôle le plus essentiel dans la « nouvelle mission » de l’OTAN, à savoir les Partenaires actuels ou potentiels, les Afghans, les Moyens-Orientaux, les Australiens, les Japonais et d’autres. C’est pourquoi, l’on peut dire que cet ouvrage parle davantage de la manière dont l’Alliance aimerait se voir à l’avenir que de celle dont elle est appelée à évoluer dans la réalité.

La plus grande vertu de ce livre consiste à offrir une excellente histoire diplomatique de l’Alliance depuis la fin de la Guerre froide. Il présente de solides arguments en faveur du maintien de la pertinence de l’OTAN, qui séduiront les partisans des relations transatlantiques.

Le livre du docteur Moore présente toutefois le défaut de manquer d’imagination et de se contenter de reformuler des phrases simplement collationnées.

Un ouvrage plus étoffé et, en fin de compte, plus complet pourrait non seulement traiter de l’OTAN telle qu’elle se voit, mais également du point de vue du monde qui l’entoure.

Ce sera peut-être le thème du prochain livre de Rebecca Moore.
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