Un poste isolé à... Dubrovnik

Ltn Philippe Mouret
Première publication dans le
Journal de la SFOR#134, 14 mars 2002

L’Escale aérienne militaire implantée sur l’Aéroport international de Dubrovnik-Cilipi est un petit détachement de l’armée de l’air française. Sa mission est d’assurer le transit des avions et des hélicoptères des nations de la SFOR, civils comme militaires.

Dubrovnik – L’Escale aérienne militaire (EAM), installée sur l’Aéroport international de Dubrovnik-Cilipi sur 709 m2, est un petit détachement français “isolé”, qui ne compte en permanence que six personnes : quatre pour l’armée de l’air (l’EAM proprement dite) et deux pour le bureau postal militaire (BPM) 651.
Des isolés qui voient du monde
L’EAM relève hiérarchiquement du Détachement air (DETAIR) de Mostar, commandé par le Col Jean-Marie Kosinski ; elle est sous le contrôle opérationnel des bureaux transit air administratifs et personnel (G1) et logistique (G4) de la Division multinationale sud-est (DMN-SE). Sa mission est d’assurer le transit de tous les avions et hélicoptères de la SFOR. Les hangars et les bureaux sont loués à l’aéroport civil.
Le Cne Manuel Da Silva, chef d’escale, assume de larges responsabilités : “Je dois vérifier le respect de la réglementation du transport aérien et maintenir d’excellentes relations avec les
services de l’aéroport de Dubrovnik… L’EAM est une petite unité, il faut assurer une cohésion parfaite et régler les problèmes personnels avant qu’ils dégénèrent.”
Quelquefois il n’y a pas d’appareils pendant toute une semaine, alors que la semaine suivante en voit 15 se succéder. En 2001, l’EAM a traité 300 mouvements d’appareils, soit 13 582 passagers et 620 tonnes de fret.
Un travail d’équipe
Lorsqu’un avion est programmé, le fret, venant de Sarajevo ou de Mostar, est réceptionné la veille. Les pièces administratives sont contrôlées, il est passé aux rayons X, “palettissé” ou mis en conteneur, pesé et stocké jusqu’au décollage. L’Adj Thierry Mappa, chef de la cellule, est aussi le responsable du fret avion stratégique, sur gros porteurs Airbus A310 et Mc Donnell Douglas DC 8. Son travail le plus important est le “centrage avion”, c’est-à-dire l’optimisation de la répartition des masses dans l’appareil. En cela, le commandant de bord s’en remet totalement à lui. “En France, on fait partie d’une équipe, explique-t-il, ici on prend les décisions tout seul.”
Le Sch Thierry Croibier est l’adjoint de l’Adj Mappa et responsable du fret avion tactique : C-160 Transall et C-130 Hercules, principalement. Il souligne : “On est obligé de travailler en équipe. Du point de vue de la sécurité on ne peut faire un chargement tout seul (…) Il faut connaître les compétences de chacun pour pouvoir faire confiance et confier des responsabilités.” A chaque rotation aérienne, les deux sous-officiers de l’armée de l’air reçoivent le renfort de quatre soldats du 1er régiment du train parachutiste de l’EAM de Mostar, spécialisés dans l’appui-projection 3e dimension. “Je connais déjà le matériel mais cela permet aux jeunes d’acquérir de l’expérience et de travailler avec d’autres armées,” déclare le Mdl Stéphane Izak. Il fait équipe avec les parachutistes de première classe Teddy Xavier, Lionel Detour et Antony Rhetat.
Le souci de la sécurité
Les passagers sont convoqués deux heures avant l’atterrissage de l’avion. Ils reçoivent les instructions du chef d’escale sur les modalités d’embarquement et les consignes de sécurité. Leur bagage à main est aussi passé aux rayons X par deux prévôts, déjà arrivés la veille pour le contrôle du fret. “Le prévôt est le garant du respect des droits individuels de chacun et des conventions passées avec la Croatie,” explique l’Adj Emile Heckly, commandant la brigade prévôtale de Ploce.
Le Sgt Fabienne Massondo est responsable des passagers. Elle assure leur accueil, vérifie leur passeport et les conduit au comptoir de la zone internationale civile. Là, voyageurs, documents et bagages sont à nouveau contrôlés par la police et les douanes croates. C’est la spécificité de l’aéroport de Dubrovnik par rapport à Sarajevo et Mostar : il y a une double chaîne, militaire d’abord, puis civile. A cet égard, Mme Milica Bratos, interprête, joue un rôle important dans le maintien de bonnes relations avec l’aéroport. “On n’a pas droit à l’erreur, il faut de la rigueur (…) pour des raisons de sécurité,” insiste le Sgt Massondo.
Après l’atterrissage, les passagers arrivant sont réceptionnés. A l’issue de très rapides formalités, ils montent dans des bus et rejoignent leurs unités. Dans le même temps, le fret a été déchargé. Les papiers sont vérifiés et il est immédiatement reconditionné en conteneurs pour être pris en charge par les détachements venus le réceptionner.
L’importance du courrier
Avec le fret, entrant comme sortant, voyagent les sacs postaux. Le courrier est très important pour les soldats loin de chez eux (voir Le Journal de la SFOR n° 124, 125 et 126). Le Sgt Ronan L’Hostis est le chef du BPM 651, le Bgd Jérémie Raguenez son adjoint. Le bureau pratique toutes les opérations classiques : envoi et réception de courriers et de colis, opérations financières… Cela concerne un très petit nombre de personnes sur place : les six permanents de l’escale et les 16 transmetteurs français de Trebinje. Mais le volume postal qui transite chaque jour par Dubrovnik est important. Six fois par semaine, le BPM réceptionne 20 gros sacs postaux prioritaires et en envoie autant par avion civil. Les paquets économiques transitent par voie aérienne militaire.
L’EAM de Dubrovnik, a priori isolée et composée d’un effectif réduit, voit en fait passer beaucoup de monde et d’unités. Elle est un élément essentiel dans la chaine qui relie la France à la B-H.

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La SFOR en action

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Photos: MT Andy Gedge

L'équipe du Mdl Stéphane Izak (à droite) décharge un Transall.


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Sitôt l'appareil vide, il est immédiatement rechargé par les paras.


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Le Cne Manuel Da Silva, chef du Transit air, s'adresse aux passagers au départ.


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Les partants pénètrent dans la zone internationale.


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Le Sgt Massondo, de l’EAM, fait embarquer les passagers.


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Le Sgt Ronan L'Hostis (au premier plan), chef du BPM 621, avec son adjoint, le Bgd Jérémie Raguenez.


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Le Transall est prêt à être déchargé.