Résumés

Susciter des espérances

Carlo Masala

L’OTAN présente une dimension méditerranéenne depuis sa création. Mais ce n’est que dans un passé très récent que l’Alliance a commencé à consacrer son attention et des ressources pour faire de cet aspect de son ordre du jour un domaine prioritaire. On peut dire que les relations de l’OTAN avec la région méditerranéenne se sont développées en trois phases. La première a débuté avec la ratification du Traité de Washington. La deuxième s’étend de la période de la décolonisation à la fin de la Guerre froide. La troisième phase enfin a débuté avec la chute du Mur de Berlin et repose désormais sur trois piliers, à savoir le Dialogue méditerranéen, l’Initiative de coopération d’Istanbul et l’implication de l’Alliance en Iraq. À ce jour, toutes les activités de l’OTAN dans la région méditerranéenne au sens large demeurent modestes et, surtout, prudentes. Parallèlement cependant, l’OTAN renforce son expertise régionale et investit dans des relations nécessaires qui pourront, en temps voulu, lui permettre de devenir un acteur plus influent. Si la prudence dont l’Alliance fait preuve reflète peut-être les conditions sur le terrain, la plupart des défis majeurs pour la sécurité dans la région, tels que la stabilisation de l’Iraq et le règlement du conflit israélo-palestinien, exigent une approche davantage proactive.

Rapprocher les cultures

Francis Ghilès

Tout au long de l’histoire, Musulmans et Chrétiens ont commercé, étudié, négocié et aimé entre eux en dépit de la barrière des religions. L’héritage colonial contribue à expliquer pourquoi la crainte d’une domination de l’Amérique et de l’Europe est si forte chez de nombreux Arabes. Depuis une cinquantaine d’années, un nombre toujours croissant d’Arabes commence à désespérer de l’avenir face à la longue liste de revers constatés. Parmi ceux-ci, l’on peut citer la création d’Israël, les défaites militaires successives infligées par le nouvel Etat, l’échec du nationalisme arabe et, plus récemment, celui des réformes destinées à assurer la croissance économique, sans oublier les guerres civiles en Algérie et au Liban, ainsi que l’actuelle situation en Iraq. Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent en Occident, l’écrasante majorité des Musulmans aspire à la même chose que les Américains et les Européens. Les Occidentaux communiqueront mieux s’ils en apprennent davantage sur l’histoire arabe, n’oublient pas les blessures qu’ils ont infligées à de nombreuses personnes dans la région et se rendent compte que la condition sine qua non d’une amélioration des relations exige de comprendre ce que ressentent les citoyens de ces pays et de dialoguer avec eux. Investir dans le dialogue portera ses fruits, mais cela ne sera pas le cas si nous limitons ces contacts aux élites qui, trop souvent, ne sont pas représentatives des sociétés qu’elles dirigent.

La perception de l’OTAN par le monde arabe

Mustafa Alani

Même si l’OTAN est une nouvelle venue au sein de l’enceinte politique moyen-orientale, son image est d’ores et déjà déplorable en raison des attitudes répandues dans le monde arabe. La situation n’est cependant pas irréversible. Elle s’explique par la mauvaise connaissance de l’Alliance. Or, celle-ci est capable de se présenter comme une organisation ayant apporté la preuve de son soutien aux communautés musulmanes. La perception des difficultés que l’OTAN est susceptible de rencontrer exige une compréhension de la mentalité arabe. L’OTAN doit se profiler comme un acteur de la sécurité à part entière, par opposition à une alliance dominée par ses membres les plus puissants, pour se différencier de ses Alliés qui ont joué des rôles historiques importants au Moyen-Orient, en particulier, les États-Unis. La meilleure manière de surmonter les préjugés consiste à apporter la preuve que son nouveau désir de s’impliquer au Moyen-Orient est bénéfique pour les pays cibles et leurs populations. Cela est possible si l’Alliance présente sa stratégie comme un partenariat entre le monde occidental et le monde arabe pour faire face aux changements de l’environnement sécuritaire mondial. Le meilleur point de départ consisterait à créer un site web de l’OTAN en langue arabe, incluant une édition arabe de La Revue de l’OTAN.

L’OTAN, Israël et la paix au Moyen-Orient

Martin van Creveld

Tout au long des années 1950 et au début des années 1960, les États-Unis redoutèrent de jeter les États arabes dans les bras des Soviétiques en cas de soutien à Israël. Jérusalem parvint néanmoins à maintenir des relations diplomatiques avec la plupart des membres de l’OTAN et à établir des relations particulières avec la France, lui permettant d’acquérir les armes dont elle avait besoin pour survivre. Lors de la détérioration des relations franco-israéliennes, les États-Unis entrèrent en scène et Israël devint effectivement un protégé de Washington. Les relations entre Israël et l’OTAN, à la différence de celles entre l’Etat hébreu et plusieurs membres importants de l’Alliance, se caractérisent depuis longtemps par un mélange d’indifférence et de méfiance. Jusqu’à cette année, les forces israéliennes étaient autorisées à participer aux exercices militaires de certains membres de l’OTAN seulement, mais pas à ceux de l’organisation en tant que telle. Il est un fait qu’Israël participe au Dialogue méditerranéen de l’OTAN depuis 1994 et que les relations se sont améliorées récemment. En décembre 2004, Israël a participé à la première réunion du Dialogue méditerranéen-OTAN au niveau des ministres des Affaires étrangères. Le Secrétaire général de l’OTAN s’est rendu en Israël en février. Un premier exercice naval conjoint entre Israël et l’OTAN s’est déroulé en mars. Israël a été admis comme membre de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN en mai 2005 et des troupes israéliennes ont participé à des exercices de l’OTAN en Méditerranée et en Ukraine, en juin 2005.

Un partenariat en pleine maturation

Sergei Ivanov

Depuis la création du Conseil OTAN-Russie, les relations s’améliorent en permanence, ce qui génère des opportunités nouvelles de coopération pratique dans un nombre sans cesse croissant de domaines. Une vingtaine de groupes de travail dédiés permanents opèrent actuellement, chacun d’eux se focalisant sur des objectifs tangibles. Un Accord sur le statut des forces a été signé en avril 2005. Il facilite grandement l’organisation d’activités conjointes et la participation à des opérations conjointes, dont Active Endeavour, l’opération de contre-terrorisme dirigée par l’OTAN en Méditerranée. Un autre domaine de fructueuse collaboration est celui de la défense contre les missiles de théâtre. En dépit de ces progrès, des problèmes demeurent. Nous avons des différends avec l’OTAN en ce qui concerne le Traité sur les Forces armées conventionnelles en Europe, le transit vers Kaliningrad, enclave russe au bord de la Mer baltique, et la possibilité que les Etats-Unis installent des batteries antimissiles en Europe orientale. Nous pensons également que l’on pourrait faire plus pour combattre le terrorisme. Le Conseil OTAN-Russie est une jeune institution et il serait naïf de s’attendre à ce que tous les problèmes aient d’ores et déjà trouvé une solution. L’aide apportée par la Royal Navy à un mini-sous-marin russe et à son équipage en août 2005 est de bon augure pour la coopération future. Avec le temps, il devrait être possible de porter nos relations à un plus haut niveau encore, que l’on pourrait qualifier de « partenariat éprouvé ».

Placer le monde, l'avenir et l'OTAN sous le signe de l'ambition

Julian Lindley-French

Le monde dans lequel évolue l’OTAN change rapidement mais ne s’améliore pas nécessairement, ce qui pose de grandes questions à résoudre dès maintenant. L’OTAN doit être au centre du débat sur les défis actuels, car elle est la seule organisation à pouvoir resituer l’Occident au centre de la sécurité mondiale. La relation transatlantique doit toutefois être reconstituée face à un monde où l’Asie gagne en puissance. Le Concept stratégique de l’OTAN doit trouver sa place. Il doit être soit réinterprété de manière visionnaire, soit actualisé. La transformation doit assurer à la fois la pérennité de la puissance et la capacité de combat : l’OTAN a besoin de forces haut de gamme et de forces capables de stabiliser et de reconstruire. Aujourd’hui, le partenariat est synonyme de partenariat mondial actif, ce qui implique de cultiver des liens avec les démocraties du monde entier. L’Union européenne est appelée à devenir un partenaire essentiel de l’Alliance dans la gouvernance de la sécurité, l’UE et l’OTAN constituant des partenaires naturels. Mener et remporter la guerre mondiale contre le terrorisme exige une « grande » stratégie. Si désormais l’Occident voit grand, la communauté euro-atlantique représente la meilleure chance possible de sauver le système international qu’il a lui-même créé. L’absence d’une vision stratégique condamnerait cependant ce système, entraînant l’apparition d’un monde infiniment plus dangereux.

Une OTAN plus politique

Michael Rühle

Le nouvel environnement sécuritaire contraint les Alliés à parvenir à une compréhension plus claire du contexte politique au sein duquel l’OTAN évolue, tout en cherchant à davantage l’influencer. La première dimension de la transformation politique de l’OTAN doit consister à offrir aux Alliés une instance pour un débat stratégique plus large. Dans la configuration actuelle, le dialogue politique à l’OTAN survient principalement au cas par cas, ce qui limite sa portée au rôle de l’OTAN en tant que dispensateur de forces. Une autre raison militant en faveur d’une OTAN plus politique résulte de la nature des opérations militaires actuelles et futures de l’Alliance, qui exige que l’Alliance ait voix au chapitre dans les processus politiques visant à assurer une paix autonome dans les domaines où elle opère et qu’elle ne soit pas reléguée au simple rôle de « fournisseur de troupes ». La troisième raison en faveur d’un rôle plus politique de l’OTAN résulte de la modification de l’environnement institutionnel et, en particulier, de l’émergence de l’Union européenne en tant qu’actrice militaire indépendante. L’OTAN et l’Union européenne doivent élaborer un partenariat stratégique qui couvre l’éventail complet des défis sécuritaires modernes. Une OTAN plus politique ne va pas sans présenter des risques, car susciter plus de débats pourrait aussi entraîner davantage de divisions. Mais il n’existe aucune alternative réelle.

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