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Interview
Amiral Ian Forbes : le dernier SACLANT
 

(© NATO)


L'amiral Ian Forbes a été Commandant suprême allié de l'Atlantique (SACLANT) faisant fonction entre octobre 2002 et juin de cette année, et SACLANT adjoint au cours des dix mois précédents. En sa qualité de SACLANT faisant fonction, il était chargé de superviser la transformation du Commandement allié de l'Atlantique, le seul commandement de l'OTAN en Amérique du Nord, en Commandement allié "Transformation" (ACT). Au cours de ses trente-huit années de carrière dans la Royal Navy, l'amiral Forbes a participé à des opérations actives au large de l'Islande, aux Malouines, dans le Golfe et dans l'Adriatique, dont les campagnes aériennes de l'OTAN en Bosnie-Herzégovine en 1995 et au Kosovo en 1999. Il a également rempli les fonctions de chef d'état major de Carl Bildt auprès du Bureau du Haut représentant à Sarajevo, en 1996 et 1997.

 
L'un des plus grands changements de la structure de commandement de l'OTAN réside dans la création d'un Commandement stratégique pour la transformation en remplacement du Commandement suprême allié de l'Atlantique (SACLANT). Que signifie ce changement et comment le nouveau commandement sera-t-il structuré ?

Un processus de transformation similaire à celui réalisé aux Etats-Unis est essentiel pour la modernisation des capacités de l'Alliance et pour veiller à ce que ces capacités demeurent cohérentes avec le mode de pensée et le développement militaires américains. Ce processus devrait aboutir à une structure de commandement plus légère et plus efficace, nous permettant de fournir des solutions plus futuristes et plus créatives face aux nouveaux défis pour la sécurité auxquels nous sommes confrontés et, en particulier, à ceux qui proviennent d'au-delà de notre zone traditionnelle d'opérations. L'établissement de la Force de réaction de l'OTAN (NRF) doit sous-tendre ce processus. Elle constitue la plate-forme destinée à fournir les capacités militaires nécessaires. Le Commandement allié "Transformation" (ACT), nouveau nom du SACLANT, fournira le soutien à la NRF, en mettant à la disposition du Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), le général James Jones, les futures capacités nécessaires pour pouvoir opérer de manière totalement conjointe, intégrée et coordonnée, que ce soit indépendamment ou dans le contexte d'une coalition de volontaires. L'ACT est appelé à constituer un quartier général se consacrant à l'étude constante de l'avenir et du changement, ce qui, étant donné le rythme du progrès technologique, s'avère crucial pour mener une guerre. Des structures similaires existent d'ores et déjà aux Etats-Unis, dont nous espérons adopter la mentalité en matière de transformation et devenir un catalyseur du changement pour toutes les armées alliées.

Certains Européens se sont alarmés lorsqu'ils ont appris l'imminente disparition du SACLANT, car celui-ci est traditionnellement considéré comme la représentation physique du lien transatlantique. Cette inquiétude est-elle justifiée ?

Cette crainte est exagérée. La disparition du seul quartier général de l'OTAN sur le sol américain, qui constitue une profonde expression du lien transatlantique, a assurément de quoi perturber. Toutefois, le simple examen de la contribution du SACLANT à l'Alliance au sein du nouvel environnement sécuritaire soulève des questions quant à son utilité, à moins qu'il puisse être utilisé pour aider l'Alliance à dépasser sa zone d'opérations traditionnelle. La transformation milite puissamment en faveur d'un quartier général stratégique, tout en représentant un processus essentiel pour l'Alliance. A mon avis, l'ACT constituera à l'avenir un organe extrêmement puissant pour le renforcement du lien transatlantique, qui s'avère lui-même essentiel à la sécurité des deux côtés de l'Atlantique. Les Européens n'ont aucune raison de s'alarmer. La mise sur pied de l'ACT pour assurer une corrélation plus étroite avec le mode de pensée transformationnel américain représente une réelle opportunité. En raison de la structure que nous mettons en place, l'ACT devrait d'ailleurs devenir un commandement plus influent que ne l'a été le SACLANT au cours de la décennie écoulée.

La transformation militaire représente un concept complexe. Qu'entendez-vous par-là ?

Chacun envisage la transformation à sa manière. Je pense, pour ma part, qu'elle porte avant tout sur la mise en place d'une véritable fusion sur la ligne de front, impliquant une intégration totale des capacités terrestres, marines et aériennes, afin de permettre des opérations composées d'activités simultanées plutôt que séquentielles dans le but d'engendrer un effet de victoire rapide. Nous en avons eu la preuve vivante en Irak et, avec elle, une idée de l'évolution du mode de pensée militaire des Etats-Unis au cours des dernières années en termes de vision, de précision et de létalité, le tout déployé selon une véritable structure en réseau. Cela explique le rythme élevé des opérations en Irak, un rythme qui redéfinit la manière dont les opérations seront menées à l'avenir. La transformation constitue également tout ce qui sous-tend des opérations conjointes et intégrées, y compris les programmes de formation, d'entraînement et d'acquisition. Elle gère l'avenir d'une manière conjointe et combinée, qui transcende toutes les différences intellectuelles, culturelles et pratiques. C'est un processus continu, conçu pour nous permettre d'opérer plus vite et plus efficacement sur le champ de bataille - de manière très semblable à ce à quoi nous avons assisté en Irak, et très semblable au modus operandi que la NRF devra mettre en place.

Comment les Commandements "Transformation" et "Opérations" de l'OTAN collaboreront-ils dans la pratique ?

La raison d'être de la création de l'ACT réside dans le fait qu'il constitue un commandement de soutien pour le SACEUR et le SHAPE, qui représentent le commandement opérationnel. Avec le SACEUR, nous serons chargés de veiller à ce que l'OTAN dispose d'un pôle de forces - la NRF - pouvant être facilement déployées et soutenues, et capables d'entreprendre des missions au-delà du théâtre d'opérations traditionnel de l'OTAN, afin d'affronter les menaces d'où qu'elles proviennent. Nous y travaillons déjà depuis dix à douze mois et notre interaction avec le SHAPE constitue une expérience très positive, qui nous permet de nous mettre d'accord sur qui doit faire quoi et comment. Nous serons en mesure de fournir au SHAPE de nouvelles idées et des technologies nouvelles, ainsi que l'entraînement des éléments de commandement, autant de produits qui seront essentiels pour que la NRF fonctionne efficacement et intelligemment.

Etant donné la différence entre les dépenses militaires des Etats-Unis et celles de leurs Alliés de l'OTAN, est-il possible de combler le fossé des capacités ? Et en cas de réponse affirmative, comment le nouveau Commandement allié "Transformation" cherchera-t-il à y parvenir ?

C'est la question à 64 000 dollars ! La plupart des gens considèrent le fossé des capacités exclusivement en termes d'équipements. Or, si ceux-ci constituent indubitablement une part importante du fossé en question, le concept des capacités couvre également d'autres domaines, tels que la formation, la doctrine, l'entraînement, ainsi qu'un mode de pensée novateur et imaginatif. C'est ainsi, par exemple, qu'aucune des technologies mises en ouvre par le centre de commandement au Qatar lors de la guerre d'Irak n'avait plus de six mois, ce qui illustre le type de changement exigé pour de telles opérations dans le monde actuel. L'essentiel réside ici dans un processus de pensée commun. Nous devons être capables de penser de la même manière afin de pouvoir être formés ensemble, nous entraîner ensemble et, en fin de compte, combattre ensemble. Cela constituera d'ailleurs l'une des premières priorités de l'ACT. De juin à décembre, nous nous apprêtons à introduire un nouveau processus doctrinal pour veiller à ce que nous pensions de la même manière, ce qui sera facilité par les « war games » et la formation. En ce qui concerne les acquisitions, nous allons nous concentrer sur des ensembles de capacités ultra-rapides conformes à l'Engagement capacitaire de Prague (PCC), afin d'exploiter rapidement les capacités et idées émergeantes qui seront cruciales pour la NRF.

Traditionnellement, le Commandant suprême allié de l'Atlantique de l'OTAN et le Commandant en chef du Commandement des forces conjointes américaines sont une seule et même personne. Comment le futur Commandant allié transformation interagira-t-il avec le Commandement des forces conjointes américaines ?

Un élément essentiel de l'ACT sera ses relations avec le Commandement des forces conjointes américaines, qui constitue également l'agent américain du changement transformationnel. Nous entretenons des relations de longue date et de plus en plus étroites avec le Commandement des forces conjointes américaines et, lors du changement de commandement en juin, le lien personnel avec le nouveau commandant sera rétabli. Ce lien sera essentiel pour veiller à ce que les deux commandements génèrent des idées nouvelles et identifient de nouveaux moyens d'opération sous-tendant l'interopérabilité, parallèlement à la progression de la NRF des deux côtés de l'Atlantique.

La récente guerre en Irak peut être considérée comme l'une des campagnes militaires les plus spectaculaires de l'histoire. Quelles sont les implications militaires immédiates de cette campagne pour l'OTAN et pour le Commandement allié transformation?

Les Etats-Unis comme le Royaume-Uni analysent actuellement la campagne pour en tirer le plus possible d'enseignements. Bien qu'il soit trop tôt pour établir des conclusions finales, les recherches préliminaires semblent justifier l'Engagement capacitaire de Prague souscrit par l'OTAN, c'est-à-dire l'importance d'investir dans des domaines tels que le transport stratégique aéroporté, le soutien des pétroliers, les armes de précision, la surveillance au sol, ainsi que la défense contre les armes chimiques et biologiques. Les domaines exigeant une attention particulière identifiés lors du Sommet de Prague s'avèrent rigoureusement corrects. L'autre conclusion préliminaire concerne le fossé intellectuel qu'il convient de combler. La guerre en Irak aura impliqué des approches nouvelles et novatrices dans tous les domaines, une plus grande vitesse d'action, un ciblage extrêmement rapide au sein d'un espace de bataille intégré, ainsi que d'impressionnantes capacités pour assurer le transport aéroporté et les mouvements stratégiques. Tous ces éléments seront essentiels pour la NRF à l'avenir. L'association étroite de l'ACT et du Commandement des forces conjointes américaines, largement inspirée des leçons tirées par les Etats-Unis, sera très précieuse pour l'Alliance. Une capacité initiale sera mise à disposition en juin et nous prendrons des mesures immédiates pour veiller à ce que, par le biais de « war games » et de séminaires, les leçons apprises en Irak soient rapidement prises en compte par les commandants potentiels de la NRF.

A Prague, sept pays d'Europe centrale et orientale ont été invités à entamer des pourparlers d'adhésion à l'OTAN. De quelle manière le Commandement allié "Transformation" aidera-t-il ces pays à réformer leurs armées ?

Le SHAPE et le SACEUR joueront manifestement un rôle de premier plan en la matière. Mais nous assumerons une fonction de soutien pour veiller à ce que les idées de transformation soient adéquatement intégrées au processus de réforme. Cela inclut des domaines tels que le commandement, le contrôle, les communications et l'informatique, le renseignement, la surveillance et la reconnaissance (C4 ISR), ainsi qu'une approche et des améliorations plus révolutionnaires dans l'intégration des forces. Nous aiderons efficacement ces pays à s'investir de manière précoce dans un processus transformationnel, ce qui est essentiel à l'interopérabilité.

De quelle manière l'OTAN peut-elle contribuer au mieux à la lutte contre le terrorisme ?

Collectivement, l'Alliance travaille sur cette question depuis douze mois, bien que cela dépasse manifestement l'ACT. L'accord sur le principe d'opération hors zone et le fait que l'OTAN assume désormais un rôle fondamental en Afghanistan constituent de puissants symboles de l'engagement de l'Alliance à combattre le terrorisme au-delà de sa zone traditionnelle. Nous mettons également d'autres éléments en place, tels que l'amélioration de l'échange d'informations et l'optimisation des capacités pour contribuer à la gestion des conséquences. Ces différents éléments sont étroitement associés au sein d'un nouveau concept de lutte contre le terrorisme adopté par l'Alliance, selon lequel la dissuasion, la dislocation, la défense et la protection constituent les principes essentiels. Cette démarche a été présentée lors du Sommet de Prague et nous y travaillons depuis lors. Son expression essentielle sera la NRF et la manière dont nous la déploierons.

L'année durant laquelle vous remplissez les fonctions de SACLANT faisant fonction est l'une des plus mouvementées et traumatisantes de l'histoire de l'Alliance. Qu'avez-vous appris de cette expérience et que présagent ces événements pour l'avenir de l'OTAN ?

L'environnement stratégique actuel est très différent de ce qu'il était avant le 11 septembre. Cela a été dit et répété, mais il convient de le rappeler. Aux Etats-Unis, le changement est perceptible dans tous les domaines de la décision politique et, en particulier, pour ce qui concerne les affaires militaires et la défense intérieure. Un processus de transformation dynamique est en cours, afin de générer l'adaptation qui s'impose pour affronter les nouvelles menaces pour la sécurité et les Etats-Unis sont manifestement fort avancés dans cette approche, en particulier dans le domaine des capacités militaires. L'Irak l'a démontré. A Prague, les dirigeants de l'OTAN ont collectivement reconnu qu'un changement similaire est nécessaire et qu'il est essentiel de dépasser la zone traditionnelle de l'OTAN et de moderniser ses capacités pour assurer l'avenir de l'Alliance. Prague a mandaté de nouvelles capacités : l'Engagement capacitaire de Prague, la NRF et la réforme de la structure de commandement. L'ACT constitue un composant critique de la nouvelle structure de commandement et sera opérationnel avec une capacité initiale en juin. Parvenir à cet objectif a impliqué un processus virtuellement transformationnel en lui-même, mais nous sommes prêts et je suis tout à fait persuadé que nous pouvons jouer un rôle très important dans l'introduction d'une mentalité transformationnelle au sein de l'Alliance. Cela sous-tendra la capacité et la crédibilité de la NRF, tout en générant une Alliance mieux à même de faire face aux menaces et aux défis du XXIe siècle.

 L'amiral Forbes s'est entretenu avec Christopher Bennett, Rédacteur en Chef de la Revue de l'OTAN, alors qu'il était encore SACLANT faisant fonction.

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