La défense antimissile balistique

  • Mis à jour le: 07 Feb. 2022 16:58

La prolifération des missiles balistiques représente une menace croissante pour les populations, le territoire et les forces des pays de l'OTAN. De nombreux pays situés à proximité de l’OTAN disposent déjà de missiles balistiques ou s’emploient à développer ou à acquérir cette technologie. La défense antimissile balistique (BMD) est l’une des missions permanentes de l’OTAN et fait partie intégrante de la réponse de l’OTAN à cette menace, en tant qu’élément de la défense aérienne et antimissile intégrée (IAMD) de l’OTAN. La BMD de l’OTAN est strictement défensive et contribue à mener à bien la tâche fondamentale de défense collective de l’OTAN. Les capacités BMD constituent un élément essentiel de l’éventail des capacités stratégiques de l’OTAN, avec les forces conventionnelles et la dissuasion nucléaire.

Following the groundbreaking ceremony in October 2013, construction started on the Aegis Ashore at the Deveselu Military Base in Romania, which will be operational in the 2015 timeframe. An additional Aegis Ashore will be operational in Poland in the 2018 timeframe. Enhanced interceptors and associated software will be deployed in 2015 timeframe (SM-3 IB) and the 2018 timeframe (SM-3 IIA).

Station BMD Aegis Ashore des États-Unis sur la base militaire de Deveselu, Roumanie

 

  • En 2010, les Alliés ont décidé de développer une capacité de défense antimissile balistique (BMD) territoriale pour mener à bien la tâche fondamentale de l'OTAN qu'est la défense collective.
  • L'Alliance a le devoir de protéger les populations, le territoire et les forces des pays européens de l'OTAN, compte tenu de la prolifération croissante des missiles balistiques.
  • La BMD de l’OTAN est purement défensive. Elle représente un investissement à long terme destiné à contrer les menaces sécuritaires à long terme émanant de l’extérieur de la zone euro-atlantique.
  • En juillet 2016, les Alliés ont déclaré la capacité opérationnelle initiale de la BMD de l’OTAN, qui offre une capacité renforcée de défense des populations, du territoire et des forces contre une attaque potentielle de missiles balistiques dans toute la partie sud-est du territoire de l’OTAN.
  • La capacité BMD de l'OTAN combine moyens financés en commun par tous les Alliés et contributions volontaires spécifiques fournies par plusieurs d’entre eux.
  • Un certain nombre d’Alliés ont déjà apporté leurs contributions ou entrepris de développer ou d'acquérir des moyens BMD supplémentaires, tels que des navires modernisés dotés de radars BMD, des systèmes de défense aérienne et antimissile basée au sol, ou encore des capacités avancées de détection et d'alerte.
  • Introduction et composantes

    Introduction

    Bien que la BMD de l’OTAN relève de la défense aérienne et antimissile intégrée de l'OTAN, elle présente certains paramètres stratégiques et opérationnels uniques. La menace croissante que représente la prolifération des missiles balistiques à proximité de la frontière sud-est de l’Alliance a été et reste un facteur du développement et du déploiement, par l’OTAN, d'un système de défense antimissile balistique conçu pour contrer les menaces émanant de l’extérieur de la zone euro­atlantique. L'objectif de la BMD de l'OTAN reste d'assurer la couverture totale et la protection de l'ensemble des populations, du territoire et des forces des pays européens de l’OTAN contre les missiles balistiques. Cette couverture s'appuie sur les principes de l’indivisibilité de la sécurité des Alliés et de la solidarité au sein de l’OTAN, du partage équitable des risques et des charges, ainsi que de l’effort raisonnable. Elle tient compte également du niveau de la menace, de la soutenabilité financière et de la faisabilité technique, et des dernières évaluations communes de la menace agréées par l’Alliance. Si les efforts internationaux devaient permettre de réduire les menaces qu'engendre la prolifération des missiles balistiques, la défense antimissile de l'OTAN pourra être adaptée en conséquence, et elle le sera.

    Composantes

    La BMD de l'OTAN s'appuie sur des contributions nationales volontaires, y compris des intercepteurs et des capteurs à financement national et des accords de stationnement. Elle se base également sur la structure des systèmes de commandement et de contrôle mise en place dans le cadre du programme BMD de l’OTAN, qui est financé en commun par tous les Alliés.

    Les États-Unis contribuent à la BMD de l'OTAN au travers de leur programme d'approche adaptative phasée pour la défense antimissile en Europe (EPAA). La Turquie héberge un radar BMD américain à Kürecik ; la Roumanie héberge une station Aegis Ashore des États-Unis sur la base aérienne de Deveselu ; l’Allemagne héberge le centre de commandement sur la base aérienne de Ramstein ; et la Pologne héberge une autre station Aegis Ashore, dont la construction sera bientôt achevée, à la base militaire de Redzikowo. En outre, dans le contexte de l'EPAA, l'Espagne accueille dans sa base navale de Rota quatre navires Aegis multimissions dotés de capacités BMD, qui sont prêts à apporter un soutien à la mission BMD de l’OTAN, au besoin.

    Plusieurs pays de l'Alliance mettent actuellement à disposition des systèmes supplémentaires de défense aérienne et antimissile basée au sol (notamment des systèmes Patriot ou SAMP/T) ou des navires complémentaires pour la protection d'autres moyens BMD. D'autres sont également en train de mettre au point ou d'acquérir des moyens dotés de capacités BMD qui pourraient, à terme, être mis à disposition pour la BMD de l'OTAN.

  • Mécanismes

    Le Comité de la politique de défense aérienne et antimissile intégrée (IAMD PC) est l'organe de haut niveau relevant du Conseil de l'Atlantique Nord qui supervise et coordonne toutes les activités menées au niveau politico-militaire pour développer la capacité BMD de l'OTAN. Il donne également des avis politico-militaires sur la BMD de l'OTAN au Conseil de l’Atlantique Nord dans le cadre de son mandat général relatif aux aspects politiques de l’IAMD de l’OTAN.

    La Conférence des directeurs nationaux des armements (CDNA) est le comité de haut niveau responsable de la direction du programme BMD, dont le but est de développer les fonctionnalités techniques dont les planificateurs et opérateurs BMD ont besoin.

    Les autorités militaires de l'OTAN sont responsables de la mise au point d'un cadre doctrinal militaire pour la BMD et pour la planification, la formation et l'exécution opérationnelles dans ce domaine.

    Plusieurs autres comités de haut niveau de l'OTAN traitent la BMD de l'OTAN dans des contextes plus larges, comme ceux de la préparation du secteur civil ou de la gestion de crise.

  • Évolution

    Au sommet de Lisbonne en 2010, les chefs d’État et de gouvernement des pays de l'Alliance sont convenus de traiter la défense antimissile balistique de manière holistique en développant un système OTAN de défense aérienne et antimissile intégrée (NATINAMDS), et notamment une capacité BMD territoriale. Le NATINAMDS est basé sur le système OTAN de défense aérienne intégrée (NATINADS) qui existait précédemment, auquel ont été ajoutés de nouveaux éléments BMD.

    Le grand document d'orientation qui définit actuellement le cadre des activités de l'OTAN dans le domaine de la BMD est le concept stratégique de 2010. Un nouveau concept stratégique sera adopté au sommet de Madrid, en juin 2022, le but étant de tenir compte des évolutions de l’environnement de sécurité mondial et de garantir que l’Alliance est parée pour l’avenir. Le nouveau concept stratégique fera fond sur les éléments du concept stratégique de 2010, qui conserve toute sa pertinence, y compris dans le domaine de la BMD.

    Le concept stratégique de 2010 stipule notamment que « la prolifération des armes nucléaires, d’autres armes de destruction massive et de leurs vecteurs pourrait avoir des conséquences incalculables pour la stabilité et la prospérité mondiales. Au cours des dix années à venir, cette prolifération sera au plus haut dans certaines des régions les plus volatiles du monde. » En conséquence, l'OTAN « développera sa capacité à protéger les populations et le territoire de ses pays membres contre une attaque de missiles balistiques, en tant qu’un des éléments centraux de la défense collective, qui contribue à la sécurité, indivisible, de l'Alliance. »

    En outre, la BMD est un élément important de la revue 2012 de la posture de dissuasion et de défense. Il est indiqué dans ce document que la défense antimissile peut venir compléter le rôle des armes nucléaires dans la dissuasion, mais elle ne peut pas s'y substituer. La capacité OTAN de défense antimissile balistique, de pair avec des forces nucléaires et conventionnelles efficaces, montre que l’Alliance est déterminée à assurer la dissuasion et la défense contre toute menace pour la sécurité et la sûreté des populations des pays de l’OTAN. Les chefs d’État et de gouvernement des pays de l’OTAN ont rappelé cet élément essentiel dans toutes les décisions prises depuis lors par l’Organisation.

    En tant que capacité défensive, la BMD est un élément d'une réponse plus large à la menace que représente la prolifération des missiles balistiques en dehors de la zone euro-atlantique. Les capacités de défense antimissile de l’OTAN servent à compliquer les plans d’un adversaire et à limiter l'ampleur des dégâts. Une défense antimissile efficace pourrait aussi offrir une marge décisionnelle utile en temps de crise.

    Au sommet de Chicago, en 2012, l’Alliance a déclaré que la capacité BMD intérimaire de l'OTAN était atteinte.

    En juillet 2016, les Alliés ont déclaré atteinte la capacité opérationnelle initiale de la BMD de l’OTAN, qui offre une capacité renforcée pour défendre les populations, le territoire et les forces de toute la partie sud-est du territoire de l’OTAN contre une attaque potentielle de missiles balistiques.

    À partir de 2003, l’OTAN et la Russie ont engagé des discussions et des activités en lien avec la défense contre les missiles balistiques de théâtre (TBMD) dans le cadre du Conseil OTAN-Russie (COR). En 2010, ces discussions et activités ont été étendues à la BMD territoriale. Au cours de cette période, l’OTAN et la Russie ont examiné des possibilités de coopération dans ce domaine. Les progrès ont toutefois été limités. En octobre 2013, les discussions entre l’OTAN et la Russie concernant la BMD ont été suspendues par Moscou. En avril 2014, l’OTAN a suspendu toute coopération pratique avec la Russie en réaction à l’annexion illégale et illégitime de la Crimée par la Russie, tout en restant ouverte à un dialogue périodique ciblé et substantiel, dans le droit fil de la double approche. La BMD de l’OTAN n’a pas pour objet de nuire à la capacité de dissuasion stratégique de la Russie ; elle n’est d’ailleurs pas en mesure de le faire.

    Grandes étapes

    OTAN

    Mai 2001
    L'OTAN lance parallèlement deux études de faisabilité portant sur un futur système de défense antimissile de théâtre (TBMD) de l’Alliance.

    Novembre 2002
    Au sommet de Prague, les dirigeants des pays de l’Alliance demandent qu’une étude de faisabilité sur la défense antimissile soit réalisée, dont le but sera d’examiner les options relatives à la protection du territoire, des forces et des populations des pays de l’Alliance contre toute la gamme des menaces liées aux missiles balistiques.

    Avril 2006
    L’étude conclut qu’une capacité de défense antimissile balistique territoriale est techniquement faisable.

    Avril 2008
    Au sommet de Bucarest, les dirigeants des pays de l’Alliance décident que l'implantation en Europe de moyens BMD des États-Unis doit être intégrée dans toute architecture future de défense antimissile à l’échelle de l’OTAN.

    Septembre 2009
    Les États-Unis annoncent un programme d'approche adaptative phasée pour la défense antimissile en Europe (EPAA).

    Novembre 2010
    Au sommet de Lisbonne, les dirigeants des pays de l'Alliance décident de développer une capacité BMD pour mener à bien la tâche fondamentale de défense collective de l’OTAN. Pour ce faire, ils décident d’élargir le programme TBMD existant afin de protéger non seulement les forces mais aussi les populations et le territoire des pays européens de l'OTAN. Dans ce contexte, l'EPAA et d'autres contributions des pays sont jugées précieuses pour l'architecture BMD de l'OTAN.

    Septembre 2011
    La Turquie annonce sa décision d'accueillir un radar de défense antimissile des États-Unis dans le cadre de la capacité BMD de l'OTAN.

    Septembre 2011
    La Roumanie et les États-Unis signent un accord sur l'accueil d'un système Aegis Ashore des États-Unis sur le territoire roumain, dans le cadre de la capacité BMD de l'OTAN.

    Septembre 2011
    Un accord entre la Pologne et les États-Unis sur l'accueil d'un système Aegis Ashore des États-Unis sur le territoire polonais entre en vigueur.

    Octobre 2011
    L'Espagne et les États-Unis annoncent un accord sur l’accueil de navires Aegis dans le port de Rota, en Espagne, dans le cadre d’une autre contribution des États-Unis à la capacité BMD de l'OTAN.

    Avril 2012
    L'OTAN installe et teste avec succès l'architecture de commandement et de contrôle au Commandement aérien allié à Ramstein, en Allemagne.

    Mai 2012
    Au sommet de Chicago, les Alliés déclarent que l'OTAN a atteint une capacité BMD intérimaire, ce qui constitue une première étape significative sur le plan opérationnel.

    2014
    Arrivée du premier destroyer Aegis des États-Unis à Rota, en Espagne en février. Arrivée du second destroyer Aegis des États-Unis à Rota en juin.

    2015
    Arrivée du troisième destroyer Aegis des États-Unis à Rota en avril. Arrivée du quatrième destroyer Aegis des États-Unis à Rota en septembre.

    Mai 2016
    Le site Aegis Ashore de Deveselu, en Roumanie, est déclaré opérationnel.

    Juillet 2016
    Au sommet de Varsovie, les dirigeants des pays de l’Alliance déclarent atteinte la capacité opérationnelle initiale de la BMD de l’OTAN, qui offre une capacité renforcée pour défendre les populations, le territoire et les forces de toute la partie sud-est du territoire de l’OTAN contre une attaque potentielle de missiles balistiques.

    Juillet 2018
    Au sommet de Bruxelles, les dirigeants des pays de l’OTAN confirment que le prochain jalon majeur sera l'achèvement de l'élément fondamental du système de commandement et de contrôle de la BMD de l'OTAN, l’objectif étant d'améliorer encore la planification et l’exécution des opérations BMD. Ils reconnaissent également qu'il faut poursuivre les travaux pour atteindre la capacité opérationnelle totale.

    Conseil OTAN-Russie

    2003
    Dans le cadre du Conseil OTAN-Russie (COR), l’OTAN et la Russie décident de lancer une étude pour évaluer les niveaux possibles d'interopérabilité des systèmes TBMD des pays de l'OTAN et de la Russie.

    Mars 2004
    Un exercice de poste de commandement du COR sur la défense antimissile de théâtre est organisé aux États-Unis.

    Mars 2005
    Un exercice de poste de commandement du COR sur la défense antimissile de théâtre est organisé aux Pays-Bas.

    Octobre 2006
    Un exercice de poste de commandement du COR sur la défense antimissile de théâtre est organisé en Russie.

    Janvier 2008
    Un exercice assisté par ordinateur du COR sur la défense antimissile de théâtre est organisé en Allemagne.

    Décembre 2010
    Première réunion du Groupe de travail du COR sur la défense antimissile, dont le but est de réfléchir à la voie à suivre possible pour la coopération en matière de défense antimissile balistique.

    Juin 2011
    Les ministres de la Défense des pays du COR font le point sur les travaux menés dans le domaine de la défense antimissile depuis le sommet de Lisbonne en 2010.

    Avril 2012
    Un exercice assisté par ordinateur se déroule à Ottobrunn, en Allemagne.

    Octobre 2013
    La Russie suspend unilatéralement les discussions sur la défense antimissile dans le cadre du COR.

    Avril 2014
    En réponse à l'annexion illégale et illégitime de la Crimée par la Russie, l'OTAN suspend toute coopération pratique avec la Russie, y compris dans le domaine de la défense antimissile balistique. Conformément à sa double approche, l’OTAN reste ouverte à un dialogue périodique, ciblé et substantiel avec la Russie.