Chronique littéraire
La guerre inachevée
James Thomas Snyder donne son avis sur trois livres récents traitant des enjeux de l'Iraq.

Cobra II, Michael Gordon et Bernard Trainor, Atlantic Books, Londres, 2006

Iraqi Perspectives Project, Kevin M. Woods, avec Michael R. Pease, Mark E. Stout, Williamson Murray et James G. Lacey, U.S. Joint Forces Command (Commandement des forces conjointes américaines), Norfolk, 2006

The Assassins' Gate, George Packer, Farrar, Straus & Geroux, New York, 2005

La deuxième guerre en Iraq semble exister depuis une éternité, ce qui explique sans doute l'intensité des sentiments face à ce conflit. Ses détracteurs comme ses défenseurs cherchent un précédent historique pour lui conférer une signification et la comprendre. Or nous devrions avoir à présent appris que l'Iraq défie tous les antécédents et que son avenir demeure incertain.

Fort heureusement, des ouvrages récents nous aident à comprendre comment nous en sommes arrivés à la situation actuelle, comment se sont déroulées les étapes initiales de la guerre et quels sont les enjeux de celle-ci. Cobra II, un ouvrage co-rédigé par le correspondant de guerre du New York Times Michael Gordon et le général de division à la retraite Bernard Trainor (USMC), fournit un compte-rendu des événements en coulisses et sur le front. Disponible en ligne, Iraqi Perspectives Project propose un extraordinaire aperçu du sinistre régime de Saddam Hussein. Enfin, The Assassins' Gate de George Packer, membre de la rédaction du New Yorker, décrit, en termes personnels et percutants, les alliances politiques inhabituelles ayant précédé la guerre, ainsi que l'environnement d'après conflit.

Jusqu'à présent, nous sommes confrontés à des extrêmes. La Coalition a mis en ouvre un plan de guerre novateur avec une rapidité étourdissante, mais le passage des combats au maintien de la paix demeure inachevé. La paranoïa malveillante de Saddam a scellé le destin du dictateur, mais il était loin d'être le seul ennemi que la Coalition allait devoir affronter. L'Iraq est aujourd'hui ravagé par les violences, mais les Iraquiens prouvent leur détermination à s'accrocher à la perspective de leur avenir.

Les plans du Pentagone

La controverse toujours en cours sur l'opportunité de renverser Saddam est désormais inextricablement liée au plan de guerre lui-même. Cobra II (faisant allusion à l'opération menée par le général George Patton en Normandie, en juillet 1944) prouve que le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a géré le plan de guerre comme un moyen de promouvoir sa volonté de procéder à une transformation. Il considérait que les formations lourdes et traditionnelles de l'armée de terre américaine entravaient l'action rapide dans un environnement sécuritaire fluide. Pour Rumsfeld, l'accumulation pendant six mois d'armements pour préparer la Guerre du Golfe était dépassé et son antidote consistait en des unités plus petites et plus légères, substituant information et précision à l'effet de masse. L'Afghanistan ayant démontré l'utilité de ce changement, la guerre en Iraq allait consolider cette nouvelle optique. Comme tous les plans toutefois, l'opération Cobra II représentait un effort reposant sur une collaboration et elle a évolué au fil du temps. Alors que Rumsfeld incitait les officiers non orthodoxes du Commandement central à promouvoir de nouvelles idées, la planification principale fut confiée au commandant CENTCOM, le général Tommy Franks, et à son état-major.

L'accent mis sur une force aux effectifs réduits était manifeste, mais Gordon et Trainor qualifient d'« accordéon » la planification entre Rumsfeld et CENTCOM quant à la taille des forces : alors que les premières estimations prévoyaient quelque 500 000 hommes, le Jour J, la force principale n'en regroupait que 140 000. S'appuyant sur la rapidité, les troupes devaient éviter les villes du Sud pour se diriger le plus rapidement possible vers Bagdad, afin de décapiter le régime. Une innovation baptisée « départ déclenché » acheminait les troupes en Iraq dès leur arrivée dans le Golfe. Si la guerre se déroulait rapidement, elle devait permettre de les dégager et de les renvoyer à leurs bases sans tarder. La puissance aérienne devait être engagée en même temps que les forces principales et non anticiper l'engagement de celles-ci.


Le plan ne tenait cependant pas compte des affrontements irréguliers, ralentissant la progression autour des centres urbains. Les soldats s'y sont rapidement adaptés, mais Trainor et Gordon font valoir que cela n'a jamais été le cas du commandement en chef. L'une des principales dissensions internes survint au Pentagone lorsque le commandant des forces terrestres, le général de corps d'armée David McKiernan, ordonna une « pause », car ses troupes avaient distancé les lignes d'approvisionnement et devaient sécuriser les zones arrière avant de converger sur Bagdad. (Il est important de noter que les conditions météorologiques ne constituaient pas le facteur déterminant.) Cette improvisation mise à part, Cobra II s'est avéré, pour l'essentiel, une opération bien conçue. Les forces de la Coalition se sont emparées de Bagdad en trois semaines seulement.

Ces livres apportent des réponses à d'autres questions controversées, en particulier en matière de planification d'après conflit. On oublie souvent que la planification limitée était intentionnelle : Rumsfeld n'avait pas l'intention d'occuper l'Iraq. Un discours antérieur au conflit intitulé « Au-delà de l'édification de la nation » exprime ses appréhensions face aux perturbations provoquées par les interventions humanitaires à long terme. Il s'agit-là d'une position clairement non orthodoxe, en raison de l'expérience dans les Balkans et en Afghanistan, mais elle s'inscrit dans la ligne d'un nombre croissant d'ouvrages, qui font état de l'effet déstabilisateur des régimes d'aide à long terme.

Les mauvais calculs de Saddam

Alors que la pression sur l'Iraq s'intensifiait en 2002 et 2003, il est curieux que Saddam n'ait pas considéré une invasion dirigée par les Etats-Unis comme étant la principale menace pour son régime. Iraqi Perspectives Project, une analyse critique de la stratégie et des tactiques du régime, basée sur les témoignages de hauts responsables iraquiens et des documents saisis, note que Saddam s'inquiétait surtout d'une réédition du soulèvement chiite de 1991, qu'il avait impitoyablement écrasé. Dans ses calculs stratégiques, l'Iran constituait une plus grande menace que les Américains. Des plans de défense ont fait suite à cette évaluation et expliquent probablement en grande partie la rapidité de l'attaque de la Coalition. C'est ainsi, par exemple, que le génie ne pouvait détruire que sur son ordre direct les ponts dont il pouvait avoir besoin pour écraser un nouveau soulèvement. Inconscient de la vitesse de progression de la Coalition, il n'a cependant jamais donné cet ordre. C'est ainsi que les forces de la Coalition ont trouvé la plupart des travées minées, mais intactes, ce qui leur a épargné la peine de construire des têtes de pont pour franchir les voies d'eau et les canaux dans le sud de l'Iraq.

Saddam s'attendait à ce que toute attaque occidentale fût une répétition de l'Opération Desert Fox, la campagne de bombardement anglo-américaine de quatre jours menée en 1998 contre les sites d'armes du régime. Il s'était intéressé durant plus de dix ans à la manière dont l'Occident avait mené la guerre dans les Balkans, en Afrique et en Afghanistan, et il méprisait l'aversion occidentale face aux pertes. La puissance aérienne déployée au Kosovo et en Afghanistan ne l'impressionnait pas. Il avait survécu à l'Opération Desert Storm consécutive à l'invasion du Koweït par l'Iraq en 1991, essuyé des bombardements continuels et conservé le pouvoir. La confrontation à venir aurait, à ses yeux, la même issue.

Il se trompait lourdement, car la Coalition lui réservait une fameuse surprise stratégique et tactique. Cobra II s'est totalement dispensé de bombardements préparatoires ; les forces au sol sont entrées en Iraq avant le début des attaques aériennes majeures. En dépit de l'opinion bien arrêtée suivant laquelle des attaques de nuit contre Bagdad généreraient « choc et crainte », les bombardements n'ont visé que Saddam et l'ont manqué. L'objectif de la doctrine « choc et crainte » consistait certes à interrompre l'approvisionnement en eau et en électricité pour faire prendre conscience à l'opinion publique des conséquences de la guerre, mais les premières sorties nocturnes laissèrent intacte l'alimentation électrique et n'affectèrent pas le trafic à Bagdad. La force allégée et le principe du « départ déclenché » étaient en outre parvenus à convaincre Saddam que l'attaque n'interviendrait pas avant plusieurs mois, étant donné que la Coalition n'avait manifestement pas rassemblé une armada comparable à celle de l'Opération Desert Storm à la veille de la guerre.

Génie militaire autoproclamé, Saddam Hussein bombardait ses commandants de directives vides de sens que ceux-ci ne pouvaient ignorer
Du point de vue militaire, ce que Saddam redoutait le plus, c'était un assaut aérien précoce contre l'aéroport de Bagdad et ses défenseurs par des troupes aéroportées. Cette hypothèse, associée aux rapports erronés parvenant du front, explique la surprise totale du régime lorsque des unités de blindés lourds prirent d'assaut l'aéroport et s'en emparèrent sans coup férir. Cela permit aux blindés de se ruer vers le centre de Bagdad, preuve que le régime avait perdu la bataille. Le calme succéda ensuite rapidement à la tempête et Saddam, accompagné de ses fils, s'échappa de la capitale.

Le fascinant ouvrage intitulé Perspectives Project décrit les erreurs de calcul et la défaite de Saddam, ainsi que son régime sclérosé par la crainte qu'inspirait le chef suprême. Saddam imposait son pouvoir d'une main de fer et il demeurait en place par le biais d'une paranoïa omniprésente. Pour décourager toute conspiration, il faisait espionner tous ses lieutenants et restreignait les mouvements, la formation et les communications des différentes unités militaires. Les commandants attendirent ainsi l'approbation des ordres par Saddam jusqu'au Jour J. Leurs communications étant surveillées, ils éprouvaient des réticences à coordonner leurs mouvements tactiques, même pendant les combats.

Le même dysfonctionnement s'étendait à tous les niveaux, de la doctrine et la tactique à la planification et aux communications. Saddam écartait toutes les innovations, les considérant comme défaitistes, voire même comme un mode de pensée « américain ». Ses courtisans présentaient les défaites passées comme de grandes victoires : Desert Storm était devenu un magnifique fait d'armes, puisque l'armée était parvenue à éviter la destruction totale. La tactique très discutable qui fut adoptée se mua alors en doctrine opérationnelle. Les rapports du front continuèrent à faire état des « défaites » de la Coalition jusqu'à l'effondrement du régime.

Génie militaire autoproclamé, n'ayant ni expérience ni formation pratiques, Saddam bombardait ses commandants de directives vides de sens que ceux-ci ne pouvaient ignorer. (« Dispensez un entraînement permettant de vaincre votre ennemi. Apprenez à nager à tous les membres des unités. Entraînez vos troupes contre les armes intelligentes. ») La crainte aggravait encore la micro-gestion, rendant le désastre inévitable. Le dernier ordre de Saddam concernant la défense de Bagdad ordonnait un repli des unités par secteurs concentriques jusqu'au centre de la ville, où elles « se battraient jusqu'à la mort ». Ses commandants consternés furent contraints d'exécuter ce plan suicidaire, mais les événements permirent d'éviter la catastrophe.

Sur le papier, Saddam pouvait s'appuyer sur plusieurs formations - l'Armée iraquienne, la Garde républicaine spéciale et la Garde républicaine régulière, la milice du parti Baath, ainsi que l'Armée al-Quds -, reflet de la tendance totalitaire du dictateur à mettre en place des forces de sécurité concurrentes. La Coalition et les médias occidentaux portaient essentiellement leur attention sur la Garde républicaine spéciale et sur l'Armée al-Quds, mieux entraînées, équipées et motivées que les unités régulières. Mais c'est précisément pour ces raisons que Saddam les suspectaient par-dessus tout et les avaient déployées loin de Bagdad.

Il avait préféré mobiliser, comme dernier rempart, l'organisation paramilitaire des fédayins de Saddam, « ceux qui se sacrifient pour Saddam », commandés par son fils sadique Uday. Créés en 1994 pour réprimer les chiites du Sud, les fédayins pratiquaient également la guérilla et servaient de commissaires pour « encourager » les unités régulières à combattre. Ils n'avaient pas beaucoup à intervenir dans cette dernière tâche. Craignant la colère de Saddam, les commandants des échelons inférieurs avaient en effet pour habitude de mentir quant à l'état de préparation des forces, imaginant des ruses sophistiquées pour masquer la faiblesse des équipements, des approvisionnements, de la formation et du moral des troupes. En dépit de la présence de quelques formations compétentes et bien équipées, la majeure partie de l'armée iraquienne n'était qu'une coquille vide.

Les enseignements de l'Iraq, les innovations de la Coalition

Les agents de la Central Intelligence Agency opérant dans le sud de l'Iraq s'attendaient à un soulèvement chiite et avaient signalé que la résistance s'étiolerait rapidement ou que les chiites combattraient aux côtés de leurs libérateurs. En fait, beaucoup de grandes formations se désintégrèrent tout simplement, mais les services de renseignement avaient totalement négligé de prendre en compte les fédayins présents dans la région. Cette erreur, qui n'a jamais été expliquée, a coûté des vies. Gordon et Trainor expliquent ainsi que le premier Américain mort au combat fut un lieutenant des Marines, abattu par un fedayin en civil dans une camionnette. Il aurait pu avoir la vie sauve s'il avait été informé du risque encouru dans une telle situation, qui se répéta malheureusement à plusieurs reprises.

La tactique des fédayins aurait été familière à un vétéran de Mogadiscio ; Gordon et Trainor décrivent en termes éloquents l'horreur de combattre un tel ennemi. Les guérilleros attaquaient de front, dans des véhicules ou à pied, armés de fusils d'assaut ou de lances roquettes (RPG). Ces attaques immobilisaient les unités américaines et elles obligèrent les Marines à renoncer à une attaque de diversion projetée via la route nationale N°8. Néanmoins, dans une mêlée aussi terrifiante, il est aisé de ne pas remarquer la nature disproportionnée de l'engagement. La supériorité des armes, de l'entraînement, de la discipline et des blindages maintinrent les pertes de la Coalition à un faible niveau. Ce qui ne fut pas le cas pour les Iraquiens.

Ceux-ci avaient retenu certains enseignements. Ils s'avérèrent enclins à prendre pour cible de leur artillerie les postes de commandement déployés sur le terrain et tirèrent un missile de croisière de fabrication chinoise, qui tomba non loin du quartier général du Corps des marines au Koweït. Ils neutralisèrent tout un régiment d'hélicoptères Apache engagé dans une attaque en profondeur contre la division Médina, en recourant au feu coordonné d'armes de petit calibre. (Un seul hélicoptère fut abattu, sans tués parmi son équipage, mais l'expérience fit fortement réfléchir les commandants américains.) De même, les fédayins apprirent à immobiliser les chars M-1, en tirant des roquettes au niveau des conduits d'échappement. Heureusement, fort peu de servants furent tués. La propagande tirait parti du moindre hélicoptère abattu ou d'un char immobilisé, mais l'effet militaire ne fut pas important.

Les innovations de la Coalition s'avérèrent bien plus efficaces. C'est ainsi, par exemple, que des Forces d'opérations spéciales (SOF) furent utilisées à grande échelle. Ces SOF procédèrent à une opération sans précédent d'insertion directe de forces mécanisées sur le champ de bataille, à bord d'avions de transport lourd C-17 arrivant directement dans l'Ouest de l'Iraq en provenance des États-Unis. Les C-17 transportèrent ensuite des chars et autres véhicules américains du Sud vers l'Ouest, ce qui constitua une autre innovation très efficace : la première force conjointe de SOF et de blindés lourds. Se dirigeant sur Bagdad, les chars convainquirent les commandants iraquiens qu'une invasion majeure était déclenchée depuis la Jordanie. Cela immobilisa des unités iraquiennes à l'Ouest, tandis que la force principale de la Coalition attaquait depuis le Sud et l'Est.

Le livre Perspectives Project explique que la domination de la Coalition sur l'espace de bataille, la précision du ciblage et les opérations psychologiques eurent un effet dévastateur sur les Iraquiens. Le déplacement aéroporté des unités permettait des attaques rapides, poussant les soldats ennemis à la débandade. La dissémination ciblée de tracts entraîna le démantèlement total de la division Al-Nida, une unité blindée bien équipée de Gardes républicains défendant l'Est de Bagdad. Avant même d'entrer en contact avec l'ennemi, 90 pour cent de cette division désertèrent.

Mais la guerre ne fut probablement pas la preuve définitive du bien-fondé de la transformation envisagée par Rumsfeld. En dépit de leur taille relativement réduite et de leur coordination sans précédent, les unités de combat s'appuyaient principalement sur la doctrine de manouvre occidentale standard et concentraient la puissance de feu pour faire plier l'ennemi. Trainor et Gordon se joignent au chour de voix qui sont d'avis que la masse s'est avérée beaucoup plus importante que la technologie une fois Bagdad tombée. Les combats ont, de même, démontré le caractère indispensable du blindage lourd pour protéger les équipages et les troupes. Les M-1 et les Bradley se sont avérés pratiquement impénétrables, mais les mortiers et les RPG ont transpercé des véhicules plus légers comme de vulgaires boîtes de sardines.

La reconstruction après la « Démolition psychologique »

Ces livres décrivent la genèse de la situation actuelle, sans pour autant entrer dans les détails. Certaines précisions pertinentes apparaissent toutefois entre les lignes. C'est ainsi, par exemple, que Perspectives Project rejette l'argument suivant lequel l'insurrection actuelle s'inscrivait depuis le début dans le plan original de Saddam. Cobra II indique que les planificateurs avaient prévu depuis longtemps un important contingent pour protéger l'environnement d'après conflit. Cette force a tout simplement disparu au cours du débat qui a précédé l'entrée en guerre et il est impossible de savoir si elle aurait pu modifier la situation.

Les planificateurs considéraient également que l'Iraq était, en fait, une société arabe progressiste, avec une administration efficace, des professions libérales, des infrastructures et une économie. Ils auraient donc dû tenir compte de leurs propres commentaires sur le régime de Saddam ! Packer explique que des années de guerre, de terreur et d'exil avaient rendu presque totale la « démolition psychologique » de l'Iraq ; la société civile s'est effondrée avec le régime. Il dissèque également le paradoxe frustrant de l'après guerre : il y a aujourd'hui moins de services opérationnels qu'avant le conflit. Sous Saddam, un délicat système de constitution de jurys partisans et de corruption parvenait à peine à maintenir l'ensemble en état de fonctionner. La guerre et les désordres ont réduit ce système à néant.

Tout cela entrave tragiquement la reconquête par l'Iraq de sa liberté. Packer décrit le premier souffle de libération face à la tyrannie de Saddam, lorsque Occidentaux et Iraquiens purent enfin faire ce qu'ils voulaient, sans éprouver de crainte. Ce furent des moments exaltants et l'auteur exprime son intense sympathie pour les personnes pleines d'espoir qu'il a rencontrées. Toutes avaient de grands rêves : une jeune femme espérait voyager, un médecin envisageait la création de sa propre ONG, un exilé se préparait à rendre hommage aux victimes de Saddam. Packer fait également part de son admiration pour les hommes et les femmes de la Coalition, civils et militaires, improvisant courageusement une gouvernance dans un environnement chaotique. Il décrit l'autorité initiale conférée aux brigades et aux bataillons éparpillés à travers l'Iraq et les jeunes guerriers se muant en rois Salomon dans des communautés ébranlées par la violence et la suspicion.

Comme le regrette Packer, le fait que les Nations Unies aient associé les victimes des bombardements et celles des assassinats a entraîné un changement d'attitude chez ses amis. Il est consterné face au mode de gestion de la situation d'après conflit, en raison de sa foi en la mission et en ceux qui travaillent pour un meilleur avenir. Il est néanmoins profondément ému par le courage et la foi dont ont fait preuve des millions d'Iraquiens en votant pour la première fois au début de 2005. Il décrit la scène à Basra :

La matinée du dimanche était étrange et belle à la fois. Les rues. étaient si calmes que les gens ont dit par la suite qu'on aurait dit un jour de fête. Des familles, avec de petits enfants et des grands-parents, parcouraient les larges avenues. Ils avaient tous revêtu leurs habits du dimanche. . « J'ai vécu plus de cinquante ans et je n'ai jamais ressenti un tel sentiment », lui a déclaré un électeur. « J'ai senti un drôle d'effet sur ma peau, comme la chair de poule. Notre culture a été florissante pendant six mille ans et je pense que nous avons apporté la preuve de notre humanité. »

De tels moments nous permettent de continuer à espérer en l'avenir. Les violences permanentes et la menace de guerre civile nous renvoient malgré tout à la force inhérente de la société iraquienne, qui a déjà prouvé à plusieurs reprises sa volonté de maîtriser son destin. De tels moments sont malheureusement rares dans le monde plein de dangers que constitue le nouvel Iraq, mais ils existent.
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