Résumés

L'OTAN renouvelée

Sten Rynning

Après la fin de la Guerre froide, l'absence de menace stratégique a été à l'origine des efforts visant à faire de l'OTAN une organisation de sécurité collective, invoquant la légitimité de son action en termes de valeurs universelles. Cependant, suite à l'intervention au Kosovo en 1999, les Alliés ont constaté que les valeurs ne sont pas un substitut à la politique, ni aux intérêts qu'elles génèrent. L'Alliance doit plutôt agir avec souplesse, dans le cadre de coalitions motivées par les intérêts et les capacités. Certains font valoir que l'OTAN doit céder la place à un partenariat reposant sur deux piliers entre les États-Unis et l'Union européenne, mais l'UE n'est pas une alternative à l'Alliance. Plusieurs facteurs, dont la modernisation militaire en cours et de nouveaux partenariats mondiaux, permettent le renouveau de l'OTAN. L'Alliance devrait toutefois s'abstenir de signaler automatiquement la possibilité d'adhésion à part entière aux nouveaux partenaires, car une OTAN trop étendue perdrait sa détermination. Un dialogue stratégique sérieux doit s'appuyer sur des partenariats mondiaux.

Transformer notre vision de la sécurité

Amiral Giampaolo di Paola

Les attentats terroristes du 11 septembre demeureront dans notre mémoire collective comme l'événement à l'origine d'une nouvelle révolution en matière de sécurité. Les causes de cette révolution sont complexes et tendent à consolider un noyau de pays avancés, tout en marginalisant plus encore une périphérie d'États pauvres et en déliquescence. L'instabilité tend à survenir au sein de la zone qui sépare ces deux régions géopolitiques contrastées. Un changement révolutionnaire de notre sécurité doit prendre en compte le rôle croissant des organisations internationales et les opportunités de consultations implicites à l'Article 4 du Traité de l'Atlantique Nord. La révolution sécuritaire aura également un impact sur les opérations militaires, appelées à se poursuivre même après la défaite de l'ennemi, qui appartient à la société que nous souhaitons stabiliser. Appelée transformation, la nouvelle approche de la sécurité est une véritable révolution conceptuelle, en termes d'organisation, de capacités, de formation et de doctrine. Les forces armées italiennes accélèrent leur transformation, afin de continuer à contribuer aux déploiements en faveur de la sécurité internationale.

L'évaluation de la transformation de l'OTAN

Mario Bartoli

Le Sommet de Riga sera l'occasion de faire le point sur les efforts de l'OTAN pour renforcer sa réaction face aux nouveaux défis pour la sécurité. Les opérations en cours de l'Alliance en Afghanistan, sa mission de formation en Iraq et les récentes opérations humanitaires menées au Pakistan démontrent qu'une réorientation vers des missions expéditionnaires est d'ores et déjà engagée, mais l'Alliance doit être sûre de disposer des capacités adéquates pour mener ses opérations actuelles et futures. Ces capacités incluent la Force de réaction de l'OTAN ; un programme de Défense contre le terrorisme, qui dynamise les capacités des gouvernements, de l'industrie, des scientifiques et des chercheurs nationaux ; le développement de la Surveillance terrestre, qui représente le plus vaste programme jamais mené par l'OTAN ; et un programme de Défense active multicouche contre les missiles balistiques de théâtre, qui fournira une protection à nos troupes sur le terrain face aux missiles à courte portée. Le transport aérien stratégique représente potentiellement le talon d'Achille de l'Alliance au niveau des capacités. Des discussions sont en cours à propos d'une initiative portant sur la création d'une Capacité de transport aérien stratégique OTAN, composée d'une flotte multinationale de C-17, utilisée par les pays membres participants. La transformation de l'Alliance est désormais un fait accompli, mais elle ne sera jamais complètement achevée, car le processus doit être permanent, face aux constantes mutations de l'environnement sécuritaire.

Le mythe de Sisyphe et la NRF

Robert Bell

Au Sommet de Riga, en novembre 2006, les dirigeants de l'Alliance pourraient penser que la Force de réaction de l'OTAN (NRF) a atteint les niveaux de capacité requis. Ce serait une erreur. À l'instar de Sisyphe, le personnage de la mythologie grecque condamné à faire rouler sur la pente d'une montagne un rocher qui retombait toujours avant d'avoir atteint le sommet, l'OTAN semble vouée à une pénurie d'effectifs à chaque rotation semestrielle de la NRF, à moins que les États membres souscrivent de nouveaux engagements. Parmi les raisons de cette situation figurent des « retards de mise en ouvre », résultant directement de la diminution des budgets de défense dans la plupart des États européens ; une concurrence pour les forces entre l'Union européenne, les Nations Unies et l'OTAN ; des désaccords sur les missions NRF ; et des différends relatifs aux dispositions de financement. Comme le notait l'écrivain français Albert Camus, quand Sisyphe prend conscience de son destin, la futilité de ses efforts atteint le niveau de la tragédie. Si l'Alliance se concentre sur la NRF sans identifier de solutions aux problèmes de cette initiative essentielle pour la transformation, le résultat ne sera pas simplement absurde, mais également tragique.

La défense antimissile à l'ordre du jour de l'OTAN

David S. Yost

Les défenses antimissiles « sur tout le spectre de conflits » qui protègent les villes et le territoire de l'OTAN pourraient permettre à celle-ci de négocier les crises avec une fermeté et une solidarité plus grandes, et même de dissuader des adversaires d'acquérir des missiles balistiques pouvant être utilisés pour menacer les pays alliés. Les avantages potentiels de la défense antimissile « sur tout le spectre de conflits » sont, toutefois, souvent perdus de vue, car experts et responsables débattent de nombreuses questions sans solution. Ces questions couvrent le commandement et le contrôle, la priorité d'affectation de ressources limitées à la défense antimissile, la perspective de maintenir la dépendance des Alliés par rapport aux capacités américaines, le problème des débris résultant d'interceptions réussies de missiles ennemis armés d'ADM, les options de réaction ennemies, les transferts de technologie, les coûts, l'évaluation de la menace, les priorités à accorder à l'architecture de la défense antimissile et les réactions éventuelles de la Russie et de la Chine. Le problème de coût le plus grave est peut-être lié au fait que les dépenses de défense de la plupart des gouvernements alliés sont faibles et que ces gouvernements ont d'autres priorités militaires urgentes. L'expression du soutien de l'OTAN à une défense antimissile « sur tout le spectre de conflits » pourrait contribuer à la création d'un cadre concret pour de futures initiatives en matière de défense antimissile et être considérée par des adversaires potentiels comme un signe de la détermination de l'Alliance.

Le renouvellement des partenariats avec l'Asie centrale

Richard Weitz

Après les attentats terroristes du 11 septembre, l'OTAN a semblé prête à devenir le principal acteur institutionnel pour les affaires de sécurité en Asie centrale. L'Opération Enduring Freedom en Afghanistan a entraîné un accroissement majeur de la présence militaire de l'Alliance dans cette région et, lors du Sommet d'Istanbul de juin 2004, les dirigeants de l'OTAN ont désigné dans leur communiqué l'Asie centrale comme une région «stratégiquement importante». Après les mesures de répression du gouvernement ouzbek à Andijan en mai 2005, l'Alliance a cependant annulé certains programmes en coopération avec l'Ouzbékistan et a réduit l'ampleur de certains autres. En dépit de l'effondrement des liens de sécurité entre l'OTAN et l'Ouzbékistan, les autres gouvernements d'Asie centrale demeurent intéressés par une coopération avec l'Alliance. Alors qu'elle cherche à renouveler ses relations avec ses partenaires d'Asie centrale, l'Alliance devrait envisager l'établissement d'un dialogue officiel avec l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Un tel dialogue permettrait des échanges de vues utiles sur la démocratisation et l'extrémisme religieux, tout en encourageant une collaboration éventuelle sur des projets concrets dans les domaines de la sécurité énergétique, du contre-terrorisme, de la lutte contre le trafic de la drogue et des êtres humains et contre les armes de destruction massive.

Sécurité énergétique : le rôle potentiel de l'OTAN

Jamie Shea

Les récentes augmentations de prix sur le marché pétrolier font une fois de plus de la sécurité énergétique une question d'importance stratégique. Des vulnérabilités telles que les voies de communication et d'acheminement préoccupent les Alliés, alors que l'Amérique du Nord et l'Europe sont de plus en plus dépendantes des importations énergétiques. Ainsi les approvisionnements sont exposés à différentes menaces potentielles: attaques terroristes, catastrophes naturelles, intimidation ou chantage politique, ou encore interruptions entraînées par des conflits régionaux ou des tensions. Citons également les menaces explicites d'al-Qaïda ces derniers mois de mener un « jihad économique », en attaquant des installations énergétiques. L'OTAN ne revendique pas un rôle moteur dans le domaine de la sécurité énergétique, mais elle pourrait apporter une valeur ajoutée aux efforts internationaux pour l'améliorer dans un certain nombre de niches, tels que la surveillance et l'évaluation de la sécurité en matière de sécurité énergétique, l'apport d'une assistance à la sécurité énergétique des Alliés, la surveillance maritime, la réaction à des menaces, ainsi que la conduite d'opérations d'interdiction. Alors que la sécurité énergétique est appelée à devenir une préoccupation stratégique croissante pour l'Alliance, de nouvelles discussions s'imposent entre les Alliés avant que le rôle et la contribution de l'OTAN puissent être adéquatement définis.

Un empire « sur demande »

Patrick Stephenson

Les frontières des Partenaires de l'OTAN s'étendent jusqu'à la Chine, puisque le Conseil de partenariat euro-atlantique compte désormais parmi ses membres la République kirghize et le Tadjikistan. Les élites pro-occidentales dans de nombreux pays en développement martèlent d'ailleurs littéralement la porte de l'OTAN, en invitant l'OTAN à étendre son empire « doux ». Cela signifie que la mission spécifiquement défensive qui était celle de l'OTAN voici quinze ans s'est muée en un projet de protection des normes libérales s'étendant à l'Eurasie, qui se doit d'être fondamentalement offensif par nature. La politique de l'OTAN se définit quant à elle moins par des stratégies bien élaborées, formulées dans les capitales alliées, que par des réactions impromptues des Alliés face aux événements politiques survenant dans les pays partenaires ou dans les régions potentielles de missions ou d'opérations. Si une alliance tournée vers l'extérieur et dotée d'un processus de décision centralisé peut être décrite comme une organisation où la gestion se fait « de l'intérieur vers l'extérieur », il apparaît que nous sommes désormais confronté à une alliance qui se caractérise par une gestion « de l'extérieur vers l'extérieur », alors que l'échiquier de l'OTAN s'étend progressivement à toute la planète. S'il s'agit bien là d'un empire, il ne résulte pas d'une invitation, mais d'une demande.
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