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Spécial

A la recherche d'un Big MAC des Balkans

Nano Ruzin analyse la manière dont la Macédoine* bénéficie de ses relations avec l'Alliance et d'autres organisations internationales depuis deux ans.


Une moisson historique : le nombre d'armes collectées
par les soldats de l'OTAN a dépassé les espérances
(© OTAN)

La Macédoine* a parcouru un long chemin depuis 2001, lorsque le pays semblait au bord de la guerre civile. Bien que la Macédoine* soit déçue de ne pas avoir été invitée à adhérer à l'OTAN lors du Sommet de Prague de l'année dernière, l'expérience du travail en collaboration avec l'Alliance et d'autres organisations internationales pour atténuer les tensions dans le pays et pour reconstruire la stabilité s'avère, d'autre part, extrêmement positive. Il en résulte que la Macédoine, l'Albanie et la Croatie aspirent à adhérer à l'Alliance lors du prochain sommet de celle-ci, qui - après le Big Bang de Prague - pourrait constituer un Big MAC des Balkans.

La Macédoine a côtoyé de fort près le désastre et cette expérience donne à réfléchir. Elle a mis un terme à l'optimisme béat des Macédoniens en matière de sécurité, de stabilité et de perspectives économiques. Au cours des dix premières années ayant suivi l'indépendance de leur pays, les Macédoniens de toutes les ethnies s'étaient d'ailleurs probablement montrés fort insouciants face aux dangers prêts à survenir. Les éloges des étrangers, qui qualifiaient la Macédoine d'«oasis de paix», de «miracle multiethnique» et de «seule ex-république yougoslave dont la souveraineté ne porte pas les cicatrices d'un conflit armé», contribuaient, d'ailleurs, à ce faux sentiment de sécurité. La crise de 2001 a soudain ramené les Macédoniens et leurs dirigeants à la réalité.

Les raisons qui sous-tendent la révolte albanaise ayant failli provoquer une guerre civile en Macédoine sont nombreuses et complexes. Elles incluent des facteurs sociaux, tels qu'un chômage élevé parmi les Albanais, une faible participation aux institutions de l'Etat et la fourniture d'une couverture sociale minimale ; des facteurs démographiques, tels qu'un taux de natalité extrêmement élevé chez les Albanais et une augmentation de l'immigration en provenance des pays voisins ; des facteurs sociologiques, tels que la structure de la famille albanaise traditionnelle, la méfiance mutuelle et le manque de contacts entre les communautés en raison des différences culturelles et linguistiques ; des facteurs institutionnels et éducationnels, tels que des griefs constitutionnels et des aspirations éducationnelles plus élevées non satisfaites ; et des facteurs politiques et culturels, en particulier la question de l'identité albanaise, qui a acquis une grande importance à la suite de l'intervention de l'OTAN au Kosovo et du retrait des forces serbes de cette région. La somme de ces facteurs explique pourquoi les relations interethniques ont dégénéré début 2001.

Dès mai 2001, il devenait de plus en plus évident que le conflit était centré sur le contrôle des forces de sécurité nationales. L'ampleur et l'intensité des affrontements faisaient redouter un glissement du pays dans la guerre civile, avec des conséquences susceptibles de déstabiliser non seulement la Macédoine, mais toute la région. Les options étaient claires et nettes : un conflit armé, la guerre civile et l'autodestruction d'une part ou la paix par le biais d'un compromis, de l'autre.

Skopje a choisi la voie du compromis et a sollicité l'assistance internationale pour faciliter un processus de stabilisation. Le gouvernement macédonien a donc travaillé en étroite collaboration avec des représentants de l'Union Européenne, de l'OTAN et de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) afin de créer les conditions nécessaires à un retour à la paix. Ceci étant, l'implication internationale en Macédoine a été très différente de celle en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo, puisque essentiellement politique. La Macédoine était à la fois un Partenaire de l'OTAN aspirant à l'adhésion à l'Alliance et un Etat souverain. Pour cette raison, toute action de l'Alliance et d'autres organismes internationaux exigeait le soutien du président et du gouvernement du pays, qui - en réponse à la crise - avait été remanié pour inclure des représentants de l'opposition.

L'assistance de l'OTAN

Le 14 juin 2001, le président macédonien Boris Trajkovski demandait l'assistance de l'OTAN pour superviser le désarmement des extrémistes. Parallèlement, l'Union Européenne et les Etats-Unis dépêchaient des envoyés - François Léotard et James Pardew respectivement - en Macédoine, pour contribuer à faciliter le dialogue entre les partis politiques nationaux. Entre-temps, la gestion de la crise sur le terrain était confiée à Pieter Feith, un diplomate de l'OTAN souple et pragmatique, dont la diplomatie d'allées et venues entre les deux camps a permis d'entamer le dialogue avec les rebelles (voir l'article Enfin de bonnes nouvelles de Mihai Carp dans le numéro de l'hiver 2002 de La Revue de l'OTAN).

Contre toute attente, un cessez-le-feu a été négocié et les belligérants se sont prononcés en faveur d'un processus politique. C'était une considérable réussite, mais les médias de toutes les parties concernées étaient sceptiques quant à l'avenir des négociations et hostiles à toute implication internationale. Qui plus est, l'OTAN, en particulier, pâtissait d'une image fortement négative aux yeux de la plupart des Macédoniens. Pour cette raison, à la demande du président Trajkovski, le Secrétaire général de l'OTAN Lord Robertson a chargé son conseiller spécial Mark Laity de collaborer avec le cabinet du président afin de mettre sur pied une campagne d'information publique efficace (voir l'article Face aux médias de Mark Laity dans le numéro de l'hiver 2002 de La Revue de l'OTAN).

Les experts militaires macédoniens avaient déterminé que la mission de l'OTAN en Macédoine devait être limitée dans son ampleur, ses objectifs et sa durée. Au niveau politique, l'OTAN devait persuader les extrémistes albanais de respecter le cessez-le-feu et de rendre leurs armes. Entre-temps, le gouvernement de coalition macédonien, qui rassemblait des faucons et des modérés, s'était engagé à contrôler et à empêcher l'utilisation d'armes lourdes par les forces de sécurité de l'Etat. Parallèlement à ces efforts, les partis politiques nationaux représentés au parlement devaient s'engager à prendre quatre mesures : l'adoption de l'accord politique général, la création d'un cadre légal approprié pour la présence des forces de l'OTAN devant conduire au processus d'édification de la paix, la présentation pour adoption d'un plan au gouvernement macédonien contenant les termes et les détails de la remise des armes et la garantie d'un cessez-le-feu durable.

Après plusieurs semaines d'intenses pourparlers et une fois remplies toutes les conditions, un cadre pour la paix a été signé à Ohrid, le 13 juillet 2001. Cet accord a ouvert la voie au déploiement, le 27 août 2001, des troupes de l'OTAN de l'Opération Essential Harvest, dont le but consistait à collecter et à détruire les armes remises par les rebelles. Cette opération impliquait 4 800 soldats de treize pays, rassemblés au sein d'une brigade multinationale placée sous le commandement du Royaume-Uni, dont la contribution s'élevait à plus de 1 700 hommes. Au cours de la période de trente jours prévue pour la remise des armes et qui s'est achevée le 26 septembre 2001, 3 875 armes ont été collectées et détruites. En octobre de la même année, l'armée rebelle a été dissoute, des modifications à la constitution macédonienne ont été adoptées peu après et une amnistie a été accordée aux rebelles albanais, de sorte que la mise en ouvre de l'Accord d'Ohrid a pu débuter.

Alors que l'Opération Essential Harvest approchait de son terme, le président Trajkovski a réclamé une extension de la présence internationale pour garantir la pérennité des résultats déjà engrangés. Une nouvelle mission de l'OTAN conduite par l'Allemagne, l'Opération Amber Fox, dotée de quelques 700 soldats a pris la relève pour assurer la sécurité des 280 observateurs civils de l'Union Européenne et de l'OSCE jusqu'au 15 décembre 2001. Cette mission a été suivie de l'Opération Allied Harmony, qui s'est achevée en avril 2003, lorsque l'OTAN a remis la responsabilité de l'opération à l'Union Européenne, lui permettant ainsi de lancer sa première mission de ce type, l'Opération Concordia.

La modeste cérémonie qui a eu lieu juste en dehors de Skopje pour marquer le transfert de commandement en Macédoine et l'établissement officiel de la première mission de l'Union Européenne ne constituait pas seulement la célébration du commencement d'une nouvelle étape pour la sécurité européenne ; elle confirmait également les liens durables entre les partenaires transatlantiques. C'est en partie en raison de l'évolution positive de la Macédoine depuis la crise de 2001 que l'OTAN et l'Union Européenne ont pu, en dépit d'obstacles non négligeables, se mettre d'accord sur des relations de travail officielles.

Des leçons partagées

Tant la communauté internationale - c'est-à-dire l'Union Européenne, l'OTAN et l'OSCE - que la Macédoine ont tiré d'importantes leçons de l'expérience de ces deux dernières années. Ces leçons sont les suivantes :

 Si diverses organisations internationales et l'OTAN en particulier ont joué un rôle important dans la résolution de la crise, c'est la Macédoine, son peuple et ses dirigeants qui méritent le plus de félicitations. Le gouvernement a dû prendre le dessus sur les faucons hostiles à la communauté internationale, qui rejetaient tout compromis et préféraient une solution militaire à la crise. Qui plus est, même si les pertes humaines ont été relativement modestes, les Macédoniens et les Albanais ont dû surmonter de profonds préjugés pour commencer à forger des relations nouvelles.

Les différences en matière d'état de préparation entre les invités de Prague et les candidats restants ne sont pas plus importantes que deux ou peut-être trois cycles du MAP.

 Le fait que la Macédoine soit un Partenaire de l'OTAN depuis 1995, qu'elle aspire depuis presque aussi longtemps à adhérer à l'Alliance et que, pour ce faire, elle participe au Plan d'action pour l'adhésion (MAP) depuis 1999, a facilité les bonnes relations avec Skopje et les divers acteurs internationaux, tout en contribuant à résoudre la crise en douceur.

 La présence des forces de l'OTAN dans la région, dont une base logistique de la KFOR à Skopje, et la précédente expérience de l'OTAN en matière de gestion de crise en ex-Yougoslavie ont également contribué de manière importante à la réussite des opérations de l'Alliance. Les missions de celle-ci se sont avérées extrêmement efficaces et le nombre d'armes collectées a dépassé les attentes. Qui plus est, l'OTAN a opéré de manière particulièrement souple dans le cadre d'un mandat limité, alternant l'exercice de pressions politiques et le recours à la force. Elle est en outre demeurée en contact constant avec le gouvernement macédonien à Skopje et les rebelles afin d'harmoniser sa stratégie.

 La communauté internationale a réagi de manière opportune et a collaboré étroitement avec les autorités macédoniennes, qui avaient compris qu'elles ne pouvaient permettre une guerre civile de grande ampleur dans leur pays, risquant des destructions massives, des pertes en vies humaines, des crimes, des réfugiés et la déstabilisation de toute la région. Malgré certaines réserves, les autorités macédoniennes ont choisi de collaborer totalement avec la communauté internationale, ce qui a contraint Skopje à prendre une série de mesures impopulaires s'opposant aux sentiments prévalant dans son opinion publique.

 Au début, l'Alliance a sous-estimé le niveau d'hostilité auquel elle était confrontée dans les médias locaux. Pour y remédier, améliorer son image et contrer les théories de conspiration qui gagnaient du terrain, elle a dépêché une équipe d'experts des médias en Macédoine, afin qu'elle travaille avec les autorités locales et explique la nature du travail de l'OTAN.

 La collaboration et la coopération internationales pour la gestion de la crise en Macédoine ont été exemplaires. Chaque organisation internationale a contribué à sa manière au renforcement des missions de paix. L'Union Européenne et les Etats-Unis ont facilité les pourparlers, tandis que de fréquentes visites du Secrétaire général de l'OTAN Lord Robertson - qui s'est rendu dix-neuf fois en Macédoine* en dix-neuf mois -, du Haut représentant de l'Union Européenne Javier Solana et du Président en exercice de l'OSCE Mircea Geoana ont conféré une importance politique à la résolution de la crise.

 La surveillance en cours de la situation en cette période d'après-conflit s'avère un moyen très efficace de stabiliser le pays. La signature de l'Accord d'Ohrid n'a représenté, en fait, qu'une simple étape du processus de paix. Les phases ultérieures ont inclus le retour des forces de sécurité dans les zones de crise, l'application adéquate de la loi d'amnistie, la tenue d'élections parlementaires légales et libres en septembre 2002, l'organisation d'un recensement et la promulgation d'une série d'autres lois.

 Outre ses efforts pour améliorer les relations entre les communautés en Macédoine même, Skopje devra se concentrer dans les années à venir sur l'établissement de meilleures relations tant avec l'Albanie, qu'avec les dirigeants politiques du Kosovo. Ce n'est qu'en travaillant en étroite collaboration avec ses voisins qu'elle parviendra à édifier une sécurité à long terme.

 La gestion et la sécurisation des frontières dans la lutte contre le crime organisé et une coopération plus étroites avec les pays voisins sont essentielles à la stabilité de la région. Pour cette raison, il est dans l'intérêt de la communauté internationale et de la région que les conclusions adoptées en mai 2003 lors de la Conférence d'Ohrid sur la sécurité et la gestion des frontières soient mises en ouvre.

 La crise de 2001 a clairement démontré les lacunes des forces armées macédoniennes face à des menaces asymétriques. La Macédoine procède actuellement à une révision approfondie de ses capacités de défense afin de rationaliser ses forces armées et ses pratiques d'acquisition. L'expérience vécue depuis 2001 doit à présent servir d'aiguillon à des réformes militaires plus ambitieuses, pour permettre au pays de faire face aux ennemis asymétriques, aux groupes criminels et aux terroristes.

 Le rétablissement de la confiance constitue un processus à long terme qui exige une expertise, de la sagesse, de la patience, de la tolérance et de l'énergie. Les acteurs de la crise ainsi que la communauté internationale l'ont fort bien compris.

Deux ans après la crise et à la suite des élections parlementaires, les anciens adversaires sont assis côte à côte et travaillent de concert, tant au parlement de Skopje qu'au sein de la coalition qui gouverne la Macédoine. Cela représente la meilleure garantie pour préserver la paix et stabiliser le pays. La Macédoine actuelle ne constitue d'ailleurs plus un facteur de déstabilisation dans la région, mais, plutôt, un modèle potentiel pour d'autres pays. Elle continue en outre à ouvrer pour devenir un membre de l'OTAN et pour apporter sa contribution à la guerre contre le terrorisme.

Si la crise de 2001 a anéanti les chances de la Macédoine de devenir un membre à part entière de l'OTAN lors du Sommet de Prague, l'adhésion à l'Alliance demeure l'un de ses objectifs essentiels de politique étrangère. Le pays s'est engagé à suivre le processus du MAP, tout en initiant une coopération trilatérale avec l'Albanie et la Croatie dans la même optique que celle menée avec succès par les républiques baltes. Une Charte de l'Adriatique a été signée en mai par ces trois pays en présence du secrétaire d'Etat américain Colin Powell et le message du trio est clair : les différences en matière d'état de préparation entre les invités de Prague et les candidats restants ne sont pas plus importantes que deux ou peut-être trois cycles du MAP. Qui oserait prétendre que le Big MAC des Balkans ne figurera pas au menu à Istanbul.

Nano Ruzin est ambassadeur de la Macédoine auprès de l'OTAN.

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* Les membres de l'OTAN à l'exception de la Turquie reconnaissent la République de Macédoine en tant que ex-République yougoslave de Macédoine. La Turquie reconnaît la République de Macédoine sous son nom constitutionnel.