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Les mes perdues de Srebrenica

Bch Jean-Philippe Lavigne
Premire publication dans le
Journal de la SFOR#125, le 31 octobre, 2001

Placée sous le contrôle d’un contingent de la Force de protection des Nations-unies (FORPRONU), Srebrenica fut la première des “zones de sécurité” de l’Est de la Bosnie-Herzégovine à disparaître. Le 11 juillet 1995, la chute de l’enclave assiégée par les Serbes du Général Mladic s’est soldée, d’après l’inculpation prononcée par le Tribunal Permanent International pour l’ex-Yougoslavie (TPI-Y), par le massacre de quelque 8 000 personnes et la déportation de 40 000 autres. Alors que la mission d’information parlementaire mise en place par la France (qui dirigeait alors la FORPRONU) s’apprête à rendre ses conclusions sur le plus important génocide commis en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, le sort de milliers de rescapés reste encore incertain.

Srebrenica – Il y a sept mois, le groupement tactique américain (Task Force Eagle) installait la base avancée “Camp Connor”, à Bratunac, 10 km au nord de Srebrenica, pour faciliter le retour des réfugiés et des personnes déplacées.
Y a-t-il un après ?
Difficile de lire se qui se cache dans les regard perdus, les visages fermés, qui se tournent au passage du convoi de Hummers américains. Expriment-ils la haine, la révolte, la souffrance ou tout simplement la peur ?
Sur le bord de la route un jeune esquisse rapidement le salut slave en signe de défiance. “Nous avons souvent droit à des insultes ou des gestes obscènes, mais ce sont surtout des provocations d’adolescents,” reconnaît le Sgt Michael D. Jones. Ce qui frappe d’emblée quand les moteurs des véhicules tactiques s’arrêtent, c’est le silence. Comme si Srebrenica était restée figée pendant toutes ces années.
Les séquelles et les marques de la guerre sont présentes partout, comme autant d’empreintes indélébiles. Les murs criblés d’impacts sont recouverts d’affiches de campagne et de graffitis à l’effigie des leaders extrémistes serbes Seselj et Poplasen. Des squelettes d’échafaudages grimpent le long de façades défonçées par les tirs de mortier. Le centre commercial Robna Kuca est totalement délabré. Seul signe d’espoir, l’école à la sortie du village qui accueille plusieurs centaines d’enfants. On raconte qu’un petit bosniaque y aurait fait sa rentrée en septembre cette année. “C’est ici que commencent toutes nos patrouilles, indique le Ltn Charles E. Gilbert Jr, commandant de la 3e section des ‘Knight Vipers’. On vient recharger les batteries, ça regonfle le moral de mes hommes.” Les incidents sont rares mais la tension est perceptible. “Nous sommes là pour montrer notre présence. Nous n’intervenons que si il y a un problème ou si nous pouvons aider, ces patrouilles sont pour nous l’occasion de prendre la température de la situation, on s’assure qu’ils ont de quoi passer l’hiver.”
La honte
L’équipe prend ensuite la direction de “Hunter’s lodge” sur les hauteurs de la ville. “C’était le point de prédilection des snipers,” raconte le Sgt Jones. Le spectacle est édifiant. Dans ce réduit de 200 km2, ceinturé par les montagnes, plus de 40 000 civils, en majorité des femmes, des enfants et des vieillards ont survécu pendant plus de deux ans dans des conditions inhumaines, sous la menace permanente des artilleurs serbes. En juillet 1995, le Général Mladic s’empare finalement de la ville, déportant et massacrant la population. Il est impossible d’imaginer ce qui a pu se produire ici.
La souffrance
Au lendemain du massacre, des milliers de survivants s’installent dans des centres collectifs ou des maisons abandonnées, principalement dans les Cantons de Tuzla, Sarajevo ou encore à Vozuca (Canton de Zenica-Doboj). Ils étaient là quand l’accord cadre pour la paix (General Framework Agreement for Peace, GFAP) a été signé et la plupart y sont encore, plus de six ans après. Ce sont essentiellement des femmes, dont les maris ont été assassinés et qui se retrouvent sans ressources. Beaucoup sont illétrées et ne peuvent prétendre à un emploi.
A suivre

Les mes perdues de Srebrenica (Seconde partie)

Catégorie: La SFOR en action